CONTRACTURE MUSCULAIRE
question à imemyosalgie simple? Non; car, d'uncparl, la myosalgie vraie coiiiporlc une douleur bien plus vive à la pression, et d'autre part, si intense qu'elle puisse être, elle permet toujours aux mouvements de s'exécuter, alors quele malade consent à dominer la souffrance. D'ailleurs, indépendamment de la douleur, il est ici de toute évidence un phénomène spécial, l'impossibilité de l'extension, que n'expliquerait pas une myosalgie. — Pourrait-on croire à une myosite? Le peu d'intensité de la douleur à la pression, l'absence de dureté, de noyau circonscrit, etc., sont peu favorables à cette hypothèse, laquelle cependant, je l'avoue, ne saurait être exclue que sur les données négatives de l'examen histologique. — S'agit-il enfin d'une névrite? Nous serions admis à le supposer par voie d'analogie pathologique, mais la démonstration de cette névrite nous fait absolument défaut. — Somme toute, nous voyons un effet dont la cause nous échappe. Dans notre ignorance, bornons-nous donc à constater le phénomène et à le dénommer par lui-même. C'est bien manifestement une contracture qui se produit dans le muscle pour déterminer les accidents que nous étudions; résignons-nous, au moins quanta présent, à qualifier cet accident du nom de contracture, sans nous aventurer à en déterminer l'origine d'une façon plus précise.
Peu nous importe, au reste, l'interprétation. L'essentiel pour nous, c'est le fait clinique. Rappelez-vous donc seulement le fait, Messieurs, car il est très réel, très positif. Vous le rencontrerez plus d'une fois sur vos malades, et il ne laisserait pas devons causer quelque embaras, si vous n'aviez en souvenir les relations qui le rattachent à la syphilis secondaire.
m. Affaiblissement, dérilité musculaire. — Il est très fréquent, dans la période secondaire de la syphilis et surtout dans les premiers temps de cette période, à une époque peu distante du début de la maladie, il est très fréquent, dis-je, que la force musculaire soit affectée et diminuée d'une façon plus ou moins notable. Les malades ont conscience de ce phénomène. Ils se plaignent de perdre leurs forces, ils disent « ne plus se sentir les mêmes » au point de vue de la vigueur ; ils ne supportent
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plus aussi facilemcnl l;i marche, l'exercice, la fatigue; ils ne sont plus capables de i'aire comme travail ce qu'ils faisaient autrefois.
Lorsqu'elle est très accentuée, cette diminution de force est aisément appréciable pour le médecin. Dans ces conditions, faitesvous simplement serrer la main par le malade, en le priant d'y déployer toute sa vigueur; cela seul suffira pour vous rendre compte que la pression exercée n'est pas en rapport avec la taille, la musculature, l'habitus général de l'individu.
Ce n'est là, certes, qu'un procédé plus qu'élémentaire pour apprécier la déperdition des forces. Si vous voulez avoir une détermination exacte du phénomène, il vous faut recourir à une autre •méthode — celle-ci mathématique et sûre — qui vous est offerte par le dynamomèlre. Mesurez avec cet instrument la force musculaire à diverses périodes de la maladie, et vous pourrez de la sorte juger avec précision l'influence exercée sur les muscles par la diathèse.
Par un exemple je vais immédiatement fixer vos idées sur ce point.
Une femme entre dans nos salles pour divers accidents d'une syphilis secondaire de fraîche date. Cette femme est jeune, grande, bien musclée, de constitution assez robuste. Elle raconte cependant que depuis quelques semaines elle se sent très affaiblie et « toujours courbaturée, même sans avoir rien fait ». Nous examinons le degré de force musculaire au dynamomètre. L'instrument marque 31 kilogrammes.
Dans la quinzaine qui suit, la malade est prise d'accidents nouveaux : céphalée vespérine, arthralgies, périostites circonscrites, accès de fièvre nocturnes, etc. — La force musculaire baisse successivement à 29, 27 et 26 kilogrammes.
En dépit du traitement, les accidents persistent ou ne disparaissent que pour faire place à d'autres : douleurs multiples, syphilides rebelles, phénomènes nerveux des plus variés, névralgies, analgésie, refroidissement des extrémités; accès de fièvre nocturnes, erratiques, de type très irrégulier; inappétence, courbature; affaiblissement allant jusqu'à l'asthénie. — La force musculaire ne cesse de décroître, et le dynamomètre arrive à ne plus marquer que 23, 22, 20 et 19.
Le traitement est poussé avec vigueur et détermine même une stomatite, que nous nous empressons d'enrayer le plus hâtivement possible. Les accidents s'apaisent , la fièvre disparaît, les syphilides s'effacent. Tout aussitôt la force musculaire se relève à 24 25, 28 et 30.
Huit jours plus tard, la malade se trouve dans un état presque satisfaisant, tout en restant analgésique et sujette à divers troubles nerveux. — La force musculaire subit une ascension continue (35, 36 et 38).
Le traitement est repris. L'état général s'améliore de jour en jour. Les accidents diathésiques disparaissent complètement. — Un mois plus lard, la malade se trouve assez bien pour nous quitter. Le jour de son départ, elle marque au dynamomètre42, chiffre qui doit être approximativement le taux normal de la force musculaire chez cette femme en état de santé.
Eh bien, reprenons actuellement les indicationsdynamométriques qui précèdent. Nous les voyons se diviser tout naturellement en deux séries, à savoir :
Une série descendante, dans laquelle la force musculaire décroît progressivement de 31 à 19.
!r Une série ascendante, dans laquelle la force musculaire se relève de 19 à 42.
Or, voyons parallèlement à quelle direction, à quel courant de l'évolution morbide, si je puis ainsi parler, correspond chacune de ces séries.
La série descendante répond d'une façon précise à la période pendant laquelle tous les accidents morbides s'accusent, s'accentuent et atteignent leur apogée de développement. C'est le stade d'augment de la maladie ; et, à mesure que la maladie s'affirme déplus en plus, la force musculaire baisse proportionnellement.
La série ascendante, au contraire, répond d'une façon non moins exacte a la période pendant laquelle les accidents s'apaisent, s'atténuent, disparaissent. C'est le stade de décroissance morbide, de rémission, de retour à la santé ; et, à mesure que lamaladie décline, la force musculaire s'élève de plus en plus.
Quoi de plus clair, quoi de plus net et demieuxfait pour démontrer rinflucnce exercée par la syphilis sur la force musculaire?