‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 252 sur 367 · Névroptères · texte numérisé non relu

Névroptères

Les insectes à ailes nues, c’est-à-dire les hyménoptères, les névroptères et les diptères, ayant souvent de très-grands yeux, ont des nerfs optiques proportionnés : c’est ce qu’on voit surtout dans les demoiselles. Leur cerveau est formé de deux très petits lobules; mais leurs nerfs optiques se dilatent en deux larges plaques qui ont la figure d’un rein, et qui tapissent toute la surface de l’œil qui regarde le dedans de la tête. Le reste de leur cordon médullaire est très-mince et garni de douze ou treize ganglions très-petits, dont le dernier aboutit, comme à l’ordinaire, aux parties de la génération.

x. Hyménoptères.

Le cerveau de V abeille est petit et divisé en quatre lobes; il produit immédiatement les nerfs qui vont aux diverses parties de la bouche, et les deux grands nerfs optiques qui se dilatent, pour s’appliquer derrière chaque œil, comme dans les demoiselles. Il y a ensuite sept ganglions, dont trois dans le corselet, et quatre dans l’abdomen. Le dernier de tous fournit principalement aux parties de la génération.

A. Diptères.

La mouche apiforme (syrphus tenax, Lin.) a un très-petit cerveau formé de deux lobes très-rapprochés, mais distingués par un sillon longitudinal, de la partie antérieure duquel part un nerf assez gros, qui se partage ensuite pour les antennes et la trompe.

Les nerfs optiques sont très-gros, cylindriques, et d’un diamètre égal à la longueur du cerveau, sur les parties latérales duquel ils sont appuyés; ils se terminent à leur extrémité par un très-gros bulbe qui correspond à la largeur de l’œil.

Le premier ganglion de la moelle est produit par deux cordons qui proviennent de la partie postérieure du cerveau, et qui embrassent l’œsophage comme un collier. Il est très-grêle et situé dans la poitrine; il fournit une paire de filaments pour les muscles des pattes antérieures.

Le second ganglion et les suivants, qui sont au nombre do trois, ne sont unis les uns aux autres que par un cordon unique. Le dernier de tous est plus gros de moitié que celui qui le précède ; il se termine par huit ou neuf filaments destinés aux parties voisines de l’anus. Le premier des trois est placé dans la poitrine, où il donne aux muscles des ailes et des pattes. Les deux autres sont dans l’abdomen. L’avant-dernier est situé au-dessus de l’union du troisième anneau avec le quatrième, et le dernier sur le bord antérieur et inférieur du cinquième anneau.

Dans l 'asile crabroniforme , on n’aperçoit aussi qu’un seul cordon pour l’union des ganglions abdominaux, qui sont au nombre de six.

Le cerveau est semblable à celui du syrphus; mais les bulbes formés par les nerfs optiques sont encore plus larges à proportion, vu la grandeur des yeux qu’ils ont à tapisser par derrière.

y. Myriapodes.

Dans la grande scolopendre ( scolopendra morsitans), le cerveau a une forme très-singulière ; il est, comme à l’ordinaire, composé de deux lobes presque sphériques, qui produisent latéralement desnerfs optiques très-courts, qu'on voit sediviser longtemps avant d’arriver dans l’œil : les filets sont au nombre de quatre ; mais en avant naissent deux nerfs si gros qu’ils paraissent faire partie du cerveau, dont ils ont le diamètre. Ces nerfs sont spécialement destinés aux antennes, dans lesquelles on les voit entrer et où on peut les suivre, car elles sont très-larges.

[Ces saillies antérieures du cerveau, d’où partent les nerfs des antennes, peuvent être considérées comme des ganglions, de sorte que dans cet animal le cerveau serait formé par la fusion partielle de

ARTICLE DEUXIÈME. — CERVEAU ET NERFS DES ANIMAUX ARTICULÉS

deux paires de ganglions, les antennaux el les optiques.]

Les deux cordons qui embrassent l'œsophage se portent directement en bas; ils produisent un gros ganglion sur l’union du premier anneau avec la tête. Le premier ganglion fournit deux nerfs en arrière et plusieurs sur les côtés. Il existe ainsi un ganglion absolument de même forme au-dessus de chacune des articulations, de sorte qu’il y en a vingt-quatre très-distincts (1); le dernier seul est plus petit, plus rapproché du précédent et comme flottant dans l’abdomen. Chacun d’eux produit trois paires de nerfs : une qui remonte du côté de la tête; une seconde qui se porte transversalement : toutes deux sont destinées aux muscles du ventre ; et la troisième descend et se porte en arrière el en haut : elle fournit aux muscles latéraux et à ceux du dos.

[On pouvait déjà conclure des descriptions qui précèdent, et les nombreuses recherches dont les insectes ont été l’objet ont confirmé, qu’il se fait dans le système nerveux, pendant leur métamorphose, un travail qui tend à éloigner, dans le sens de la longueur, les ganglions qui étaient rapprochés dans la larve, ou à rapprocher et même à confondre ceux qui étaient éloignés, de telle sorte qu’on ne les trouve pas toujours en même nombre dans les deux états. Outre ce mouvement longitudinal de concentration ou d’écartement, il en existe un autre transversal, qui rapproche sur la ligne médiane les élementsde la double chaîne sousintestinale; leur rapprochement est plus ou moins complet, et quelquefois il devient tel qu’il ne reste plus qu’un sillon longitudinal pour lémoiguer de leur division première.

La variabilité du nombre des ganglions de la cbaine ventrale est due principalement à la présence ou à l’absence de quelques-uns, ou même de tous les ganglions abdominaux. Ceux du thorax peuvent aussi être réduits, de trois qu’ils sont dans la plupart des coléoptères, des orthoptères, des névroptères, à deux, comme dans le plus grand nombre des hémiptères, et à un, comme dans les diptères, el dans quelques hémiptères.

Nous avons vu que les cordons de la chaîne nerveuse sont souvent protégés par des pièces cornées, qui ont reçu les noms d’entocéphalc, d entothorax et d’entogastre , selon qu’elles se trouvent dans la tète, la poitrine ou le ventre. Lorsque les parties latérales de ces pièces se recourbent et se rejoignent en haut, comme cela a lieu fréquemment dans les coléoptères pour l’entothorax, la chaîne nerveuse passe alors à travers un anneau solide complet.

(r) D autres anatomistes en ont signalé jusqu’à trentetrois; maïs on sait que dans les myriapodes le nombre des segments augmente avec l’àge.

On pouvait déjà conclure, des anciennes observations sur le nerf récurrent, qu’il existe un système de nerfs spéciaux destinés aux organes de la vie végétative. Ce système se trouve, en effet, dans tous les insectes ; mais en l’étudiant plus complètement, on a reconnu qu’il est plus compliqué qu’on ne l’avait cru d’abord. Il est composé de deux nerfs ; l’un médian et impair, et l’autre latéral et symétrique. Le nerf impair, qui est le nerf récurrent de Swamtnerdam et de Lyonnet, naît par deux filets qui partent des bords antérieurs du cerveau, près des nerfs des antennes, se réunissent en avant, el forment un ganglion frontal triangulaire, qui envoie des filets aux parties de la bouche ; avant de s’y perdre, ces filets éprouvent quelquefois, comme dans le cossus liynipcrdru, un, ou même deux renflements ganglionnaires. La partie postérieure du ganglion frontal donne un nerf impair qui passe, appliqué sur l’œsophage, à travers le collier nerveux : bientôt après, ce nerf reçoit des filets de communication du nerf intestinal pair, puis il va se terminer à l’estomac, après avoir formé sur cet organe, ou sur l’extrémité de l’œsophage, un petit ganglion.

Le nerf intestinal symétrique se compose ordinairement de deux paires de ganglions placés sur les côtés de l’œsophage, en arrière du cerveau, et qui communiquent avec celui-ci par un ou deux filets. Dans le sphinx tigustri, par exemple (2), les ganglions de la première paire sont triangulaires : par un de leurs angles, iis reçoivent une branche du nerf des antennes, par Un autre angle un nerf sorti de la partie supérieure du cerveau ; le troisième angle communique avec le ganglion de la seconde paire. Ces ganglions donnent des filets très-fins au pharynx, à l’œsophage et au jabot, et se joignent par un autre filet au système impair. Cet ensemble de nerfs a reçu les noms divers de système sympathique, d’appareil des nerfs stomato-gastriques . nerfs du pharynx, nerfs intestinaux, etc. l es uns le comparent au nerf sympathique des animaux vertébrés, les autres au nerf vague, et quelques-uns, avec plus de raison peutêtre, à tons les deux à la fois.

Le cordon nerveux sous-intestinal a été également étudié avec beaucoup de soin, sous l’inspiration des idées de M. Charles Dell touchant les différents ordres de nerfs, et l’on a trouvé ce cordon compose, comme dans les crustacés, de deux faisceaux superposés ; un inférieur, qui éprouve des renflements, et que. pour celte raison, on regarde comme fournissant les nerfs sensitifs, et un supérieur, lisse, qui donne, vis-à-vis de chaque ganglion, un simple filet nerveux que l’on suppose destiné à la locomotion.

Enfin, il semble y avoir encore un nerf parlicu-

('-*-) Voy. Newport, uièm. cit.

ONZIÈME LEÇON. - SYST. NERV

lier placé en dessus de la chaîne ventrale, et dont Lyon net avait déjà parlé sous le nom de bridas épinières j comme nous l’avons dit plus haut- C est un cordon très-lin, situé sur la ligne médiane, entre les deux faisceaux supérieurs de la chaîne ventrale. A peu de distance du premier ganglion, il se bifurque ; ses deux branches s’écartent latéralement, et il donne des filets de communication aux nerfs qui naissent du faisceau supérieur, puis le tronc du nerf se reforme pour se bifurquer et se distribuer de même au niveau de chacun des ganglions suivants : après le dernier ganglion, ee nerf se distribue presque en entier au rectum. Quelquefois, comme dans les carabes et les court il- Hères, à chacune des bifurcations, il existe un petit ganglion placé sur ceux de la chaîne sous-intestinale, mais qui ne se confond pas avec ceux-ci. Ce système particulier de nerfs n’éprouve pas les mêmes changements de contraction dans le cours des métamorphoses que la chaîne sous intestinale proprement dite, ce qui fait que ses rapports avec cette chaîne ne sont pas les mêmes dans la larve et dans l’insecte parfait. On les a considérés comme plus spécialement liés aux fonctions de la respiration.

Les trois parties constituantes de la chaîne ganglionnaire se distinguent dans la grande scolopendre mieux que dans aucun autre articulé. Les ganglions forment le faisceau inférieur ; et sa séparation d’avec le faisceau supérieur devient manifeste après quelque temps de séjour dans I alcool. On voit chaque ganglion fournir quatre paires de nerfs, et une cinquième sortir du faisceau supérieur pour se rendre à la série interne des muscles. Enfin un faisceau étroit, formant le troisième appareil, est couché tout lelougdela ligue médiane sur la chaîne ganglionnaire, d’un bout du corps à l'antre. Au-dessus de chaque ganglion, il fournit quatre paires de très-petits filaments qui vont se réunir aux quatre paires de nerfs du ganglion.

C’est certainement un fait curieux que cette division de la chaîne ventrale des articulés en une partie ganglionnaire que l’on peut, avec vraisemblance, coïts .dorer comme .conductrice de la sensibilité, et une partie lisse que l’on peut considérer

(ï) Dans la première édition, l’article correspondant à celui-ei portait pour titre : Des animaux dans lesquels on n'a point encore reconnu de système nerveux distinct , et M. Cuvier ne décrivait qu’avec doute, comme composant le système nerveux des astéries, certaines parties qui avaient quelque apparence de nerfs; il ajoutait qu’il faudrait faire des expériences galvaniques sur des individus vivants pour en constater definitivement la nature. Depuis, M. Tiedemann a reconnu que ces parties étaient un appareil vasculaire. M. Spix avait, eu iSog, dans le t. xm des Annales du Muséum, donné

DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES

comme conductrice du mouvement ; et l’on a voulu tirer de la situation respective de ces deux parties, comparées dans les vertébrés et dans les articulés, un argument en faveur de l’hypothèse que les animaux articulés marchent sur le dos, et qu’ils sont, par rapport aux animaux vertébrés, des animaux renversés ; mais ou a oublié que, dans la lète, toutes les parties, la bouche, les yeux, le cerveau, sont dans les mêmes positions relatives que dans les animaux vertébrés, de sorte que 1 hypothèse conduirait tout au plus à admettre que les articulés sont des animaux tordus dans l’articulation de la tête au thorax ; or , cela ne satisferait pas les systèmes auxquels celle hypothèse se rattache. ]

Les détails dans lesquels nous sommes entrés dans l’article II de cette leçon nous montrent évidemment, dans l’organisation des systèmes nerveux, une analogie aussi grande que dans les formes extérieures, dans la disposition des muscles et dans cette singulière division de tous ces animaux en une suite d'anneaux et de segments : analogie qui doit nous empêcher d’établir entre les trois classes des annclides, des crustacés et des insectes, des limites aussi tranchées que celles qui existent entre elles et l’embranchement des mollusques.

Ces ganglions presque égaux, répartis d’une manière uniforme sur un cordon qui s’étend sur toute la longueur du corps, semblent être placés là pour que chaque segment ail son cerveau à soi, [et, en effel, dans quelques annélides la vie persiste, quoique le corps soit séparé transversalement en deux ti onçons, et chaque moitié devient en apparence un individu complet. Cela n’a lieu pour aucun mollusque, qui ne peuvent reproduire que quelques parties peu importante», comme les tentacules.]

ARTICLE III

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