ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ. — AVORTEMENT
seulement) sont arrivées à terme, ou du moins sont déclarées comme telles sur les registres de l'Administration*; — et 154 ont abouti soit àl'accouchement prématuré, soit àTavortement,
Proportion : un cas d'accouchemenl prémaluré ou d'avortemenl sur moins de trois naissances!
Ces deux statistiques sont assez significatives par elles-mêmes pour nous interdire tout commentaire . Elles démontrent bien l'influence désastreuse exercée par la vérole sur la grossesse, et elles permettent déjuger ce que doit être le contingent fourni à la somme totale des avortements par une maladie aussi commune, aussi répandue dans taules les classes de la société que l'est de nos jours la syphilis. Nous manquons certes d'une base d'évaluation numérique pour affirmer que ce contingent est plus ou moins considérable relativement à celui de telle ou telle autre maladie ; mais ce qu'il nous est permis d'inférer de nos souvenirs et de notre observation journalière, c'est qu'il est peu d'états morbides qui déterminent l'avortement avec un degré de fréquence comparable.
Qu'on ne se méprenne pas, du reste, sur ma pensée. Je ne prétends pas que la syphilis ait un pouvoir abortif supérieur à celui de toute autre affection ; cela serait une hérésie. Car, pour prendre un exemple au hasard, la variole provoque l'avortement d'une façon bien autrement active que la syphilis ; la variole fait avorter presque à coup sûr, presque fatalement, tandis qu'en définitive bon nombre de femmes syphilitiques conduisent leur grossesse à terme. Ce que j'avance seulement, c'est qu'en raison de sa grande fréquence, et de sa fréquence dans un âge de la vie qui correspond précisément à la période de procréation, la syphilis aboutit à déterminer presque autant de fausses couches qu'aucune autre maladie, voire que telle maladie douée d'une puissance abortive supérieure.
Mais laissons de côté cette question de rapport, qui n^a du
1. Il semble même probable que, sur ces 260 grossesses déclarées à terme par les registres de l'Administration, un certain nombre ne devaient pas être à ternie en réalité. Car, des 260 enfants qui leur correspondent, 141 sont morts à très bref délai, et la plupart pour cause « de faiblesse congénitale » ; 22 seulement ont survécu plus d'un mois.
reste qu'une imporlance très secondaire. Le fait essentiel, le seul que j'aie à cœur de iDien mettre en relief ici, c'est l'influence nocive exercée par la syphilis sur la grossesse. El ce que je viens vous dire, Messieurs, les chiffres que j'ai produits ne sont pas de nature, je crois, à laisser sur ce point le moindre doute dans vos esprits.
Ce fait primordial une fois élahli, quelques questions secondaires se présentent à discuter.
1° Est-il une période de la diathèse syphilitique qui prédispose plus qu'une autre à Vavortement ?
Oui; et, de l'aveu général, la période de la maladie qui expose le plus à l'avortement est celle dont nous nous sommes occupés jusqu'ici, celle qu'on désigne sous le nom de stade secondaire. C'est du quatrième mois de cette période à la fm de la seconde année que j'ai vu, pour ma part, se produire l'avortement syphilitique dans la grande majorité des cas.
Ce qu'il ne faut pas ignorer toutefois, parce que cela comporte un haut intérêt en pratique, c'est que la syphilis peut provoquer l'avortement à une période bien plus éloignée, bien plus distante chronologiquement de son début. Il est des femmes, très certainement, qui avortent par le fait de la syphilis trois ans, quatre ans, cinq ans, six ans après l'origine de l'infection et même plus lard encore. L'influence abortive de la diathèse s'étend donc, je n'en saurais douter, à une période plus reculée de la maladie qu'on ne le dit et qu'on ne le croit généralement. C'est là un fait très curieux et très important, sur lequel j'aurai à revenir bientôt à propos des avortements successifs; je me borne à le signaler pour l'instant.
'^'^ Èxiste-t-il quelques formes spéciales de la maladie qui, plus que d'autres, prédisposent à Vavortement?
Oui encore. De par les résultats de l'observation commune, l'avortement est surtout à craindre dans les formes graves de la maladie ou dans certaines formes qui, sans comporter une gravité réelle, paraissent cependant plus sérieuses ou plus intenses que