‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 54 sur 367 · ARTICLE CINQUIÈME. — MOUVEMENTS DE LA TÊTE SUR L’ÉPINE · texte numérisé non relu

ARTICLE CINQUIÈME. — MOUVEMENTS DE LA TÊTE SUR L’ÉPINE

où sont logés les yeux, ce que l'on nomme les orbites; de chacun de ces côtés part une espèce de branche qui se porte en arrière pour se rejoindre au crâne, et qui porte le nom d 'arcade sygomatique. C’est sous l’endroit où cette arcade s unit, au crâne qu’est articulée la -mâchoire inférieure, qui, avec la portion demi-cylindrique dont nous venons de parler, achève de compléter la face ou le visage. Un de* caractères particuliers à l’homme, est que les deux mâchoires ne se portent que 1res peu plus en avant que l’extrémitc supérieure et antérieure de la boite du crâne, que nous nommons le front.

Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans un plus grand détail sur les trous, les sutures, les éminences et les cavités de toutes ces parties. Nous y reviendrons dans un autre article.

La partie du plan inférieur du crâne, située plus en arrière que la lace, est ce q u'on nomme l 'occiput, ou plus particulièrement la basa du crâne . L 'occiput a une convexité irrégulière d’une autre courbure que celle du reste du crâne, et en est séparé en arrière par une ligne saillante qui représente deux arcs de cercle qu'on nomme arcades occipitales.

Les extrémités latérales de cette ligne produisent chacune une grande tubérosité descendante nommée Y apophyse ma&toïde 7 qui est située derrière le trou de l’oreille, et un peu plus bas. Au côté interne de sa base est un creux nommé la rainure mastoïdienne. Précisément entre les deux apophyses mastoïdes, est le grand trou occipital qui donne passage à la moelle de l’épine, laquelle descend verticalement du crâne dans le canal commun des vertèbres.

La partie osseuse, située devant ce trou jusqu’à la base postérieure du demi-cylindre qui forme la face, se nomme apophyse basilaire.

Du milieu de l’arcade occipitale, descend au bord postérieur du trou de môme nom, une ligne saillante droite, nommée Y épine de V occiput; son extrémité postérieure forme une éminence nommée tubérosité occipitale.

La tète est articulée sur la première vertèbre, de manière que le canal de celle-ci répond au grand trou occipital.

Celte articulation se fait par deux facettes saillantes, situées au bord antérieur du trou occipital, regardant un peu en avant et en dehors; on nomme ces éminences condyles occipitaux ; elles sont reçues dans deux cavités correspondantes de 1 atlas, et forment avec cette première vertèbre un ginglymc qui ne permet de mouvement bien Marqué à la tête, que celui par lequel elle décrit Une portion de cercle dans un plan vertical d’avant en arrière.

L atlas est articulé également par deux facettes atcrales et un peu antérieures avecl’o.ris; ces fa-

cettes étant plus planes permettent un mouvement de rotation de l’atlas et de la tête sur l’axis, qui en a tiré son nom.

La partie antérieure de celte seconde vertèbre produit une apophyse qui monte derrière la partie antérieure de l’atlas, et s’articule avec elle par une facette; on l’a comparée à une dent, cl on l’a nommée odontoïde. Le reste du mouvement rotatoire de la lête est produit par la torsion de la portion cervicale de l’épine.

Enfin , ses mouvements d’inclinaison h droite et à gauche sont produits en partie par son articulation sur l’atlas, mais surtout par les cinq vertèbres cervicales inférieures, auxquelles leurs facettes articulaires, tournées directement en arrière, laissent beaucoup de liberté dans le sens latéral.

Plusieurs ligaments affermissent cette articulation et facilitent ses mouvements : les uns unissent les arcs de l’atlas avec l’occiput, et forment là deux fortes membranes; les autres enveloppent les condyles dans leur articulation avec l’atlas, et en font la capsule articulaire; de plus, il part du sommet de l’apophyse odontoïde un ligament qui va s’insérer au bord antérieur du grand trou occipital, et qui détermine l’axe du mouvement; il y en a aussi de latéraux ; et pour que cette apophyse ne blesse point la moelle épinière contenue dans le canal vertébral, il y a un ligament situé transversalement daus l’intérieur de l’anneau de l'allas qui la maiutient en situation. Enfin, on aperçoit, entre les muscles de la nuque, un vestige membraneux de ce ligament qui va des apophyses épineuses des vertèbres cervicales à l’occiput, et qui, dans les animaux, prend tant d’épaisseur et d’élasticité; c’est ce que l’on nomme ligament cervical.

La position des deux condyles sur lesquels la tête porte, est telle qu’ils partagent, à très peu près en deux parties égales, une ligue qu’on tirerait de la partie la plus saillante en arrière, jusqu’aux dénis incisives. Il en résulte que, dans la station verticale, la tête est en équilibre sur l’épine.

Le plan du trou occipital est presque perpendiculaire à celui des yeux, et parallèle à celui du palais, ce qui fait que, dans la station verticale, les yeux et la bouche sont dirigés en avant.

L'homme, et même l’homme blanc, est le seul dans lequel ces deux dispositions aient lieu complélement. Les nègres ont. déjà la portion antérieure de la ligne ci-dessus iudiquée, plus grande que la postérieure, parce que leurs mâchoires s’a* longent un peu.

Nous verrons ailleurs comment, de cette disposition et de la faiblesse du ligament cervical, il résulte que l’homme seul est destiné à marcher debout, et qu’il ne pourrait marcher autrement.

TROISIEME LEÇON. — DES OS ET DES MUSCLES DU TRONC

Nous verrons aussi comment tout le reste de son organisation est adapté à cette première nécessité.

B. Dans les mammifères.

J) on&Y orang-outang, non-seulement les mâchoires s’alongent encore plus, mais le trou occipital semble se porter en arrière et remonter vers la face postérieure du crâne, de manière queson plan lorme avec celui des orbites un angle de 00» seulement.

Ce prolongement va toujours en augmentant dans les autres mammifères, h mesure qu’ils s’éloignent de l’homme. Non-seulement les mâchoires, ou plutôt la face , finissent par former plus des trois quarts de la te te, mais encore l’apophyse basilaire s alongeant, repousse graduellement le trou et la face occipitale en arrière et eu haut, en sorte qu ils finissent par être non plus dessous, mais derrière le crâne, et que le plan de ce trou, faisant toujours avec le plan commun des orbites des angles plus petits, lui devient parallèle, et finit par ne plus le croiser au-dessous, mais au-dessus de la tète.

C est ainsi que s’explique la différence de direction de la tête des quadrupèdes, qui est telle que, si l’épine était verticale, il faudrait, pour que la tête fût eu équilibre^que les yeux fussent dirigés en arrière et la bouche vers le ciel.

Dans la station à quatre pieds, la tête des quadrupèdes n’est point soutenue sur l’épine par son propre poids, mais seulement par les muscles et les ligaments, et surtout par celui que l’on nomme cervical } qui vient des apophyses épineuses des vertèbres du dos et des lombes, pour s’attacher à 1 épine de 1 occiput et aux vertèbres du cou, et qui se compose ordinairement de deux lanières plus ou moins épaisses, réunies à leur bord interne d’un tissu jaune éminemment élastique, que nous retrouverons dans d’autres circonstances, mais toujours avec celte même couleur et cette même élasticité.

Comme l’homme n’a pas besoin de ce ligament dans sa position ordinaire, il y est si faible, que plusieurs anatomistes en ont nié l’existence.

Les quadrupèdes, au contraire , l’ont d’autant plus fort qu’ils ont la tête plus pesante ou le cou plus long.

Dans le cheval , il vient des apophyses épineuses de toutes les vertèbres du dos, excepté de la première, et de toutes celles des lombes, il se prolonge même jusqu’au sacrum, et il se porte par des lames larges à trois ou quatre des vertèbres du cou.

Dans la giraffe , il s’attache également au sacrum d’une part, et aux vertèbres du cou, à partir de la sixième, jusqu’à Taxis. Les carnivores l’ont un

peu moindre; mais c’est dans l’éléphant qu’il est le plus fort : il y entre dans un creux particulier de l’occiput.

[ Dans la taupe, on trouve sur la ligne médiane, entre le trapèze et le splénius, un petit os alongé qui donne attache à leurs fibres, et qu’on pourrait prendre pour un vestige ossifié du ligament cervical. ]

La face occipitale du crâne faisant dans les mammifères, par sa position, un angle beaucoup plus aigu avec sa calotte que dans l’homme, l’arcade occipitale y est plus vive et plus aiguë; elle forme des figures différentes selon les espèces. Les apophyses mastoïdes, gardant toujours la même inclinaison avec le plan du palais, diminuent par degrés l’angle qu'elles font avec la face occipitale, et finissent par être dans le même plan qu’elle.

Dans les singes, en général, les éminences mastoïdes sont presque effacées. Dans toutes les espèces qui ont le museau alongé et de fortes dents Lunaires, les arcades occipitales supérieures forment une crête saillante. Tels sont particulièrement le Txmyo, le bonnet chinois, le macaque, le magot, le cynocéphale, le p a pion et le mandrill.

La chauve-souris a la base du crâne comme courbée. Le grand trou occipital se trouve absolument en arrière : les apophyses transverses de la première vertèbre sont aplaties sur les côtés; les caisses de l’oreille, qui sont très grosses et comme soufflées, présentent une grande saillie à la base du crâne.

La base du crâne et l’occiput de la taupe n’ont aucune apophyse saillante.

Les ours , et en géréral les gros carnassiers, portent a la face postérieure de la tête des crêtes saillantes, et dans une direction presque perpendiculaiie au trou occipital; les apophyses transverses de l’atlas sont aussi très larges.

Le lion, le tigre, le loup, et le renard, ont la protubérance occipitale extrêmement saillante : leur tête est presque triangulaire en arrière.

Dans les rongeurs, la face, vu le petit nombre de leurs dents, est moins prolongée que dans les chiens; le crâne alongé, arrondi en dessus, plat en dessous dans certains genres, est aplati supérieurement et inférieurement dans d’aulres; l’articulation est en arrière, l’atlas est élargi dans ses apophyses Iransverses.

La tête du fourmilier est arrondie, et n’a aucune apophyse saillante, quoique la face soit conique et très prolongée.

Vcléphant a la tête tronquée presque verticalement en arrière, l’occiput est comme cubique, les condyles sont sur le bord postérieur. La protubérance occipitale externe est remplacée par un enfoncement considérable dans lequel est une crête longitudinale pour l’attache du ligament cervical.

Dans le cochon , lu tubérosité occipitale est

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