‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 347 sur 367 · ET PRINCIPALEMENT DU PALAIS · texte numérisé non relu

ET PRINCIPALEMENT DU PALAIS

[Si la langue est l’organe principal du goût, clic n’en est pas l’organe exclusif, et la membrane palatine, et surtout le voile du palais, paraissent aussi doués, bien qu’à un degré moindre, de la faculté de' percevoir les saveurs; peut-être même pourrait-on considérer les parois des joues comme concourant à la perfection du sens, sinon dans l’homme, au moins dans plusieurs animaux. Quant au voile du palais, sa sensibilité spéciale pour les saveurs semblerait surtout résider, dans l’homme, dans une partie de sa surface comprise entre son insertion à la voûte du palais et la luette : mais la fonction de cet organe se rapportant principalement à la déglutition, c est dans une des leçons suivantes qu'il en sera plus particulièrement question. Quant à la membrane palatine, si beaucoup de physiologistes contestent qu’elle puisse directement nous donner la sensation des saveurs, on ne peut nier du moins qu’elle n’y concoure indirectement d’une manière très-énergique, et personne n’ignore combien les substances sapides ont pour nous une saveur plus prononcée, lorsque la langue vient les appliquer et les presser fortement contre le palais.

Dans l’homme, la membrane palatine est blanchâtre et adhère fortement aux os; son épiderme est épais, surtout à la partie antérieure, et l’on y remarque sur la ligne médiane un raphé terminé en avant par un tubercule qui correspond aux trous incisifs. Derrière ce tubercule et de chaque côté, existent quelques rides transv ersales, vestiges des sillons plus profonds qui se trouvent dans les mammifères; en arrière, la membrane palatine

est libre, et elle se continue avec le voile du palais sans aucune ligne de démarcation.

Dans les mammifères, elle est également épaisse, très-adhérente aux os, le plus souvent blanchâtre, mais quelquefois colorée de jaune, de brun ou de noir; elle forme des rides, des replis ou des sillons transversaux plus ou moins nombreux, interrompus le plus souvent par la ligne médiane, mais quelquefois s’étendant sans interruption d’un bord alvéolaire à l’autre. Ces plis, presque toujours arqués, présentent communément leur convexité en avant, et plus rarement en arrière. Us commencent immédiatement derrière les tubercules incisifs et se continuent jusque vers la dernière molaire, et quelquefois meme au delà.

Dans les sinyes, il existe généralement de chaque côlé neuf rides arquées, peu saillantes, qui s’unissent sur la ligne médiane à un raphé également saillant; le voile du palais est semblable à celui de l’homme.

Dans les makis , la membrane et le voile du palais sont noirs, les rides sont plus profondes, et il n’y a point sur la ligne médiane de raphé saillant.

Dans la chauve-souris scrotine et dans la taupe on trouve sept plis saillants; dans cette dernière leur courbure est à peine marquée.

Dans les ours, la membrane des deux tiers antérieurs du palais est formée de sillons profonds qui n’offrent que des parties saillantes et des parties creuses, sans surface intermédiaire plane, comme un champ nouvellement labouré. Ces sillons, au nombre de dix de chaque côlé, se dirigent en avant et ils se rencontrent sur la ligne médiane sous un aDgle plus ou moins ouvert, de manière à dessiner des espèces d’ogives. Entre les deux derniers, qui sont plus écartés l’un de l’autre, il y a une surface plane et quelques tubercules mousses ; de semblables tubercules existent également derrière le dixième ou dernier sillon.

Dans les chiens , on trouve neuf sillons profonds sans surface plane intermédiaire, excepté entre les deux derniers où se voient deux tubercules allongés transversalement. Les deux premiers sillons sont presque en ligne droite; les trois suivants représentent un arc à tirer des flèches, et les quatre derniers des arcs en ogive. La couleur de la membrane palatine et du voile du palais est d’un brun jaunâtre.

Dans le chat domestique et la panthère, il y a cinq lignes saillantes de chaque côté qui vont se réunir sur la ligne médiane sous un angle trèsouvert; elles se composent d’une rangée moyenne de papilles tuberculeuses très-rapproehées et de deux autres rangées, l’une en avant et l’autre en arrière, de tubercules plus petits et plus écartés; derrière ees cinq lignes, il en existe deux ou trois autres qui ne se prolongent pas comme les premières jusqu’aux gencives, et qui ne consistent qu’eu filaments coniques et presque cornés qui représentent des espèces de franges.

QUINZIÈME LEÇON. - ORGANE DU GOUT

Dans le sarigue à oreilles bicolores, on trouve neuf plis écartés dont le dernier dépasse les arrière-molaires; entre les deux derniers se remarquent deux très-petits tubercules arrondis comme une tête d’épingle. Ces plis forment d’un bord dentaire à l’autre un seul arc arrondi à l’exception du troisième, qui est ogival.

Dans le lapin, la membrane palatine et le voile du palais sont jaune d’ocre ; il y a seize sillons rapprochés sans surface plane intermédiaire ; en avant, ces sillons se réunissent sur la ligne médiane de manière à former une ogive au milieu; ils forment de chaque côté une s transversale qui se réunit h celle du côté opposé sous un angle dont le sommet est dirigé en arrière. Enfin, les quatre derniers sillons sont en ligne droite ; le dernier sillon se trouve vis-à-vis la quatrième molaire. De chaque côté de la ligne médiane, le voile du palais est épais et spongieux sur une longueur de 15 millimètres environ.

Dans le rat commun, il n’y a que huit sillons, mais la forme est la même que celle des sillons du lapin.

Dans le cheval , on trouve dix-huit à vingt sillons, séparés par des espaces plans. Ils forment de chaque côté des arcs ou des croissants qui se louchent sur la ligne médiane, et le dernier n’atteint pas le niveau de la dernière molaire. Entre la dernière molaire de droite et celle de gauche existent deux sillons, non plus trausversaux, mais longitudinaux, à peu près de même longueur que la dent, et dont l’intervalle forme un bourrelet épais, spongieux, qui est probablement affecté plus particulièrement à la sensation du goût.

Dans le bœuf, il existe de chaque côté du palais treize ou quatorze plis dentelés dont quelquesuns se croisent par leur extrémité sur la ligne médiane; en arrière de ces plis à dentelures à demi cornées on trouve trois sillons lisses; les bords de la mâchoire en avant des dents molaires et une partie de l’intérieur des joues ont des papilles coniques, longues et molles : le reste de la voûte palatine et le voile du palais sont lisses.

Dans le mouton, les joues sont garnies intérieurement de papilles coniques; il existe de chaque côté du palais quatorze plis transversaux dont les derniers sont peu prononcés, et dont ceux du milieu sont alternes; ils se terminent au niveau de la deuxième molaire; le reste de l’espace est une membrane lisse très-épaisse, ainsi que le voile du palais. Vis-à-vis la dernière molaire il y a, comme dans le cheval, deux sillons longitudinaux profonds, de 2 centimètres de longueur, qui interceptent un espace de 7 millimètres de largeur.

Dans les dauphins et les marsouins , la membrane du palais est entièrement lisse et dure ; dans lesôoleines , elle est garnie d’un nombre considérable de

lames cornées, effilées à leur extrémité inférieure. Ces lames, qui forment la substance connue vulgairement sous le nom de baleine, s’allongent à mesure qu’elles s’approchent du bord externe de la mâchoire au point d’acquérir, dans quelques espèces, une longueur de plus de 2 mètres. On pourrait peut-être considérer ces organes, qui servent de filets à cesanimaux pour retenir leurproie, comme une exagération des plis transverses, dentelés et cornés, du palais du bœuf.

Dans les oiseaux, la membrane palatine est autrement constituée. Généralement mince, peu étendue, à l’exception des genres à bec large, comme les spatules, les pélicans et les canards, elle est le plus souvent divisée longitudinalement en trois parties : une médiane, de la largeur de la langue, plus molle, et deux latérales presque coriaces, séparées de la première par une arête, souvent dentelées, comme dans les oiseaux de proie, plusieurs passereaux et les gallinacés ; quelquefois même ces deux parties latérales sont couvertes de lames cornées, comme dans les canards. Le voile du palais est une membrane molle, et les bords des ouvertures postérieures des narines sont souvent garnis de papilles coniques assez longues ; il existe aussi quelquefois, dans les oiseaux de proie par exemple, une rangée transverse de papilles à la naissance du voile du palais.

Dans les reptiles, la membrane palatine existe à peine, excepté dansles crocodiles et les batraciens. Dans les crocodiles, elle est très-étendue, lisse, et presque aussi sèche que la peau extérieure. Dans les tortues , la voûte palatine est occupée par une lame cornée, prolongement interne du bec.

Les sauriens et les ophidiens ont le fond du palais armé de deux rangées de dents osseuses, de sorte que la membrane palatine est presque toute en gencives. Dans les batraciens, cette membrane est molle, mais généralement lisse.

Dans les poissons cartilagineux, la membrane palatine, aussi bien que celle qui revêt les cartilages aplatis qui forment l’hyoïde, est molle etd’une texture fine ; mais dans les poissons osseux, chez lesquels tous les os qui concourent à former la cavité de la bouche sont garnis de dents, il n’y a généralement point de membrane palatine d’une texture telle qu’elle puisse servir à la sensation des saveurs.

Dans les cyprins cependant la voûte du palais, à l’entrée du gosier, est garnie d’une substance molle, épaisse, tellement irritable, que lorsqu’on la pique, l’endroit piqué se soulève et prend pour quelques instants la forme d’un bouton conique. On pourrait supposer que cet organe, qui reçoit beaucoup de filets de la huitième paire de nerfs, supplée la langue pour la sensation du goût.]

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