‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 42 sur 252 · VARIÉTÉS DE FORME. - CHANCRE ÉROSIF · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DE FORME. - CHANCRE ÉROSIF

Sachez donc bien, Messieurs, que le chancre syphilitique peut en certains cas, chez la lemme surtout, se réduire à des proportions véritablement extraordinaires comme exiguïté,

II. Variétés d'un autre ordre, suivant la forme anatomique de la lésion.

A ce point de vue, les différences multiples que présente le chancre peuvent se ranger sous quatre chefs, en constituant une série de types, auxquels sont applicables les dénominations suivantes :

1° Chancre érosif, dcsquamatif; 2° Chancre exidcéreux ; S° Chancre ulcéreux; A" Chancre papuleux.

Ces dénominations s'expliquent d'elles-mêmes sans commentaires.

Le chancre érosif est celui qui consiste simplement en une desquamation épidermique ou épithéliale, se bornant à dénuder le derme sans l'entamer. — Le chancre exulcéreux est celui qui attaque superficiellement le derme, qui l'effleure plutôt qu'il ne l'entame véritablement. — Le chancre ulcéreux est au contraire creux d'aspect, excavé, entaillé. Il fait ou paraît faire ulcère. Nous verrons dans un instant que le plus souvent il ne fait ulcère qu'aux dépens de son néoplasme propre et non au détriment des tissus normaux. — Enlîn, le chancre papuleux ou en plateau {ulcus elevatiim) est celui qui, surélevé au-dessus des téguments, bombé, proéminent, figure une sorte de petit disque ou de papule, tout à fait analogue à la lésion que je vous décrirai plus tard sous le nom de papule secondaire.

Quelques détails sur ces diverses formes du chancre.

Les deux premières sont de beaucoup les plus communes. îJuit fois sur dix, au moins, chez la femme, le chancre se présente sous la forme érosive ou exulcéreuse, c'est-à-dire ne consiste qu'en une érosion tout à fait superficielle, qui ou bien se borne à dénuder simplement le derme, ou bien ne fait que l'attaquer dans

FOUHNIER. o

CHANCRE ULCÉREUX.

ses couches les plus extérieures, Veflleurer seulemenl. à l'inslar d'un herpès, d'une égralignure, du traumatisme le plus léger, le plus bénin. Rappelez-vous bien cela. Messieurs, car le chancre érosif est le type habiluet du chancre féminin.

En quelques cas cependant, le chancre syphilitique de la femme affecte ou paraît affecter la forme ulcéreuse. En voici un bel exemple. Voyez ce cliancre situé à la partie supérieure de la petite lèvre gauche; il est évidemment creux, cai- son fond est de deux millimètres environ au-dessous du niveau des parties voisines. Il semble donc ulcéreux; d'aspect, on croirait qu'il a dû détruire, ronger en profondeur deux millimètres de tissus sains. A-t il rien détruit, a-t-il rongé autre chose que son tissu morbide propre? Je ne le crois pas; j'affirmerais même le contraire, et vous verrez que ma prédiction sera vérifiée par l'absence de toute cicatrice ^ Gommant donc se présente-t-il avec cette forme excavée, s'il n'entame pas les tissus sains? Je vais vous le dire.

Dans la plupart des cas où le chancre syphilitique alTecle la forme creuse, l'excavation qu'il constitue se fait aux dépens du néOjilasme sotis-chancreux, c'est-à-dire de l'induration chancreusîî. C'est ce néoplasme qui se ronge, qui se détj-uit lui-même, sinon en totalité, du moins partiellement et superficiellement. Presque toujours le travail ulcéreux se borne à attaquer la production morbide, en respectant les tissus sains. ■ — Gomment savez-vous cela? me diicz-vous peut-être. — Nous le savons, d'abord, parce que nous le voyons; cela n'i st pas un mystère, cela se voit, se touche. Il suffit de considérer le chancre avec attention pour bien se rendre comple que son ulcération intéresse un noyau dur, de formation nouvelle, et laisse indemnes les parties normales sous-jacentes. Nous le savons ensuite parce que le chancre ulcéreux se cicatrise presque invai'iablement sans déperdition de substance, voir-e sans stigmate , ce qu'il ne ferait pas évidemment si, au lieu de n'alTectcr qu'un tissu morbide épigé-

1. CcttR facile prophétie sVst réiilisée de tous points. Qncliiuos scinuinos plus tard h: chancre en (|iieslion élait ''i ' itrisé, ne laissant à sa suite qu'une macule rouge;itre latiucllc mèuic s'eifai^a bienteU d'une façon complète.

CHANCRE PAPULEI X. 115

néLiqiic, il ulcérait, il délruisait, le derme cutané ou miiqueiix.

Lorsque le chancre se présente sous la forme ulcéreuse, il offre généralement des bords relevés, saillants, un peu moins rouges que les tissus voisins (en raison de la tension de la muqueuse sur un noyau d'induration exubérant). Ces bords sont adhérents et se raccordent presque toujours sans interruption, sans ressaut, sans arête, avec le fond de l'ulcéj'ation ; ils s'abaissent vers ce fond par une pente insensible, de façon que la lésion totale représente plus ou moins une sorte de godet, de cupule, de lampion (chancre dit cvpuli forme). — Très-commune chez l'homme, cette forme du chancre ne se rencontre chez la femme que d'une façon bien plus rare.

Ce qui, en revanche, est d'une observation habituelle, courante, chez la femme, c'est la forme 'populeuse du chancre, que déjà je vous ai signalée dans l'une de nos précédentes réunions. Il est très-fi équerit dans le sexe féminin que les chancres érosifs, voire les chancres ulcéreux, proéminent à un moment donné de leur existence, surtout à leur période de bourgeonnement terminal. Ils deviennent alors bombés, saillants, en forme de petits plateaux discoïdes, pi'csque identiques d'aspect avec la lésion dite communément /jf/jDif/e muqueuse, syphilide pajnilo-érosive., syphilicle populeuse liumide, etc.

III. Venons en troisième lieu aux variétés relevant du siège.

La condition dus/è(/<^estune de celles qui ii-fluent le plus activement sur la forme et la physionomie du chancre. Cela est si vrai que plusieurs chancres coexistant sur le môme sujet sont souvent très-dissemblables d'aspect lorsqu'ils n'occupent pas la même région; cela est si vr;ii qu'un chancre situé «sur les confins de deux départements anatomiques différents est parfois divisé en deux segments d'un aspect très-opposé. Voyez plutôt. Voici une femme affectée d'un chancre labial, lequel siège à la fois sur la peau et sur la muqueuse de la lèvre inférieure. Dans son segment muqueux, ce chancre consiste en une érosion ; dans son segment cutané, il est représenté par une croule. Quelle différence entre les deux moitiés d'une même lésion !

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