‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 196 sur 207 · TRIANTE ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRIANTE ET UNIÈME LEÇON

Folie tuberculeuse.

Messieurs,

Dans le cours des recherches que j'ai faites, il m'est arrivé de pouvoir observer des cas qui tiennent, d'une part, de la paralysie générale par quelques symptômes et par quelques lésions; d'autre part, de la folie simple monomaniaque par quelques signes, et qui cependant diffèrent de ces deux classes principales par leur nature, leur marche, et par les lésions anatomiques.

Ces cas doivent, ainsi que je vais vous l'exposer, être rattachés à la tuberculisation, et pourraient être désignés du nom de folie tuberculeuse.

Je ne prétends pas vous parler de faits qui n'ont jamais été entrevus. Je sais que la tristesse, une sorte de mélancolie, accompagne ordinairement la tuberculisation pulmonaire commençante; je sais que le délire est observé dans la méningite tuberculeuse, et qu'il y a un moment où l'on remarque, chez les enfants atteints de cette dernière maladie, moins de netteté dans les idées; je sais aussi que le délire a été décrit chez des tuberculeux dont l'affection est arrivée à une période avancée; mais je n'ai en vue qu'une variété de folie que j'appelle tuberculeuse. Je vous décrirai ses lésions spéciales, ainsi que les différences qui la séparent d'autres folies, tout en ne dissimulant pas les différences du diagnostic.

La folie luherculense est toujours de fonne li/penniniatjue; elle suppose des antécédents héréditaires ou même personnels, tuberculeux ou névropathiques.

Les symptômes mentauxles plus importants consistent ordinaire-

FOLIE TUBERCULEUSE

mont, sinon toujours, en hallucinations, de la vue surtout, de nature terrifiante ou triste; en agitation, en stupeur consécutives; en violences, en nnenaces, en idées de suicide. Ces phénomènes mentaux sont quelquefois compliqués d'une céphalalgie lourde dont les malades parlent dans les moments d'amélioration.

J'ai examiné, avec le docteur Galezou ski, les papilles optiques 'de l'une de ces malades qui avait des hallucinations de la vue et de l'amblyopie; nous n'y avons pas vu de lésions. Les tracés sphygmographi(iues ne m'ont rien appris dans ces cas.

Je ne vous exposerai pas en détail toutes les formes secondaires que présente le délire de ces malades, et les idées variées de persécution qui les poursuivent ; de même que, dans les autres variétés de folie, il existe des conceptions délirantes primaires, et d'autres secondaires, tertiaires, etc.

Cette variété de folie s'accompagne quelquefois (et c'est là une de ses particularités) d'idées de satisfaction, de richesse, qui font qu'il est alors difficile de la' distinguer de la paralysie générale; ainsi, une malade parlait de 33 millions qu'elle avait payés; elle parlait des princes d'Orléans, dont elle confectionnait « toutes les brosseries)». Mais cette femme n'a jamais présenté d'inégalité pupillaire, de trouble de la parole, de tremblement delà langue et des lèvres, de perte de la mémoire, et enfin de perte du sens de l'odorat, signe que je considère comme un des plus importants pour la reconnaissance de la paralysie générale au début, parce que, lorsqu'il existe, il est le résultat du ramollissement des nerfsolfactifs, consécutif lui-même à l'inflammation des méninges qui couvrent les circonvolutions satellites des nerfs olfactifs. En dehors de certaines conceptions délirantes, telles que ces idées de grandeur, que la croyance que son mari est fou; a, selon son expression pittoresque, /^f/m^'^^r un eliamp de fèves, cette malade était une monomancdans toute l'acception du mot.

La folie tuberculeuse se rapproche bien plutôt de la folie simple névropathique par ses symptômes, sa tournure d'ensemble; mais, d'un autre côté, on observe des signes spéciaux, au point de vue de la détermination de lésions cérébrales et spinales, de nature tuberculeuse : ainsi, ces malades ont eu, ou bien ont du prolai)Sus de la paupière supérieure, des paralysies partielles et incomplètes d'un

FOLIE TUliEMCLLEUSE.

nerf de la l'ace, des nerfs d'un membre supérieur. Ils ont encore des vomissements, des périodes de fièvre intense, de la fièvre le soir (jusqu'à 39 degrés dans l'aisselle) et des sueurs nocturnes.

La maladie procède par accès qui se reproduisent à des intervalles très variables, et dont la physionomie indique suffisamment, chaque fois, un état fébrile pendant les accès; les pupilles sont dilatées.

J'ai vu deux de ces malades, dont l'affection ressemblait à la folie névropalliique, présenter, à certains accès, de Vamblijuiiie, de Y impossibilité de distinguer les couleurs, en même temps que de la faiblesse du membre supérieur gauche, et de la fièvre.

Ces malades ont souvent des abcès de longue durée, à tendance fistuleuse, des caries osseuses de nature tuberculeuse, des eschares Siu coude, avec lésions de l'olécràne ; leurmaigreur est grande, la peau pâle, fine.

On constate au sommet des poumons des signes d'induration pulmonaire, et môme de ramollissement du tissu.

La laryngite chronique est fréquente chez eux ; la poitrine est plus ordinairement étroite, les ongles liippocratiques.

Des symptômes graves du côté de la moelle épinière ont éclaté chez une de mes malades âgée de trente-huit ans, ils ont facilité mon diagnostic.

Elle présentait, depuis quinze jours à trois semaines, un état apyrétique, affirmé par deux médecins qui l'avaient soignée, un amaigrissement considérable, des hallucinations de l'ouïe, des idées tristes, suivies de tentatives de suicide, et de l'agitation excessive, alternant avec de la stupeur anxieuse, du prolapsus des paupières supérieures.

Je constatai, à mon premier examen, des signes d'infillration tuberculeuse au sommet d'un poumon. Il survint des vomissements, une fièvre intense, et, plus tard, une parésie partielle d'un membre; de l'hyperesthésie spinale très vive, des douleurs en ceinture, de l'hyperesthésie croisée excessive du membre inférieur droit et du membre supérieur gauche ; de la précipitation et une irrégularité considérable des battements du cœur, et des syncopes de la nature la plus grave, symptômes qui me permirent d'affirmer qu'une poussée tuberculeuse spinale était venue compliquer la tuberculisation céré-

l'OfJE TUBERCULEUSE.

brale. L'autopsie le démontra après deux mois et demi de maladie. Voici les dessins faits sur les pièces fraîciies :

Première forme (le lésions. — Je pus observer chez elle une première forme des lésions anatomiques de cette folie. De la méningite était plus spécialement manifeste au niveau des circonvolutions pariétales. On trouvait quelques tubercules miliaires, arrondis, demi-transparents, grisâtres, du volume de petites têtes d'épingle, dans l'épaisseur de lapie-mère qui longe la scissure de Sylvius (leur siège de prédilection), et d'autres dans l'espace interpédonculaire. Il en existait encore dans la pie-mère quitapissait la face postérieure de la moelle épinière (régions cervicale et dorsale) ; cette membrane était notablement hyperliémiée, mais peu épaissie dans les parties même où je trouvai du tubercule.

Deuxième /orme de lésions anatomiques. — La méningite chronique peut exister chez les malades sans qu'on trouve des granulations miliaires dans la pie-mère, mais j'en ai rencontré dans la substance corticale.

J'ai consigné ici quelques détails empruntés à la relation d'une autopsie présentée à la Société anatomique en 1872, en mon nom et au sien, par M. Hanot, alors interne des hôpitaux, attaché à mon service.

Cette relation montre des lésions cérébrales dont l'existence et la nature n'auraient pu être soupçonnées sans le microscope. (Obs. L)

Troisième forme de lésions anatomiques. — La lésion tuberculeuse s'est présentée à moi sous une troisième forme, en petites masses, du volume d'un pois, qui s'étaient 'creusé une loge dans la substance corticale. Outre les lésions cérébro-spinales, ces aliénés offrent des lésions viscérales et osseuses de nature tuberculeuse.

Les faits que je viens de vous exposer m'ont paru présenter un certain intérêt, et par l'appui qu'ils apportent aux opinions controversées de M. Moreau (de Tours), et par leur importance propre.

M. Moreau s'est efforcé, en effet, dans ses travaux sur la psychologie morbide et sur l'hérédité, de faire ressortir l'influence héréditaire de la phthisie sur le développement de la folie. Cette pensée, déduite avec réflexion de nombreuses observations, a été tout d'abord

FOLIE TUBERCULEUSE

rejelée comme hypothétique; mais l'attention avait été attirée surce point de doctrine, et un nombre suffisant de médecins en ont, depuis, reconnu la justesse.

Il est à noter que la folie et la phthisie présentent quelquefois une alternance véritable.

Nous avons tous pu observer des cas d'individus guérissant de la folie pour mourir de phthisie pulmonaire, et réciproquement. Guislain a vu une femme qui, à la suite d'une grande frayeur, tomba dans une mélancolie avec stupeur qui dura quatre ans : au bout de ce laps de temps, elle fut prise de phthisie pulmonaire, et la folie cessa. L'alternance se reproduisit trois fois.

J'ai vu moi-même une jeune femme qui, à deux reprises différentes, offrit les symptômes les plus graves de tuberculisation pulmonaire aiguë, et qui, à deux fois, fut prise de folie lypémaniaque suraiguë, en même temps que les symptômes pulmonaires graves cessaient.

Schroder van der Kolk a donné de ces faits une explication qui paraît bien hypothétique, et que mes recherches anatomo-pathologiques n'ont point confirmée.

Pour lui, la folie, ainsi que la tuberculisation pulmonaire, sont la conséquence d'un excès d'excitabilité du bulbe et du pneumogastrique.

De même que la maladie de poitrine doit être alors considérée, dit-il, comme le symptôme périphérique d'une affection de la moelle allongée, aussi bien que la glycosurie, de même la folie est, dans ces cas d'alternance, la conséquence d'un état morbide du bulbe.

L'explication, toute ingénieuse qu'elle est, ne me semble pas pouvoir tenir devant les faits nombreux de délire et de folie cédant momentanément à une affection intercurrente fébrile non tuberculeuse, à une fièvre éruptive, à un rhumatisme articulaire aigu, à une suppuration abondante, et devant les observations où l'on constate en même temps des phénomènes pulmonaires et cérébraux, et enfin devant ces résultats des autopsies que j'ai faites dans ces cas de folie, à savoir : que les poumons, le cerveau et ses enveloppes sont atteints de tubercules pulmonaires. Il y a, du reste, des faits d'alternance apparente qui peuvent dépendre d'une plus grande

FOLIE TUBERCULEUSE

intensité passagère des phénomènes dans un organe ou dans un autre.

Morel a observé aussi deux cas de folie chez les tuberculeux, et il pense que le trouble mental peut tenir aux désoi'dres que la difficulté de la respiration doit amener dans la circulation et dans la nutrition du cerveau, et parfois aune méningite tuberculeuse; mais Morel pensait surtout que la folie pouvait survenir chez des phthisiques épuisés par des hémoptysies et des hémorrhagies, et tel n'est pas le mode pathogénique qui fait l'objet de ma leçon.

A la réalité d'une folie tuberculeuse, déterminée primitivement par la tuberculisation, on pourrait m'opposer que j'ai observé quelques-uns de ces aliénés, devenant vers la fin, et parle fait des progrès de la maladie, atteints de tubercules pulmonaires.

Ce ne sont pas ces cas que j'ai en vue, mais seulement ceux où, dès l'origine de la folie, et bien avant la cachexie qu'elle amène à la longue chez quelques malades, l'aliénation mentale et la phthisie pulmonaire marchent de pair, et viennent vous confirmer une fois de plus ce grand principe d'observation découvert par Louis, que les poumons présentent toujours du tubercule lorsqu'il enexistedans d'autres organes.

Les faits dontje parle n'ont pas davantage de rapport avec le cas de paralysie générale, où l'on observe, sur l'épendyme des ventricules latéraux et du quatrième ventricule, les granulations transparentes fines décrites par Joire.

Cet exposé historique et critique me semble laisser entière cette variété de folie tuberculeuse qui, avec ses caractères anatomo-pathologiques, se rapproche de la méningite tuberculeuse plus que du tubercule isolé, et qui la font ressembler, à ce point de vue anatomique, à la paralysie générale, quoiqu'elle en diffère par ses symptômes.

Les recherches anatomiques récentes de Grancher et de Thaon, sur le tubercule et sur l'inflammation spéciale dont il est la manifestation, m'autorisent, du reste, à penser que les malades seraient probablement devenus paralytiques généraux, si la maladie inflammatoire cérébrale n'avait pas trouvé chez eux un terrain favorable au développement du tubercule; et, comme appui à mon

FOLIE TUfiEIlCLLELSE

opinion, j'ajouterai que ces aliénés préseiilent de temps en temps de l'excitation cérébrale, des violences subites, des cris, sans rapport avec des hallucinations, qui sontle fait de congestions cérébrales, qui s'accompagnent de fièvre, et qui présentent de l'analogie avec certaines poussées congestives que l'on observe chez des paralysés généraux.

Le traitement qui réussit le mieux consiste en applications de vésicatoires permanents à la nuque et à l'occiput, préalablement rasés; en préparations sédatives du cœur et du système circulatoire.

Mais l'état aigu et le délire même passés, les malades conservent un état d'intériorité mentale qui les rend incapables de rentrer dans la société ou d'y reprendre avec l'rnit leurs occupations. Il survit une sorte d'enfantillage. La spontanéité, l'esprit d'mitiative manquent ; leur physionomie reste tout à la fois étonnée et mélancolique; leur maintien est raide et sans souplesse, et, enfin, tout en reconnaissant qu'ils ont été malades, ces aliénés se souviennent incomplètement de leurs hallucinations et de leurs conceptions délirantes passées.

En résumé, il existe une variété de folie tuberculeuse des adultes, caractérisée par du délire lypémaniaque, des hallucinations de la vue seulement, des conceptions délirantes de nature triste qui poussent les malades au suicide, rarenionl par des idées derichesse, et qui se reconnaît, d'un autre côté, à des symptômes appartenant à la méningite tuberculeuse, tels que des parésies partielles de la face et des membres, à la tnberculisation des poumons et des os, et à la méningite spinale tuberculeuse ; ou bien les lésions anatomiques sont comparables à celles de la paralysie générale ; mais elles s'en distinguent par l'existence de granulations tuberculeuses dans les capillaires de la substance corticale; ou bien les altérations anatomiques sontcellesde la méningite cérébro-spinale tuberculeuse ; ou bien encore elles consisLcnt en petites masses tuberculeuses isolées visibles à l'œil nu dans la substance corticale.

Cette variété de folie peut être arrêtée dans sa marche, mais les malades conservent de l'infériorité mentale qui atteste que la siibslance cérébrale a subi une lésion définitive.

Cette variété de folie n'a aucun rapport avec la folie qui survient

VOISIN. — Lcroiis cliiiiiiues.

FOLIE TUBERCULEUSE

chez les malades atteints de tuberculisation pulmonaire à une période avancée de leur affection. Les lésions sont alors celles que j'ai décrites plus haut (1) et dans mon mémoire lu à l'Association pour l'avancement des sciences (2).

Voici quatre observations à l'appui :

Obs. L — Folie héréditaire. — Tuberculose cérébrale, pulmonaire et osseuse. — Folie lypémaniaque. — Halliicinalions. — Quelques idées de grandeur. — Agitation excessive. — Formation de nombreux abci^s. — Mort. — Autopsie. — Tubercules pulmonaires cérébraux, osseux, méningo-encéphalite tuberculeuse. (Pl. V, lîg. 5.)

La nommée R..., âgée de trenle-huit ans, est entrée, dans mon service de la Salpê- Irière, le 10 avril 1872, dans nn état d'agitation des plus grandes. — Sa taille est moyenne ; elle est maigre, très mobile, parle continuellement à voix basse. Le crâne est petit, rond ; les oreilles sont fines; la gauche surtout est comme évidée. Les trails sont réguliers; les pupilles égales, contractiles, moyennes; la vue, l'ouïe et l'odorat sont normaux.

La langue tirée hors de la bouciie ne tremble pas. Pas de ganglions cervicaux postérieurs; la force musculaire des membres est grande.

Pas d'hyperesthésie le long de la colonne vertébrale. Ecchymoses nombreuses sur le tronc. Pas de souffle anémique ni organique au cœur ni au cou. Difficulté d'examiner les sommets des poumons. Pas d'augmentation du volume du foie. La miction urinaire et la défécation ne présentent rien d'anormal.

La parole est très nette. La malade parle de machinations dont elle a été l'objet, de gens qui la poursuivent, de voix qu'elle entend, de coups de pied, de violences dont elle a été l'objet.

Elle passe très rapidement d'un sujet à un autre, elle parle de quatre commissaires.

€ On m'a tuée, dit-elle, on m'a étranglée. » Puis elle parle de son mari, avec lequel elle a toujours été heureuse, riche, en travaillant toujours chez des personnes bien élevées.

De temps en temps, elle pleure à ciiaudes larmes, « dit que son mari est tombé en enfance d'un seul coup. » Il a reçu un coup à la téle, et puis aussi, c'est, dit-elle, la fermentation des fèves. »

Elle nous explique cette expression en disant que la fermentation des fèves donne des congestions cérébrales et qu'elle a .lieu au printemps. « Ça fait, ajoute-t-elle, tondjer d'apoplexie foudroyante les gens ahuris et faibles d'esprit. »

Elle nous dit que sa mère est morte de Iluxion de poitrine ; son père, d'une tumeur du foie; qu'elle est l'aînée de six enfants; qu'elle a une sœur avec laquelle elle est brouillée ; puis elle interrompt ce récit pour nous parler du duc d'Aumale, du prince de Joinville, « dont elle confectionne toutes les brosseries. » Elle n'a aucunement conscience de son état maladif.

(Ij Voy. p. i)8.

(2) Association f'rmiraise pour l'tivancemenl des sciences : Congrès de Bordeaux (1872).

OBSERVATIONS

Diamètre antéro-posiérieur maximum 163 millim.

— bipariétal — 141 —

Courbe occipito-frontale totale 300 —

Circonférence horizontale totale 550 —

' ' - — — à sa partie antérieure. 250 — Température en arrière de roreiile droite. . . . 35", 4 — — de l'oreille gauche. . . 34», 8 axillaire ST^S

J'apprends quelques jours après, par son mari, qu'un de ses frères s'est asphyxié étant fou, qu'une de ses sœurs a eu des attaques convulsives et a été aliénée pendant huiljours; qu'elle-même a eu une pleurésie à droite ; qu'elle a toujours été chélive; qu'elle a toujours été excessivement portée aux plaisirs sexuels ; qu'elle est bavarde; que son langage est exalté. Aménorrhée depuis onze ans. Pendant le siège, elle a commencé à parler d'une façon incohérente et intempestive, à voir la nuit des fantômes et un homme qui devait l'arrêter : elle s'est encore exaltée pendant la Commune.

Traitée par les bains. Aggravation depuis trois mois. Enlin, il y a quinze jours, elle s'est livrée à des violences envers son mari, conli'c sa sœur, contre un jeune apprenti.

11 y a dix jours, elle a eu des hallucinations très intenses de la vue ; s'est livrée avec son mari à des plaisirs sexuels effrénés; et le lendemain, elle s'e.st laissée aller en public à des actes impudiques vis-à-vis de jeunes garçons. Elle a dit, en dernier lieu, à son mari, qu'elle avait gagné 32 millions (.c'était 32 sous).

Traitement. — Tîains, injections sous-cutanées de morphine. Application d'un vésicatoire à la nuque, préalablement rasée.

15 avril. — Je constate aux sommets pulmonaires des râles lins et disséminés, et des signes d'induration pulmonaire peu avancée.

13 mai. — Même agitation. Diarrhée abondante.

5 juin. — N'est plus agitée.

12 juin. — Œdème des deux jambes. Urine anémique, non albumincuso, mais reu' fermant beaucoup de chlorure de sodium.

17 juin. — Râles sous-crépilants à la partie antéro-supérieure du poumon droit. Souffle tubaire â la partie postéro-supérieure du poumon gauche.

18 juin. — Agitation grande. Temp. axill., 38 degrés.

Je constate l'existence d'un abcès au coude droit, et l'abcès ouverl, de la carie de l'olécrâne.

22 juin. — Plusieurs abcès sous-cutanés, du volume d'une noix, se sont formés à l'épaule droite, â la fesse gauche, à la cuisse droite. Fièvre. Langue sèche, fuligineuse ; diarrhée et vomissements alternatifs. Amaigrissement considérable. Appétit conservé.

24 juin. — Formation de nouveaux abcès au cuir chevelu et dans le tissu cellulaire des membres. Môme état des poumons.

29 juin. — État général aussi grave; môme agitation. Nouveaux abcès dans les membres inférieurs.

La température oscille entre 37°, 8 et 38",5, le pouls entre 90 el 116. Mêmes craquements aux sommets pulmonaires.

2 juillet. — Maigreur considérable. Langue fuligineuse. Temp. axill., 38",7. Voix éteinte. Parotidite à droite.

FOLIE TUBERCULEUSE

Mort dans la journée.

Autopsie. — Dure-mère et arachnoïdes cérébrales saines.

On observe des adhérences partielles des méninges à la substance corticale. Ces adhérences n'existent pas plutôt dans les lobes antérieurs que dans les lobes moyens cl postérieurs, et chacune occupe une petite surface.

La pie-mère présente encore un certain nombre de petites granulations blanchâtres disposées le long des vaisseaux.

Au niveau des adhérences pariétales, les méninges présentent de toutes petites taches de rouille qui, au microscope, sont constituées, d'une part, par une grande (juantité de vaisseaux enroulés dans les parois desquels existent des noyaux fusiformes que le carmin colore, et, d'autre part, par des noyaux et des corps fusiformes que le carmin colore aussi.

Quel(iues-uns des capillaires présentent des dilatations ampullaires de la totalité ou d'une partie des vaisseaux.

L'examen au microscope de la substance corticale que l'on trouve adhérente aux méninges, préparée et durcie par les procédés classiques, renferme des noyaux et des (îorps fusiformes libres ou logés dans les parois vasculaires, ([u'ils épaississent considérablement. Ce sont des noyaux accumulés qui constituent, pour la plus grande part, les granulations de la pie-mère signalées.

Quelques préparations de cette substance corticale fronto-pariétale m'ont fait découvrir enfin des tubercules miliaires accolés aux capillaires, faisant corps avec eux, empiétant sur leur canal, et constitués, comme vous le savez, par une agglomération de corps fusiformes et de matière granuleuse, et ayant forme de corps ronds, à centre plus obscur que la périphérie.

En dehors des points où Ton voit ces tubercules, les parois des capillaires sont épaissies par des noyaux et des corps fusiformes disséminés ou en amas.

Un certain nombre de cellules cérébrales sont déformées, atrophiées, pigmentées.

Pas d'athéromes des vaisseaux de la base. Cœur sain.

Dans les deux poumons, mais surtout aux sommets, granulations grises disséminées; pas de cavernes. Des deux côtés, dans le cul-de-sac diaphragmatique de la plèvre, au niveau des deux ou trois dernières côtes, vers le milieu de l'arc costal, sur une étendue de 4. à 5 centimètres environ, adhérence intime du poumon, par l'intermédiaire des feuillets pleuraux, à la face interne des côtes correspondantes.

A droite, les trois dernières côtes, au même niveau, c'est-à-dire à leur portion moyenne, sont profondement altérées sur une même étendue de 4 à 5 centimètres ; les bords, les faces, sont rugueux par place; diminution de la largeur et de l'épaisseur; tissu raréiié, friable. En d'autres places, la plaque osseuse est épaissie par hyperoslose ; en quelques endroits, au niveau d'une sorte de nœuds d'épaississement, on trouve les côtes creusées de petites cavités du volume d'un gros pois, et analogues aux petites cavités qu'on observe dans les vertèbres atteintes de dégénérescence tuberculeuse; à gauche, les deux dernières côtes seulement sont altérées de la même façon, et sur une étendue de 3 centimètres.

Ces côtes baignent dans une poche de pus verdàtre, épais, formée en dedans par leur face antérieure dénudée, en dehors par les fibres correspondantes du muscle grand obliijue.

Nulle part, ces abcès ossifluents ne communiquent avec la cavité pleurale, ni avec le tissu cellulaire sous-cutané.

Les reins présentent la b^sion suivante : Dans la substance co: ticalc, à peu près à

OBSERVATIOlNS.

égale distance de la périphérie de l'organe et de la base des pyramides, se trouvent quelques petites masses spliériques du volume d'un pois environ, constituées par une substance semi-liquide jaunâtre; le microscope n'y décèle que des cellules de pus. Dans le tissu conjonctif qui les enveloppe, il existe une prolifération nucléaire très accentuée.

Les deux apophyses olécràniennes sont érodées, recouvertes d'un pus visqueux, verdàtre, qui s'est insinué autour et en dehors des ligaments latéraux de l'articulation. Pas de pus dans les articulations.

Parotide droite infiltrée de pus.

Le sang n'offre pas de modifications appréciables dans sa coloration et dans sa fluidité; l'examen microscopique n'y offre rien de particulier.

Oi5S. II. — Folie tuberculeuse lypémaniaqiie, avec hallucinations et idées de suicide. — Mort par pendaison. — Lésions tuberculeuses méningées, cérébrales, pulmonaires et laryngées. (Pl. V, fig. 6.)

La nommée Col..., âgée de vingt-neuf ans, est entrée le 9 janvier 1873 dans mon service à la Salpétrière.

Son mari m'apprit que sa santé avait été satisfaisante jusqu'au siège de Paris par les Prussiens, mais qu'elle a eu de grandes privations à supporter; qu'elle a subi de nombreux malaises en attendant à la porte des marchands; qu'elle a vécu pendant plusieurs semaines de pain, d'ail et de suif, afin de laisser la viande à sa fille. Sa santé physique en a été très ébranlée.

Le premier trouble de l'intelligence remonte à la lin du siège; elle a dit à son marj qu'elle venait de voir ion père, lequel est mort depuis un grand nombre d'années. Puis il survint des hallucinations de l'ouïe ; elle se crut empoisonnée.

Elle fut placée une première fois à Sainte-Anne en 1871, dans un état que l'on a appelé mélancolie. Elle en est sortie au bout de quinzejours ; mais depuis elle a conservé un fond mélancolique, s'exaspérant de temps en temps aux périodes menstruelles.

Enfin, il y a quinze jours, elle s'est précipitée sur une de ses voisines et l'a frappée d'un coup de hache.

Son mari me dit en outre que sa femme tousse et a la voix voilée depuis plusieurs innées. Elle est enceinte de cinq mois. J'entends bien le bruit du cœur fœtal. Son père et sa mère sont en bonne santé.

La malade, au moment où je l'examinai, était tranquille, très pâle. Elle me dit qu'elle a été amenée ici non pour cause de maladie, mais parce qu'elle a frappé une k-oisine. Comme j'insistai pour savoir la raison de celte violence, elle me répondit : ï C'est la folie, sans doute. » Elle me dit que cette femme ne lui a jamais fait de mal, qu'elle ne l'a jamais entendue lui dire des injures.

La physionomie de la malade était préoccupée, la parole brève, mais parfaitement lette, la voix enrouée comme dans les affections chroniques du larynx; la mémoire lormale. Tête bien conformée; pupilles égales; ouïe et vue normales. Plusieurs )ngles ont la forme dite hippocratique.

Le sommet droit de la poitrine présente à la percussion une très légère diminution le sonorité, elle murmure respiratoire est un peu rude.

Je diagnostiquai une folie lypémaniaque d'origine tuberculeuse, me fondant sur le ait de violences subites ; violences dont la malade se souvenait (ce qui exclut l'idée

FOLIE Tlir.EnCCLEUSE.

d'épilcpsie), et qui résultaient d'excitation cérébrale que des hallucinations produisaient en partie. Or, l'excitation cérébrale nie parut être chez cette femme le fait de congestion, et eu égard à la diathèse tuberculeuse dont elle présentait des manifestations, cette congestion me sembla être de nature tuberculeuse.

J'émis, à mon cours, l'opinion que la maladie présentait des points de rapprochement avec la paralysie générale, à cause des réponses éminemment niaises, mais que le terrain était plus favorable à la tuberculisation.

La grossesse se passa sans accident. Elle accoucha le 14 août 1873, debout, d'une belle petite fdle, sans prévenir personne, de sorte que l'enfant tomba à terre. L'accouchement n'amena aucune modification mentale.

Le l""' juillet elle frappa l'interne de service avec une grosse pierre.

Le 1" octobre elle s'est pendue.

L'autopsie présente une vascularisation intense des méninges.

L'ablalion des méninges qui recouvrent l'hémisphère gauche du cerveau amène en trois à quatre endroits, au niveau des circonvolutions pariétales, quelques débris de substance corticale, débris du volume de grains de chènevis.

A la partie interne du lobe occipital gauche, on aperçoit, sur une circonvolution, une saillie arrondie, d'une couleur légèrement jaunâtre, qui n'adhère pas aux méninges ; mais la circonvolution qui lui est antérieure tient légèrement par des fibrilles à la méninge, qui est un peu épaissie. Cette circonvolution est évidemment plus vascularisée que normalement et un peu molle.

Dans les méninges qui recouvrent la partie postérieure de la première frontale et la partie interne de la première frontale ascendante gauches, on voit en quatre points des granulations grisâtres, légèrement dures; elles se trouvent toutes le long des sillons ou des vaisseaux. Rien de semblable dans l'hémisphère droit. Piqueté général de la substance blanche. Pas de granulations dans les ventricules.

A la face supérieure de la moelle lombaire on voit quelques petits corps étoiles, accolés à l'arachnoïde.

Un ventricule du larynx présente une granulation du volume d'un grain de millet exactement située sur la corde supérieure gauche.

La muqueuse d'une bronche de moyen calibre présente une semblable granulation. Pas de tubercules pulmonaires ni de cavités. Nous ne trouvons qu'en un seul point une petite masse plus ferme que le reste, mais sans caractères bien définis.

L'examen microscopique d'une parcelle de la substance (jui s'est arrachée en détachant la méninge de l'hémisphère gauche, et qui a séjourné pendant plusieurs jours dans une solution d'acide chromique au 3000% permet de constater un amas de nombreux noyaux ovoïdes, teintés par le carmin, pourvus de nucléoles, accolés à une partie de substance cérébrale.

Obs. III. — Tubercules cérébraux et pulmonaires. — Folie tuberculeuse lypémaniaque. — Rallucinalious. — Parésie partielle de la face et d'un membre supérieur. — Arrêt de la maladie, mais diminution définitive de l'intelligence.

|ja nommée Des..., vingt et un ans, couturière, est entrée dans mon service de la Salpêtrière le 27 mars 1872, dans un état de folie lypémaniaque accompagné d'hallucinations de l'ouïe et de la vue, et porte les traces d'un long état maladif.

La peau est décolorée; la maigreur est très grande. On est frappé par un strabisme

OP.SERVATIONS.

interne de l'œil gauche, la déviation à droite de la lèvre supérieure, le relèvement et l'augmentation de profondeur du sillon naso-labial droit, ce qui donne à sa physionomie un air dédaigneux.

Pas de déviation de la langue ni de la luette. Sur les amygdales et le voile du palais quelques traces de muguet. Dysphagie pour les liquides. Engorgement ganglionnaire sus-hyoïdien.

Diminution de sonorité notable à la partie la plus externe des fosses sous-claviculaires et sus-épineuses droites; retentissement exagéré de la voix en ce point. Pas de bruits cardiaques anormaux. Rien de particulier du côté du foie et de la rate.

Escliare du diamètre d'une lentille à la fesse droite. Elle laisse aller sous elle l'urine.

Un peu de douleur à la pression dans la fosse iliaque droite.

11 est très difficile d'obtenir de la malade la moindre réponse, et encore ses réponses sont-elles faites à voix basse. Le plus souvent elle ne paraît pas comprendre. Elle reste constamment dans un état voisin de 'a stupeur. Elle a eu encore des hallucinations de la vue : elle voit des boules, des ombres, des fantômes. Cependant elle sait venir de l'hôpital Saint-Antoine, y être restée six semaines, mais ne peut donner aucun détails sur sa maladie ; dit entre autres choses qu'elle a une sœur, sa mère (sic).

J'apprends de sa sœur les renseignements héréditaires et personnels suivants : Père et mère bien portants, non cousins; dix frères et sœurs en bonne santé.

La malade a toujours été chétive, mais n'a jamais été malade avant il y a trois mois. Elle était bonne ouvrière, intelligente. Son hygiène était très mauvaise; elle mangeait peu ou bien des riens, de la salade, jamais de viande. Sa vie était régulière. A eu un abcès dans la bouche qui a duré longtemps.

Il y a six semaines, elle est entrée à l'hôpital Saint-Antoine pour cet abcès, et pour des vomissements alimentaires. Elle est sortie de l'hôpital après une quinzaine de jours, mais elle a eu chez sa sœur de nombreux vomissements, du trouble de la vue; elle a cessé de pouvoir distinguer les couleurs et a été prise de diarrhée. Au bout de huit jours, elle a été de nouveau replacée à Saint-Antoine pour la diarrhée, les vomissements et les troubles de la vue; y est restée trois semaines et a été envoyée de là dans mon service.

Pendant ce second séjour à Saint-Antoine, elle a été prise de parésie complète du membre supérieur gauche. Elle est tombée depuis sept jours dans un grand abattement, s'est refusée à boire et à manger, a cessé de répondre aux questions ; mais n'a pas présenté d'agitation. Eu raison de son état de faiblesse, je lui ai donné du vin de quinquina.

Le diagnostic que je portai fut : tubercules cérébraux et pulmonaires, folie lypémaniaque. .Je m'appuyai sur l'existence des parésies partielles portant sur le nerf moteur oculaire externe gauche et le nerf facial gauche, sur l'existence antérieure de troubles de la vue, de vomissements, d'une parésie du membre supérieur gauche seul, et sur la concordance de lésions pulmonaires au sommet.

L'examen ophlhalmoscopique, fait de concert avec M. (lalezowski, ne nous fit découvrir dans les deux yeux, rien autre chose qu'un peu d'injection anormale des deux papilles.

10 mai. — É(at mental satisfaisant : n'a plus de paralysie faciale depuis le 16 avril. Physionomie un peu mélancolique et niaise à la fois. Elle a wieore un peu de faiblesse du membre supérieur gauche.

22 octobre. ~ Un peu d'agitalion depuis deux jours. On la voit aller et venir dans un état d'égarement. Aménorrhée depuis son entrée ici.

FOLIE TLinERCULELiSE.

27 octobre. — Menstruation pendant ving t-quatre lieures. Elle se rappelle le temps qu'elle a déjà passé ici et les vomissements dont elle a été affectée, elle se souvient de son séjour à Saint-Antoine. Elle travaille à la couture, mais elle gagne peu ; son intelligence est notablement affaiblie ; elle est devenue niaise, présente quelques caractères d'un enfant. Elle accueille bien sa sœur; elle est afifeclueuse. Elle serre également des deux mains; n'est plus faible du membre supérieur gauche.

Les mouvements de tout le corps sont niais et gauches. Il existe encore de la diminution de sonorité au sommet droit. L'expiration y est nettement prolongée. Pas de râle. Pas de sueurs la nuit.

La malade est envoyée à l'asile de Blois.

Obs. IV. — Folie tubercuk'Kse de forme lypêmaniaqne, accompagnée d'hallucinations.

La nommée F..., vingt-cinq ans, domestique, est entrée le 20 janvier 1872 dans mon service de la Salpêtrière , dans un état d'agitation excessive. Elle tournait la tête de côté et d'autre, fixait, en faisant la moue, l'infirmière qui l'accompagnait ; puis elle frappait brusquement du pied le plancher, se levait, se mettait en colère, cherchait à frapper le poêle, regardait du côté de la fenêtre, et disait alors des mots grossiers. Elle s'agitait surtout en jetant les yeux du côté de la fenêtre, nous disait qu'il fallait les fendre. Tout en prononçant ses paroles, elle frappait du pied le parquet.

Depuis son arrivée, elle a cherché à frapper d'autres malades, et à d'autres, inofFensives, elle a fait des menaces.

A ma demande, comment elle s'appelait, elle me répondit en criant très fort :

— Trouve, devine.

— Quel âge avez vous ?

— Pal, pal, pal.

— Avez-vous votre père et votre mère ?

— Dis non, non, non, non, jaune, iaune, bleu.

— Y a-t-il longtemps que vous êtes malade "?

— Tires-les fort fort à la glace.

. — Où est votre père ?

— Et où est-il, parle, cherche, tu le trouveras. — • Quand avez-vous eu vos règles?

— Cherche, tu trouveras, cherche.

— Avez-vous une sœur ?

— Je n'en sais rien ; d'abord, ça ne vous regarde pas ; f -le à la porte.

Les traits sont réguliers : les lèvres épaisses; les oreilles symétriques, fines; les pupilles égales; tenez gros. La voix est très eiu'ouée. Pas d'ataxie de la langue. Parole nette. Engorgement ganglionnaire de chaque côté du cou.

Pas de douleurs spinales ; pas de taches sur le corps. Pas d'engorgement ganglionnaire inguinal. Rien de bien particulier au moment de son entrée du côté du cœur et des poumons, sauf un peu de diminution de sonorité et de retentissement exagéré de la voix au sommet du poumon droit.

Temp. axill., 36'',iS. — Temp. rect., 37", 6. — Temp. en arriére de chaque oreille' 36 degrés.

J'apprends par une de ses sœurs que la santé de la malade a été bonne jusque un an après le siège de Paris ; mais qu'étant allée passer le temps du siège dans son pays.

OnSEriVATIONS.

7fil

elle y a perdu son père, et y a eu des discussions irritantes d'intérêt avec ses frères el avec ses sœurs.

Rentrée à Paris, elle se logea dans la .même maison qu'avant le siège, mais elle parut aux personnes qui la connaissaient déjà avoir changé de façon d'être ; elle se mit à parler beaucoup, à danser sans raison.

Elle a écrit au maire de son pays et à sa famille des lettres irritées.

Elle se plaignait à tous ceux qu'elle rencontrait de ses parents ; cessa de dormir; se plaignit souvent de douleurs dorsales et se mit à tousser.

Elle a quitté son logement il y a quelques jours pour se faire soigner à l'hôpital, mais n'y put être admise, et c'est dans les rues de Paris qu'elle a été arrêtée en état de vagabondage.

Je portai le diagnostic : Folie lypéiiianiaque liée à de la tuberculose cérébrale.

.le lis appliquer à la nuque, préalablement rasée, un vésicatoire permanent. — Sulfate de quinine, 1 gramme par jour, pendant trois jours. L'agitation ne cessa pas pendant cinq jours.

l*"'' février. — Je la trouvai frissonnant, claquant des dents. Temp. axill., 38 degrés. Elle toussait et crachait des mucuosités épaisses. Fièvre le soir.

2 février. — Temp. axill., 38 degrés.

3 février. — Temp. axill., 37",3. Très agitée; dit toute la journée: droite, gauche.

5 février. — Elle parle dans son délire, de chien, etc., et elle crie.

6 février. — Est calme, abattue. Paroles incohérentes. Temp. rect., le matin, 38 degrés. — Temp. rect., le soir, 39 degrés.

8 février. — L'auscultation des fosses sus-épineuses et sous-claviculaires droites permet d'y constater un retentissement considérable de la voix et quelques râles bulbaires, et la percussion de la submatité dans une étendue trèslimitée. Pouls, 88. — Temp. axill., 38", 4.

Crachais muqueux, épais, un peu rosés, finement aérés. Même incohérence de langage. Elle a commis hier un acte de violence contre une personne du service. — Vésicatoire à la région sous-claviculaire droite (à entretenir).

10 février. — Moins d'agitation.

11 février. — Pouls à 70.

14 février. — Grande agitation. Violences. Lijures grossières. Râles sous-crépitants dans la fosse sus-épineuse droite.

17 février. — Même état. — Appliquer un vésicatoire permanent à la région occipilale, préalablement rasée; 2 grammes d'extrait de haschisch.

19 février. — Etat de somnolence depuis la prise du haschisch.

20 février. — Amélioration de l'état du poumon. Est un peu calmée.

23 février. — La prise du haschisch amène toujours du calme; mais les paroles sont toujours incohérentes.

Avril 1872. — État tantôt calme, tantôt agité. — Même traitement.

Mai. ■ — Prédominance de la stupeur depuis mai. Par moments, et surtout le soii', un peu de fièvre. — Temp. axill., 38 degrés, souvent le soir; 30 centigrammes d'extrait de haschisch.

Octobre. — La malade, qui est restée dans la stupeur depuis mai, commence à répondre à quelques questions. — Les vésicatoires ont été maintenus, et la dose i\r haschisch abaissée à 20 centigrammes.

Le 11 octobre. — Elle me dit que, lorsqu'elle était malade, elle voyait des femmes qui lui faisaient peur, mais qu'elle ne les voit plus. Elle accuse de la lourdeur de tête- — Suppression du haschisch; caféine, 38cenligrammes ; une tasse d'arnica par jour.

FOI.IE TUnEnr,lî|,E('SR

2 novembre. — Elle vient me trouver, se plaignant de céphalalgie. Elle est en sueur el tremble. Temp. axilL, 38 degrés. Pouls, 108. Brusquement, elle se lève, frappe du poing sur la table, et dit : Je veux me marier. — Vésicatoire à l'occiput.

3. — Face rouge; peau brûlante ; stupeur. Temp. axill., 38 degrés ; a laissé aller sous elle pendant la nuit.

i. — Pouls, 120. Temp. axill., 38 degrés. Elle marmotte des mots incompréhensibles et fait des grimaces; me dit souffrir dans la région frontale. — Digitaline Nativelle, 3 granules de 1/4 de milligr. chaque.

5 novembre. — Pouls 7G. — Temp. axill., 37°, 4. Un arrêt toutes les quatre ou cinq pulsations. Indique toujours qu'elle souffre de la tête. — Trois granules.

8. — Pouls, 68. — Temp. axil., 30% 8 ; intermittences dans le pouls.

9. — Pouls, 64. La malade sourit à mon approche et elle me parle de sa douleur de lète.

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