SYSTÈME GÉNITAL
En môme lci!i])s que les règles se troublent au point de vue de la périodicité, il n'est pas rare qu'elles s'appauvrissent. D'abord, elles diminuent comme durée. La plupart des malades auxquelles j'ai fait allusion précédemment, au lieu d'avoir leurs menstrues pendant 4, 5 ou 6 jours, ne perdaient plus que 3 jours, 2 jours, ving l-quatre heures, quelques heures môme en certains cas. Parfois aussi le flux menstruel, au lieu de se produire d'une façon continue et égale, procède par poussées intermittentes, c'est-à-dire apparaît et disparaît plusieurs fois de suite pendant quelques jours, et cela de la façon la plus irrégulière. — En second lieu, les règles s'appauvrissent comme quantité de sang perdu. Les malades s'en aperçoivent et s'en étonnent. Elles vous disent « perdre beaucoup moins que d'habitude, la moitié, le tiers, le quart de ce qu'elles perdaient auparavant k Quelques-unes en arrivent à ne plus avoir besoin de se garnir, à tacher à peine leur linge, etc., et ce qu'elles appellent « leurs règles » est moins dii sang véritable que de la sérosité rosée, à peine sanguinolente.
Parfois encore (mais cela est plus rare), à plusieurs suppressions consécutives succèdent des hémorrhagies plus ou moins abondantes, qu'on pourrait presque qualifier de métrorrhagies . Ces métrorrhagies, généralement accompagnées de coliques et de névralgies utérines, ne laissent pas de fatiguer les malades, dont elles contribuent à accroître l'état anémique.
Il n'est pas douteux. Messieurs, que les divers troubles menstruels dont je viens de parler ne soient, dans la plupart des cas, une conséquence de l'influence générale exercée par la diathèse sur l'économie. Le plus souvent en effet il existe entre ces troubles et l'état de santé des femmes syphilitiques une relation intime qu'un clinicien attentif ne saurait méconnaître. La syphilis ayant pour résultat assez habituel, chez les femmes spécialement, d'affaiblir et d'anémier l'organisme, rien de plus naturel que, dans ces conditions, les règles se troublent, s'appauvrissent et finissent môme par se tarir provisoirement. Ce ne sont là, comme ont le sait, que des phénomènes communs à toutes les anémies, à toutes les déglobulisations du sang, quelles qu'en soient d'ailleurs l'origine et la nature.
TROUBLES MENSTRUELS. 723
Mais ce qui n'est pas moins intéressant h préciser, c'est qu'en d'autres cas de semblables troubles menstruels se manifestent et affectent même une intensité notable sans être provoqués par un état de souffrance générale de l'économie. J'en ai vu de ce genre chez des femmes syphilitiques dont la santé ne paraissait pas sensiblement altérée. J'ai plus d'une fois observé par exemple — et cela non sans étonnement — des retards et des aménorrhées rebelles chez des malades qui ne semblaient en rien anémiques, qui ne présentaient ni l'habitus extérieur ni les signes stéthoscopiques de l'anémie. Il serait donc exagéré, je crois, de rapporter exclusivement à l'anémie les troubles menstruels de la période secondaire; ces troubles en quelques cas semblent très positivement constituer une expression directe, un effet immédiat de la diathèse.
III. — J'ai dit en troisième lieu : Si les troubles menstruels sont assez rares dans les syphihs d'intensité moyenne, ils deviennent tout au contraire communs, habituels même, dans la plupart des cas où la maladie prend une certaine gravité et revêt la forme que nous avons appelée viscérale.
Gela encore est incontestable, et sur ce point il n'est pas de désaccord possible. Toutes les fois que la syphilis devient grave, elle trouble les règles. Elle commence par les retarder, les appauvrir, les rendre irrégulières; plus tard, elle les suspend pour des laps de temps de plus en plus considérables; finalement elle les supprime.
Deux exemples. — Au n" 1 de notre salle Saint-Clément, vous verrez couchée une jeune femme qu'une syphilis des plus graves a conduite presque au seuil de la cachexie. Or, cette femme n'a eu que deux fois ses règles depuis onze mois, à savoir : une première fois il y a dix mois, et une seconde six semaines plus tard. Encore ces deux dernières menstruations ont-elles été si pauvres, qu'elles méritent à peine le nom de règles; le sang n'a coulé que quelques heures, au dire de la malade, et n'a pas fait sur le linge une tache plus grande que « le creux de la main i>.
Dans la même salle Saint-Clément vous pourrez observer aussi