‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 162 sur 367 · PROPORTIONS 13U CRANE ET DE LA FACE · texte numérisé non relu

PROPORTIONS 13U CRANE ET DE LA FACE

cerveau , et la face , agrégation de plusieurs os formant des cavités assez compliquées dans lesquelles sont renfermes les organes de la vue , de l’odorat et du goût. Ceux de l’ouïe sont contenus dans les parois latérales du crâne,

Les deux organes qui occupent la plus grande partie de la face sont ceu^i de l’odorat et du goût. Plus les organes de ces deux sens sont développés, plus la face acquiert de volume, plus sa proportion avec le crâne est à son avantage. Au contraire, plus le cerveau grandit, plus le crâne qui le contient augmente en capacité ; plus il devient considérable en comparaison de la lace.

Ainsi un grand crâne et une petite face indiquent un grand cerveau, un odorat et un goût peu développés; un petit crâne et une grande face indiquent les proportions contraires, un cerveau peu volumineux, et des organes du goût et de l’odorat très-parfaits.

Or, la nature de chaque animal dépend en grande partie de l’énergie relative de chacune île ses fonctions ; il est, pour ainsi dire, entraîné cL maîtrisé par celles de ses sensations qui sont les plus fortes. Nous en voyons tous les jours des exemples parmi nous, quoique les différences qui peuvent exister à cet égard d’un homme à un autre soient beaucoup moindres que celles que l’on peut remarquer en Ire des espèces différentes d’animaux. Nous verrons de plus , dans la suite , que le cerveau , centre commun de tous les nerfs, est aussi le lieu auquel aboutissent toutes les perceptions, et l’instrument au moyen duquel notre esprit combine ces perceptions, les compare, en tire des résultats, en un mot, réfléchit et pense.

Nous verrons également que les animaux participent d’autant plus à celte dernière faculté, ou du moins paraissent en approcher d’autant plus près , que la niasse de substance médullaire qui forme leur cerveau surpasse davantage celle qui constitue le reste de leur, système nerveux; c’est-à-dire que l’organe central des sensations l’emporte davantage sur leurs organes extérieurs.

La proportion respective du crâne et de la face indiquant immédiatement celle du cerveau, avec deux des principaux organes extérieurs, est donc aussi un indice du plus ou moins de perfection des facultcsintérieures comparées avec les extérieures. Mais il y a une considération de plus qui ajoute à son importance comme indice : c’est que les deux sens eu question sont ceux qui agissent sur les animaux avec le plus de lorce ; ceux qui les maîtrisent le plus puissamment, à cause de l’énergie que deux des besoins les plus pressants, la laim et f amour, communiquent à leurs impressions. Les actions auxquelles ces besoins déterminent sont

ussi celles dans lesquelles il entre le plus d’aveugle lureur , le plus de brutalité, s’il est per-

mis de s’exprimer ainsi, lorsqu’il ne s’agit pas de l'homme.

Il n’est pas étonnant, d’après cela , que la forme de la tête et les proportions des deux parties qui la composent soient des indices des facultés des animaux, de leur instinct, de leur docilité, en un mot, de tout leur être sensible; et c’est là ce qui rend l’étude de ces proportions si important e pour le naturaliste.

Nous ven’ons bientôt que l’homme est celui de tous les animaux qui a le crâne le plus grand et la face lapins petite; et que les animaux s’éloignent d’autant plus de ces proportions, qu’ils deviennent plus stupides ou plus féroces.

Parmi les differents moyens que l’on a employés pour exprimer commodément les proportions de ces parties, un des plus simples, mais qui n’est pas toujours suffisant, c’est la ligne faciale de Camper, et l’angle qu’elle fait avec la base du crâne. La ligne faciale est censée passer par le bord des dents incisives supérieures et par le point le plus saillant du front. La ligne de la base du crâne est celle qui coupe longitudinalement eu deux un plan passant par les trous auditifs externes et par le bord inférieur de l’ouverture antérieure des narines. Il est clair que plus le crâne augmente en volume, plus le Iront doit saillir en avant; plus ! .. ligue faciale doit faire un grand angle avec celle de la base du crâne. Au contraire, à mesure que le crâne diminue, cette ligne doit s’incliner davantage en arrière. Nous allons voir, parle tableau des différentes ouvertures de l’angle facial, que l’homme est celui qui l’a le plus ouvert, et qu’il devient toujours plus aigu dans les mammifèresquis’éloigncntde l’homme, dans les oiseaux, les reptiles et les poissons. Le vulgaire même est habitué à attribuer de la stupidité aux animaux qui ont le museau très-allongé , comme les grues et les bécasses, qui ont même fait proverbe : et lorsque quelque circonstance vient à relever la ligne faciale, sans augmenter la capacité du crâne, comme cela a lieu , par exemple , dans l’éléphant et dans la chouette, à cause de la grande épaisseur du diploé de leurs os du front, nous trouvons à ces sortes d’animaux un air particulier d’intelligence , et nous sommes portés à leur attribuer des qualités qu’ils n’ont pas réellement. On sait que la chouette était l’emblème de la sagesse , et que l’éléphant porte aux Indes un nom qui indique qu’il a la raison en partage.

Les anciens paraissent avoir senti ces rapports : non-seulement ils ont très-bien remarqué que la ligue faciale relevée est un signe d’une nature plus généreuse et un des caractères de la beauté; mais ils l’ont avancée outre nature, et l’ont fait s’incliner un peu en avant, dans les figures auxquelles ils voulaient donner un air plus qu’liumain, dans les statues des dieux, et dans celles

des héros , ou des hommes qu'ils voulaient faire participer à la divinité. Il semble qu'ils aient voulu placer l’homme entre ces sortes d’êtres plus parfaits et les brutes, et qu’ils aient voulu indiquer par cette inclinaison en sens contraire que ces dieux et ces héros étaient encore plus éloignés que l’homme des formes et de la nature des brutes.

A. Dans l’homme et les mammifères.

Cet angle étant déterminé de la manière que j’ai indiquée plus haut, et qui est celle de Camper, on trouve que les têtes européennes l’ont ordinairement de 80° , celles de mongoles , de 75, et celles de nègres , de 70 , avec des variations de quelques degrés, relatives à l’âge et aux individus. Par exemple, les enfants ont la face plus courte, à cause que leurs dents de derrière ne sont pas développées : cela rend leur ligne faciale plus droite, et c’est une des causes qui font que leur visage est constamment agréable, et qu’il enlaidit presque toujours avec l’âge. Les anciens ont donné jusqu’à 90° à l’angle' facial de leurs figures d’hommes, lorsqu’ils voulaient leur imprimer un caractère auguste; et ils sont allés jusqu’à près de 100“ dans leurs figures de divinité. C’estce qui leur rend les yeux plus enfoncés, et les branches de la mâchoire inférieure plus courtes que dans la nature.

L 'orang-outang a cetangle de 05° [dans le jeune âge; quand il est adulte, c’est-à-dire, quand il est devenu l’animal longtemps connu sous le nom de pongo de Batavia, l’angle est de 40“ ; il est de 67° dans le chimpansè jeune] ; les sapajous et les guenons l’ont d’environ G0“; les magots et les macaques d’environ 45»; enfin les cynocéphales , qui sont les plus méchants et les plus féroces de tous les singes, de 50 seulement. Dans les espèces qui ont l’oreille très-relevée, et la fosse gutturale très-profonde, comme I ’atoualle, la petitesse de cet angle n’indique point un allongement proportionnel du museau. 11 faudrait, pour bien rendre cette circonstance, que la ligne de la base du crâne fût tirée parallèlement au plancher des narines.

Au reste, même avec celte modificalion, l’angle facial n’est important que dans l’espèce humaine et parmi les quadrumanes, parce qu’ils n’ont que de très-petils sinus frontaux qui lie relèvent point la ligne faciale tt’une quantité sensible, et parce que le nez reste au-dessous de cette ligne ; [encore faut-il s’abstenir de conclusions trop absolues, et Blumenbach observe avec raison que la largeur du front importe autant que sa direction verticale. Il donne une tête de race caueasique, où l’angle facial est le même que sur une tête de race éthiopique; la largeur du front, au contraire, est fort différente.]

Mais, parmi les mammifères, il y en a, comme les carnassiers, les cochons, quelques ruminants, et sourtout l’éléphant , dont les sinus frontaux gonflent tellement le crâne, qu’ils relèvent la ligne faciale beaucoup au delà de ce qu’exigerait la proportion du cerveau. Dans d’autres, comme le morse et la plupart des rongeurs, le nez occupe unsi grand espace, que le crâne est incliné en arrière, et n’a aucune de scs parois libre en devant; de façon qu’on ne saurait même par où faire passer la ligne faciale. Enfin, plusieurs cétacés ont le crâne relevé en pyramide, au-dessus d’une face très -prolongée, mais aplatie horizontalement; en sorte qne l’inclinaison de Ieurdigne faciale serait plus forte qu’il ne faudrait pour être relative à la capacité réelle de leur face.

\ oici cependant un tableau des grandeurs de l’angle facial dans un certain nombre d’animaux, en tirant une ligne parallèle au plancher des narines, et une autre qui passe par le bord antérieur des alvéoles, et louche la convexité du crâne, soit que le point de contact soit caché par la face, ou à découvert au-dessus d’elle :

Européen enfant 90“

Européen adulte. 85

Européen décrépit . 75

Nègre adulte

Femme boschismanne 7j

Orang-outang jeune 07

Orang-outang adulte 40

Chknpansé jeune G7

Gibbon cendré jeune 66

Gibbon cendré adulte. 60

Gibbon syndactyle adulte. ... 49

Sapajou 65

Guenon talapoin 57

Magot

Jeune mandrill

Mandrill adulte

Sajtmiri 60

Hurleur roux 47

Maki rouge. ........ 04

Lori paresseux 45

Roussette brune 28

Phyllostome vampire 50

Hérisson 35

Ours brun des Alpes gg

Coati. 28

Loutre commune . 27

Putois g;

Chien doguin gg

Chien mâtin, la tangente prise à la surface externe du crâne. ... 41

— à la surface interne gg

Renard • ... 24

Loup, à la surface externe. . . . 51

— à la surface interne. . . 04

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