‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 157 sur 367 · ARTICLE TROISIÈME- — DE L’ACTION 1)E SAISIR · texte numérisé non relu

ARTICLE TROISIÈME- — DE L’ACTION 1)E SAISIR

Les articulés octopodes, ou les aranéides , ont également * une marche régulière; ils lèvent quatre pieds à la fois, mais jamais par paires, de sorte qu’entre deux pattes en mouvement, il y en a toujours une troisième sur laquelle 1 animal s’appuie; ainsi ce sont les lrl! et 5" pattes droites avec les 2° et 4? gauches qui se meuvent ensemble, puis les lre et 5° gauches avec les 2° et 4>- droites. Le corps est par conséquent toujours porté sur quatre pieds situés aux extrémités de deux diagonales parallèles, et un pas sc fait en doux temps.

Les crustacés décapodes se servant rarement de leurs pattes antérieures ou pinces pour marcher, on doit supposer que leur marche est semblable à celle des aranéides; on sait d’ailleurs que la position des pattes d’une partie de ces crustacés (les crabes) les force à marcher de côté, et qu’ils ne peuvent se mouvoir que lentement en avant.

Suivant M. Muller, les cloportes, qui ont quatorze pattes, font un pas en quatre temps : au premier temps, les lr0 et 5° pattes gauches se meuvent avec les 5“ et 7° droites; au second temps, les 1r0 et 5° droites avec les 5° et 7e gauches; au troisième temps, les 2° et 6e gauches avec la 4e droite; et enfin, au quatrième temps, les 2e et 6° droites avec la 4° gauche. Ce serait également ainsi que marcheraient les scolopendres et tous les myriapodes; il y aurait toujours d’un même côté trois pattes en repos entre deux pattes en mouvement ; mais, d’après nos observations, nous ne pensons pas que la marche des cloportes et des scolopendres soit aussi régulière ; il nous a semblé que souvent deux et même trois paires de pattes successives se levaient à la fois.]

ARTICLE III

DE I.’aCTIOX DE SAISIR, ET DE CELEE DE GRIMPER.

L’homme et an certain nombre d’animaux peuvent empoigner les objets, en les entourant et en les serrant de leurs doigts; il faut pour cet effet des doigts séparés, libres, flexibles, et d’une certaine longueur. L’homme n’en a de tels qu’à la ®ain; mais les singes et beaucoup d’autres animaux en ont aux mains et aux pieds.

H n’y a que l’homme , les singes et les makis , flul aienL les pouces séparés, et qui puissent les opposer aux autres doigts, en formant une espèce de tenaille; aussi n’y a-t-il qu’eux qui puissent tenir d’une seule main des objets mobiles. Nous terrons, dans un autre chapitre, la grande diffé-

IMuUer. Dissertatio inaugnralis physiologies sistens nentanos de phoronomia animalium . Bonn, i8aa.

rence qui existe cependant entre la main des singes et celle de l’homme, et l’avantage qu’a cette dernière pour toutes les opérations délicates qui exigent qu’on saisisse ou qu’on pince de trèspetits corps. Les autres animaux, qui ont les doigts assez grêles et assez mobiles pour porter ainsi les objets, sont obligés de les tenir à deux mains ; c’est ce que font les écureuils , les rats , les sarigues, etc. ; d’autres qui ont les doigts plus courts, et qui, d’ailleurs, sont obligés de s’appuyer sur leurs pieds de devant, comme les chiens et les chais , ne peuvent retenir les corps qu’en les fixant contre le sol avec leurs pattes. Enfin ceux qui ont les doigts réunis et rapprochés sous la peau, eu enveloppés de sabots de corne, ne peuvent exercer aucune préhension.

Nous avons déjà vu que la perfection de la préhension est toujours accompagnée de celle de la faculté de tourner la main sur i’avaiit-bras; et que dans les animaux qui en sont pourvus , les os de l’épaule y sont disposés de manière à empêcher le déplacement de l’omoplate en avant.

Cette faculté de saisir et d’empoigner fermement est très-ulile aux animaux dans l’espèce de mouvement progressif que l’on nomme grimper. Ce mouvement consiste à se suspendre en serrant fortement les inégalités des branches ou toute autre chose susceptible d'être cnipoiguce ou accrochée , et de s’élever ainsi par des efforts successifs contre la direction de la pesanteur.

L’homme est un assez mauvais grimpeur, parce qu’il lie peut empoigner qu’avec ses mains; ses pieds ne peuvent que s’appuyer, ce qui leur donne beaucoup moins de solidité pour élever le corps par le déploiement des talons et des genoux. 11 est obligé d’employer principalement ses bras, en les portant en avant, et eu tirant ensuite son corps sur eux après qu’il a fixé ses mains.

Les quadrumanes sont les grimpeurs par excellence: ils peuvent également bien saisir avec leurs quatre extrémités ; et la position de leur extrémité de derrière, dont la plante regarde en dedans au lieu d’être dirigée en dessous, les favorise encore.

Les autres animaux , qui grimpent continuellement, comme les sarigues , les phalangers, \es fourmiliers et les paresseux, ont aussi celte disposition . Les deux premiers genres ont le pouce presque tout à fait dirigé en arrière , et forment une sorte de talon très-puissant. Dans les paresseux et les fourmiliers, il y a au talon une protubérance considérable qui remplit, jusqu’à un certain point, le même effet.

[Dans quelques genres tels que les orangs, les gibbons, les sem nopühèq ues, on trouve une disposition qui les rend éminemment propres à grimper. Les phalanges de leurs mains et de leurs pieds sont arquées , ce qui leur permet d’embrasser trèsétroitement les branches des arbres.]

Plusieurs quadrumanes, les sarigues, \esphalangers, les fourmiliers , et quelques rongeurs , ont, pour ainsi dire , un cinquième membre, qui les aide à grimper. C’est leur queue, au moyen de laquelle ils peuvent se suspendre et saisir les corps aussi fortement qu’avec une main. Les muscles qui produisent ce mouvement ne durèrent de ceux des autres queues que par une force plus grande.

Le genre des chais grimpe eu enfonçant ses griffes aiguës, tranchantes et crochues dans les corps. Nous avons déjà vu comment ces ongles sontretenusen arrière et entre lesdoigts, la pointe tournée vers le ciel, par le moyen de deux ligaments élastiques, indépendants de la volonté de l’animal. Lorsqu’il veut s’en servir, il fait agir le fléchisseur profond des doigts, qui fait tourner la dernière phalange sur la pénultième, et dirige la pointe de l’ongle en dessous. C’est aussi par ce moyen que les chats saisissent les objets mobiles, et qu’ils déchirent leur proie.

Les paresseux ont une disposition contraire dans les ligaments. Leurs ongles sont naturellement reployés sous les doigts, et l'animal est obligé de les étendre par le moyen des muscles extenseurs, lorsqu’il veut s’en servir. Au reste, ces doigts sont fort peu commodes à cet animal, n’étant composés que de deux phalanges, dont une très-courte , et l’autre entièrement revêtue par l’ongle , et les os métacarpiens étant soudés ensemble et immobiles.

Les oiseaux grimpeurs se retiennent aussi par le moyen de leurs ongles aux inégalités de l’écorce; ce sont principalement les ongles de derrière qui servent à les soutenir et à empêcher les culbutes. Quelques genres, comme les grimpereaux et les sittelles, n’ont qu’un seul doigt dirigé en arrière, mois il est très-fort : la plupart en ont deux, pour être mieux soulenus. Le genre des pics et celui des grimpereaux ont encore un autre arc-boutant qui est. leur queue, dont les pennes sont très-roides, et se fixent avec force contre les surfaces sur lesquelles ces oiseaux grimpent.

Les oiseaux ne peuvent exercer la préhension que par le moyen de leurs pieds; et comme ils en ont besoin pour se soutenir, il n’y a qu’un petit nombre de genres qui les emploient à cet usage, excepté toutefois en volant, parce qu’alors leurs pieds sont libres; et quelques espèces en nageant d’un seul pied, comme les pélicans et les cormorans.

Les espèces qui se servent le plus souvent d’un de leurs pieds pour porter à la bouche, pendant qu’elles sont, debout sur l’autre, sont les perroquets et les chouettes; d’une part, à cause de la disposition commode de leurs doigts, et de l’autre , à cause de la pesanteur de leur tête, qui leur causerait des chutes fréquentes, s’ils voulaient toujours la porter en avant pour becqueter.

DES MOUVEMENTS

Les espèces d’oiseaux de rivages qui, par la nature de leurs articulations, n’ont pas besoin de grands efforts pour les tenir étendues, ont l’habitude de, rester sur un seul pied, en tenant de l’autre une pierre ou quelque autre corps pesant pour se donner plus d’aplomb.

Le caméléon, parmi les reptiles, semble être aussi avantagé que les quadrumanes parmi les mammifères, relativement à la facultéde grimper, h cause de ses mains en tenaille et de sa queue prenante.

[ Les geckos ont des ongles aigus et rétractiles, qui leur permettent de s’accrocher aux branches comme les chats, et leurs doigts, élargis sur tout ou partie de leur longueur, et garnis en dessous de replis très-réguliers de la peau, leur servent si bien à grimper et à adhérer aux corps, que l’on en voit marcher sous des plafonds.]

ARTICLE IV

nu SAUT.

Le saut est un mouvement qui élève le corps taut entier au-dessus du sol, et par lequel il est comme jeté en l’air, et demeure sans aucun appui, pendant un instant, dont la longueur dépend de la force de la projection.

Le saut se fait par un déploiement subit des articulations inférieures jusqu’à la dernière inclusivement, qui avaient été ployées auparavant plus que de coutume. Ce déploiement imprime aux os qui les composent des mouvements violents de rotation, dont l’impulsion se communique au centre de gravité du corps, et le lance avec une vitesse déterminée , plus ou moins directement opposée à la pesanteur.

Le corps sautant doit être considéré comme un projectile qui perd par degrés la vitesse qu’il a acquise pour monter, parce que la pesanteur lui imprime à chaque instant une vitesse contraire. Ainsi sa vitesse de départ étant donnée, on peut déterminer le chemin qu’il décrira dans l’air, l’instant et le lieu de sa chute.

La vitesse du départ, et par conséquent l’étendue du saut, dépend de la longueur proportionnelle des os et de la force des muscles. Aussi les animaux qui sautent le mieux sont-ils ceux qui ont les cuisses et les jambes de derrière les plus longues et les plus épaisses, comme les kanguroos, les gerboises, les grenouilles, les attises, les sauterelles, les puces, etc.

L’espace que les petits animaux franchissent d’un seul saut est plus considérable, à proportion, que celui que franchissent les grands ani-

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