RÉSULTATS D'UNE MAUVAISE ÉDUCATION
avec audace; il cherche à régner par la force; il vit continuellement dans les querelles et les rixes. Il tue les animaux qui lui donnent du dépit, chien, mouton, cheval. Dans les fêtes, il donne des coups. Il a des procès, des blessures, des amendes. Il jette enfin une femme dans un puits, et, reconnu aliéné, il est placé à Bicêtre.
Obs. XVI. — Une jeune fille avait l'habitude, dès son enfance, de faire des lectures sans choix et sans ordre, s'emparant de romans, histoires, poésies, qu'elle parcourait alternativement avec rapidité durant des jours et même des nuits. Elle devint très irascible, emportée. Pas de règle dans les repas. Mariée, elle présenta la même vacillation du caractère et la tendance aux extrêmes. Elle devint aliénée.
D'autre part, on élevait autrefois les enfants dans un sentiment de plus grande dépendance.
L'homme a besoin d'une certaine discipline ; il faut limiter l'empire de sa volonté. Il est nécessaire que l'homme souffre la contradiction, qu'il ne soit pas impatient de tout joug et qu'il reconnaisse l'autorité dès sa premièi^e évolution ; l'homme a besoin de s'habituer aux contre-temps, à l'adversité, à une contrainte sagement combinée, car c'est surtout chez ces sujets incapables de pouvoir supporter le chagrin que l'on renconti^e le plus d'aliénés et chez ceux qui sont prompts à s'émouvoir et à s'effrayer.
La faiblesse de caractère dans la lutte contre les obstacles prédispose aux maladies mentales. Il faut que l'homme ait, pour ainsi dire, l'éducation du soldat.
L'on rencontre en outre des parents qui font à leui^s enfants des reproches exagérés pour les fautes les plus légères, qui les exaspèrent et les poussent ainsi à se laisser aller à des instincts pervers.
J'ai connu une jeune fille qui était toujours traitée avec dureté, sous les yeux d'une de ses sœurs qui était au conti\nire élevée doucement, et qui, arrivée à se trouver humiliée, accablée de chagrin, perdit lesommeil et devint aliénée.
Une niauvaise éducation est une des plus fréquentes causes, et par mauvaise éducation j'entends l'absencede la discipline, de frein, de fermeté, l'abandon de l'enfant à sa volonté, à ses caprices, ce qui fait qu'il ne peut plus supporter les contre-temps, l'adversité, les obstacles, les chagrins. On voit des parents dont la condescendance aux moindres désirs de leurs enfants dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Il en résulte chez les enfants un esprit de domination à outrance, une vanité, un amour-propre démesurés et un laisser-
CAUSES DÉPRESSIVES. 39
aller déplorable aux instincts destructeurs du développement physique et intellectuel.
Après ces quelques considérations sur la pathogénie de la prédisposition acquise, analysons les causes morales et intellectuelles qui peuvent déterminer la folie.
Certains parents comprennent très mal la façon d'instruire leurs enfants; comme je vous Tai déjà dit, ils les font travailler d'une façon exagérée, ils les surmèuent. J'ai vu bien des fois cette suractivité des facultés intellectuelles, ce travail à outrance, cet appel exagéré de toutes les forces de l'organisme vers le cerveau, déterminer des phénomènes qui conduisaient infailliblement à la folie ou aux maladies nerveuses. Les excès d'imagination favorisés par des lectures outrées et sans ordre sont encore une des causes qi;i mènent à la folie.
Parmi les causes dépressives, il faut citer les chagrins par revers de fortune, de position, par mariage qui manque, lorsque l'individu ne sait pas conserver l'équilibre dans son esprit et se plonge dans l'isolement; les chagrins par dissensions intérieures, par les mauvais traitements des maris qui s'enivrent, dépensent tout ce qu'ils gagnent, vivent aux dépens de leur femme dont ils prennent même le pain et dont ils vendent les vêtements ; le remords, la honte, la frayeur, les attentats dont certaines jeunes filles ou femmes ont été les victimes; les actes de sodomie commis sur elles.
Il iaut encore citer les emportements fréquemment répétés en tant que produisant un état de fluxion cérébrale habituel, la jalousie, l'envie, la croyance au merveilleux et les pratiques spirites, magnétiques, mesmériques; des pratiques religieuses exagérées et mal dirigées chez des esprits faibles.
Voici quelques exemples de causes dépressives que j'ai recueillis dans mon service :
Une nommée G... avait perdu quatre sœurs dans peu de temps.
Une nommée M... n'avait pu se consoler du départ de son fils pour l'année.
Une nonniiée B... a été tout impressionnée par la mort d'une sœur qui a été tuée à ses côtés par un obus. Une nommée P..., affectée par la perte d'un bateau de charbon.