CONDITIONS POUVANT SIMULER L'ASCITE
la vessie distentlUe pour une ascite, ou même pour tout autre chose qu'une vessie distendue; une pareille méprise a cependant été plus d'une ibis commise, et il n'y a pas de doute que la vessie ne soit susceptible, dans des cas rares, de se distendre énormément au point de remplir une grande partie de l'abdomen et de simuler une ascite ou des tumeurs kystiques. Nous savons, sur l'autorité de Sir Everard Home, que John Hunter aune fois ponctionné la vessie distendue croyant avoir affaire à une ascite, et en m'appuyant sur ma propre expérience je suis porté à penser, avec Sir Thomas Walson, que des méprises de ce genre ne sont pas rares dans la pratique privée (1). Elles peuvent se présenter d'autant plus vraisemblablement que le malade rend souvent une quantité suflisante d'urine normale. Je connais un de nos plus éminents chirurgiens qui a ponctionné la vessie en croyant avoir affaire à une volumineuse tumeur hydatique. Vous pourrez juger du Volume qu'avait pris la vessie dans ce cas lorsque je vous aurai dit qu'on en retii-à pliis de treize litres de liquide à l'aidé d'un petit trocart introduit à mi-chemin de l'ombilic et du stei-niim. Ce cas a une telle importance au point de vue du diagnostic que je ne croirai pas gaspiller votre temps en vous le rapportant en détail (v. plus loin, obs. CXLIX). L'observation CL est encore un autre exemple d'une pareille méprise. Je puis également vous citer un cas qui s'est présenté dans ma pratique, il y a quelques années, où une dilatation sacciforme de la vessie chez un homme de soixante-huit ans prit un tel développement qu'elle forma une tumeur volumineuse dans la région iliaque droite, qui comprima la veine fémorale et détermina une thrombose de ce vaisseau, avec gonflement douloureux de la jambe (2). Les cas de distension de la vessie seront distingués de l'ascite par les caractères suivants :
1° Il y a de la matité à l'ombilic et les intestins sont refoulés en haut et sur les côtés.
2° Avant que la maladie soit avancée, on constate une tumeur centrale circonscrite, contenant du liquide et s'élevant du pubis.
3° Dans la plupart des cas, il y aura eu, â uiie certaine période de la maladie, des symptômes de rétention d'urine ou quelque autre trouble du côté des voies urinaires, bien que ces symptômes puissent avoir cessé • au moment où le malade se présente pour la première fois à votre observation.
4° Des cas de ce genre sont très-communs chez les vieillards affectés d'hypertrophie de la prostate; on n'a pas à penser à un kyste de l'ovaire,
(1) Lect. on Pracl. of Physic, 5"' éd., t. Il, p. 445.
(2) Dans ce cas également, le malade rendait librement de l'urine normale, et paraissait n'avoir aucun symptôme urinaire. Le Icyste fut ponctionné à mi-ciicmin entre le pubis et l'épine iliaque, et on en retira environ 320 grammes d'urine. L'opératiou n'eut aucune suite fàcbcusc. Le cas est rapporté au long dans les Palholo(jkal Transacl., t. XIV, p. 133.
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qui simulerait le mieux les caractères présentés par la distension de la vessie mais toutes les fois que, d'après les circonstances, il existe quelque doute pour savoir si l'augmentation de volume est dû à la vessie, on peut le lever en introduisant un long cathéter prostatique et en l'enfonçant le plus loin possible. Avec un cathéter ordinaire, on n'obtiendrait que quelques onces d'urine, ce qui n'influencerait pas la tumeur, car comme l'a montré Deschamps il y a longtemps (1), dans ces cas, la vessie se recourbe sur elle-même, de façon que la plus grande partie de ce viscère se trouve séparée du col, qui est également assez distendu pour contenir quelques onces d'urine.