U HÉMIPLÉGIE SE CON DAIRE
— une des jambes commence à traîner dans la marche; des faux pas, des heurts, des chutes se produisent ; — le bras du môme côté s'alourdit, ne se meut qu'au prix d'un certain effort, n'est plus soulevé qu'avec peine; — la bouche se dévie, insensiblement d'abord, puis d'une façon de plus en plus marquée. Tout cela se fait sans secousse, tout cela s'accomplit graduellement en l'espace d'un ou deux jours, en l'espace de quelques heures môme parfois, sans autres phénomènes qu'un état de malaise général et de torpeur plus ou moins accentuée.
Ces troubles de motilité continuant à s'accroître, l'hémiplégie se trouve bientôt coniirmée. Elle n'est jamais complète, absolue. Ainsi le membre inférieur, bien qu'incapable de soutenir le poids du corps, reste susceptible de certains mouvements; — le supérieur, très diminué comme force, peut encore se soulever; — impuissants à serrer, à saisir un objet, les doigts conservent quelque motilité; — la paralysie faciale n'est également que partielle; l'œil (comme dans les hémiplégies d'origine cérébrale) peut se fermer; la parole n'est embarrassée que pour l'articulation des consonnes labiales, etc. La bouche, en revanche, est toujours fortement déviée, et la distorsion des traits, surtout dans le rire ou les grands mouvements de la face, est des plus marquées.
Je n'ai pas trouvé que la sensibilité fût compromise parallèlement à la motilité. — Quant aux autres fonctions, elles restent à peu près indemnes ou ne sont influencées sympathiquement que d'une façon légère et sans intérêt.
En ce qui concerne l'évolution ultérieure, j'ai toujours vu l'hémiplégie secondaire, sous l'influence du traitement spécifique, s'amender et se dissiper complètement en quelques semaines. Dès le premier ou le second septénaire, l'action de ce traitement se traduit par une amélioration notable et rapide dans les mouvements des membres, tandis que relativement la déviation de la bouche n'est que peu modifiée. Au delà, l'influence thérapeutique ne s'exerce plus que d'une façon relativement lente. La distorsion labiale est généralement le dernier phénomène à disparaître.
1. C'est au trailemcnt Mux(c que j'ai toujours eu rocours dans les différents cas d'hémiplégie secondaire qui se sont présentés à mon obscivalion.
Tout commentaire serait superflu sur l'importance clinique de cette hémiplégie secondaire. Il suffit de signaler un tel symptôme pour que chacun de vous, Messieurs, comprenne l'intérêt considérable qui s'y rattache.
Un dernier mot sur les divers troubles de motilité qui se pi'oduisent dans la période secondaire.
En quoi consistent ces troubles'j? Ont-ils ou n'ont-ils pas une raison anatomique?
Pour répondre à cette question, il nous faudrait. Messieurs, des autopsies. Or, fort heureusement, l'occasion de ces autopsies nous fait défaut, et cela pour une excellente raison : parce que ce ne sont pas là de.s désordres mortels, parce que ce sont là des désordres qui guérissent, que nous savons guérir- En l'absence de documents nécroscopiques le champ reste ouvert aux hypothèses. Pour quelques auteurs, ces paralysies seraient essentielles, idiopathiques, sine materiâ; pour la plupart, elles seraient au contraire symptomatiques d'altérations matérielles, de lésions. Ai-je besoin de vous dire que cette dernière opinion est de beaucoup la plus rationnelle, la plus acceptable? Il est à croire, certes, que les paralysies partielles de la période secondaire (hémiplégie faciale, paralysies oculaires, etc.) résultent soit d'une compression exercée sur les filets nerveux en quelque poin^. de leur trajet, notamment dans les conduits ostéo-fibreux qu'ils traversent, soit d'une lésion même de leur tissu, soit d'une cause matérielle quelconque encore inconnue. S'il en était différemment, comment expliquer la circonscription parfaite et rigoureusement anatomique de ces paralysies? Quant à l'hémiplégie du corps, il ne serait personne pour admettre qu'elle puisse ne pas résulter d'une lésion. Mais où réside cette lésion, et quelle en est la nature? Siège- t-elle, comme origine première, dans les os, dans les méninges, dans les vaisseaux? Ou bien affecte-t-elle d'emblée, primitivement, la substance cérébrale? Nous n'avons pas encore le moindre renseignement anatomique sur ces divers points.
616 TROOBLES DES SENS.
II. — Relativement aux troubles nerveux des sens spéciaux durant la période secondaire, je n'ai, Messieurs, que peu de chose à vous dire. Je ne ferai que vous signaler :
1° Pour la vue : des éblouissements, symptôme assez fréquent chez la femme; — des troubles visuels passagers (brouillai d, nuage devant les yeux, mouches volantes, etc.); — des paralysies de V accommodation, analogues à celles qu'on voit si souvent se produire dans les anémies, dans les maladies graves qui portent une atteinte profonde aux forces vives de l'organisme; — et quelques phénomènes vagues d'amblyopie, dont l'ophtlialmoscope ne rend pas compte, en dépit de l'examen le plus minutieux.
2" Pour l'ouïe : des bourdonnements, des tintements d'oreilles, qui fatiguent parfois les malades pendant des mois entiers; — des otalgies plus ou moins vives; — certains états transitoires de cophose, de dureté de l'ouïe; — tous phénomènes encore obscurs quant à leur localisation, quant à leur origine anatomique, et que je place ici, sous toutes réserves, dans la catégorie des troubles nerveux.
III. — Il est très rare que la syphilis secondaire affecte les fonctions intellectuelles. Toutefois, sous l'influence de la perturbation profonde qu'elle apporte parfois dans l'économie tout entière, elle arrive en certains cas à retentir jusque sur ces fonctions, et cela suivant différents modes que voici.
Le premier consiste en une véritable atonie des facultés intellectuelles. J'ai vu plusieurs fois certaines de nos malades, dans le cours de la période secondaire, perdre de leur vivacité, de leur activité normale d'intelligence. Elles-mêmes d'ailleurs s'en apercevaient et s'en plaignaient. Elles étaient devenues, disaient-elles, moins aptes que de coutume à un travail d'esprit; elles pensaient, comprenaient, calculaient surtout moins facilement; la lecture n'avait plus d'attrait pour elles; toute occupation de tête leur était pénible. Elles présentaient en un mot une sorte d'asthénie cérébrale analogue à l'asthénie physique qu'on observait sur elles.