‹ Leçons cliniques sur les principaux phénomènes de l'hypnotismeChapitre 48 sur 59 · MENTALE · texte numérisé non relu

MENTALE

Dans le domaine de la pathologie mentale, l’intervention des pratiques de l’hypnotisme ne m’a pas encore donné des résultats aussi précis que dans toutes les autres classes de la pathologie nerveuse, et cela par le fait d’une cause toute naturelle qui est l’essence même de la folie. — Dans ce domaine spécial en effet, la première condition indispensable pour produire l’état hypnotique, l’acquiescement du sujet, ainsi que son attention prolongée, est complètement irréalisable; — or, nous savons tous combien il est difficile de fixer l’attention d’un aliéné, combien la suractivité automatique des régions psychiques est intense et incoercible, puisque c’est précisément -elle qui est cause du délire. — Allez donc demander à un agité de rester quelques minutes tranquille ? à un halluciné, à un persécuté, de fixer son regard sur un miroir en rotation ? — Autant lui demander de faire un acte raisonnable et correct.

Dans l’état actuel des choses, nos moyens d’action pour diriger hypnotiquement les processus de la pathologie mentale sont complètement insuffisants, et j’estime que si on peut jamais produire l’état hypnotique chez les aliénés, il faudra avoir recours à d’autres procédés que ceux que nous employons journellement, et entrer dans leur for intérieur par d’autres portes que celles des impressions visuelles.

Mais si, dans les périodes aiguës de l’aliénation mentale, on ne peut rien tenter d’utile pour rétablir l’harmonie

des fonctions cérébrales, dans les périodes de détente de la maladie, dans les intervalles lucides, chez certains sujets atteints d’hystérie latente, on peut avec certaines chances de succès arriver à produire d’heureux résultats à l’aide de l’hypnotisme.

Dans certaines formes de la paralysie générale au début, chez des sujets calmes, atteints de délire franquille et de délire de satisfaction, la vue d’un objet brillant les fascine et les calme ; mis en présence des miroirs rotatifs, ils les fixent et s’endorment, et ils trouvent dans cet état de sommeil artificiel une véritable récupération des forces motrices inespérée. Le repos des nuits devient réparateur, et j’ai vu des sujets ainsi traités récupérer d’une façon notable une certaine dose d'énergie physique et mentale (1).

Chez des jeunes filles atteintes de trouble des facultés mentales (excitations délirantes) de nature hystérique j’ai pu déterminer dans certains cas le sommeil hypnotique et être frappé de la rapidité extraordinaire avec laquelle l’excitation prenait fin.

Dans la période de décours d’états phrénopathiques variés, — hallucinations, — mélancolie avec idées de suicide, j'ai été frappé de la façon rapide avec laquelle je pouvais produire l’hypnose, et surtout de l’action véritablement manifeste que l’état hypnotique exerçait sur la rapidité de la convalescence. — Ainsi j’ai vu certains sujets, dont la convalescence dans les conditions normales aurait exigé deux ou trois mois de traitement, qui, en quinze jours, à partir du moment où ils ont été

(1) Voir la communication que j’ai Hôpitaux. — Séance du 12 avril 1889.

laite à la Société médicale des

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hypnotisés, se sont relevés rapidement et ont pu être rendus à bref délai à leur famille.

Ainsi, quoique nous ne puissions pas obtenir en pathologie mentale, jusqu’à présent, des succès aussi éclatants et aussi nombreux que ceux que nous avons signalés dans les diverses formes vulgaires des névropathies, j’estime néanmoins que dans ce cadre spécial il y a des recherches nombreuses à faire, et qu’à l'aide de méthodes nouvelles il sera possible d’obtenir des résultats plus sérieux. — Pour le moment nos moyens d’action sont très limités, mais néanmoins ils peuvent compter pour quelque chose puisqu’il nous est possible de diminuer l’intensité de certains symptômes, d’éteindre certaines hallucinations lorsqu’elles ne sont qu’au début, et avec elles certaines idées de persécution qui jouent un rôle si considérable dans les diverses perturbations mentales.

J’ajouterai encore à cette liste les résultats avantageux de l’application du sommeil hypnotique à certaines formes de la paralysie générale au début, que j’ai vues très notablement améliorées.

APPLICATIONS CHIRURCxICALES

Au début de l’apparition de l’hypnotisme, alors que Braid avait montré que les sujets hypnotisés étaient insensibles aux excitations extérieures, les chirurgiens eurent l’idée d’employer cette pratique pour faire certaines opérations. — Effectivement un certain nombre d’entre eux eurent l’occasion de la mettre à l’essai et d’en tirer quelques avantages. Mais depuis la merveilleuse découverte du chloroforme au point de vue de l’anes-

lliésie chirurgicale, ces tentatives furent très justement laissées dans l'oubli.

Actuellement, les applications de l’hypnotisme à la thérapeutique chirurgicale sont complètement milles, puisqu’elles ne s’adressent qu’à une population restreinte, la classe des hypnotisables; — mais il faut bien le dire, si cette classe de sujets, par l’emploi de procédés nouveaux, devient plus dense, il est possible que dans certains cas on pourrait pratiquer la fascination et obtenir ainsi une anesthésie artificielle dont on pourrait prolonger la durée sans inconvénients.

Dans l’état actuel des choses, dans notre milieu de sujets hypnotiques, lorsqu’il y a une petite opération à leur faire, un abcès à ouvrir, un corps étranger à extraire, une ou plusieurs dents à extirper, je n’hésite pas à hypnotiser le sujet et à le livrer au chirurgien.

Il m’arrive même assez souvent d’avoir un certain nombre de sujets qui ont des dents à faire arracher, je les mets en somnambulisme lucide, je m’adresse aux dentistes de la Charité qui font l’examen de la bouche à loisir, et pratiquent l’enlèvement des dents malades tandis que le sujet, toujours insensible, ne garde au réveil aucun souvenir de l'opération qu’il a subie et se trouve tout étonné de trouver au réveil — dans sa main la dent arrachée.

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