SPASMES RESPIRATOIRES COMPLIQUÉS
Les spasmes respiratoires compliqués sont ceux qui, intéressant à la fois les muscles de la respiration et ceux de la phonation, forcent les malades à produire rythmiquement et malgré leur volonté des bruits inarticulés, ou à répéter certaines syllabes, ou enfin à prononcer convulsivement des paroles distinctes. Chacune de ces variétés mérite de fixer quelques instants notre attention.
a) Des spasmes respiratoires compliqués par la production involontaire et rythmique de bruits inarticulés.
Les bruits qui peuvent accompagner les spasmes rythmiques respiratoires sont très variés. On les a comparés dans certains cas, et non sans raison, aux aboiements des chiens, aux miaule-
1 Cinq mois après, la malade eut un accès de lypémanie aiguë dans le cours duquel elle succomba.
2 Briquet, Traité de l'hystérie, Paris, 1859, p. 322.
ments des chats, aux mugissements des taureaux, aux hurlements des fauves, aux bêlements des moutons, aux roucoulements des tourterelles, aux gloussements des dindons, etc. l.
Leur étrangeté, leur ressemblance non douteuse avec les cris des animaux précités, leur répétition monotone et involontaire pendant des laps de temps relativement fort prolongés, leur apparition éventuelle sous la forme d’épidémies, ont largement contribué à répandre dans les populations superstitieuses la croyance à la possession démoniaque et aux loups-garous.
On rencontre des exemples de ces spasmes rythmiques dans les livres les plus reculés. Sans remonter jusqu’à l’histoire des trois fdles de Pétrus, roi d’Argos, qui, croyant être transformées en vaches, quittèrent leur demeure et se répandirent dans les bois en poussant de longs mugissements, on en trouve des observations précises dans les narrations des grandes épidémies hystériques du moyen âge. Les moinesses de Cambrai, au xve siècle, imitaient les miaulements des chats; les nonains d’Allemagne et les possédées de la commune d’Amou, près de Dax, en 1013, aboyaient, au dire
1 Certains spasmes rythmiques du diaphragme s’accompagnent d’un bruit de clapotement gastro-intestinal assez intense pour être perçu à distance. M. Gaetano Bruni en a rapporté deux bonnes observations (Spasmo ritnüco ciel clictf ramma ; osservazion cilniche. Modena, 1886) dont voici le résumé :
Observation I. — Femme, vingt-neuf ans, sujette depuis plus d’un an à des douleurs gastralgiques internes et à un spasme rythmique du diaphragme caractérisé par des secousses brusques survenant de 115 à T25 fois par minute, aussi bien dans l’inspiration que dans l’expiration. Chaque secousse était accompagnée d’un bruit de clapotement hydro-aérien. Ce spasme était arrêté par la compression d’un point très limité dans la fosse sus-claviculaire gauche, par le passage d’un courant électrique le long du trajet du phrénique. 11 cessait complètement pendant le sommeil naturel ou le sommeil hypnotique. Hyperesthésie cutanée du côté gauche de l’abdomen. Légère dilatation de l’estomac ; catarrhe utérin, intégrité des autres organes. La guérison fut obtenue par le lavage de l’estomac et la compression prolongée du point frénateur de la fosse sus-claviculaire gauche.
Obs. IL — Jeune fille de dix-sept ans, atteinte de troubles nerveux variés : gastralgies, névralgie de la face, etc., et d’un spasme rythmique du diaphragme. La respiration était saccadée, précipitée (100 par minute); chaque secousse convulsive était accompagnée d’un bruit de clapotement perceptible à distance. Le bruit coïncidant avec l’inspiration était plus fort et plus bref, le bruit expiratoire plus sourd et plus prolongé. Ce spasme cessait complètement pendant le sommeil. On pouvait l’arrêter en pressant fortement l’abdomen avec les deux mains. La chloroformisation rendait à la respiration son amplitude normale en supprimant les secousses spasmodiques. Pour guérir ce spasme, l’auteur immobilisa la région diaphragmatique à l’aide d’une bande élastique recouverte d’un appareil silicaté. Le succès fut complet.
Briquet paraît avoir observé au moins un cas analogue. Une de ses malades avait «un mouvement vermiculaire des muscles du côté gauche de la poitrine qui, d’abord lent, prenait peu à peu de la rapidité, s’étendait au ventre et amenait une oscillation de cette cavité qui faisait gargouiller les liquides contenus dans les intestins, comme le ferait un liquide qu’on agiterait dans un vase ». (Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859, p. 431.)