ALCOOLISME ET IIIUJMATISME ARTICULAIRE
(lu hoquet. Il est plongé dans une sorte de demi-coma; au bout de dix minutes de ci t état, augmentation de la pâleur, sueurs profuses; au bout de vingt minutes, mort.
.l'apprends encore de ses voisins et de la mère de la salle quelques autres détails.
Dans la nuit du 1"'' au 2 janvier, à sept heures, il s'est retourné du cùlé de son voisin et lui a dit : « Vous voulez donc me tuer? je ne vous ai jamais fait de mal; » puis, sortant ses bras de dessous la couverture et les écartant, il montra sa poitrine en disant à ce malade : « Tuez-moi, si vous voulez. » Dans la nuil, il a tenu ses yeux tournés invariablement vers une petite fontaine qui est au milieu de la salle, en disant qu'on y faisait bouillir des breuvages pour l'empoisonner. Plusieurs fois il a eu peur dans la nuil, a fermé ses rideaux et crié : « Est-elle là? miittcz-la derrière. >>
Autopsie. — Après l'ouverture du crâne, on aperçoit la dure-mère de couleur violacée; ses vaisseaux sont saillants des deux côtés, et à travers la dure-mère se voient des plaques violacées séparées par des espaces blancs de I centimètre à peu près; elles sont produites par une légère couche de sang liquide (jui est épanché dans la grande cavité aracimoidienne, et précisément dans les [loints corresjiondaut aux sillons de séparation des circonvolutions.
Côté i/aiiche. — La face viscérale de la dure-mère présente dans toute son éfendut de nombreuses arborisations, mais pas d'exsudats. La pie-mère est considérablement injectée, principalement au niveau des sillons. Dans plusieurs parties correspondant à des sillons et à la scissure de l'iolando en particulier, il existe, entre l'arachnoïde et la pie-mère, de la sérosité claire, dans une étendue de 2 centimètres en largeur et de 1 centimètre en longueur. La transparence des membranes est eu cet endroit notablement diminuée, ainsi, du reste, que dans plusieurs points superposés à des sillons. La pie-mère, qui tapisse l'espace interpédonculaire, est très injectée, très rouge.
A la surface convexe de l'hémisphère gauche, on voit à la face viscérale de l'arachiioïde viscérale plusieurs petites plaques blanchâtres, opalines, faciles à détacher. Pas d'adhérences entre la pie-mère et la substance grise.
Côté droit. — La grande cavité arachnoidienue renferme à peu près la même quantité de sérosité sanguinolente qu'à gauche (1/2 cuillerée à soupe). La partie la plus antéro-supérieure de l'hémisphère, celle correspondant aux première, deuxième et troisième circonvolutions frontales supérieures, présente une teinte rouge, constituée par une certaine quantité de sang liquide épanché entre l'arachnoïde et la pie-mère, et dans les mailles de la pie-mère (partout, du reste, à droite, la pie-mère est injectée comme à gauche). La portion de substance grise qui est en rapport avec celte ecchymose méningée n'est pas nette, ni lisse à sa surface, et est d'une couleur rougeàtre qui ne disparait que par le lavage.
Dans les régions occipito-pariélales gauche et droite, les méninges sont aussi le siège d'une teinte rougeàtre qui n'empêche pas absolument la transparence et ne disparaît que par !e lavage. La pression du manche du scalpel déplace la coloration rouge qui est formée par la présence de sérosité sanguinolente entre l'arachnoïde et la pie-mère.
Dans les régions occipitale gauche et occipito-pariétale droite, la substance grise est rougeàtre et présente un pointillé abondant.
Nulle part la substance grise ni la substance blanche ne sont le moindrement ramollies ; au contraire, il est à noter que cinq jours après l'autopsie et six jours et demi après la mort (température humide, brouillards), la pulpe cérébrale a partout conservé une fermeté et une résistance très notables.
La bandelette optique droite est rougeàtre dans sa partie la plus postérieure. Les
FOLIE PAR INTOXICATION
corps genouiilés externe et interne droits présentent à leur surface un très grand nombre de points rouges. Rien de particulier dans l'épaisseur des corps genouiilés, des couches optiques.
La dure-mère spinale est peu arborisée; après l'avoir incisée, il s'échappe dans sa portion lombaire un liquide clair (une cuillerée à soupe). Rien de particulier dans l'arachnoïde et la pie-mère spinales, ni dans lu moelle.
Le poignet gauche renferme un liquide jaunâtre, épais, abondant; la séreuse articulaire présente, en plusieurs endroits, du pointillé, et partout une teinte rougeâtre. Dans les parties correspondant aux os, la couleur^est normale. Rien aux genoux ni aux épaules.
Poumons. — Les deux poumons ont une teinte noirâtre, le poumon gauche adhère en arrière à la paroi costale par des fdaments peu résistants. Les deux poumons sont congestionnés, remplis d'écume rougeâtre ; aucun infarctus fibrineux ; le tissu pulmonaire surnage dans tous ses points.
Cœur. — A la valvule tricuspide (face ventriculaire) adhère mollement un caillot du volume d'une grosse amande rougeâtre, qui se porte dans l'artère pulmonaire et la plupart de ses divisions. Pas de caillots dans le ventricule et l'oreillette gauches, ni dans l'oreillette droite. Adhérence complète des deux feuillets du péricarde, au moyen de traînées filamenteuses molles ; la paroi du ventricule droit est en plusieurs points graisseuse. Les valvules aortiques sont rougeâtres et épaissies, non athéromateuses.
Foie. — Le foie a une teinte pâle et jaunâtre; sa surface est en plusieurs endroits mamelonnée; le lobe gauche surtout présente un certain nombre de plaques jaunâtres. Une de ces plaques, examinée au microscope, renferme des cellules à contours pâles^ mal dessinés, et une très grande quantité de gouttes d'huile qui remplissent les cellules hépatiques et le reste du tissu.
Vous reconnaîtrez, chez P..., tous les caractères d'un délire alcoolique survenu dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu.
Le malade faisait depuis longtemps beaucoup d'excès de boissons; il est pris d'un rhumatisme articulaire, quelques jours avant de se marier. Sa fiancée vint le voir à l'hôpital, il en résulte un état d'éréthisme nerveux qui le conduit au délitée, et l'on sait combien le délire est chose facile chez les buveurs de profession. Les antécédents plaident donc d'abord en faveur de l'interprétation que nous assignons à ce fait, mais, en outre, la nature et la modalité des conceptions délirantes, ainsi que les lésions méningées, apportent une preuve irréfragable : le fond du délire est, chez la plupart des alcooliques, mélancolique (peur d'être assassiné, d'être empoisonné, craintes continuelles), et les hémorrhagies méningées appartiennent essentiellement à la forme gi^ave du delirium tremens. La fermeté de la pulpe cérébrale, six jours et demi après la mort,