‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 279 sur 367 · ARTICLE DOUZIÈME. — GLANDES LACRYMALES · texte numérisé non relu

ARTICLE DOUZIÈME. — GLANDES LACRYMALES

caméléon, dont la fente est d’ailleurs si petite qu’on voit à peine sa prunelle au travers. Le gecko n’a point de paupière mobile. Son œil est protégé par un léger rebord de la peau, comme dans les serpents.Il paraît qu’il en est de même dans le scinque.

Dans les grenouilles et les crapauds , la paupière supérieure n’est qu’une saillie de la peau, à peu près immobile; l’inférieure est plus mobile, elle a un bord renflé; mais la troisième, qui se meut de bas en haut, est celle que ces animaux emploient le plus. Elle est très-transparente; elle n’a qu’un muscle placé transversalement derrière le globe de l’œil , et qui forme de chaque côté un tendon mince qui va s’insérer à l’extrémité correspondante du bord libre de cette troisième paupière.

Les salamandres n’ont que deux paupières horizontales, charnues et très-peu mobiles. Il ne parait pas qu’elles puissent entièrement couvrir l’œil.

E. Dans les poissons.

Dans la plupart des poissons, il n’y a aucune paupière mobile. Dans quelques-uns, ainsi que nous l’avons déjà vu, la peau passe devant l’œil sans même former un repli ; d’autres n’ont que de légères saillies, des espèces de sourcils plutôt que des paupières. La plupart des puisions osseux ont, à chaque angle de l’orbite, un voile vertical et immobile qui n’en couvre qu’une petite partie. C’est ce qu’on peut voir aisément dans le maquereau , le hareng, le saumon , etc.

Le poisson-lune ( letraodon mola) nous a présenté une particularité que nous n’avons point vue ailleurs. Son œil peut être entièrement couvert par une paupière percée circulairement, et qui se ferme au moyen d’un vrai sphincter. Cinq muscles disposés en rayons, cl s’attachant au fond de l’orbite; en dilatent l’ouverture.

ARTICLE XII

DES GLANDES QUI ENTOUEENT L’cEIL.

A. Dans l’homme.

Dans les animaux qui vivent dans l’air, le devant de l’œil serait bientôt desséché et sali par la poussière, si une humeur limpide ne l'humeclait et ne le lavait continuellement; il serait blessé Par une infinité de petits corps, d’insectes, etc.,

si des substances onctueuses ne les arrêtaient sur

les bords des paupières et entre les cils : c est là l’usage des glandes dont l’œil est entouré, et qui, dans l’homme, se réduisent a trois sortes : la glande lacrymale , les glandes de Mcihomius et la caroncule lacrymale.

la glande lacrymale est située dans le haut de l’orbite, au-dessus de la paupière supérieure, un peu vers la tempe ; elle paraît composée de grains blanchâtres, et forme deux petits lobes. U en part six ou sept canaux très-fins, qui descendent dans l’épaisseur de la paupière et s’ouvrent à sa face interne, un peu au-dessus du cartilage qui la borde.

L’humeur des larmes suinte continuellement de ces petites ouvertures ; elle se répand au-devant de l’œil; et chaque fois que les paupières se ferment, elles poussent une partie de celte humeur dans le petit canal triangulaire, qui est formé par leurs bords et le globe, vers leur angle interne ou nasal.

Une matière grasse, séparée par les glandes de Meibotnius , vernisse les bords des paupières, et empêche l’humeur des larmes de les mouiller et de passer par dessus. Ces glandessonl situées dans l’épaisseur des deux paupières vers leurs bords. Elles sont composées de petits follicules rangés sur des lignes verticales cl parallèles, au nombre de plus de trente à la paupière supérieure, et de plus de vingt à l’inférieure. Leurs ouvertures sont de petits trous qui régnent tout le long du bord de chaque paupière.

Lorsque l’humeur des larmes est arrivée vers l’angle nasal de l’œil, elle y est absorbée par deux petits pores, percés dans deux éminences qui se trouvent à celte extrémité des paupières, et nommés points lacrymaux. Chacun d’eux conduit dans un pelitcanal, etles deux canaux aboutissent au sac lacrymal , qui sc vide dans le nez par un canal que nous avons indiqué précédemment.

La caroncule lacrymale est placée dans l’angle interne ou nasal des paupières ; on la voit sans dissection : c’est un masse petite, arrondie et rougeâtre, composée de sept follicules distincts qui produisent une humeur épaisse et blanchâtre, dont l’usage parait être surtout de garantir les points lacrymaux, en arrêlant les corps légers qui pourraient s’y introduire.

B. Dans les mammifères.

Les quadrupèdes ont, pour la plupart, les mêmes glandes que l’homme, et plusieurs d’entre eux en ont une de plus.

La glande lacrymale proprement dite est subdivisée eu deux ou trois corps dans les ruminants ; quelques grains séparés ont chacun leur canal excréteur très-court.

Dans le lièvre, le lapin, la glande lacrymale est très-grande; elle s’étend au-dessus et au-dessous de l’œil ; elle remplit l’intervalle entre le crâne et l’apophyse qui, dans ces animaux, soulient le sourcil; elle passe derrière l’œil, s’enfonce sous l’arcade zygomatique, ressort de l’orbite du côté du nez, et se termine à cel endroit par un grand

renflement ; elle ne m’a paru avoir qu’un seul canal excréteur, qui perce la paupière supérieure vers l’angle postérieur.

La glande particulière à certaines espèces de quadrupèdes et qui manqueàl’bomme porte lenom de glande de Harderus, quoiqu’elle ait été vue et décrite bien avant cet anatomiste. Elle est toujours située dans l’angle interne ou nasal, et sépare une humeur épaisse et blanchâtre, qu’elle verse par un orifice situé sous le vestige de la troisième paupière. Dans les ruminants elle est oblongur, d une consistance assez dure. Dans le lièvre, elle a 1 air d’être formée de deux parties, unies seulement par de la cellulosité, et subdivisées chacune en beaucoup de lobes. La partie supérieure est plus petite et blanchâtre; l’inférieure, beaucoup plus grande, est rougeâtre; elle est considérable et double dans le rat d'eau.

Elle existe aussi dans les carnassiers, l'éléphant , le cochon, où elle est ovale, le paresseux, etc.

La caroncule existe dans les ruminants comme dans l’homme; elle y est composée d’un plus grand nombre de follicules.

Je n’ai pu la voir dans le lièvre, ni dans plusieurs autres rongeurs.

Les voies par lesquelles les larmes s ecoulent présentent aussi des différences.

Les ruminants ont les points lacrymaux et les conduits comme l’homme. Quelques genres de cet ordre sont encore remarquables par les larmiers, ou fosses lacrymales : ce sont de petites fossettes creusées sur la joue, une au-dessous de chaque ced près de son angle nasal, et communiquant avec cet angle par un petit sillon. Elles se trouvent dans les cerfs et dans les antilopes ou gazelles. [Le cerf munt-jak, où ces larmiers sont très-grands, a la faculté de les ouvrir ou de les fermer h volonté en

en contractant les bords ]

Le cochon a deux points lacrymaux; on les trouve aussi dans les paresseux et les fourmiliers.

Dans les lièvres , les lapins, et sans doute dans quelques genres voisins, il n’y a pas de points lacrymaux, mais une fente en croissant sous le bord inférieurde la troisième paupière, qui conduitdans un canal lacrymal unique. Les bords de cette fente sont garnis de cartilages. 11 y a dans le canal une petite valvule semi-lunaire qui empêche 1 humeur de revenir vevs l’œil.

Les cétacés n’ont, comme la plupart des animaux qui vivent constamment dans l’eau, ni glande ni points lacrymaux. On voit seulement sous la paupière supérieure des lacunes d’où s’écoule une humeur épaisse et mucilagineuse.

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