‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 2 sur 367 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

mais ne pouvait-il pas exiger de ceux dont il facilitait les travaux , plus de justice et d’impartialité?

Une édition nouvelle des Leçons d’ Anatomie comparée était donc devenue indispensable, et il sera toujours à regretter que M. Cuvier n’en ait pas revu toutes les parties comme il a revu la première.

Il en a assez écrit cependant, pour faire voir qu’il n’avait rien perdu de sa confiance dans la vérité de ses doctrines, dans la puissance des principes qui l’ont dirigé et soutenu au milieu de ses grands travaux scientifiques.

S’il a combattu et repoussé la plupart des systèmes qui se sont fait jour dans ces dernières années, sans nier toutefois Futilité et la nouveauté des faits dont leurs auteurs les ont accompagnés, on verra qu’il s’est toujours appuyé pour cela, ou sur un nombre de faits plus grand, ou sur une appréciation plus rigoureuse des faits connus, et, par-dessus tout, sur les principes d’une haute et sévère philosophie.

Enfin, le plan général et les détails de cet ouvrage répondront d’euxmêmes à un reproche qui a été plus récemment adressé à son auteur, et qui étonnera peut-être les personnes familiarisées avec les travaux de M. Cuvier, et qui en ont apprécié la nature et le but. On a dit qu’il n’avait cherché dans l’étude des êtres que leurs différences , et que la science aujourd’hui, changeant de portée et s’élevant plus haut, avait surtout égard aux ressemblances. Or, l’un des buts principaux de l’Anatomie comparée en général, et celui de cet ouvrage en particulier, a toujours été de rechercher aussi loin que possible, et d’établir les analogies des organes au milieu des transformations que la nature leur fait subir; et c’est précisément à cette recherche des analogies et des ressemblances que M. Cuvier a dû quelques-unes de ses plus heureuses déterminations *.

Si ensuite le besoin des analogies n’a pas tellement préoccupé M. Cuvier qu’il lui ait fallu les retrouver partout, s’il s’est arreté lorsque l’évidence lui manquait, c’est qu’il aurait cru, autrement, faire violence à la nature, et si, après avoir admis et décrit les ressemblances , il a admis et décrit les différences , il n’a fait qu’obéir à une nécessité logique à laquelle on ne peut se soustraire dans aucune science. L’Anatomie comparée, à ses yeux, ne pouvait avoir pour but l’une de ces choses plutôt que l’autre : elle les embrassait également toutes deux; et le spectacle de la nature ne lui a pas paru moins grand, l’œuvre de la création moins

* On peut même dire qu’il a poussé beaucoup plus loin que d’autres cette recherche des analogies; car dans l’Anatomie comparée de Meckel, par exemple, et dans Bojanus, les muscles sont fréquemment décrits et nommés uniquement d’après leurs fonctions; de sorte que le même muscle, ayant souvent, selon la forme des os et la nature de l’animal, des fonctions différentes, change de nom d’un animal à l’autre, et ne se trouve point ramené à un type commun.

avertissement.

merveilleuse ou plus obscure, parce qu’il y trouvait des plans divers et des variations infinies.

Il nous reste à dire comment cette seconde édition doit être achevée. M. Duvernoy, que M. Cuvier s’était associé de nouveau pour cette seconde édition, mettra au niveau de la science la partie de l’ouvrage à laquelle il avait coopéré dans la première : c’est un travail dont il s’occupe sans relâche depuis cinq années. Toutes les généralités du premier volume et une partie des détails sur les organes du mouvement des animaux vertébrés avaient déjà été revus par M. Cuvier lui- même; M. Laurillard y a ajouté tous ceux qui manquaient. Enfin M. Laurillard et M. F. Cuvier neveu, se sont chargés de compléter ce qui concerne le système nerveux et les sens; et comme il devient nécessaire de séparer les additions et corrections de ce qui appartient à la rédaction ancienne ou nouvelle de M. Cuvier, ces additions seront comprises entre deux crochets [].

Toutefois les matériaux de ces additions se trouveront pour la plupart, ou dans les collections et les notes de M. Cuvier, ou dans les grands ouvrages et les mémoires qu’il a publiés depuis la première édition. Pour certaines parties où ces ressources nous manqueront, nous aurons recours à nos propres recherches et aux travaux qui ont été publiés depuis la première édition.

Nous ferons ici une dernière remarque : c’est que si nous n’avons pas constamment cité, comme se trouvant dans Meckel ou d’autres , beaucoup des détails que nous faisons connaître, c’est que les ouvrages de ces auteurs ont été en grande partie composés avec les préparations du cabinet de M. Cuvier, et que nous avons cru devoir les considérer comme appartenant au moins autant à celui qui a dirigé et fait ces préparations cpi’à ceux qui les ont décrites.

Enfin, on ne perdra pas de vue en lisant ce livre, qu’il n’est qu’une seconde édition d’un ouvrage dont les limites sont étroites , et que ce n’est pas un répertoire où seraient réunis tous les détails de la science; nous n’avons dû souvent y faire entrer les faits que sous une forme un peu générale; sans pouvoir multiplier les descriptions autant que le permettraient les richesses du cabinet d’anatomie, et l’infinie variété des formes des animaux. Toutefois, nous nous appliquerons à ne rien omettre de ce qui est susceptible d’entrer dans le cadre de l’ouvrage, et à ne négliger aucune des observations sur lesquelles sont établis les principes fondamentaux de l’anatomie comparée ; de cette science qui n’a pris rang parmi les sciences positives, que depuis la première publication de cet ouvrage.

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