‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 19 sur 252 · CHANCRES EXTRA-GÉNITAUX · texte numérisé non relu

CHANCRES EXTRA-GÉNITAUX

C'est-à-dii e, en chiffres ronds, trois chancres génitaux contre un chancre extra-génital. — Et cette proportion, notez-le bien, est certainement très inférieure à 1% vérité clinique; car, pour des raisons diverses, les chancres génitaux sont souvent méconnus ou négligés, tandis que, grâce à leur singularité, les chancres extragénilaux sont remarqués et accueillis avec un empressement curieux dans nos services hospitaliers. Je suis arrivé, pour ma part, à une moyenne bien supérieure, et je crois, d'après mon expérience personnelle, qu'on observe au moins six chancres des parties sexuelles contre un chancre situé en dehors de ces régions.

III. Troisième proposition, celle-ci plus importante au point de vue spécial qui nous occupe et méritant toute votre attention :

Chez la femme bien plus souvent que chez Vhomme le chancre syphilitique est de siège extra-génital. En d'autres termes, il est bien plus fréquent chez la femme que chez l'homme de rencontrer le chancre sur des points éloignés des régions sexuelles. Vous allez en juger.

Il est d'observation que, chez l'homme, les chancres dits extragénitaux se présentent, par rapport aux chancres des parties génitales, dans une proportion de 5 à 6 contre 9-4 ou 95 environ.

Plus simplement, si vous prenez 100 malades (hommes) affectés de chancres, vous en trouvez 94 au moins qui portent leurs chancres aux parties sexuelles, contre 6 tout au plus dont les chancres sont situés sur d'autres [points.

Or, très-différente est cette proportion chez la femme. Dans les deux statistiques que je vous citais à l'instant, nous voyons les chancres extra-génitaux figurer pour une moyenne de plus de 25 pour 100; c'est-à-dire que sur 100 femmes il y en aurait plus de 25 qui contracteraient leurs chancres par d'autres voies que les régions sexuelles.

Tout en fournissant une moyenne inférieure, que je crois plus vraie, ma statistique personnelle ne laisse pas de témoigner dans le même sens. Ainsi, sur un total de 203 chancres observés chez la femme, j'en ai trouvé :

171 qui siégeaient sur la vulve, et 32 quroccupaient diverses autres régions.

FOUIUMEII.

50 SIÈGE DU CHANCKE.

Moyenne approximative : sur 100 chancres, 16 chancres extragénitaux.

Mais laissons ces chiffres, car peu nous importe en l'espèce une précision rigoureusement mathématique. L'essentiel, le fait intéressant pour nous, c'est que, chez la femme, le chancre s'observe en dehors des régions sexuelles d'une façon bien plus commune que chez l'homme, bien plus commune qu'on ne serait tenté de le croire et qu'on ne le croit généralement. Veuillez remarquer cette particularité, messieurs, car c'est là un des traits distinctifs de la syphilis de la femme, au point de vue de ses origines.

J'ajouterai que de là dérive un enseignement clinique : c'est que chez la femme, bien plus que chez l'homme, l'accident initial court risque de passer inaperçu ou de rester méconnu dans sa nature, en liaison des localisations insolites qu'il peut alTecter.

Corollaire pratique : chez la femme, bien plus encore que chez l'homme, le chancre doit, être recherché en dehors des régions sexuelles, sur tous les points qui peuvent donner accès à la contagion.

Et que cette fréquence relative du chancre extra-génital chez la femme ne vous étonne pas, messieurs. Il est à cela une raison des plus simples que voici : c'est qu'il existe pour la contagion, dans le sexe féminin, des voies qui, dans le nôtre, ne lui sont pas ouvertes, ou qui ne s'ouvrent pour elle que d'une façon rare, tout exceptionnelle; c'est que certains chancres de la femme n'ont pas, au moins comme fréquence, leurs correspondants chez l'homme.

De ces voies de contagion plus spéciales à la femme, trois surtout sont à signaler : le sein, Vanus et les régions péri-génitales.

1° Pour le sein, l'évidence est formelle.

Dérivant, pour la très grande majorité des cas, d'une contagion par l'allaitement, le chancre de cette région est presque spécial à la femme. C'est à tort toutefois qu'on l'a nié chez l'homme. Car, sans citer d'autres exemples, nous trouvons dans les Lettres de M. Ricord sur la syphilis l'observatiou d'un malade à qui un chancre du mamelon fut communiqué par les lèvres de sa maîtresse

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