‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 239 sur 252 · INFLUENCE DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU TRAITEMENT

miers lemps de l'infeclion. Certes, la syphilis est une des maladies sur lesquelles la thérapeutique aie plus d'action; c'est une des maUîdies que nous modifions le mieux, que nous réprimons le mieux, que nous j^^uérissons môme le mieux, oserai-je dire, sinon dans son principe, du moins dans ses manifestations. Voyez plutôt. Quelles sont les dermatoses dont nous soyons maîtres au môme degré que nous le sommes des syphilides? Quelles sont les tumeurs qui s'évanouissent sous l'influence de nos remèdes comme les néoplasmes de la vérole? Quelles sont les affections osseuses, quelles sont les lésions viscérales, quelles sont les paralysies que nous sachions guérir comme les exostoses, les gommes, les paralysies syphilitiques, etc., etc. ? De sorte qu'en face d'un accident grave dont nous ignorons la nature, mais qui pourrait bien dériver d'une origine spécifique, nous en venons souvent à souhaiter que le malade ait eu la vérole! « Si, par bonheur, cela pouvait être syphilitique, disons-nous, il y aurait chance de sauver le malade ; tandis que, si cela n'est pas syphilitique, nous n'y ferons rien. » Significatif hommage rendu à la puissance de l'art visà-vis de la vérole !

Toutefois il ne faut pas exagérer cette puissance, Messieurs, et se représenter la thérapeutique comme gouvernant et dominant à son gré la vérole. A croire certains de nos confrères, rien de ce qui appartient à la vérole ne résisterait au traitement spécifique, et tout ce qui est syphilitique devrait nécessairement et infailliblement guérir sous l'influence des mercuriaux. Illusion dangereuse! Si le traitement spécifique, en effet, exerce sur la diathèse une action des plus énergiques et des plus remarquables, une action que je ne crains pas de qualifier de merveilleuse, de prodigieuse, il s'en faut cependant, et de beaucoup, qu'il soit tout-puissant, qu'il soit infaillible, et que, n'importe la lésion, n'importe la période, n'importe la forme de la maladie, il guérisse à coup sûr et toujours. Inutile de dire en premier lieu que, rais en œuvre d'une façon tardive (comme ce n'est que trop souvent le cas) contre des lésions accomplies, il n'a pas la vertu de réparer des destructions faites ou de reconstituer des éléments histologiqucs anéantis. De plus, il n'a pas toujours d'effets assez rapides pour sauvegarder l'intégrité de certains organes à structure éminemment délicate

(l'œil et la moelle, par exemple), dont une altération minime suffit à déterminer un trouble fonctionnel important. Parfois encore il semble ne guérir que les symptômes, sans influencer la maladie, comme dans ces cas curieux dont je vous parlerai plus tard, où des poussées spécifiques se succèdent d'une façon presque continue. Cliacune de ces poussées se trouve à merveille de l'action du traitement; mais l'une n'est pas plus tôt éteinte qu'une autre se reproduit, comme si le principe même de la maladie n'était pas touché par les remèdes. Enfin (et j'abrège), il est d'autres cas — ceux-ci très rares, exceptionnels même, bien heureusement — qui sont réfractaires à la thérapeutique. Le traitement alors est véritablement inférieur à la maladie; il reste impuissant devant elle; il la laisse évoluer avec toutes ses conséquences.

C'est là. Messieurs, ce qu'il faut bien savoir, c'est là ce qu'il importe de faire entrer en ligne de compte alors que l'on suppute, vis-à-vis des dangers de la vérole, les secours à attendre de la thérapeutique.

II. — D'autres éléments de pronostic sont encore fournis par la considération du malade, de sa santé antérieure et actuelle, de sa résistance organique, de l'hygiène qu'il observe, de ses habitudes, du milieu où il vit, etc., etc.

D'après ce que j'ai vu dans ma pratique, il m'a toujours semblé que la personnalité du malade joue un grand rôle dans la maladie. En d'autres termes, la gravité de la diathèsem'a paru se mesurer souvent à la qualité du sujet infecté. Je me figure volontiers que le poison syphilitique, si je puis ainsi parler, doit produire à même dose des effets très inégaux suivant les individus qu'il affecte, de la même façon qu'une graine venant à germer sur des terrains différents se développe sur l'un avec exubérance et végète misérablement sur l'autre. De cela la preuve est facile à fournir, comme vous allez le voir.

Est-il vrai d'abord que l'état de santé générale réagisse sur la diathèse? Oui, incontestablement oui, et cela d'une façon sinon constante, absolue, du moins très habituelle. Quand je rencontre la vérole sur un sujet jeune, fort, de constitution robuste, d'csto-

INFLUENCE DU SEXE, DE L'AGE, ETC. /7l)

mac solide, de santé antérieure bonne, de souche saine cl d'antécédents personnels satisfaisants, je n'éprouve qu'une appréhension modérée et je me dis : « Voihà un cas favorable pour le malade et pour moi; avec de l'hygiène et un traitement méthodique, il y a chance pour que tout marche bien. » Inversement, lorsque je vois la vérole débuter sur un organisme frêle, délicat, anémique, lymphatique, nerveux, impressionnable, affaibli, maladif, sur un sujet à santé plus ou moins ébranlée, à antécédents suspects, à prédispositions héréditaires fâcheuses, je suis bien moins rassuré, ou, pour mieux dire, je ne le suis plus du tout ; je m'attends à une vérole de la mauvaise espèce, chargée d'accidents, susceptible de déterminer soit des manifestations locales graves, soit des phénomènes généraux redoutables, féconde tout au moins en longs et sérieux ennuis. Et, dans les deux cas, il est rare que mes prévisions (qui sont du reste celles de tout le monde, car je n'ai rien inventé sur ce point) ne se réalisent pas.

Corollaire. — C'est pour des raisons de même ordre, sans aucun doute, que la syphilis affecte fréquemment chez la femme des formes plus sérieuses que chez l'homme, des formes notamment à accidents nerveux ou splanchniques toujours assez rebelles, souvent même assez graves. La chloro-anémie, la débilitation générale, les troubles de la santé, la cachexie, sont des phénomènes auxquels prédispose manifestement le sexe féminin.

De même encore, l'influence de Vâge n'est pas sans jouer un certain rôle comme élément pronostique. La syphilis est particulièrement grave aux périodes extrêmes de la vie. Elle l'est à un notable degré, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le faire remarquer, chez les jeunes femmes, ou pour mieux dire chez les enfants rendues prématurément femmes par la débauche. Elle l'est aussi et plus encore dans la vieillesse. « Si vous voulez avoir la vérole, a dit M. Ricord, profitez du moins pour cela du temps où v-ous êtes jeunes, car il ne fait pas bon lier connaissance avec elle quand on est vieux. »

III. — Ce qui est vrai pour la santé, le sexe, l'Age, ne l'est pas moins pour Vhjgiène,el par hygiène j'entends ici tout ce qui con-

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cerne le régime alimentaire, les boissons, rcxercice, le sommeil, l'habilal, etc., elc. Que de fois n'ai-jepas vu la vérole sévir avec une cerlaine malignité sur les sujets à hygiène mauvaise, qui mènent de front travail, plaisirs et maladie ; chez ceux qui font de la nuit lejour, et réciproquement ; qui ne dorment pas, qui ne marchent pas, qui mangent mal, qui ne mangent pas, ou inversement qui mangent trop, qui s'alcoolisent, qui se confinent dans Tatmosphère enfumée des cercles ou des cabarets, qui vivent sans lumière et sans air; chez ceux enfin que la misère étreint et condamne à toutes les privations, à toutes les souffrances! Certes, et sans que j'aie besoin d'insister sur ce point, il n'est aucune comparaison à établir comme pronostic entre la vérole du riche bourgeois qui ne manque de rien et celle du pauvre diable qui manque de tout.

Si le pronostic de la syphilis était contenu tout entier dans les données qui précèdent et d'autres de même ordre que je passe sous silence, nous pourrions à l'avance mesurer assez exactement, à propos de chaque cas particulier, la gravité actuelle ou future de la maladie. Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples. En dehors de toutes les prévisions rationnelles qu'on peut tirer des considérations afférentes à Vindividu {âge, santé, constitution, hygiène, etc.), la syphilis est parfois grave ou légère sans qu'on puisse en déterminer le pourquoi. Les raisons de ces formes inégales nous échappant d'une façon absolue, nous supposons, faute de mieux, qu'elles résident dans une façon d'être originelle de la diathèse, dans une modalité occulte de l'infection, et provisoirement du moins nous admettons que le pronostic de la syphilis peut varier suivant des conditions propres à la maladie. Ce que peut avoir de légitime une telle hypothèse, je ne saurais le dire . Toujours est-il que, cliniquement, en l'absence de toute cause appréciable, la vérole est très inégale d'un sujet à un autre. C'est ainsi, à ne parler même que des termes extrêmes, qu'on la voit tantôt se borner à un petit nombre de manifestations légères, affecter avec une préférence marquée les formes les plus bénignes, puis s'éteindre (ou du moins paraître s'éteindre) comme un orage de courte durée; et tantôt, au contraire, sévir avec rage sur ses victimes, accumuler sans trêve accidents sur accidents, passer

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