‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 35 sur 252 · CARACTÈRE BÉNIN DE LA LÉSION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE BÉNIN DE LA LÉSION

Qu'est-il plus tard? Une petite érosion reposant sur une base épaissie.

El plus tard encore, à son summum de développement? Une plaie limitée, en général simplement érosive, indolente, sans tendance à s'étendre non plus qu'à se creuser; quelque chose comme un herpès élargi; quelque chose comme le pluâ superficiel et le plus bénin des traumatismes.

Puis, enfin, cette érosion se répare, se cicatrise. — Et tout est dit. C'est là toute la lésion. Le chancre est céla et rien de plus. ,

Ainsi, cette lésion, loin de s'étendre, se limite à des proportions exiguës ; — loin de se creuser, reste superficielle, effleurant ])lutôt qu'entamant les tissus; — loin de traîner en longueur, se juge avec une rapidité surprenante ; — loin d'être menaçante et relielle, ne demande qu'à s'cITacer, qu'à disparaître, qu'à guérir; et cela, même livrée à son impulsion propre, même en dehors de toute intervention curative. Ah! qu'elle répond mal, cette lésion, à sa dénomination étymologique! Qu'elle répond mal aux idées anciennes, aux idées généralement répandues dans le public et encore agréées de certains médecins, qui représentent le chancre comme un ulcère, comme un ulcère rongeur, à tendance destructive, comme un ulcère de physionomie sinistre, de curation longue et difficile, de nature essentiellement rebelle et maliune!

Aussi, messieurs — et ceci est un détail confirmatif que je ne

dois pas vous laisser ignorer, — aussi les femmes de cet hôpital,

pas plus que celles de la ville du reste, ne traitent-elles jamais de

chancre l'accident qui a servi d'exorde à leur maladie. Elles se

garderaient bien de l'appeler ainsi; le nom de chancre est celui

qu'elles lui donnent le moins, qu'elles ne lui donnent jamais. Elles

l'appellent toutes, invariablement, « un bouton ». Et quand elles

nous entendent le qualifier de chancre, elles se récrient, elles

protestent. « Ce n'est pas un chancre que j'ai eu, nous disent-elles,

car cela n'éthil rien, car cela a guéri tout seul. » Double raison

très significative à leurs yeux; double raison que vous retrouverez

dans la bouche des gens du monde et que tous vos clients vous

répéteront. Eh bien, loin d'être autant d'arguments conti'e

le caractère chancrcux d'une lésion, ce double- -Rrit r qu'elle FounNiEn. ' G

n'était rien » et « qu'elle a guéri seule », cette absence de gravité, celle symptomalologie anodine, sont au contraire autant de témoignages suspects, autant de présomptions en faveur du chancre. Car le chancre syphilitique, en définitive n'est que cela, messieurs : une lésion minime qui guérit toute seule, fort peu de hose au total, et, passez-moi l'expression, un boho plutôt qu'une maladie.

Si l'exposé qui précède a pu vous donner une telle opinion du chancre, je serai heureux d'avoir fait pénétrer dans vos esprits une vérité pratique des plus importantes, des plus essentielles, et malheureusement, je dois l'ajouter, des plus méconnues encore, môme de nos jours.

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