‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 160 sur 367 · DO VOL · texte numérisé non relu

DO VOL

Lorsqu’un oiseau veut voler, il commence par s’élancer dans l’air , soit en sautant de terre , soit en se précipitant de quelque hauteur. Pendant ce temps-là, ilélèvel’humérus,etavcc lui toute l’aile, encore ployée ; il la déploie ensuite dans un sens horizontal , en étendant l’avant-bras et la main : l’aile ayant acquis ainsi toute l’étendue de surface dont elle est susceptible , l’oiseau l’abaisse subitement, c’est-à-dire qu’il lui fait faire, avec le plan vertical de Son corps, un angle plus ouvert par en haut, et plus aigu par en bas. La résistance de l’air à admettre ce mouvement qui lui est subitement imprimé reporte une partie de l’effort vers le corps de l’oiseau , qui est mis en mouvement de la même manière que dans tous les autres sauts. Une fois l’impulsion donnée, l’oiseau serre l’aile, en reployant les articulations, et il la releve pour donner ensuite un second coup.

ARTICLE SIXIÈME. — Dü VOL.

La vitesse que l’oiseau acquiert ainsi pour monter est graduellement diminuée par l'effet de la pesanteur, comme celle de tout autre projectile, et il arrive un instant où cette vitesse est nulle, et ou l’oiseau ne tend ni à monter ni à descendre. S il prend précisément cet instant pour donner un nouveau coup d’aile, il acquerra une nouvelle vitesse ascendante, qui le portera aussi loin que la première , et en continuant ainsi il montera d’une manière uniforme.

S’il donne le second coup d’aile avant d arriver au point oii la vitesse acquise par le premier est anéantie, il ajoutera la nouvelle vitesse à celle qu’il avait encore, et en continuant ainsi il montera d’un mouvement accéléré.

S’il ne vibre pas h l’instant où sa vitesse ascendante est anéantie, il commencera à redescendre avec une vitesse accélérée. S’il se laissait retomber jusqu’à la hauteur du point de départ, il ne pourrait remonter aussi haut que la première fois, à moins d’une vibration d'ailes beancoupplus forte ; mais en saisissant dans sachuteun point tel, que la vitesse acquise pour descendre et le moindre espace qu’il y a à redescendre se compensent réciproquement, il pourra, par une suite de vibrations égales, se maintenir toujours à la même hauteur.

S’il veut descendre, il n’a qu’à répéter moins souvent ses vibrations, ou même les supprimer lout à fait. Dans ce dernier cas, il tombe avec toute l’accélération des corps graves : c’est ce qu’on nomme fondre ou descente foudroyante .

L’oiseau qui descend ainsi peuL retarder subitement sa chute en étendant ses ailes , à cause de la résistance de l’air qui augmente comme le carré de la vitesse; et il peut, en y ajoutant quelques vibrations, se meltre de nouveau en état de s’élever. C’est ce qu’on nomme une ressource.

Nous avons jusqu’ici considéré le vol comme simplement vertical, sans avoir égard à scs autres directions. Il ne peut être tel que dans les oiseaux dont les ailes sont entièrement horizontales, et il est probable qu’elles le sont dans les alouettes , les cailles et les autres oiseaux que nous voyons s’élever verticalement ; mais dans la plupart des autres, l’aile est toujours plus ou moins inclinée, et regarde en arrière. La cause en est surtout dans la longueur des pennes, qui présentent plus d’avantage à la résistance de l’air qui agit sur leur extrémité, et qui en sont plus élevées à cause que leur point fixe est à leur racine. Il parait cependant que celle inclinaison peut varier jusqu’à un certain point parla volonté de l’oiseau.

Quoi qu’il en soit, on doit considérer les mouvements obliques comme composés d’un mouvement vertical sur lequel seul peut agir la pesanteur, et d’un mouvement horizontal qu’elle ne peut altérer.

Ainsi, lorsque l’oiseau veut voler horizontalement en avant, il faut qu’il s’élève par une direction oblique, et qu’il donne son second coup d’aile lorsqu’il est près de retomber à la hauteur dont il est parti. Il ne volera point dans une ligne droite : mais il décrira une suite de courbes d’autant plus surbaissées, que son mouvement horizontal l’emportera davantage flir le vertical.

S’il veut monter obliquement, il faudra qu’il vibré plus tôt; s’il veut descendre obliquement, il vibrera plus tard , mais ces deux mouvements se feront également par une suite de courbes.

Il paraît qu’il y a des oiseaux qui ne sont pas mai! res de diminuer autant qu’ils veulent l’obliquité de leurs ailes, et dans lesquels le mouvement horizontal est. toujours très- considérable. Si ce mouvement vient encore à êlre favorisé par le vont , ces sortes d’oiseaux ne pourront monter que par une ligne très -inclinée. C’est pourquoi les oiseaux de proie, appelés nobles par les fauconniers , sont obligés de voler contre le vent , lorsqu’ils veulent s’élever perpendiculairement; autrement ils seraient emportés à de grandes distances. Ces oiseaux ont un mouvement horizontal plus grand à proportion , parce que les pennes antérieures de leurs ailes sont fort longues , et que les extrémités en sont serrées les unes contre les autres. Dans les oiseaux ignobles f au contraire , les pennes du bout de l’aile ont leurs extrémités écartées et laissant passer l’air entre elles : ce qui lui donne moins de prise pour rendre l’aile oblique.

Les inflexions du vol, à droite ou à gauche , se font principalement par l’inégalité des vibrations des ailes. Pour tourner à droite , l’aile gauche vibre plus souvent ou avec plus de force; le côté gauche est alors mu plus vile , et il faut bien que le corps tourne : l’aile droite fait de meme tourner à gauche. Plus le vol est rapide en avant, plus il est difficile à une aile de surpasser l’autre en vitesse , et moins les indexions sont brusques. Voilà pourquoi les oiseaux à vol rapide ne tournent que par de grands circuits.

La queue, cil s’étalant, contribue à soutenir la partie postérieure du corps; en s’abaissant lorsque l’oiseau a acquis une vitesse en avant, elle produit un retardement qui fait relever la partie postérieure du corps, et abaisse l’antérieure. Elle produit un effet contraire en se relevant. Certains oiseaux l’inclinent do côté, pour s’en aider comme d’un gouvernail, lorsqu’ils veulent changer leur direction horizontale.

Le premier élan que l’oiseau se donne est produit par un saut ordinaire des pieds. Ceux qui ont les pieds très-courts et les ailes très-longues, comme 1rs maitinels, les [ms, etc. , ne peuvent sauter assez haut pour avoir l’espace nécessaire au développement de ces ailes : aussi , lorsqu’ils

sont à terre, ils ne prennent leur yol qu’avec beaucoup de peine.

Il est à peine besoin de dire que la résistance de l’air est d’autant plus grande que la masse frappée à la fois est plus considérable, et que c’est pour cela que les oiseaux à ailes courtes sont obligés d’en répéler si souvent les vibrations, qu’ils se fatiguent vile et ne peuvent voler longlemps.

Tels sont les mouvements qui constituent le vol des oiseaux. Voyons comment ces êtres ont été rendus capables de les exécuter.

Leur tronc est un ovale plus large par devant, plus étroit par derrière; leur épine est à peu près inflexible et plus courte à proportion que dans les mammifères : ce qui fatigue moins les muscles de l’épine, et rend plus facile le changement de position du centre de gravité, qui devait être suspendu entre les ailes dans le vol et sur les pieds dans la station. Leur tête est généralement petite, et le bec acéré en pointe , forme commode pour fendre l’air. Leur cou est plus long, beaucoup plus flexible que celui des mammifères, pour suppléer au défaut des bras et à l’inflexibilité du troue, et pour changer, suivant le besoin, la position du centre de gravité, en portant la tête en avant ou en la retirant eu arrière.

Il fallait que ce centre de gravité fût constamment dans la partie inférieure du corps ; autrement l’oiseau n’aurait pu s’empêcher de tomber sur le dos. C’est ce que produisent la grandeur des muscles pectoraux abaisseurs de l’aile, et la position des releveurs, qui sont situés sous le Iborax et non dessus, comme dans les quadrupèdes.

La légèreté du corps des oiseaux leur donne aussi plus de facilité pour s’élever. Elle est produite par lesvides de leurs os, qui lesallégent sans les affaiblir; un cylindre creux étant plus robuste qu’un plein de même poids et de même longueur, et encore mieux par les grandes cellules aériennes qui occupent plusieurs parties de leurs corps, et qui sont toutes en communication avec le poumon. L’air que les oiseaux respirent les gonfle de toutes parts, sourtout à cause de la dilatation qu’il reçoit par la grande chaleur de leur corps. Nous décrirons toutes ces cellules en traitant des organes de la respiration.

Enfin, le tissu des plumes, et surtout celui des

pennes, et leur fermeté élastique, contribuent puissamment au vol par la légèreté et la grande étendue qu’elles donnent aux ailes. Nous les décrirons en détail, en traitant des téguments de ces animaux. Mais ce ne sont pas seulement leurs plumes qui servent à agrandir l’aile; l’angle compris entre l’humérus et l’avant-bras, et celui qui est entre l’humérus et le tronc, sont garnis d’une expansion de la peau, qui est tendue par des muscles particuliers que nous décrirons en traitant du pannicule charnu.

DES MOUVEMENTS

Il y a des oiseaux qui ne volent point du tout : ce sont les autruches et les casoars , parmi les terrestres, et les pingoins et les manchots , parmi les aquatiques. Leurs ailes sont si petites qu’elles paraissent n’être là que pour ne pas faire d’exception trop marquée aux règles de ressemblance désolasses.

En revanche, il y a des mammifères qui volent assez bien, quoique sans avoir d’ailes. Ce sont les chauves-souris /leurs bras, leurs avant-bras, et surtout leurs quatre doigts, sont excessivement allongés, cl interceptent un grand espace, qui est rempli par une membrane fine , qui s’étend encore jusqu’aux pattes , et des deux côtes de la queue. Elle forme une surface assez étenduect assez ferme pour élever dans l’air l'animal auquel elle appartient. Les chauves-souris ont d’ailleurs des muscles pectoraux très-puissants, un corps court, étroit et grêle en arrière, de manière que le centre de gravité est sous les ailes; mais cette disposition de leur corps, qui les rend propres au vol, fait aussi qu’elles ne peuvent que ramper, parce que leurs jambes de derrière ne peuvent pas les soutenir seules.

D’autres mammifères, savoir, les galéopilhèques , les potatouches ou écureuils volants , et les phalangers volantsf ont des membranes entre les pattes, mais sans allongementdes doigts; elles ne peuvent servir à les élever, mais elles les soutiennent assez bien en l’air pendant quelque temps, et les mettent à "même de faire de très -grands sauts en descendant, auxquels on ne peut point donner le nom de vol.

Le dragon est un petit lézard des Indes orientales, qui se soutient aussi en l’air pendant quelques instants, au moyen d’une membrane soutenue comme un éventail [par le prolongement en ligne droite de ses six premières fausses côtes].

Les ailes des poissons volants sont assez analogues, pour la structure, à celles du dragon; mais elles sont formées par l’extension des nageoires pectorales ou de quelques rayons situés au-dessous de ces nageoires. Elles ne fournissent pas non plus à un vol continu.

[La théorie du vol des oiseaux pourrait s’appliquer à celui de ces animaux, en supposant que lors de l’élévation de leurs nageoires ils on rapprochent les rayons et les écartent au moment de leur abaissement, et elle s’appliquerait également aux insectes qui oui les ailes plissécs en éventail, mais non plus à ceux en grand nombre dont les ailes sont d’une seule pièce, et conservent toujours la même étendue *].

* [Les grandes diversités que présente l’appareil du vol dans les insectes , et celles que l’on observe également dans l’exercice de cette fonction parmiles oiseaux, font qu’on ne saurait appliquer à tous les cas la théorie

ARTICLE SEPTIÈME

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