ARTICLE ONZIÈME. — DE LA NAGEOIRE VENTRALE
dire, sous le ventre et plus rapprochées de l’anus
que des nageoires pectorales. Tels sont les poissons nommés abdominaux.
Les nageoires ventrales sont composées de deux parties principales : l’une, qui est formée de rayons recouverts par une double membrane, parait toujours au dehors, et fait, la nageoire proprement dite; l’autre est interne, elle représente les jambes ou les cuisses : elle s’articule souvent avec d autres os du tronc, et reçoit toujours les rayons de la nageoire qui se meuvent sur elle.
Les os qui composent ces jambes sont ordinairement aplatiset de figure diverse; ils se touchent par leur bord interne.
La situation du plan de ces os sur les parois de l’abdomen varie et suit les formes du corps. Dans les poissons aplatis ils sont tournés obliquement et forment la carène du ventre par leur bord interne. Dans les poissons à abdomen large ou cylindrique, ils forment une plaque plus ou moins horizontale.
Dans les poissons jugulaires et thorachiques, ils sont toujours articulés avec le bas de la ceinture qui soutient les nageoires pectorales. Leur figure et leur situation respective varient beaucoup, comme nous allons le voir.
[Cependant on peut dire que la forme la plus générale qu’affectent ces os est la triangulaire; qu’ils se réunissent ou se soudent par le grand côté du triangle, qui est le bord interne, et que leur surface est plus ou moins compliquée d’apophyses ou de lames saillantes.]
Dans la rive et l’ uranoscope, ces deux os sont soudés ensemble parleur bord interne; leurs faces inférieures se regardent et laissent entre elles un espace ovalaire. L’angle de leur réunion lait saillie dans la cavité de l’abdomen.
Dans les colles , les sciènes, les chctoclons , lesporches , les os des jambes sont aussi soudés enlre eux par leur bord interne ; ils sont aplatis, allongés, et leurs bords externes se portent en dessous, de manière à former une fosse.
Dans le trigla-cuculus ou rouget, ces os ne sont réunis que par l’extrémité postérieure de leur bord interne; ils sont, très-larges, aplatis, et forment un bouclier ovale, dont la partie moyenne est éehancrée, et l’extrémité postérieure très-prolongée en pointe.
Les os des jambes des pleuronecles portent les nageoires à leur extrémité la plus antérieure; iis sont soudés en une pyramide quadrangulaire dont la pointe est eu arrière et en haut, et la base en devant.
Dans quelques gasléroslées, les os des jambes sont séparés, extrêmement allongés, et reçoivent, à peu près dans leur milieu une épine mobile qui tient lieu de nageoire.
Dans la dorée (scus faber, Lin.), ces os sont
triangulaires, aplatis; ils se touchent dans toute leur face, qui devrait être inférieure. Leur angle antérieur esL arrondi et reçoit la nageoire; les deux autres sont très-allongés en pointe, l’un eu dedans de l’abdomen, l’autre en dehors sur les côtés des petits os qui tiennent lieu de sternum. Dans le zeusvomor, ces os sont très-petits et cylindriques.
Dans les poissons abdominaux, ils ne s’articulent jamais avec ceux de l’épaule, ou avec la ceinture des nageoires pectorales. Ils sont situés dans la partie moyenne et inférieure du ventre, plus ou moins rapprochés de l’anus.
Le plus ordinairement ces deux os sont séparés l’uu de l’autre, et maintenus en situation par des ligaments. Dans les carpes, ils sont allongés et ne se touchent que vers leur tiers postérieur et vers leur pointe antérieure, en laissant un espace triangulaire entre eux. Dans les harengs , ils sont, trèspetits, rapprochés, et font suite aux petits os du sternum.
Dans le gobiésoce teslar (cyclopterus nudus, Lin.), ces os ont une forme extrêmement compliquée; et l’ossification de chacun d’eux, plus compacte dans trois de scs régions, semble annoncer que ces os sont la réunion du fémur, du tibia et d’un os qui représenterait le tarse.
Ceux du brochet ordinaire sont très-larges, triangulaires, rapprochés par leur pointe antérieure, écartés par leur extrémité postérieure, qui est plus large et qui reçoit la nageoire.
Dans Vanableps, ils sont très-écartés et portent à leur bord externe une épine très-allongée, qui remonte vers la colonne vertébrale et se courbe dans la direction des côtes.
Dans les silures, les os des jambes sont soudés entre eux; ils forment un écusson arrondi dans sa partie moyenne et souvent épineux en devant; ils portent les nageoires à leur bord externe et postérieur.
Dans la loricaire, les os des jambes sont soudés en une seule pièce, dont l’échancrure postérieure forme l’ouverture de l’anus. Les nageoires sont articulées à son bord externe.
[Enfin, dans les batistes, bien que ces poissons manquent de ventrales à l’extérieur, les os des jambes sont très-allongés et sondés aussi en une seule pièce qui forme une sorte de carène à la partie antérieure du ventre. Cet os porteà son extrémité la base de quelques rayons, qui sont des vestiges de nageoires.]
La nageoire proprement dite est composée, dans les poissons ordinaires, d’un certain nombre de rayons osseux simples ou fourchus, supportés par les os des jambes. Les rayons qui forment cette nageoire se meuvent sur ees os, de manière à s’éloigiicrou à se rapprocher les uns des autres, comme les bâtons d'un éventail : c’est cc mouvement qui
produit l’expansion ou le plissement de la nageoire; mais ils se meuvent encore en totalité sur les os des jambes, de manière à éloigner ou à rapprocher la nageoire du corps.
Les rayons des nageoires ventrales sont ordinairement plus courts que ceux des nageoires pectorales.
[Leur base est toujours plus compacte que le reste de leur longueur, et ils se divisent de même que ceux des autres nageoires longitudinalement en deux moitiés.
Les nageoires ventrales ont été de tout temps considérées avec raison comme les membres abdominaux des poissons, et l’on a regardé l’os triangulaire qui supporte ces nageoires, et que nous appelons la cuisse ou la jambe, comme représentant à la fois les os propres du bassin, de la cuisse, de la jambe et du tarse de ces animaux. Mais si l’on considère que les cétacés et les serpents perdent le membre postérieur avant les os du bassin auquel ces membres s’attachent, on sera porté à penser que puisque ce membre existe chez la plupart des poissons, les os du bassin doivent exister aussi. Si l’on considère en outre que divers os de ces derniers animaux tendent à se séparer les uns des autres, et que, comme plusieurs de leurs organes, le membre abdominal est tellement porté en avant, qu’il se trouve souvent sous la gorge et adhérent à l’os coracoïdien, on cherchera ccs os du bassin à la partie antérieure du corps.
D’après cela, nous avons cherché dans le squelette des poissons quels pouvaient être les os analogues aux os innommés des antres vertébrés, et nous avons cru les apercevoir dans ceux que l’on a d’abord comparés à la fourchette des oiseaux, puis à l'os coracoïdien. Adhérents à la face interne de notre coracoïdien, ils descendent le long des côtés du corps et sc prolongent plus ou moins dans leschairs; il arrive meme quelquefois, comme dans les sidjaus, les séserins et les mnjiliacanthes , qu’ils s’étendent jusqu’auprès de l’anus, et que ceux d’un côté se rejoignent à ceux de l’autre; il arrive aussi, comme dans les batrachus, qu’ils s’articulent avec la première vertèbre.
Tous ces faits nous avaient conduits à penser qu’on pourrait peut-être regarder ces os comme des vestiges des os du bassin, quand quelques observations qui nous sont propres, nous ont tout à fait déterminés à les considérer comme tels. C’est que dans la bécasse ( centriscus scolopax), les petits os qui portent les très-petites nageoires ventrales, sont articulés dans toute leur longueur avec ces os très-prolongés dans cette espece, et se trouvent serrés enlre leurs deux branches.
De plus, dans 1 egobiésoce lestar , les os des jambes dont les pointes sont dirigées en arrière, s’articulent par ces pointes avec les os en question, qui ne vont plus, dans cette espèce, s’articuler
avec le coracoïdien, mais adhèrent faiblement à la base des rayons de la nageoire pectorale, et portent eux-mêmes des rayons à leur bord postérieur.
Par conséquent ici l’extrémité postérieure se trouve avec le bassin dans des rapports plus voisins de ceux des autres vertébrés, rapports qui n’ont sans doute été ainsi changés dans la plupart des poissons que par le besoin qu’ont en général ces animaux d’avoir le corps flexible et propre aux mouvements de la natation.
Nous avons trouve quelques autres poissons où l’extrémité postérieure est en connexion avec ces os, que nous regardons comme ceux du bassin. Dans les muges, par exemple, où la nageoire ventrale est portée un peu en arrière des pectorales, les os des jambes s’articulent au moyen d’une petite saillie qui existe au quart inférieur de leur base externe avec ces os. Nous sommes portés à croire qu’il en est ainsi dans quelques chétodons et même dans quelques sparoïiles; mais dans les squelettes les relations de ces os sont toujours détruites.
Ces os sont, comme nous l’avons dit dans la leçon précédente, généralement au nombre de deux de chaque côté :l'un supérieur, aplati et suspendu à la face interne du coracoïdien, sera pour nous l’os iléon, et l’autre, le plus souvent styloïde, articulé par son extrémité supérieure avec le premier et se perdant dans les muscles ou s’articulant par son extrémité inférieure avec l’os de la jambe, sera l’ischion; car l’exemple du crocodile nous prouve que des trois parties de l’os innommé, c’est le pubis qui disparait le premier.
Ces os varient en grandeur dans les différentes familles de poissons; dans les cyprins , ils sont réduits à un os grêle d’une seule pièce, et ils manquent tout a tait dans les silures , les anarr/iiques et les anguilles.
Dans les chondroplérygiens et surtout dans les raies, la partie qui supporte la nageoire ventrale, a une analogie très-grande avec le bassin des reptiles ; elle est formée (dans la raie bouclée qui nous sert d’exemple) d’une forte barre transversale inférieure, laquelle, après avoir donné une longue apophyse antérieure, sc recourbe pour produire une partie montante qui tient par des ligaments aux apophyses transverses et aux apophyses épineuses des dernières vertèbres dorsales. Cet os tient évidemment lieu des os innommés; on pourrait même y voir dans la partie montante l’iléon, dans l’apophyse antérieure le pubis, et dans la barre trausverse l’ischion.
A l’endroit où cet os se recourbe pour former ceinture, il produit deux apophyses, sur lesquelles s’articulent, en avant, un premÿros long quia la forme générale d’un fémur, et qui ne porte que deux ou trois rayons, et en arrière, un autre os également long, qui fait avec le premier un angle