ONZIÈME LEÇON
Diagnostic {Suiic). Délire systématisé chez les
dégénérés.
SoMMAiniî. — Apparition possiliie du délire syslémalisé dès le jeune âge : sa persistance sans Iransfonnalion.
Observaiion XXVU. — iJélire ambitieux systématique, unique, fixe, installé dès l'cnfanee, sans tendance évolutive. Persécutée-persécutrice.
Observation XXVUl. — Dégénérescence mentale, Délire ambitieux systématisé. Hallucinations. Idées de persécution.
Observaiion XXIX. — Délire bypochondriaque fl.xe, bouiïées ambitieuses, phases mélancoli(|ues.
Observaiion XXX. — Alcoolisme chronique. Accès subaigu. Délire de persécution à systématisation rapide.
Dès le début de ces leçons sur le délire chronique, nous avons attiré voire attention sur deux particularités très dignes d'intérêt, à savoir; d'une part, l'apparition du délire chronique à l'âge adulte, et, d'autre part, son développement chez des sujets jusque-là indemnes de troubles psychopathiques. Chez les dégénérés, au contraire, et ce sont là des distinctions qui établissent entre eux et les malades du groupe précédent une ligne de démarcation très tranchée, le délire a, longtemps avant son éclosion, été précédé par des anomalies du caractère, des phénomènes émotifs, des lacunes intellectuelles et morales, parfois même des obsessions et des impulsions qui, dès le jeune âge, ont révélé leur déséquilibration mentale et fait pressentir l'apparition de troubles psychiques plus écla-
tanls. Enfin, le délire lui-môme se montre quelquefois d'une façon précoce: qu'il s'agisse d'une conception délirante à caractère ambitieux ou de toute autre forme, elle peut éclater dés l'enfance, à l'âge de 10 ou 12 ans, dénonçant ainsi, d'une manière indéniable, la dégénérescence héréditaire. Ces idées délirantes s'imposent à l'esprit du malade, restent les mûmes pendant une grande partie de l'existence et toujours sans aucune transformation, ce qui les sépare entièrement du délire chronique à évolution progressive. Ce sont là des idées obsédantes analogues aux obsessions ou aux impulsions qui s'installent de toutes pièces : car, si parfois le malade paraît les avoir créées à la suite d'un raisonnement plus ou moins plausible, le plus souvent, elles se sont installées sans préparation aucune, sans hallucinations, sans interprétations délirantes d'aucune sorte. Tel est le malade qui a fait l'objet d'une communication de M. Bail à la Société médico-psychologique : chez cet individu, qui prétendait devoir être pape, le délire ambitieux remontait à Tàge de huit ans. Tel est encore le cas d'une malade dont nous allons parler plus loin et chez laquelle un dôHre systématique ambitieux s'est installé dès l'enfance, indépendamment de troubles sensoriels. Sa conviction délirante a provoqué des réactions telles que la malade est devenue une véritable persécutée-persécutrice. Elle se range donc à la fois, et dans ce dernier groupe que nous connaissons déjà, et parmi les dégénérés à délire systématisé dont nous nous occupons.
Pour le délire de persécution il en est de même ; les idées déhrantes se développent sans incubation préalable et telles elles naissent, telles elles restent, jusqu'à leur disparition, sans aucun changement. De sorte qu'ici encore, dans les cas difficiles, ce n'est que temporairement que l'héréditaire dégénéré peut être confondu avec le délirant chronique. Examinons les malades.
Dans l'observation suivante, nous verrons une femme chez
laqucllo, dès l'enfance, s'est montré un délire ambitieux systématisé fixe, unique, sans aucune tendance évolutive. Persuadée que ceux dont elle porte le nom ne sont point ses parents et ont fait périr son père, entretenue dans sa conviction par d'incessantes interprétations délirantes, elle a réagi comme les persécutés-persécuteurs, sans délire systématisé, dont nous avons précédemment parlé. A 19 ans, elle écrit une lettre au Procureur de République, A 25 ans elle accuse son père de vol. Durant toute son existence, elle n'a cessé de poursuivre ses parents de sa haine, de les dénoncer à la justice : nombreuses lettres aux autorités, aux journaux ; elle suit sa mère dans la rue et finit, exaspérée, par tirer un coup de revolver sur son père pour attirer l'attention de la justice. Son délire repose tout entier, non sur des hallucinations, mais sur des faits mal interprétés par l'imagination maladive d'une jeune prédisposée ; les conceptions délirantes, installées sans contrôle, se sont profondément imprimées dans l'esprit de la malade, elles ont acquis une fixité inébranlable et ont été fortifiées chaque jour par des arguments nouveaux.
Obs. XXVII. — B... Marie, femme H..., âgée de 36 ans, vient de Saint-Lazare où elle a fait deux mois de prévention pour avoir tiré un coup de revolver sur son père. De taille moyenne, grasse, anémique, la malade ne présente pas de stigmates pliysiques de dégénérescence.
Son père, d'un caractère maussade, mélancolique, a fait depuis longtemps des abus de boissons. Paresseux el brutal, il battait sa femme pendant qu'elle était enceinte de la malade et se faisait entretenir par elle.
Un oncle paternel a eu trois enfants, dont une fille débauchée et un fils buveur. Grand'mére paternelle alcoolique, prostituée; chantait dans les cabarets et se faisait ramasser ivre dans les rues. Le grand'père paternel, d'un caractère doux, se grisait avec un verre d'eau-de-vie. La mère, brave paysanne, sans instruction, serait restée quelque temps religieuse dans un couvent; d'humeur assez gaie, elle n'aurait jamais éprouvé d'accidenls nerveux ; toutefois, sa fille, dont les dires sont assurément .sujets à cfiution, prétend qu elle est
une femme « siiporieuromoiit médian le », paresseuse, IjiiveUse. Pai'^ fois, à la suite de disputes, toujours d'après les dires de la malade, il lui est arrivti de tomijer à terre sans connaissance, toute raide. Un feuilleton de journal la fait pleurer. Elle aurait accusé sa fille d'avoir des relations avec son père. Sa conduite serait déplorable : elle poussait sa fille à se prostituer en lui faisant fréquenter des femmes publiques. Un oncle maternel est ivrogne. Le grand'père maternel, très méchant, maltraitait sa femme; celle-ci, enfant trouvée, très irritable, émotive, pleurant facilement, avait des idées de suicide, parlait de se jeter dans un.puits, aimait peu sa fille. Un des frères de la malade est mort de convulsions à l'âge de 5 ans.
B... Marie n'a pas eu d'autre maladie dans son enfance que la rougeole. Sa santé est bcmne. A G ans, elle se livre à l'onanisme; on est obligé de lui mettre des menottes. A 10 ans, méchante, jalouse, dissipée, elle se montre très mauvaise écolière ; on ne peut rien en. faire. Réglée à 13 ans. Dès l'âge de 15 ans, elle commence à découcher, et quand on lui demande l'emploi de son temps, elle crie au secours! à l'assassin ! A 16 ans, elle vagabonde avec un garçon de son âge dont elle gaspille l'argent. Essaye toutes sortes de métiers : tour à tour couturière, lingère, domestique, porteuse de pain, infirmière, se met facilement en colère, trépigne, arrache à sa mère des poignées de cheveux. Elle a uriné au lit jusque vers l'âge de 20 ans, malgré tous ses efforts pour éviter ces accidents. L'appétit sexuel semble avoir été très développé; elle se donnait à n'importe qui, soldats, balayeurs, saltimbanques. Très préoccupée de sa santé, elle a séjourné dans plusieurs hôpitaux.
Son délire, déjà très ancien, repose sur des interprétations fausses, sur des phrases ambiguës. La malade, dont la mémoire est excellente et la dialectique très exercée, discute et a réponse à tout ; elle cite des dates, des adresses avec précision, pose des dilemnes, s'empare du fait le plus insignifiant, et sait l'approprier aux besoins de sa cause. Elle n'est pas la fille de l'homme dont elle porte le nom. Son père n'est autre que Mgr. de G., évêque d'Amiens, assassiné il y aime trentaine d'années. C'est sa mère et le nommé Bri..., qui ])asse pour son père, qui ont fait périr Mgr. de G. Elle est héritière d'une fortune dont sa mère veut la dépouiller; celle-ci a essayé maintes fois de la faire disparaître. Elle a appris tout cela, assuré-telle, par « indiscrétions commises » devant elle; d'ailleurs, elle ne ressemble nullement au mari de sa mère. Vers l'âge de 5 ans, dit" elle, étant à l'église, elle vit l'évèque tourner la tète et rester comme i pétrifié » en apercevant .«a mère. 11 la regarda elle-môme. Elle en fut frappée. Quelque temps après Mgr. de G, fut assassiné. L'homme
accusé (lu crime venait chez sa mûre. On interrogea celle-ci, on lui (lenianila si elle était sortie le jour du crime; elle n'pond : non, mais renliinL dit : oui. « Alors le ^jieur Bri... se cramponne à une chaise irniv no pas tomber i\ la renverse. Peu de temps après, son oncle dit : « Nous sommes arrivés trop tard, le testament était fait. Il faudra rendre à César ce qui appartient à César. — Oui, répond la mère, si elle ne meurt pas, c'est une mauvaise alïaire pour nous. » Ces paroles sont pour elle une preuve irréfutable, l'aveu môme du crime. Aux processions, ajoute-t-elle, elle portait une riche corbeille, munificence due aux générosités de l'ôvêque. A 7 ans, sa mère veut la faire mourir à petit feu. A 8 ans, on la place dans un couvent, elle tombe malade et croit que sa mère a donné l'ordre aux religieuses de se débarrasser d'elle. Elle affirme avoir eu déjà, à cet âge, la conviction que sa mère avait été la cause de l'assassinat de l'évéque. A 13 ans elle revient chez sa mère. Ses idées d'empoisonnement remontent à cette époque. Le cidre lui occasionne des vomissements; elle appréhendait do manger, croyant que sa mère voulait la faire disparaître et se privait volontairement de nourriture. Elle retenait des p'.irases signifii-atives : « Que font-ils?» disait l'oncle à sa mère. Il s'agissait dos innocents condamnés pour l'assassinat. Un jour le curé, en la quittant, s'écria: « Pauvre enfant! i La grand'mère dit un jour : « Le sang des innocents crie vengeance ! i Un jour (elle avait 14 ans), quelqu'un ayant demandé à sa mere si elle se rappelait de l'affaire, celle-ci lui lança un regard farouche. Depuis, elle n'a jamais revu cette personne et suppose qu'elle a été victime de son ndiserétion. A. 13 ans, elle souffrait de maux d'estomac, un médecin lut appelé, c II se fit à lui-môme cette réflexion : « Si j'essayais d'un contre-poison. » J'eus peur en songeant qu'on allait me donner un «contre-poison.» C'était sa mère qui l'empoisonnait, mais elle n'osait se plaindre parce qu'elle avait la perspective d'être étranglée si elle soufflait mot. Dix ans plus tard elle a été cor laine de la réalité de cette tentative d'empoisonnement. Le médecin a cessé de faire partie du bureau de bienfaisance, sans doute pour ne pas être compromis. Étant au couvent, un jésuite vint la voir et lui demanda son nom: • Marie, ^) répondit-elle. --« Mais vous avez un autre nom ? — Oui, Bri... » Ce nom lui faisait l'effet, en le prononçant, t d'un char bon qui sortait de sa boilche. » Le jésuite reprit: «c Souvenez vous que vous vous appelez Bri... » Cela lui parut étrange. Elle pouvait donc porter un autre nom, et se souvint d'une conversation entre un paysan et sa mère : « Il y a du sang noble qui coule dans ses veines ! »
Ses idées de persécution, ses interprétations délirantes s'accen
tuaient chaque jour : « C'était Ijion drôle les grimaces l'on laisuit partout où je passais. Les personnes disaient quelques paroles à voix basse. J'entendais dire : « Aii ! vraiment ! » On me regardait comme une ixMe curieuse et on m'interrogeait pour me faire ])arler, tout simplement. » Une demoiselle s'occupe d'elle pour lui trouver un emploi : elle voit on elle une âme damnée des jésuites.
De 13 à 21 ans, elle reste chez sa mère ; celle-ci la poursuivait de sa haine. La nuit, elle venait guetter son sommeil. Elle approchait la lampe de son visage et disait ii son mari : « Nous n'en avons pas pour longtemps ; nous en serons débarrassés. » Une nuit, elle a entendu dire : « Va donc la regarder..., c'est tout à fait lui sur son lit de mort ; ce que j'en fais, c'est pour m'habituer au grand coup. » Il était clair qu'il s'agissait de sa mort. A 19 ans, elle prend un amant et dépose une plainte contre sa mère, l'accusant de lui faire subir de mauvais traitements; elle portait un couteau-poignard et répétait qu'elle le destinait à sa mère. A 25 ans, elle veut attirer l'attention de la justice sur celle-ci et l'accuse de faux et de vols. Un an après le mariage, son mari lui donne la syphilis. Ils font des dettes, sont arrêtés sous l'inculpation de vol, mais l'aflaire, ou plutôt le complot monté contre elle n'aboutit pas ; ils sont tous les deux remis en liberté. Cependant, elle confie à son mari les préoccupations qui n'ont pas cessé de l'obséder depuis son enfance: Elle lui parle d'un héritage qui lui revient. Elle se promet de se venger une fois rentrée en possession de sa fortune. Elle fait écrire par son mari à des notaires et leur raconte l'histoire du crime d'Aviiens. Sa mère essaye de nouveau à plusieurs reprises de l'empoisonner, aussi la malade vat-elle l'épier tous les matins et, un jour, elle se jette sur elle, un couteau à la main. Il y a trois ans, elle quitte son mari, s'isole, fuyant toute fréquentation, vivant de peu. Pour se distraire, elle va pêcher à la ligne, restant sur la berge jusqu'à sept heures du soir. Depuis un an, elle est plus que jamais préoccupée par ses idées de spoliation, de haute naissance. Elle confie à son patron qu'elle est lille d'un évêque, qu'elle a un liéritage colossal dont on veut la dépouiller. Des tendances agressives se manifestent. Elle raconte qu'on parlera d'elle, comme de Louise Michel. Elle a confiance dans son droit. Elle engage la lutte ; elle veut d'abord épuiser les moyens légaux, mais devant l'insuccès de ses tentatives elle se décidera à frapper un grand coup. Elle forcera la justice à s'occuper d'elle, et, s'armant d'un revolver, elle tirera sur B... Elle envoie d'abord à sa mère une lettre de douze pages dans laquelle elle lui reproche sa conduite; puis elle l'accuse de nouveau de vols et de faux. Elle écrit au curé de aon village, au maire, à la Lanterne j au Procureur delà
Képubliqilo, etc. PJnfin, en décembre 1887, elle achèle un revolver, Le 34 décembre, elle va chez son père lui réclamer des explications; à six heures du matin elle l'attend dans la rue ; Bri... se fâche et lui dit qu'il aura raison d'elle. Elle le poursuit jusque dans l'atelier et, devant les ouvriers, lui rappelle le crnn« d'Amiens et lui reproche d'avoir fait guillotiner un innocent. Elle finit par se retirer. Mais elle l'attend le soir à la sortie et lui tire un coup de revolver, non pour le tuer, mais pour obliger la justice à faire une enquête.
A l'asile depuis un an, elle ne s'est par départie du plus grand calme. Gomme au premier jour, elle est inébranlable dans ses convictions et, pleine de foi dans sa cause, elle réclame des juges et ne regrette pas l'acte qu'elle a commis. Jamais d'hallucinations ni de troubles de la sensibilité générale.
Le malade suivant est un dégénéré qui devient assez rapidement ambitieux; il se croit fils du roi de Hollande et attribue tous ses ennuis à des persécutions dues à ceux qui ont intérêt k le faire disparaître. Son délire, qui dure depuis cinq ans, est absolument coordonne et systématisé. Il se fait arrêter dans des circonstances assez curieuses : il emprunte 120 fr, à un jeune compatriote et lui fait un billet qu'il signe : « Prince d'Orange. » L'illusion de son créancier ne dura pas longtemps. Ce malade nous offre un exemple de ce que nous disions plus haut ; son délire nettement systématisé persiste sans modification.
Obs. XXVIII. — K... 42 ans, entre dans le service de l'admission, le 24 mars 1888, venant de Mazas, à la suite d'une ordonnance de non-lieu pour escroquerie. Nous venons devoir pour quel fait. K. .. est un épicier de Leyde. Il se souvient que lorsqu'il était enfant on le conduisait souvent à la cour, prés de la Reine. Plus tard, il suivit ses classes jusqu'à 18 ans et reçut, dit-il, une bonne éducation ; il sait l'allemand, l'anglais et parle un peu le français. Il eut une fièvre typhoïde pendant l'enfance. A 18 ans, il entre à l'École militaire et y subit deux fois l'examen pour passer officier; on ne put le recevoir et on l'encouragea à faire du commerce. A l'Ecole, le fils aîné du roi venait souvent lui seri-er la main. A cette époque il n'y ajoutait aucune importance. Entré dans le commerce, il y apprit la fabrication de la stéarine et, quelques années plus tard, put s'éta-
blir k son compte. A. l'Age de 27 ans, il se maria, sa femme lui apportant une dot de 40,000 florins. Rien do particulier ne se produit usqu'en 1883. Le fils du roi était mort depuis quelques années, le jecond fils venait de mourir et le trône de Hollande restait sans héritier. C'est à ce moment qu'il a eu dos doutes sur sa naissance, son origine et se crut le fils du roi; alors, par un retour en arrière, il fait l'examen rétrospectif de toute sa vie, relevant les moindres incidents qui pouvaient servir à édifier et à compléter son délire." sa présentation à la reine, étant tout enfant; les poignées de main du fils aîné du roi ; les .cadeaux du prince d'Orange. A ce moment on commença à le craindre et à le persécuter.
En 1883, pendant qu'il chantait à l'église, on vient lui apprendre In'usquement que son fils était malade; il le trouve mort à son arrivée à la maison. Persuadé qu'on l'avait empoisonné, il fit faire une expertise et déposa une plainte, bien que le médecin lui affirmât que son fils était mort de mort naturelle. Il est actuellement certain que la gouvernante de l'enfant fut condamnée à 10 ans, mais qu'on ne lui en arien dit pour ne pas le chagriner. Il fit h cette époque des dépenses exagérées, il acheta une grande maison de campagne, vécut largement. On croyait dans la famille qu'il avait gagné le gros lot d'une loterie; et rapidement il fit fallite. Ace moment on vendit sa maison de commerce. Sa femme et ses enfants le quittèrent et il resta seul avec deux gardiens, nouvelle preuve pour lui qu'on le craignait. Une nuit, il entendit ses chiens aboyer et heureusement, dit-il, il n'alla pas voir ce qu'il y avait, mais il sut que, s'il était sorti, on l'aurait tué à coups de fusil ; c'était le fils du bourgmestre qui était venu pour l'assassiner. Une autre fois, il prit des pilules purgatives, il eut de violentes coliques et vit bien qu'on avait voulu l'empoisonner.
Dans les conversations il comprenait, partout où il allait, qu'il était l'objet d'un secret et, peu à peu, dans les rues de la Haye, au café, partout, il entendait: « Le voilà. » D'ailleurs, il était reçu chez le Ministre d'État; il fallait bien qu'il fût quelqu'un. Il s'adressa môme au roi pour obtenir une audience. On lui persuada de venir à Paris pendant qu'on arrangerait ses affaires ; il y vint en effet, en 1886 et, chaque mois, il touchait 100 francs au consulat de Hollande, ce qui prouve bien qu'on voulait le tenir éloigné . Il lisait les journaux, se tenait au courant des alfaires de son pays; il sait, par exemple, qu'en l'absence d'un desoendant mâle, le duché de Luxembourg passera au duc de Nassau et par là aux Allemands. Aussi le duc de Nassau veut-il le faire disparaître. Mais, que demain le roi de Hollande meure, il ne restera pas deux jours renfermé, des pa-