CINQUIÈME GROUPE : TYPE PUSTULEUX
SYPHILIDES PIJSÏULO-CRUSTACÉES.
Nous voici arrivés, Messieurs, dans cette revue rapide, au groupe le plus important des syphilides secondaires, le plus important en. ce qu'il comprend les formes d'éruptions les plus sérieuses, je dirai môme, pour quelques-unes, les plus graves.
Les syphilides jjiistulo-o'ustacées &onl dénommées de la sorte pour une double raison: parce que d'une part, objectivement, elles reconnaissent comme lésion originelle une pustule ; — parce que d'autre part elles aboutissent comme lésion consécutive à la formation d'une croûte. C'est sous ce dernier aspect, sous les apparences d'une éruption croûteuse, qu'elles se présentent presque toujours, la pustiile initiale n'étant qu'éphémère, la croûte au contraire étant permanente.
Avec non moins de raison elles pourraient être dites pustuloerosives ou pustulo-ulcéreuses, car leur revêtement croûteux n'est qu'un masque qui recouvre toujours une entamure du derme, soit superficielle, soit profonde.
Multiples d'aspect et de forme, elles n'en présentent pas moins un certain nombre de caractères génériques communs. Ces caractères essentiels, spécifiques, sont les trois suivants :
i° Elles débutent toutes par une pustule. Leur lésion primitive, élémentaire, c'est la pustule, c'est-à-dire, suivant la définition classique, « une petite collection purulente, arrondie et circonscrite, soulevant l'épiderme à la surface du derme enflammé )).
2° Elles sont toutes constituées après un certain temps par une croûte qui succède à la pustule originelle.
Cette croûte est constante. On la retrouve dans toutes les syphilides de ce groupe.
Elle se forme de l'une ou de l'autre des façons suivantes :
FOUHNIER. 90
3^fi SYPllILIDES l'USTULO-CRUSTACÉES.
Ou bien la pustule se crève sponlanémcnt ou est crevée par un froissement quelconque, et le liquide sécrété par la lésion sousjacente se concrète en une lamelle solide, plus ou moins épaisse, plus ou moins résistante, laquelle constitue ce qu'on appelle la croûte ;
Ou bien la pustule reste intacte, ne se déchire pas, mais se dessèche sur place en se laissant traverser par l'exsudation purulente, pour aboutir en définitive à la même production solide, au môme revêtement croûteux.
Élément sinon essentiel, du moins très important, des syphilides que nous allons décrire, cette croûte offre des variétés nombreuses comme forme, comme épaisseur, comme coloration, comme adhérence, etc. Les différents caractères qu'elle peut revêtir servent à définir et à classer les espèces de ce groupe éruptif.
3° Sous raspect de lésions croûteiises, ces syphilides allaquenL toutes le derme, pour Véroder ou Vulcérer à différents degrés.
C'est en effet le propre de toutes les syphilides puslulo-cruslacées d'entamer le derme. Seulement elles ne le font pas toutes de la même manière. Les unes l'effleurent superficiellement; les autres l'érodent d'une façon un peu plus profonde; d'autres enfin le creusent et l'ulcèrent.
Et comme toute plaie, superficielle ou profonde, est forcément suppurative, il suit de là que toutes ces syphilides suppurent. La preuve en est facile à donner. Soulevez avec le doigt ou détachez avec un cataplasme la croûte de l'une de ces éruptions, toujours sous cette croûte vous trouverez du pus, toujours vous trouverez une plaie suppurant à la façon de toute plaie, spécifique ou vulgaire.
Les syphilides de ce groupe sont très nombreuses comme formes et comme variétés. C'est vous dire à l'avance qu'on a imaginé pour elles nombre de divisions et de classifications. De ces classifications la moins compliquée est, à mon sens, la meilleure. Dans cette pensée, je vous proposerai la suivante qui est très simple, qui suffit amplement à la pratique, et dont les termes empruntés à la dermatologie commune ont l'avantage de rappeler immédiatement à l'esprit des formes éruptives connues.
SY1>111L[I)E ACNÉIFORME.
Syphilides pustulo-crustacées.
il» Syphilide acriéiforme.
'2° Syphilide impéiufmeuse.
3° Syphilide ecthymateuse.
Nous allons successivemenl passer en revue ces diverses lésions.
1° Sypliilïtlo acnéiroriuo.
Variélé peu commune et très bénigne comme forme. Quelques mots suffiront à en spécifier les caractères.
Elle est dite acnéiforme en raison de sa ressemblance avec l'acné vulgaire, dont elle reproduit assez bien l'aspect éruptif.
Comme l'acné vulgaire, en effet, elle est constituée par de petites saillies boutonneuses hémisphériques, d'un rouge sombre, du volume d'une tête d'épingle, d'une moitié de pois; saillies dures à leur base, surmontées à leur sommet par une collection jourulente minime, laquelle soulève l'épiderme et dégénère après un certain temps en une croûtelle brune ou ambrée, mince, adhérente. Cette croûtelle enfin recouvre une érosion superficielle du derme. — C'est là toute la lésion.
La phase régressive de l'éruption est tout aussi simple. La croûtelle se détache et le bouton s'affaisse. Reste une macule qui s'efface, puis une' cicatrice légèrement déprimée, qui disparaît le plus souvent*.
1. L'acné vulgaire, seule, pourrait être confondue avec la variété de syphilide que nous venons de décrire. Elle s'en distingue toutefois très aisément, en général du moins, grâce aux caractères suivants, qui, sans parler même d'autres détails objectifs, lui impriment une allure, une physionomie toute particulière :
l» C'est une éruption essentiellement chronique, chronique par excellence, débutant souvent dans la jeunesse, pour se prolonger d'un façon presque indéfinie jusque dans l'âge mûr ;
2" C'est une éruption affectant avec une prédilection marquée certains sièges bien connus : le front, les épaules, le dos, la partie supéro-antérieure du thorax ;
3' C'est une éruption toujours composée d'éléments de divers âges, les uns en complet développement, les autres en voie de résolution, d'autres arrivés à Tétat de cicatrices, etc. ; de là un aspect assez particulier de l'éruption, comme ensemble, comme phpysonomie générale.
L'acné syphilitique, inversement, est essentiellement transitoire et relativement aiguë; — elle n'a pas de localisations aussi précises, elle est plus disséminée; — elle
308 SYPHILIDES P U STULO-CH UST ACÉES,
L'acné syphililiqiic est presque toujours discrèle. — Elle affecte comme sièges plus habituels la face, le cuir chevelu, le thorax et le cou. — Elle est, je crois, plus commune chez la femme que chez l'homme.
C'est une forme d'éruplion qui ne se montre qu'assez rarement isolée. Le plus souvent elle coexiste avec d'autres formes éruptives, notamment avec telle ou telle variété des syphilidespapuleuses.
Bénigne par elle-même, elle ne comporte non plus aucune indication sérieuse au point de vue du pronostic général de ladiathôse.
2° Sypliilidn liiipétigiiicnsc.
Cette forme éruptive est dite impétigineuse en raison de sa res semblance avec l'impétigo vulgaire.
C'est une syphilidcpustulo-crustacée. Elle se différencie des autres variétés du même groupe par les caractères suivants :
i" En ce qu' elle débute par des pustules généralement petites, multiples et groupées, toutes réunies au voisinage les unes des autres sur une aréole rouge qui leur est commune;
2" En ce que plus tard elle est constituée par des croûtes d'un aspect assez particulier , granuleuses, boursouflées et ocreuses.
Ces croûtes, qui succèdent de bonne heure aux pustules, présentent presque toujours une certaine étendue, parce qu'elles sont le résultat de plusieurs pustules voisines réunies, fusionnées. — Pour la même raison encore elles sont granuleuses, car les croûtelles voisines qui les constituent conservent tout en se fusionnant le cachet de leur indépendance première, ce qui donne à la lamelle croûteuse totale un aspect inégal, composé, mamelonné, granuleux en un mot. — De plus, ces croûtes, au lieu d'être lamelleuses et plates, sont généralement épaisses, comme boursouflées, en même temps que sèches, poreuses, cassantes. — Enfin, elles se présentent presque toujours avec une coloration plus ou moins jaunâtre, ou d'un brun clair, comme ambré. Cette prédise compose d'élémcnls éruplifs de môme âge, au mAme degré de développement, etc. ' Voyez, comme exemple de cette sypliilide, au musée de l'iiôpital Saint-Louis (collée lion particulière) la pièce portant le n" 323.
SYPUlLIDIi IMPÉTIGINEUSE. 309
leclion de l'impéligo syphililiquo pour les leintcs ocreuses le différencie d'autres éruptions voisines, telles que l'ectliyma, par exemple, dont les croûtes sont généralement d'un ton plus l'oncé, brunes ou même d'un brun presque noir*.
Sous les croûtes, le derme est attaqué, mais il ne l'est en général que superficiellement. Quelquelbis même, lorsque l'affection date d'un certain temps, l'érosion sous-jacente à la croûte, au lieu d'être déprimée, devient au contraire légèrement convexe, bombée, exhaussée, comme papuleuse;de telle sorte que, mise à nu par la chute de son revêtement croûteux, elle figure une véritable papule muqueuse du derme cutané.
Aussi la croûte de l'impétigo syphilitique surmonte-t-elle l'érosion dermique sans être encadrée, enchâssée par elle; condition qui la rend nécessairement peu adhérente, facilement caduque.
Cette forme de syphilide n'a que fort peu de tendance à se généraliser. Presque toujours elle reste circonscrite, partielle.
Comme siège, elle offre une préférence marquée pour certaines régions, à savoir : en première ligne, les parties velues (cuir chevelu, surtout au niveau de la nuque ou de la ligne d'implantation des cheveux : barbe ; sourcils ; mont de Vénus) ; — en second lieu, la face tout entière, et plus spécialement encore le front, les ailes du nez, les commissures labiales, le sillon mentonnier. — Elle est rare au contraire sur les membres, inconnue sur les extrémités.
1. La croûte de l'impétigo se différencie en général de celle de l'ccthyma par une série de détails objectifs que résume le tableau suivant :
CROÛTE IMPÉTIGINEUSE :
I. — Croûte épaisse, inégale, mamelonnée, comme boursouflée, granuleuse ;