‹ Lecons cliniques sur les maladies des enfantsChapitre 46 sur 66 · MAL DE POTT · texte numérisé non relu

MAL DE POTT

droite comme à gauche, en haut comme en bas, en avant comme en arrière et sur les côtés ; en raison aussi de la longue durée de sa maladie, nous agitâmes un instant la question de savoir s'il s'agissait bien là d'une bronchopneumonie purement grippale ou, au contraire, pérituberculeuse.

Le père de cet enfant était mort, en effet, d'une maladie abdominale longue et de nature indéterminée.

J'eus néanmoins la satisfaction devoir, par la suite, notre malade revenir à la santé et l'apyrexie s'établir définitivement.

Son cœur toutefois s'était hypertrophié. Il en souffrait beaucoup. Il était, aussi, essoufflé à la moindre marche et bientôt il ne tarda pas à s'ahter de nouveau avec, cette fois, tous les symptômes d'une pleurésie double avec épanchement, droite surtout, et parfaitement caractérisée.

Il existe encore aujourd'hui de ce côté, à la base et en arrière, des adhérences pleurales nombreuses.

Rapidement guéri de sa pleurésie, ce malade resta très anémié. Les forces lui faisaient complètement défaut et il refusait de s'amuser avec ses camarades.

Je lui conseillai de se promener plusieurs heures par jour avec un bâton placé en travers derrière le dos et maintenu dans cette position avec les deux bras, les avant-bras fortement ramenés en avant, et cela afin de détruire ou d'empêcher, en dilatant le thorax, les adhérences pleurales.

Bientôt le malade commença à se voûter et se plaignit de douleurs très vives dans les Injpocliondres, droit et gauche.

Il n'y avait à cela rien de bien surprenant, son cœur droit ayant pu être forcé par le fait de la géne circulatoire

résultant elle-même de labroochopneumonie et de la pleurésie double. Je pensai donc que nous étions en présence d'un foie et d'une rate cardiaques.

Le ventre était très ballonné, très douloureux par moments, et h'ienlùl une diarrhée rebelle vint nous faire songer à la possibilité de l'existence actuelle, et peut-être antérieure, du carreau.

Ce malade nous avoua, en effet, qu'ayant été mis en nourrice, on lui avait donné à manger de très bonne heure ^ et que, depuis lors, il avait le ventre gros et, par moments, . douloureux.

Certain jour (février 1891), à la visite, grande fut ma; surprise de constater, au-dessus de l'ombilic, la présence t d'une tumeur transversale de 3 à 4 centim. deliaut, s'éten-dant à droite et à gauche de la cicatrice ombilicale.

L'enfant nous raconta qu'il ne pouvait pas rester aui lit, que le décubitus dorsal lui causait de vives douleurs et; qu'il n'était pas plus tranquille lorsqu'il se couchait sur le ventre.

Il préférait de beaucoup rester assis sur une chaise, le tronc un peu incliné du côté gauche.

Je pensai dès lors que nous pouvions avoir affaire à une adénite mésentérique sup purée.

Je fis prendre de nouveau la température à partir dei ce moment-là, en raison du léger mouvement fébrile qu'ac-: cusait, à la main, la chaleur de la peau.

Le malade, pendant plus d'un mois, eut une température vespérale oscillant entre 38 et 39°, tandis que celle d matin était aux environs de 37° et même, le plus souvent] au-dessous. Nous étions alors à la fin mars 1891.

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Un matin (avril 1891), M. Gonzalez, alors interne du service, uic fit remarquer qu'en pressant la paroi abdominale au pourtour de l'ombilic, à droite et à gauche de la tumeur, on faisait sourdre une gouttelette de pus par un tout petit pertuis situé au fond même de la cicatrice ombilicale.

Le pus ne sortait jamais spontanément. Pour le faire apparaître il fallait presser assez fortement avec les deux mains appliquées à plat de chaque côté de l'ombilic et simultanément ramenées vers celui-ci.

Quand, momentanément, l'orifice s'obstruait, l'évacuation purulente s'arrêtait aussitôt et la fièvre s'allumait pour vingt-quatre ou quarante-huit hernies, jusqu'à ce que la perméabilité fût rétablie.

Je fis placer alors un drain dans l'orifice et, matin et soir, on pratiqua dans le foyer purulent des injections antiseptiques avec de l'eau boriquée à 4 "/g, après lesquelles l'ombilic était recouvert de gaze phéniquée et de ouate hygroscopique.

Il était cependant, dans cette hypothèse, difficile, pour ne pas dire impossible, de s'expliquer la sortie du pus sans péritonite; apparente du moins, alors surtout que les ganglions mésentériques sont éloignés de la paroi abdominale antérieure, dont ils sont séparés, à ce niveau, par toute l'épaisseur de l'intestin grêle, d'où l'évacuation plus fréquente et plus naturelle, par ce dernier, des collections purulentes ganglionnaires du mésentère.

Comment enfin, étant donnée la mobilité de l'intestin, comprendre la fixation, en un point quelconque delà paroi abdominale et au niveau de l'ombilic en particulier, delà partie inalade ainsi que la perforation silencieuse non seulement du grand ôpiploon mais encore du péritoine pariétal ?

L'idée d'une j-j^mresze imrulente aurait pu venir un instant à l'esprit, mais en présence des symptômes fournis par l'auscultation je ne m'arrêtai pas un seul moment à ce . diagnostic.

Partout, en effet, on entendait le murmure vésiculaire. Les vibrations thoraciques existaient des deux côtés, normales à gauche, renforcées même à droite et à la base.

Le malade se plaignait, en même temps, d'une douleur assez vive lorsqu'on appuyait fortement le doigt sur l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre dorsale et de la deuxième lombaire.

En outre, il éprouvait des douleurs en ceinture principalement accusées au niveau des vertèbres douloureuses. De plus, il sentait des fourmillements dans les jambes et, lorsqu'il s'asseyait et que ses pieds portaient à faux sur le sol, ses jambes se mettaient à trembler aussitôt (trépidation épileptoïde).

Je crus immédiatement que nous étions en présence d'un mal de Pot t.

Je m'expliquais ainsi plus facilement le trajet suivi par le pus. Celui-ci, s'accumulant le long de la colonne vertébrale au-dessus du diaphragme, à droite surtout (d'où la pleurésie plus marquée de ce côté), puis rencontrant d'abord la face supérieure de cette cloison musculaire qu'il devait traverser par l'un des nombreux orifices (vasculaires ou autres) qui le perforent, ensuite la convexité du foie et son ligament suspenseur, passait très probablement entre les deux feuillets de ce dernier et venait, en suivant la veine ombilicale et le repli péritonéal qu'elle détermine, se faire jour précisément à l'ombilic.

La gibbosité vertébrale observée chez cet enfant, la douleur principalement accusée au niveau de la troisième

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