‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 90 sur 207 · Beaucoup moins d'agitation et de délire · texte numérisé non relu

Beaucoup moins d'agitation et de délire

FOLIE PAR INTOXICATION

13. — Mieux très sensible; 84 pulsations. 15. — Aucune trace de délire.

1" mars. — Guérison complète.

Parmi les cas de pneumonie compliquée de délire que nous avons observés, le suivant m'a paru très frappant pour l'analogie du désordre mental avec celui du delirium tremens.

Obs. C. — Alcoolisme chronique. — Pneumonie franche. — Delirium tremens. Mort en onze heures.

Le nommé C..., trente-cinq ans, peintre en bàlimeiits, entre à la Charilé le ±2 avril 1863. Nombreux excès de vin depuis sa jeunesse. Il est malade depuis cinq jours ; il tousse, crache du sang, éprouve une douleur dans la région mammaire gauche et ressent beaucoup de fièvre dans ce moment.

.\ son arrivée dans la salle Saint-Jean-de-Dieu, M. Bouillaud constate une pneumonie franche au deuxième degré dans tout le poumon gauche. Il lai est fait, à son entrée, une saignée de 3 palettes 1/2, et une application de ventouses scarifiées sur la partie gauche delà poitrine. En tout, 550 grammes de sang sont extraits.

23. — Au matin, amélioration dans l'état du poumon, mais même fièvre. Tremblement considérable des mains.

Application de ventouses scarifiées sur la moitié gauche de la poitrine ; 2 palettes. Diète; julep béchique.

24. — Au matin, mieux comme état local, mais même fièvre. Sueurs. \ onze heures du matin, le malade se lève brusquement en criant; se sauve dans la salle et s'élance vers une fenêtre; son air est égaré, il tremble de tous ses membres.

Cet état persiste; à cinq heures du soir, je le trouve assis dans son lit, tremblant, parlant seul et disant qu'on lui donne de l'eau-de-vie ; à la fin du jour, l'excitation s'accroît; il crie : « Les coquins m'étouffent ; quand on a besoin d'un sergent de ville, ou ne peut en trouver. » Il appelle à son secours la police; il arrive à briser les menottes et la camisole de force qu'on lui a mises, et se sauve de son lit, tout en sueur : à une heure du matin, il tombe dans le coma et meui-t dix minutes après.

Autopsie. — Hépatisation grise de la moitié inférieure du poumon gauche. L'arachnoïde viscérale qui recouvre le cerveau est couverte de plaques laiteuses; les méninges sont rougies par de très nombreuses arborisations et des ecchymoses sous-arachnoïdiennes. Piqueté notablement de la substance grise.

La PLEURÉSIE s'accompagne moins fréquemment de délire que la pneumonie; j'en ai cependant observé quelques cas, et entre autres le suivant, relatif à un malade du service de M. Bouillaud, n° 16, entré le 29 mars 1864, pour une pleurésie aiguë, avec un épanchement du côté droit. Il lui fut fait, à son arrivée dans la salle, une

ALCOOLISME ET PNELMONIE.

application de ventouses scarifiées (500 grammes), et son régime consista en potages. Trois jours après, le malade prit un visage inquiet, égaré, voulant à chaque instant sortir de son lit; on le rattrapa une fois sur le palier, les pieds nus et en chemise ; en même temps survinrent du tremblement des mains et des sueurs. Cet étal persista une dizaine de jours.

En résumé, l'étude que nous venons de faire de l'état mental dans l'alcoolisme et l'absinlhisme aigus et chroniques nous parait pouvoir se prêter aux conclusions suivantes :

1" L'alcoolisme peut donner lieu à toutes les formes connues de délire, parce que c'est une affection générale ;

"2" Les formes les plus ordinaires du trouble mental aigu sont la mélancolie, la stupidité, les idées de persécution, de suicide, les terreurs, les craintes imaginaires et quelquefois, au contraire, un délire de satisfaction, de contentement et d'orgueil;

S" Les troubles chroniques des facultés intellectuelles et morales sont l'amnésie pure ou compliquée d'aphasie, de la gêne dans le langage articulé ; la dmiinution de la conscience; de la singularité et de l'originalité du caractère ; de la tristesse, du découragement, de la diminution dans la liberté morale, de la faiblesse de caractère, un manque d'initiative et d'énergie; de lalypémanie, de l'obtusion intellectuelle, de la démence, de l'hébétude, un état d'abrutissement, d'imbécillité, et enfin un délire d'ambition, de satisfaction et d'orgueil. Les facultés intellectuelles, nous en exceptons la mémoire, sont moins souvent et moins profondément troublées que les facultés morales ;

4" Les alcoolisés chroniques sont très exposés, pendant les maladies aiguës souvent les plus bénignes, à être pris d'accidents céré- ^braux qui les emportent le plus souvent d'une façon foudroyante. Ainsi dans le rhumatisme articulaire aigu, la pneumonie, la pleurésie, l'érysipèle, et à la suite du traumatisme;

5" L'absinlhisme aigu et chronique ne m'a pas paru se caractériser par des symptômes différents de ceux de l'alcoolisme ; peutêtre les troubles mentaux sont-ils plus durables dans le premier cas, et observe-t-on j)lus fréquemment l'état d'abrutissement (le seul cas d'imbécillité s'est rencontré chez un absinthique), mais ce sont des nuances qui ne me paraissent pas nécessiter (juc l'on crée

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une catégorie spéciale de troubles mentaux pour les buveurs d'absinthe ;

6" La responsabilité légale des alcoolisés chroniques me paraît devoir être rarement admise, parce que toutes leurs facultés sont susceptibles d'être plus ou moins atteintes, aussi bien les facultés morales que les attributs de l'intelligence, qui nous permettent de distinguer le bien d'avec le mal.

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