‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 1 sur 208 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

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A M. le Professeur J.-M. CHARIOT

Membre île l’Institut

Professeur de clinique des maladies du système nerveux 5 la Faculté de médecine de Paris Officier de la Légion d'honneur, etc.

Je vous prie d’accepter, mon cher Maître, la dédicace de cet ouvrage en témoignage de la respectueuse admiration et de la profonde reconnaissance

de votre élève tout dévoué,

A. Pitres.

PRÉFACE

Mon cher Pitres,

Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt et aussi avec un vif plaisir, je vous l’assure, « les bonnes feuilles » de vos Leçons cliniques sur l'hystérie et l’hypnotisme. Il était impossible à mon avis de condenser sous une forme plus heureuse et avec une meilleure méthode la longue série de travaux personnels que vous avez poursuivis pendant plus de dix ans, sans cesse et sans trêve, et que je puis vous féliciter aujourd’hui d’avoir menés à bonne fin.

J’ai cherché tout d’abord et non sans quelque émotion, je l’avoue, à reconnaître dans votre livre comment, devenu maître à votre tour — détaché de nous par conséquent et vivant désormais dans un milieu autre que celui où nous avons longtemps collaboré, — vous aviez envisagé les faits neuropathologiques qui, en raison de la nature de mon enseignement actuel, sont devenus l’un des principaux objets de mes préoccupations habituelles. Aussi 11’est-ce pas sans une grande satisfaction que j’ai vu vos études confirmer, non seulement sur les points essentiels, mais encore le plus souvent jusque dans les détails les plus minutieux, les résultats obtenus à la Salpêtrière dans nos recherches faites sur les mêmes sujets.

On a plusieurs fois suspecté la légitimité de nos descriptions en objectant que les malades qui nous ont. servi de modèles,

PREFACE

confinés dans un service spécial, ont dû par contamination réciproque subir une espèce d’entraînement et acquérir ainsi une symptomatologie étrange, compliquée à l’excès, qui ne répondrait pas aux types naturels. C’est ainsi qu’on a parlé, a la vérité toujours sans preuves, d’une hystérie propre a la Salpêtrière, hystérie artificielle, hystérie de culture, perfectionnée en quelque sorte par l’éducation, et qui ne s’observerait pas dans d autres milieux. A ces critiques reposant uniquement sur des vues purement spéculatives, nous avons depuis longtemps répondu par l’exposé de faits cliniques nombreux, montrant par exemple que pour ce qui est relatif à la grande attaque d’hystérie, le rôle de Y « imitation », de la « suggestion », considérées comme modificateurs des apparences morbides, tout intéressant qu’il soit à étudier, n’est cependant, contrairement à ce qu’on a gratuitement avancé, que relativement restreint et fort limité1. Dans la réalité des choses les modifications produites par ces causes n’affectent que la surface; elles ne portent pas sur le fond, sur la trame, non plus que sur l’évolution générale des phénomènes morbides. « La charpente de l’édifice, comme le dit ingénieusement Paul Richer dans le beau livre que vous connaissez bien, reste partout la même; l’ornementation seule diffère. » Du même coup d’ailleurs on démontrait, toujours à l’aide de faits cliniques appropriés, que les règles qui président à la constitution et à l’évolution de l’attaque sont communes à la pratique d’hôpital et à celle de la ville; qu’elles sont valables pour tous les temps, pour tous les pays, chez toutes les races, et que les variations qu'elles subissent n’en affectent en rien l’universalité puisqu’elles peuvent toujours être rattachées logiquement au type fondamental.

Vos leçons viennent à leur tour, je suis bien heureux de le constater, prêter un puissant appui à la thèse que je défends.

1 Voir Paul Richer, Études cliniques sue la grande hystérie, 3e partie, p. 333 à ôOô, 2e édition, 1885,

PRÉFACE

Elles prouvent, on effet, péremptoirement qu’en province, pourvu que le matériel neuropathologique dont on dispose soit suffisant pour permettre d’embrasser toutes ses formes, de reconnaître tous ses grands aspects, l’hystérie ne diffère en rien, absolument en rien, de ce qu’elle est chez nous, à Paris; et tout récemment ne montriez-vous pas qu’à Bordeaux, dans les services de clinique générale, les cas d’hystérie mâle, d’hystéro-traumatisme, d’hystéro-neurasthénie, ces nouveau-venus dans la nosographie neuropathologique, se présentent nombreux chez les artisans tout aussi bien qu’à la policlinique et dans le service spécial de la Salpêtrière.

Mais je ne saurais m’arrêter exclusivement aux sujets qui ont plus particulièrement tixé mon attention; je tiens à relever encore que vos études ont touché à tous les grands problèmes que soulève l’histoire de l’hystérie et de l’hypnotisme. Si elles ne les résolvent [tas tous, elles ont du moins le mérite d’en exposer les termes avec netteté et de fournir des documents précis qui pourront, quand les temps seront venus, contribuer à leur solution; en particulier, vos leçons sur les anesthésies , les tremblements hystériques , les spasmes rythmiques, les zones spasmogènes et hypnogènes , les suggestions hypnotiques, les attaques de contracture, les attaques de délire, les délires hystéro -hypnotiques provoqués, etc.; toutes ces leçons, dis-je, représentent autant de monographies toujours excellentes et le plus souvent parfaitement originales : elles sont dignes, au premier chef, de provoquer les méditations des hommes de science.

Vous avez bien voulu, mon cher Pitres, inscrire mon nom en tète de votre ouvrage et évoquer le souvenir des années déjà lointaines où nous avons vécu cote à côte, en communion d’idées scientifiques. De tout cela je suis profondément touché et je vous remercie. Mais, croyez-moi, votre livre n’avait pas besoin de

x PRÉFACE.

patronage. Avec sa constitution saine et robuste, ses qualités d’exposition limpide et ingénieuse, sa richesse en documents de bon aloi, propres à intéresser les savants, les praticiens, les légistes eux-mêmes, il est de ceux (pii sont marqués dès l’origine pour fournir une brillante carrière. En ce (pii me concerne, c’est de grand cœur, vous pouvez le croire, que je lui souhaite tout le succès qu’il mérite d’obtenir.

Croyez -moi, etc.

Dr J.-M. CHARCOT.

Paris, le 9 février 1891.

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