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II. Technique des suggestions

Guérison, par ce procédé, des paralysies hystériques anciennes. De l'hypnotisme dans la Pathologie mentale.

Applications chirurgicales de l’hypnotisme.

Applications de l’hypnotisme dans le domaine de l’obstétrique.

III. De l'action exercée d distance par les corps ambiants , chez

les sujets en état d'hypnotisme.

Messieurs,

Après avoir passé en revue les diverses phases du grand et du petit hypnotisme, après vous avoir montré les conditions physiologiques nouvelles dans lesquelles se trouvent incidemment placés les sujets, il me reste à vous faire voir quel parti on peut tirer, au point de vue thérapeutique, des états nouveaux du système nerveux qu’on a développés artificiellement en eux, et dans quelles

limites il est possible d’utiliser les forces nouvelles ainsi mises en éveil (1).

Des miroirs rotatifs. — Les applications de la sommation hypnotique au traitement des maladies du système nerveux, ne sont encore aujourd’hui qu’à leurs débuts; mais il faut bien le dire, les résultats obtenus par cette nouvelle méthode de traitement, aussi bien à Paris qu’à Nancy et ailleurs, sont suffisamment nombreux et authentiques pour qu’on puisse les considérer dès maintenant comme un moyen nouveau de thérapeutique active.

Seulement dès le début se dresse devant nous un obstacle restrictif, — la méthode n’est pas applicable à tous les individus, elle ne peut être mise en œuvre que chez certains sujets prédisposés, et par cela même elle est soumise à une certaine sélection. — Le problème consiste donc, non pas tant à diriger les actions hypnotiques d’une façon méthodique, qu’à élargir le cercle des élus et à rendre éligible le plus grand nombre. Il s’agit donc de faire apparaître chez des sujets en apparence réfractaires certaines aptitudes hypnotiques qu’ils possèdent plus ou moins à l’état latent.

C’est donc dans cette direction que les efforts des médecins doivent se diriger, de façon à multiplier le plus possible le nombre des sujets hypnotisables, car l’effet hypnotique étant produit, on peut dire que la guérison est presque certainement assurée.

C’est dans cet ordre d’idées que je me suis mis à chercher des procédés plus expéditifs et plus puissants que

(i) On lira avec intérêt un très intéressant travail de MM. les docteurs Fontan et Ligard sur les effets de la suggestion hypnotique dans un cas de sclérose en plaques. Revue de l'hypnotisme , fév. 1889,

ceux employés jusqu’à présent, — tels que la fixation prolongée du regard, — la présentation d’un objet brillant au devant du front, ainsi que l’a conseillé Braid, la répétition d’un son monotone aux oreilles du sujet, etc...

En présence, en outre, de l’infidélité des résultats obtenus chez un certain nombre de sujets à moitié dociles, de la fatigue imposée au médecin, des pertes de temps et d’attention, j’ai pensé à mettre en œuvre des moyens mécaniques, des objets brillants en rotation, en utilisant l’action de l’objet brillant par lui-même et l’action de cet objet en mouvement. — L’instrument était tout trouvé et réalisé pratiquement dans cet engin de chasse que l'on emploie pour attraper les alouettes, le miroir à alouettes, lequel est constitué comme chacun de vous le sait par une série de petits miroirs plaqués sur une pièce de bois se mouvant dans le sens horizontal et réfléchissant autour d’eux dans tous les sens des vibrations lumineuses. — Faisant immédiatement l’application de cette idée théorique, je constatai non sans étonnement que l’action spéciale de ces miroirs rotatifs qui fascinent l’œil des alouettes, exerçait les mêmes actions fascinatrices sur l’œil humain, et qu’au bout de quelques minutes, des sujets non hystériques, placés devant ces appareils en mouvement, tombaient dans un état de sommeil spécial, caractérisé par de l’anesthésie cutanée et de la catalepsie des muscles avec perte de connaissance. — Je reconnus que ce sommeil spécial, qu’en raison des conditions de sa production je propose d’appeler sommeil mécanique, était apte à déterminer un état nerveux tout particulier, diminutif du grand hypnotisme, et que, au point de vue des applications thérapeutiques, il présentait des ressources d’un intérêt tout

nouveau.

Muni de ce précieux moyen d’action, agissant d’une façon continue et je dirais même d’une façon certaine et rapide, je pus donc, ainsi que je vais en faire passer des spécimens variés sous vos yeux, étendre le cercle des actions hypnotiques à un grand nombre de sujets atteints de maladies du système nerveux, que l’on n’avait pas jusqu à présent songé à faire bénéficier des avantages du sommeil hypnotique. — C’est ainsi qu’après avoir produit la sommation chez les sujets hystériques d’abord, puis chez les épileptiques francs, je suis arrivé à en faire l’application aux maladies organiques du système nerveux qui, à ma grande surprise, ont été très notablement amendées. — J’ai pu successivement agir chez des tabétiques, chez des hémiplégiques, chez des paraplégiques, chez des choréiques, et dans ces derniers temps, chez des saturnins avec paralysie des extenseurs, et chez un autre sujet atteint de paralysie agitante que je vous présenterai tout à l’heure et dont l’amélioration en six semaines de traitement a fait des progrès véritablement extraordinaires (1).

La mise en œuvre des miroirs rotatifs est donc destinée à prendre une grande place dans la thérapeutique hypnotique, attendu qu elle a un caractère pratique et qu’elle est absolument sans danger. — Elle étend le champ des actions hypnotisantes sur un plus grand nombre de sujets, et elle permet d’agir avec une plus grande rapidité et une puissance d’action jusqu’ici inconnues aux autres agents. — Elle évite par conséquent la fatigue au médecin qui peut, à l’aide d’un seul appareil, hypnotiser à la fois un grand nombre de sujets; c’est ainsi qu’on peut dire que c’est un agent thérapeutique actif, rapide et infatigable.

(I) Communication à la Société médicale des hôpitaux. — Séance du 22 mars 1889.

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L’action thérapeutique des miroirs rotatifs peut être employée : 1° soit seule ; 2° soit combinée avec l’électricité ; 3° soit combinée avec les suggestions.

Il est de toute nécessité, avant de commencer l’hypnotisation, quele sujetsoit parfaitement consentant à l’opération qu’on lui demande, et qu’il désire même être endormi. Ce point obtenu, le manuel opératoire estdesplus simples; on doit le placer d’abord dans une chambre isolée, loin du bruit et des agitations du milieu ambiant, on le fait asseoir dans un fauteuil bien rembouré qui lui permette de reposer sa tête à Taise; puis on présente devant lui, à hauteur de ses yeux, sur un support quelconque, le miroir en rotation. Une fois en présence de ce miroir, l’œil du sujet suit ses mouvements ; il prend le contact avec lui et le fixe attentivement ; au bout de quelques minutes, dans les cas favorables, deux, quatre, six, les paupières se fatiguent, elles se rapprochent insensiblement et se ferment, la tête se renverse en arrière et le sujet dort d’un sommeil qui paraît le sommeil naturel.

Et, si vous l’examinez maintenant, vous constaterez que ce n’est pas du sommeil naturel dont il est envahi. — Le sujet est en plein plongé dans l’état de fascination dont je vous ai parlé précédemment. Il présente en effet, en réduction, les éléments caractéristiques du grand hypnotisme qui se sont fusionnés en lui. — Ainsi il a l’anesthésie générale de l’état léthargique, la plasticité des

(1) Il est bon de remarquer que les sujets mis en présence des miroirs rolatifs n’arrivent pas tous de prime saut à l’état complet de la fascination. — Ils passent par différents états intermédiaires pour arriver au sommeil complet. — D’abord c’est un premier stade superficiel tout à fait analogue au sommeil naturel — avec réveil facile au moindre bruit. — Puis le sommeil devient plus profond, sans anesthésie ni catalepsie; et ensuite le véritable état de fascination s’accentue au fur et mesure que les séances se prolongent.

membres de l’état cataleptique, il a la crédivité et le timbre spécial de la voix de l’état somnambulique, de plus il est apte à s’imprégner de suggestions et à les exécuter. — Il présente donc, comme je vous le disais, sous une forme réduite le véritable fusionnement des différents symptômes que nous avons précédemment passés en revue.

La durée de ce sommeil spécial peut se prolonger pendant plusieurs heures, le réveil a lieu naturellement lorsque le sujet est abandonné à lui-même : pendant tout le temps de ce sommeil la physionomie est calme et tranquille, elle exprime une véritable béatitude.

Lorsque l’on veut provoquer le réveil, la chose doit s’opérer avec douceur et méthode, on dit au sujet par exemple, en lui parlant bas à l’oreille : Vous allez vous réveiller dans une minute, et à votre réveil vous serez gai et content. — - L’incitation impérative chemine tout doucement, sans secousses, dans le cerveau, et au bout du temps marqué le sujet se réveille avec une physionomie de satisfaction.

Ce procédé de sommation ne produit pa& en général d’emblée un sommeil profond : l’action n’est au début que très superficielle ; au moindre bruit le sujet se réveille, mais au bout de trois ou quatre séances, l’action somnifère des miroirs se prononce, et l’on voit les sujets de plus en plus fascinés tomber dans un profond sommeil. — Ils peuvent même au bout d’un certain temps descendre peu à peu en période de léthargie profonde.

Les sujets qui ont été ainsi traités deviennent au fur et à mesure d’une sensibilié exquise, et au bout d un certain temps d’entraînement, il n’est plus nécessaire d’avoir recours vis-à-vis d’eux aux miroirs rotatifs ; ils tombent avec une instantanéité vraiment surprenante de 1 état de

veille consciente à l’état de fascination inconsciente, rien que parla présentation de deux doigts devant leurs yeux. — Je vous montrerai tout à l’heure des cas de ce genre, et je réitère la recommandation dont je vous ai déjà parlé, en présence de cette susceptibilité si spéciale de certains sujets, de leur répéter de 11e se laisser endormir par aucune personne autre que moi, ou désignée par moi.

Action isolée des miroirs rotatifs. — Cette action isolée se résume à produire le sommeil mécanique chez un sujet par un miroir en rotation et à le laisser dormir ainsi tranquille, pendant 20 à 30 minutes par séance, sans lui donner de suggestion.

Cet état de sommation du cerveau que l’on provoque mécaniquement et qui se manifeste par des réactions si spéciales, anesthésie des téguments, plasticité des muscles, crédivité, somnambulique, etc. , — cet état, dis-je, paraît avoir des propriétés sédatives véritablement extraordinaires ; — nous voyons en effet tous les jours un certain nombre d’anciens malades, névropathiques de toutes variétés, qui ont été tellement soulagés par cet état de sommeil d’origine mécanique, qu’ils viennent spontanément tous les huit ou dix jours se faire hypnotiser à nouveau dans mon cabinet de consultation à l’hôpital pour bénéficier du bien être qu’ils en éprouvent, — comme nous voyons les morphinomanes recourir à la piqûre de morphine qui les a une première fois soulagés.

Ainsi, dans les cas d’insomnie prolongée, de fatigue cérébrale, de sensation d’étourdissement et de vertige — chez certains sujets épileptiques vertigineux, soumis à des attaques de colère irrésistibles, l’action quotidienne du sommeil mécanique a amendé d'une façon tout à fait

caractéristique les troubles nerveux sus indiqués. — Bien plus, dans le domaine des régions intellectuelles, nous avons pareillement obtenu des résultats inattendus; chez une dame névropathique dont la mémoire et les forces d’attentioncérébrales étaient insuffisantes pour accomplir un labeur donné (prendre et retenir des leçons d’anglais) nous avons pu, en produisant chez elle le sommeil, (je dirai même à notre insu), lui donner ce qui lui manquait; je dis à noire insu. Car quelques jours après la séance où elle avait été endormie, cette personne nous dit qu’elle s’était trouvée reconfortée par le temps de sommeil dans lequel elle s’était reposée à fond, ce qui lui avait permis d’être plus attentive et de retenir mieux les leçons qui lui étaient données et qui ne laissaient jusqu’à présent que des traces insuffisantes dans sa mémoire (1).

Dans le domaine des troubles du système nerveux, nous avons obtenu des résultats non moins surprenants, et en particulier chez ce sujet atteint de paralysie agitante que je vous présente en ce moment; c’est la première fois que depuis trente ans que je vois des malades semblables, et j ’ai vu survenir une amélioration aussi rapide et aussi accentuée.

Cet homme que vous voyez, jeune encore, et qui présente seulement quelques oscillations des mains, a été soumis au traitement hypnotique depuis six semaines. Sa maladie remonte à plusieurs années, elle a fait des progrès insensibles, au point que dans les derniers temps, lorsqu’il est arrivé, les mouvements d'incoordination étaient tels qu’il ne pouvait plus porter depuis longtemps un verre d’eau à la bouche; il était obligé de

(1) Cette observation si curieuse sera ultérieurement publiée.

baisser la tête, et le verre étant sur la table, de boire en ne se servant que de ses lèvres ; la préhension des aliments solides était presque impossible ; le tremblement des mains était continu, il y avait raideur des muscles du cou et le faciès typique avec immobilité des traits de la face, figés, immobiles sur le squelette osseux. — Pour tous les médecins qui ont vu ce malade, le diagnostic paralysie agitante était indiscutable. Eh bien, Messieurs, ce malade que vous voyez en ce moment-ci, qui a le teint coloré, le regard vivant, la tête parfaitement mobile, qui peut porter comme vous le voyez un verre d’eau à ses lèvres, qui se sent revivre en un mot, qui a récupéré dans sa main droite une certaine dextérité qui lui a permis de m’écrire quelques paroles de remercîment, cet homme, dis-je, doit cette récupération presque complète de toute sa santé aux bienfaisants effets du sommeil hypnotique; — et au bout de combien de temps ce résultat si merveilleux a-t-il été obtenu ? — Au bout de six semaines de traitement avec trois séances par semaine ( 1 ) !

Gomment a agi cette médication empirique? — Quelles sont les régions profondes du système nerveux qui ont été mises en action, et qui ont pu ainsi contribuer à l’équilibration générale des forces nerveuses? — Je n’en sais absolument rien; ce sont là de mystérieuses questions dont je laisse aux physiologistes futurs le soin de débrouiller les inconnues ; — pour le moment contentonsnous des résultats acquis.

Voici encore un autre malade qui a dû au traitement employé une rapide amélioration, amélioration d’autant

(i) Ce malade a été présenté à la Société médicale des hôpitaux de Paris. — Séance du 22 mars 1889.

APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES plus intéressante qu’il avait été déjà inutilement traité dans un hôpital spécial. — Vous le voyez, c est un homme d’une cinquantaine d’années, qui actuellement exerce la profession de courtier en fonds de commerce, profession qui exige des marches prolongées; il était atteint de tics dans la région de la nuque avec renversement subit de la tête en arrière ; il marchait ainsi dans les rues de Paris en attirant 1 attention des passants par l’étrangeté de ces mouvements de la tète, qui au bout d’un certain temps provoquaient des sensations de vertige. — J’entrepris son traitement: il fut soumis uniquement à l’action des miroirs rotatifs ; depuis six semaines il vient trois fois par semaine se faire hypnotiser, et depuis ce temps ses troubles nerveux si pénibles et doués d’un caractère si répulsif se sont tellement amendés, qu il m a

dit, il y a près de trois semaines, avoir pu reprendre son travail quotidien comme autrefois et n’avoir plus de tic dans le cou, si ce n’est le soir des jours ou il s’est encore trop fatigué à marcher ; — il se considère du reste comme à peu près guéri.

J’ai tenu, Messieurs, à vous présenter ces deux malades pour vous montrer l’heureuse intervention des procédés nouveaux dont je préconise l’emploi, et dont vous voyez les résultats aussi nets que rapides. — Il y a évidemment là des faits suffisamment éloquents qui viennent appuyer tout ce que je vous ai annoncé.

J’ajouterai encore à tout ceci que, chez d’anciens hémiplégiques, chez d’anciens paraplégiques, frappés d incontinence des urines et des matières fécales, j’ai pu

obtenir, à l’aide de cette méthode, non seulement l’arrêt

de cette complication morbide, mais encore une certaine récupération de forces motrices, en vertu de laquelle ces

sujets ont pu arriver à se mouvoir, à faire quelques pas dans la salle, choses qu’ils ne faisaient plus depuis plusieurs mois — et cette amélioration s’est faite pareillement en un très court délai, et s’est maintenue.

2° Action des miroirs rotatifs combinés arec. /’ électrisation. — Je vous ai dit que les individus en période de sommeil mécanique présentaient entre autres particularités ce phénomène remarquable d’être complètement anesthésiques, de pouvoir être piqués, pincés et incisés même par un bistouri, sans en avoir la moindre conscience. — Cette particularité spéciale d’insensibilité cutanée peut être très heureusement mise à profit, au point de vue thérapeutique, car elle permet d’agir sur eux à l’aide de courants électriques qu’une peau à l’état normal ne pourrait pas laisser passer. — C’est là, comme vous le voyez, un fait d’observation d’une très grande importance, qui peut ouvrir à l’électrothérapie des horizons nouveaux , car on peut ainsi employer des courants très puissants, qui peuvent aller susciter des muscles profonds, et raviver la puissance dynamométrique dans leurs fibres torpides. — Cette méthode m’a permis de rétablir ainsi la puissance motrice chez un certain nombre de sujets dont les muscles, atrophiés et électrisés à l’état de veille, ne pouvaient pas être mis en contractures à

cause de la sensibilité de la peau qu’il fallait traverser. Et ces mêmes muscles, à l’aide de courants plus forts, pouvaient être chez le même sujet mis en état de contraction pendant l’état de fascination.

Dans cet ordre de faits, je vous citerai particulièrement certains ataxiques dont les muscles des membres et du tronc, ainsi électrisés pendant leur sommeil, ont

pu permettre au sujet frappé d’impotence de pouvoir se tenir debout et 'se promener dans la salle après un traitement de trois semaines.

Nous avons particulièrement usé de ce procédé chez un ouvrier peintre que je vais vous présenter, et qui est arri vé il y a deux mois dans mon service avec une paralysie complète et une atrophie des extenseurs. — H y a quatre ans, cet homme a eu des accidents semblables, et n’a pu reprendre ses travaux qu’au bout de dix-huit mois; actuellement, vous le voyez, les forces sont revenues dans les bras, la puissance motrice a été récupérée en partie dans les avant-bras, le sujet peut se servir de ses mains pour prendre ses aliments, boutonner ses vêtements, mouvements qu’il était complètement incapable d’accomplir il y a six semaines. Vous voyez qu ici nous avons obtenu non seulement des résultats utiles, mais encore des résultats rapides, puisque la première attaque a nécessité huit mois de traitement et la seconde a été guérie sous notre direction en deux mois et demi.

3° Action des miroirs rotatifs combinée avec les suggestions. — Une des particularités les plus remarquables de ces états de fascination que nous étudions en ce moment, est de développer chez les sujets des aptitudes aux suggestions.

On peut donc, chez eux comme dans le grand hypnotisme, leur imposer d’emblée des suggestions thérapeu-

tiques qu’ils acceptent, qu’ils exécutent, et leur permettre de trouver dans cette opération un procédé facile et rapide de produire, ainsi que je vous en citerai des exemples, séance tenante, des guérisons de certaines anesthésies avec une soudaineté qui pourrait passer comme véritablement miraculeuse.

Les sujets ainsi fascinés sont pareillement susceptibles d’obéir à des suggestions immédiates ou à distance.

Lorsqu’il s’agit de suggestions immédiates, et en particulier de suggestions relatives à la récupération de la sensibilité dans tout un côté du corps, il est bon de procéder avec une certaine prudence, et de le préparer à l’opération dont il va être l’objet, sous peine, en effet, de voir éclater des perturbations profondes du côté de l’innervation cardio-pulmonaire.

Au début de ces études, j’ai été témoin de phénomènes d’une liante gravité en hypno thérapie.

Dans une circonstance donnée, chez une jeune femme entrée dans mon service pour y être traitée d’une hémianesthésie hystérique, je la mis rapidement en état hypnotique et lui donnai la suggestion de récupérer à son réveil la sensibilité dans tout le côté paralysé. — La chose s’exécuta ponctuellement, et l’anesthésie disparut tout entière au moment du réveil ; mais, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre le lendemain matin que cette jeune femme, deux heures après l’opération, avait été prise d’anxiété insolite, de suffocations répétées avec toux opiniâtre et expulsion de sérosités bronchiques abondantes et sanguinolentes ; le tout suivi d’une arythmie cardiaque et de paralysie du diaphragme avec apnée. — Les symptômes qui arrivèrent rapidement, sans cause appréciable connue, à cet état de gravité insolite, se prolongèrent une partie de la journée et ne furent amendés que le lendemain seulement; cette malade n’avait jamais présenté de symptômes semblables dans mon entourage, l’origine des perturbations subites cardio-pulmonaires resta inconnue; mais, quant à moi, en raison de la rapidité

de l’invasion et des caractères spéciaux de l’innervation cardio-pulmonaire, je n’hésitai pas à penser qu’il s’agissait là d’un véritable trouble survenu dans les foyers d’innervation centrale par le fait du rétablissement des courants sensitifs dans la partie du corps paralysée, ceux-ci ayant dérivé à leur profit une portion de l’influx nerveux condensé dans les centres nerveux.

Chez un homme atteint d’une hémiplégie sensitive et traité d’une façon trop rapide, j’ai constaté pareillement, aussitôt après le retour de la sensibilité, des anxiétés respiratoires subites avec anhélation, — phénomènes, du reste, qui n’ontété que passagers, et ont disparu au bout de quelques heures.

Il est bon d’être prévenu de la possibilité de pareils incidents qui pourraient à un moment donné mettre le médecin traitant dans un grand embarras. Ce n’est pas impunément qu’on manipule ainsi les courants nerveux chez l’être vivant.

Un sujet frappé de monoplégie brachiale, dont je fis constater l’existence par deux de nos collègues de la Charité , fut guéri instantanément après quelques séances d’entraînement, en lui disant qu’au réveil, il allait pouvoir mouvoir volontairement son bras. Le retour de la motricité s’effectua instantanément et le malade guéri put sortir de l’hôpital et reprendre ses fonctions de cocher; cette monoplégie datait de plus d’une année (1).

Chez deux sujets actuellement dans nos salles , atteints tous deux de myélite chronique et de constipa-

(1) J'ai appris plus tard que la paralysie du bras était revenue à la suite d'excès alcooliques.

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tion, datant chez l’un de sept jours, et chez l’autre de dixsept jours, avec ballonnement du ventre, nous avons pu guérir ces constipations par des incitations suggestives instantanées. — On se préparait chez le deuxième sujet à employer les grands remèdes, tels que les courants continus; — toutes les autres médications, drastiques et laxatives, ayant continuellement échoué, j’eus alors l’idée de pratiquer l’hypnotisme à l’aide des miroirs, et de suggestionner ces deux sujets d'aller à la garde-robe aussitôt le réveil. — Ceci se passa en pleine salle, en présence de tous les assistants habituels qui suivent mes visites et qui furent aussi surpris que moi d’entendre le malade, aussitôt réveillé, réclamer immédiatement le bassin pour aller à la garde-robe ainsi que je le lui avais prescrit. — Depuis cette époque, cette constipation opiniâtre fut vaincue.

Chez les hystériques et chez les épileptiques à grandes attaques le traitement par les suggestions méthodiquement pratiqué, soit tous les deux jours, soit deux fois par semaine, est susceptible d’amener encore des effets très satisfaisants. — Les suggestions à donner consistent seulement à éloigner les attaques et à diminuer leur intensité.

On crée ainsi dans le cerveau une sorte de préoccupation latente qui fait que les sujets sont toujours tenus en arrêt. Elle agit ainsi inconsciemment (sur les déclanchement* interne * qui produisent les attaques), et un grand

nombre d’entre eux racontent qu'ils sentent leurs attaques

avorter, et qu’au moment où elles devraient avoir lieu il se passe en eux quelque chose d’insolite, des éblouissements, des vertiges, et que tout s’arrête là. — Chez les sujets épileptiques et hystériques entrés dans notre ser-

vice pour y être traités d’attaques revenant tous les trois ou quatre jours, nous avons pu ainsi espacer leur retour, et chez un jeune sujet qui a quitté l’hôpital depuis dix mois, j’ai pu constater qu’il avait pu reprendre son travail de typographe sans la moindre crise. — 11 vient seulement une ou deux fois par mois, lorsqu’il se sent trop nerveux comme il dit, se faire hypnotiser et calmer ses nerfs.

Dans le traitement de la morphiomanie nous avons pareillement employé la suggestion avec quelque succès; on donne par exemple au sujet la suggestion de diminuer progressivement la dose de morphine injectée, et d’habitude on arrive à une diminution méthodique, mais il faut bien le dire — chez ces sujets imprégnés de morphine, les réactions du système nerveux sont très souvent infidèles et les suggestions ne sont pas durables ; le sujet obéit aux suggestions tant qu’il est à l’hôpital, mais quand il a été amendé, il demande sa sortie, et une fois dehors, au bout d’un temps variable, il revient bien vite à ses inéluctables habitudes.

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