‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 12 sur 367 · DIVISION DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DIVISION DES ANIMAUX

parlé jusqu’ici ont la verge renfermée dans un étui attaché au ventre.

Les chauve-souris sont encore une petite tribu assez semblable aux insectivores par ses dents et ses intestins, mais dont les doigts très alongés ont leurs intervalles remplis, ainsi que ceux des membres, par une peau fine qui les met en état de voler. Elles n’ont point de cæcum. Leurs mamelles sont sur la poitrine, et leur verge est pendante.

Ces deux dernières circonstances se retrouvent dans les quadrumanes , ceux de tous les mammifères qui ressemblent le plus a 1 homme. Ils ont, comme lui, le pouce des mains séparé des autres doigts, elsusceptible de leur être opposé lorsqu’il s’agit de faire quelque opération délicale : celui des pieds l’est de même ; mais il est plus court que les autres doigts, quisoulaussi longs que ceux des mains. Les dents ressemblent à celles de l’homme; mais les canines sont plus alongées que les autres. Le canal alimentaire est composé, comme dans l’homme, d’un estomac simple, de petits et de gros intestins, et d’un cæcum le plus souvent gros et oourl, excepté dans quelques espèces. Le foie des animaux onguiculés est divisé en lobes plus nombreux que dans l’homme et les animaux à sabots.

A côté de la série ascendante dont nous venons de parler, la classe des mammifères en présente une autre, celle des marsupiaux , dont tous les genres se distinguent par un utérus conformé de manière que les petits ne peuvent y prendre leur développement complet, et qu’ils eu sortent à l’état d’embryon pour s’attacher aux mamelles de leur mère, souvent situées dans une bourse formée par la peau à l’arrière de l’abdomen. Tous ces animaux ont au bassin deux os surnuméraires attachés au pubis. Ils sont aussi tous onguiculés; mais par rapport à leurs dents, les uns ressemblent aux insectivores, d'autres aux rongeurs, et d’autres ont des caractères intermédiaires.

On a même découvert à la Nouvellc-IIoliande des quadrupèdes couverts de poils, comme les mammifères, et ayant de même une double circulation complète et le sang chaud; mais où l’existence des mamelles n’est pas encore bien constatée, et où l’utérus est conformé de manière que quelques naturalistes les soupçonnent d’être ovipares. Ce sont les monolrèmes.

La classe des oiseaux ne présente pas autant de caractères anatomiques que celle des mammifères, pour distinguer en familles les espèces qui la composent. La forme de leurs pieds ne détermine pas, comme dans les quadrupèdes, le genre de leurs aliments, parce que la laculté de voler, et celle de nager et de plonger, leur donnent d’autres moyens de poursuivre leur proie.

Les oiseaux do proie proprement dits ne sont

pas les seuls qui vivent <le chair. On les distingue à leur bec et à leurs ongles crochus. Leur estomac est membraneux; leurs cæcums très courts; leur larynx inférieur n’a qu’un seul muscle.

Les oiseaux piscivores, de la famille des oiseaux de rivage, tels que les hérons , etc., ont un grand estomac membraneux, et un cæcum unique et très court.

D’autres piscivores, de la famille des oiseaux nageurs, les cormorans, pélicans, etc., et. de celle des passereaux, les martins-pêcheurs, ont aussi un estomac membraneux. Il se retrouve tel dans des oiseaux vivant, de vers, comme lespfes, etc. ; mais il est très musculeux dans la plupart des autres oiseaux, et surtout dans ceux qui vivent uniquement de grains.

Les autres pat tics intérieures ne fournissent point des caractères assez saillants; ou bien ces parties n exerçant point une grande influence sur 1 ensemble, elles sont trop variables dans leur structure.

En nous bornant donc à la considération des organes du mouvement, nous trouvons, outre la famille des oiseaux de proie dont nous venons de parler, celle des oiseaux nageurs, qui ont les pieds courts, palmés, le plumage serré, huilé, et qui se tiennent sur les eaux; celle des oiseaux de rivage , qui ont des pieds longs, les jambes nues par en bas, le cou et le bec alongés, et qui marchent à gué sur le bord des eaux, ou dans les ruisseaux et les marais; celle des gallinacés, qui ont les pieds courts, le vol pesant, ou même qui ne volent pas du tout, le bec court et voûté, et qui sc tiennent à terre, où ils vivent de grains; ceux-ci ont un jabot très simple, un gésier fort, charnu, des intestins et surtout deux cæcums très longs; leur larynx inférieur n’a point de muscle propre. Leur sternum, formé originairement de cinq pièces, tandis que dans les autres il n’en a que deux, conserve toujours de grandes échancrures.

La famille des grimpeurs se distingue par ses doigts disposés deux en avant et deux en arrière, et par la faculté que cette organisation leur donne de grimper dans toutes les directionssur les troncs des arbres. Il yen a parmi eux qui ont un estomac membraneux et manquent de cæcum, les pics ; d’autres l’ont musculeux et manquent également de cæcum, les perroquets; d’autres enfin ont des cæcums et un gésier, les coucous; les uns vivent d’insectes, les autres de fruits.

Les genres très nombreux d’oiseaux qui n’ont pu entrer dans les familles précédentes, sont connus sous les noms généraux de passères et de coraces par les naturalistes. Il est difficile de leur assigner des caractères communs; mais on peut encore établir parmi eux des tribus d’un ordre inférieur qui forment des réunions assez naturelles. Telles sont : celle des petits oiseaux à bec fin,

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qui vivent d’insectes et quittent nos climats en hiver; celle des petits oiseaux à gros bec, qui vivent de graines et dévastent les champs cultivés; celle des oiseaux à bec long et épais, qui vivent de fruits, de graines et de substances animales, et dont plusieurs ne dédaignent pas même les charognes, etc.

Les reptiles se prêtent beaucoup mieux que les oiseaux à une division régulière ; et d’abord on pourrait en détacher, même comme une classe à part, les batraciens, qui ont la peau nue, pondent des œufs mous qui s’enflent dans l’eau, et d’où sortent des petits, d’abord assez semblables à des poissons et respirant comme eux par des branchies, mais qui prennent par degrés la forme de leurs parents et la respiration pulmonaire. Cette famille est, à quelques égards, plus rapprochée des poissons que les autres reptiles.

Parmi les reptiles ordinaires, il y en a qui n’ont point de pieds, les serpents; la forme du corps est très alongée, celle des viscères correspond; dans la plupart, les mâchoires sont mobiles l’une et l’autre, et les deux branches de chacune peuvent s écarter au point que l’animal avale des corps plus épais que lui. La langue musculeuse et fourchue rentre et sort à volonté d’une sorte de gaine; quelques-uns néanmoins ont les mâchoires non dilatables et la langue courte; mais tous ont la peau écailleuse, l’estomac alougé, membraneux, le canal alimentaire court et sans Cæcum; les poumons très inégaux. Le mâle a deux verges hérissées de pointes : la femelle produit des œufs revêtus d une coque, mais qui éclosent quelquefois dans l’oviductus.

Quelques genres, avec la l'orme alongée des serpents, ont la tête des sauriens, et même des vestiges de membres cachés sousla peau; tels sont les orvets, les ophisaures; dans d’autres on voit même en dehors ou les pieds de devant, ou ceux de derrière.

La plupart des saurions ont cependant quatre pieds; leur peau est aussi écailleuse, et ils ont, comme lesserpents, deux verges; leurs mâchoires ne se dilatent point. Ou peut distinguer parmi eux les crocodiles, dont la tête, construite plus solidement, a les narines prolongées jusqu’au gosier et dont la verge est unique.

Les tortues ou les chéloniens ont aussi la verge unique, et diffèrent d’ailleurs de tous les animaux par leurs eûtes dilatées, soudées ensemble et avec les vertèbres, pour former une voûlesous laquelle se retirent la tête et les membres; un sternum composé de neuf pièces forme le plastron du dessous de leur corps. Les muscles de leurs membres et de leur cou adhèrent au-dedans de ces deux boucliers; mais ils sont en dehors des os qu’ils ont à mouvoir, ce qui ne permet pas de les rapprocher de ceux des insectes.

ARTICLE CINQUIÈME. — DIVISION DES ANIMAUX

Les sauriens, les crocodiles et les tortues pondent des œufs revêtus d’une coque; leur cœur, surtout celui des deux derniers, est plus compliqué que celui des batraciens et que celui îles poissons, sans permettre toutefois une circulation entièrement double.

Les poissons se distinguent en deux subdivisions principales, très différentes eu nombre, et qui doivent être considérées comme parallèles pour le rang; car, dans celle des chondroptérygiens, les premiers genres, raies, squales, etc., ressemblent assez à certains repliles par leur oreille renfermée dans une cavité séparée du crâne, par les organes delà génération de la femelle, qui consistent en deux oviductus très longs, aboutissant d’une part aux ovaires et de l’autre à une matrice commune; tandis que les derniers, les lamproies, les ammocètes, ont un squelette si imparfait que l’on a cru pouvoir les rapprocher des animaux non vertébrés.

La seeoni e subdivision comprend tous les autres poissons, partagés en famille d’après des caractères pris des mâchoires, des branchies et des nageoires.

Les classes qui se partagent l’embranchement des mollusques ne sont pas susceptibles de subdivisions d’une importance égale; c’est à peine s’il y a lieu d’en établir : si ce n’est dans celle des gastéropodes, dont les uns, les pulmonés, respirent l’air et sont hermaphrodites avec accouplement réciproque; les autres, hermaphrodites aussi, mais respirant l’eau, ont tantôt les branchies nues, les pectibranches, tantôt recouvertes de coquilles, les tectibranches; les troisièmes, qui son t les plus nombreux, les pectimbranches, respirent l’eau et ont des sexes séparés. Enfin il paraît qu’il y en a qui respirent l’eau, mais qui se fécondent eux-mêmes sans accouplement; ce sont nos tubulibr anches, nos scutibranches et nos cyclobranclies.

Ou pourrait aussi mentionner les subdivisions des acéphales, suivant que leur manteau est ou non ouvert sur sa longueur et qu’ils ont un pied ou en sont dépourvus ; mais il en résulte peu de différences anatomiques.

Dans l’embranchement des animaux articulés, la principale distinction entre les annelides est fondée sur leurs branchies, tantôt, comme nous l’avons déjà dit, formées de ramuseules ou de filets répartis le long du dos ou rapprochés sur l’extrémité antérieure, tantôt réduites à une expansion vasculaire de la peau.

Les crustacés se divisent d’après leur bouche, propre à mâcher ou seulement à sucer; d’après la position de leurs branchies, tantôt latérales et couvertes par le test, tantôt pendantes sous l’abdomen; d’après leurs yeux fixes ou mobiles; enfin d après la diversité de leurs pieds ou de leurs nageoires.

Les arachnides, d’après leur trône, divisé en thorax et en abdomen, ou en thorax et en longue queue articulée. Quelques-unes des premières paraissent avoir des trachées incomplètes, ce qui leur donne quelque rapport avec les insectes. Mais un caractère spécial aux arachnides et qui les sépare .à la fois des crustacés et des insectes, c’est l’absence des antennes.

La classe immense des insectes se divise d’abord en deux grandes ramifications; l’une d’elles comprend ceux qui ne peuvent mâcher des corps solides et ne vivent qu’en suçant des liqueurs végétales ou animales. Les uns, les hémiptères, ne subissent qu’une demi - métamorphose, cest-àdire, que les larves ne diffèrent des insectes parfaits que parce qu’elles n’ont point encore d’ailes. Ces insectes ont un bec aigu, qui contient plusieurs soies capables d’entamer la peau. Leur estomac est simple, musculeux; leurs intestins sont assez courts.

D’autres, les diptères, subissent une métamorphose complète. Leur larve ressemble à un ver; dans presque tous la nymphe est immobile et enveloppée de la peau du ver. L’insecte parfait n’a que deux ailes et six pieds; son suçoir est armé de soies ou de lancettes, et il y a souvent, en outre, une trompe charnue à deux lèvres; les trachées donnent dans des sacs à air, qui occupent dans plusieurs la plus grande partie de l’abdomen.

Un troisième ordre, celui des papillons (lépidoptères), subit aussi une métamorphose complète. Sa larve, la chenille, est pourvue de fortes mâchoires, d’un canal intestinal court, droit, gros, très musculeux, de vaisseaux hépatiques très longs, et de vaisseaux propres à produire de la soie. L’insecte parlait a six pieds et quatre ailes recouvertes d’écailles qui à l’œil semblent de la poussière; des boyaux très minces, tortueux; un estomac boursouflé, des trachées garnies de vésicules, etc. ; sa bouche est un double svphon contourné en spirale.

Enfin , il y a un petit nombre des insectes de celle ramification qui n’ont point de métamorphose du tout, et ne prennent jamais d’ailes : ce sont pour la plupart des insectes parasites.

L’autre ramification, celle des insectes pourvus de mâchoires, et se nourrissant de substances solides, comprend aussi plusieurs ordres. Les coléoptères ont deux ailes qui peuvent se replier sous deux étuis; leur métamorphose est complète; leur larve a six pattes courtes, un corps eu forme de ver, une tête écailleuse, des mâchoires fortes, un inteslin court et gros, quatre longs vaisseaux hépatiques, des trachées tubuleuses, etc. ; l’insecte parfait a quatre mâchoires, dont les deux inférieures portent les palpes, et sont en partie recouvertes par la lèvre inférieure, qui en porte aussi. Son canal intestinal est souvent beaucoup plus long

que celui de la larve, et ses trachées beaucoup plus vésiculaires. Les parties de la génération remplissent la plus grande partie de l’abdomen.

Cet ordre pourrait être lui-même subdivisé en familles dont plusieurs ont de très bons caractères anatomiques, par exemple, les scarabées ; leur larve a un canal alimentaire divisé en estomac, intestin grêle, colon et rectum ; le colon est gros et boursouflé ; l’cslomac a plusieurs couronnes de cœcuin; les trachées sont tubuleuses; l’insecte parfait a des intestins très longs, minces, sans dilatations sensibles; ses trachées sont vésiculaires; ses testicules sont très nombreux. Les carnassiers, qui ont six palpes : leur canal intestinal, dans l’état parfait, est très court; ils ont deux estomacs, dont le second est velu par dehors, etc.

Le second ordre des insectes à mâchoires est celui des orthoptères. Les étuis de leurs ailes sont mous; elles se replient en éventail dessous. Leurs mâchoires sont recouvertes par une pièce particulière, nommée galette. Leur estomac est quadruple, souvent même il y eu a plus de quatre : leurs vaisseaux hépatiques sont extrêmement nombreux et multipliés. Ces insectes ne subissent qu’une demi-métamorphose; on voit même souvent, dans leurs larves, l’ébauche des parties de la génération.

Le troisième de ces ordres comprend les névroptères , dont les quatre ailes sont garnies de nervures qui se croisent en forme de treillis. Il parait peu naturel dans son ensemble, n’ayant pas beaucoup de caractères anatomiques communs; mais il comprend quelques familles natu- Telles remarquables, comme les libelles; leur larve atteint sa proie de loin, par l’extension subite qu’elle peut donner à la lèvre inférieure; sou canal alimentaire est court, droit, et peu dilaté à l’endroit de l’estomac; le rectum est en même temps l’organe principal de la respiration; les trachées y prennent presque toutes leurs racines : les parties internes de l’insecte parlait sont plus grêles que celles de la larve, eL ses trachées sont vésiculaires. Les éphémères ou agnathes ; leur larve est long-temps sans sc métamorphoser, mais l’insecte parfait péril au bout de quelques heures; il n’a que des vestiges de mâchoires, etc.

Le quatrième ordre est celui des hyménoptères, qui ont quatre ailes veinées, mais non en treillis. Ces insectes ont des rapports avec les coléoptères par la disposition de leurs mâchoires et par leur métamorphose complète. Leur canal intestinal, fort gros dans l’état de larve, l’est beaucoup moins dans l’inscctc parfait, où il n’a qu’une ou deux légères dilatations. C’est parmi les hyménoptères que sc trouvent les plus industrieux, et notamment les abeilles et les guêpes.

Enfin il y a un petit nombre d’insectes à mâchoires, sans ailes, dont les uns n’ont que six

ÉCONOMIE ANIMALE

pieds et le corps divisé en tête, thorax et abdomen comme tous les précédents, mais dont les autres ont le corps divisé après la tête en un grand nombre de segments qui portent tous des pieds; on les nomme les myriapodes.

Parmi les zoophv tes, la classe des èchynodermes se divise en astéries, à corps divisé en branches rayonnantes portant des pieds sous ses branches, une bouche au centre, des intestins eux-mêmes divisés en rayons et eu nombreux cæcums, mais sans anus; en oursins , â corps enveloppé d’un test pierreux armé d’épines mobiles, entre lesquelles sont des rangées de pieds; leur bouche entourée d’un appareil masticatoire très remarquable donne dans un canal intestinal simple, volumineux, contourné, qui sc termine à un anus distinct; eu holothuries, semblables à beaucoup d’égards à des oursins dont le test serait simplement coriace et dépourvu d’épines mobiles.

Les vers intestinaux se divisent anatomiquement eu cavitaires, qui ont un canal alimentaire suspendu dans une véritable cavité alimentaire, et en parenchymateux , où le corps ne montre qu’une substance cellulaire traversée seulement par des organes génitaux ou par des ramifications nourricières. Ceux-ci se subdivisent d’après des caractères moins importants.

Parmi les acaléphes, il y a peu de distinctions importantes pour l’anatomie, et les polypes n’oftrent guère que celles qui résultent de la substance solide qui sert d’enveloppe ou de base à ceux d entre eux qui forment des animaux composés.

Enfin on ne commence guère que depuis les découvertes microscopiques de âl. Ehrenberg, à apercevoir les différences anatomiques des infusoires, et de long-temps elles ne pourront tenir une grande place en anatomie comparée.

Notre ouvrage intitulé le Règne animal donnera, sur les genres et les principales espèces qui entrent dans les diverses subdivisions que nous venons de caractériser, tous les détails nécessaires pour préparer à l’étude de l’anatomie comparée. Nous inviLons le lecteurs y recourir lorsqu’il voudra connaître plus particulièrement les animaux dont nous tirerons nos exemples dans les leçons qui vont suivre. Mais nous devons dire ici quelques mots de la constance des formes et des caractères, que, malgré l’expérience des siècles quelques naturalistes ont attaquée dans ces derniers temps.

Les uns, ne considérant la question que sous le point de vue métaphysique, et se proposant seulement de concilier la variété de la nature avec l’hypothèse de l’idéalisme ou du panthéisme, se sont fait la besogne aisée en demeurant dans des termes abstraits; ou lorsqu’ils ont voulu arriver an positif des êtres, ils ont eu besoin à chaque pas

DEUXIÈME LEÇON. — ORGANES DU MOUVEMENT

d’ajouter à des suppositions arbitraires, d’autres suppositions arbitraires.

Les uns, admettant le prétendu passage du germe et de l’embryon par les formes des classes inférieures, ont présenté l’idée de l’être comme allant sans cesseen s’anoblissant, an se compliquant, en s’élevant en puissance. D’autres, appliquant à la physiologie les lois de polarité observées dans quelques branches de la physique, ont prétendu déduire toute la variété du monde par des polarisations successives, eu positil et en négatif, à partir de l’absolu ou du zéro, et en assimilant à du positif ou à du négatif non seulement des qualités physiques ou chimiques opposées, mais des différences d’organisation, des différences de fonctions, des différences de position, et recourant sans cesse à des expressions figurées quand les termes propres rendraient leurs paralogismes trop évidents. Examinée à la lueur cl’unc logique sévère, il n’est pas une de leurs propositions qui ne s’écroule à l'instant.

Des naturalistes plus matériels dans leurs idées, ne se doutant même pas des abstractions pliilosophiques dont nous venons de parler, sont demeurés humbles sectateurs de Maillet. Voyant que le plus ou moins d’usage d’un membre en augmente ou en diminue quelquefois la force et le volume, ils se sont imaginé que des habitudes ou des influences extérieures long-temps continuées ont pu changer par degrés les formes des animaux, au point de les faire arriver successivement à toutes celles que montrent maintenant leurs différentes espèces; idée peut-être la plus superficielle et la plus vaine de toutes celles que nous avons déjà eu à réfuter dans celte introduction. On y considère en quelque sorte les corps organisés comme une simple masse de pâte ou d’argile qui se laisserait mouler entre les doigts : aussi, du moment où ces auteurs ont voulu entrer dans le détail, ils sont tombés dans le ridicule. Quiconque ose avancer

sérieusement qu’un poisson, à force de se tenir au sec, pourrait voir ses écailles se fendiller et se changer en plumes, et devenir lui-même un oiseau ; ou qu un quadrupède, à force de pénétrer dans des voies étroites, de se passer à la filière, pourrait se changer en un serpent, ne fait autre chose que prouver la plus profonde ignorance de l’anatomie. Quel rapport, y a-t-il entre l’organisation compliquée et admirable de la plume, ses vaisseaux, ses cupules transitoires, sur lesquelles se moulent ses barbes, et dont il reste une partie dans son tuyau, scs barbules de plusieurs ordres, toujours si bien adaptées à la nature de l’oiseau; quel rapport, dis-je, y a-t-il entre tout cela et une écaille qui se fendillerait? Il y a mieux, e’est que l’écaille n’est pas même d’une texture qui lui permette de se fendre ainsi en se desséchant; et voilà cependant un échantillon de ce que nous proposent des auteurs vantés!

Je n’irai pas plus loin ici : tous les chapitres de ce livre prouveront également, combien sont étrangers aux connaissances anatomiques, ceux qui peuvent croire que l’oiseau n’a pas élé fuit pour être un oiseau, le papillon pour être un papillon, l’étoile de mer pour être une étoile. Toutes ces transformations, aisées à imaginer pour celui qui rêve, s’évanouissent pour celui qui dissèque.

Il y a d’ailleurs un argument également puissant contre les deux systèmes; c’est qu’il ne suffit pas que les parties de chaque être soient entre elles dans celte harmonie , condition necessaire de 1 existence ; it taut encore que les êtres euxmêmes soient entre eux dans une harmonie semblable pour le maintien de l’ordre du monde. Les espèces sont mutuellement nécessaires, les unes comme proie, les autres comme destructeur et modérateur de propagation. On ne peut pas sc représenter raisonnablement un état de chose où il y aurait des mouches sans hirondelles, et réciproquement.

DEUXIÈME DEÇOIT.

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