‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 34 sur 207 · TROUBLES DE SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES DE SENSIBILITÉ

bifiqiie prépare les troubles de l'organisme. C'est la période qui s'écoule entre l'état de santé et le moment de la maladie; l'individu n'est pas encore malade, mais n'est déjà plus bien portant, et il s'est déjà fait dans la structure de son système nerveux des modifications matérielles appréciables ou non encore appréciables à nos moyens d'exploration. Malgré ces prodromes, l'individu peut vaquer à ses occupations, s'occuper de ses affaires.

On peut dire en thèse générale que celte période d'incubation existe pour toute sorte de folie. Il est extrêmement rare que la folie éclate sans prodromes. Tantôt lente et tantôt rapide, l'incubation peut durer des années, ou bien se terminer au bout de quelques jours.

Je diviserai l'incubation delà folie en deux catégories, suivant que le prodrome se rattache à des troubles cérébraux ou à des troubles exlracérébraux. La première offre des phénomènes liés à une irritation cérébro-sensorielle et pouvant se diviser en cérébraux, psychiques, sensoriels et crâniens; la seconde présente des phénomènes tenant à une irritation ou une hyperesthésie spinale et du grand sympathique et des nerfs partant de ces deux organes, lesquels phénomènes peuvent se diviser en viscéraux et en périphériques.

Je vais simplement énumérer les phénomènes par lesquels se révèle l'incubation de la l'olie simple, c'est-à-dire de la folie vésanique, renvoyant à mon traité de la Paralysie générale pour les signes de l'incubation de la folie inflammatoire qui, je peux le dire dès à présent, sont à très peu de chose près les mêmes.

L'énumération de ces phénomènes d'incubation montrera que, de même qu'à sa période d'état, la folie présente des désordres qui. loin de se borner à des modifications du moral et de rintellectuel, envahissent encore le domaine physique; de même, pendant la période prodromique, un grand nombre de phénomènes physiques viendront s'ajouter aux manifestations pui'cment psychiques.

La céphalalgie est un des premiers phénomènes ; il consiste en lourdeur de tête, en sensation de poids dans la région frontale ou syncipitale.

Troubles de la sensibilité cérébro-spinale . — Ce sont des douleurs générales ou bien une douleur montant à la tête, une sensation de

PHÉiNOMÈNES PSYCHIQUES.

serrement du crâne, des douleurs crâniennes prenant un caractère de périodicité, revenant, par exemple, tous les deux jours, ayant pour siège tantôt la région syncipitale, tantôt la région teraporofrontale ou bien encore occipitale.

On peut signaler encore le serrement cardiaque, une sensation de chaleur montant des reins à la tête, la rachialgie, l'abdominalgie, une sensation de chair labourée comme avec un peigne de fer, le frissonnement, les fourmillements, le picotement de la peau.

Sensations électriques. — Ces sensations, qui appartiennent surtout à la période d'état, se manifestent aussi quelquefois pendant l'incubation; elles consistent dans des sensations de courant électrique cérébral ; le malade fait des sauts dans son lit, comme sous le coup de secousses électriques.

Troubles de la sensibilité r/aiif/lioniiaire viscérale. — Ils consistent surtout en de la cardialgie et de l'épigastralgie.

Sensations diverses. — Sous ce nom je comprends les vertiges, les étourdissements qui n'ont leur cause dans aucune lésion appréciable et qui sont accompagnés de troubles dans les différents sens : bourdonnements d'oreilles, sifflements, sons de cloches, vue de taches rouges, de phosphènes multicolores, de maisons renversées, comme si avec cette hyperexcitabilité, l'accommodation et le redressement de l'image cessaient de se faire normalement ; état de vivacité des yeux, injection du globe oculaire.

Les sensations diverses comprennent encore la sensation de chaleur montant à la tête (hystérie), la coloration rouge, instantanée, des pommettes, les crispations des muscles de laface, qui offre alors des grimaces de la plus grande variété, la constriction à la région du cou (hystérie), la raucité de la voix (hystérie).

La circulation est le siège de quelques prodromes : alternatives de froid et de chaud, frissonnements avec rougeur de la face, sensation de refroidissement des extrémités.

La respiration présente des troubles qui consistent la plupart du temps en étouffements, mais ce sont les troubles fonctionnels du tube (/z^e^ï^/ qui sont surtout le plus marqués. Les malades ont de l'anorexie, se plaignent de perdre l'appétit; la digestion est troublée par des borborygmes; on observe aussi de la constipation liée quelquefois au régime excentrique auquel les soumettent leurs sen-

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