ARTICLE PREMIER. — FONCTIONS ORGANIQUES
marcher que dans le sens que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire du cœur vers les parties par les artères , et des parties au cœur par les veines.
C’est dans ce mouvement de rotation que consiste la circulation du sang, qui est, comme on le voit, une autre fonction d’un ordre secondaire propre aux animaux, et dont le cœur est 1 agent principal et le régulateur : mais cette fonction est moins nécessairement liée à la faculté de sentir et de mouvoir, que ne l’est la digestion ; car nous verrons que deux classes nombreuses d’animaux sont entièrement privées de circulation dans des vaisseaux clos, et se nourrissent à la manière des végétaux, par la simple imbibition d'un fluide qui baigne toutes leurs parties, quels que soient d’ailleurs les mouvements imprimés à ce fluide.
Dans ceux qui ont une circulation, le sang parait n’être qu’un véhicule qui reçoit continuellement, de la cavité alimentaire, de la surface extérieure du corps et des poumons, des substances diverses qu’il s’incorpore d’une manière intime, et par lesquelles il remplace celles qu’il fournit à toutes les parties pour leur conservation et pour leur accroissement. C’est lors de son passage aux dernières extrémités des artères, que le sang opère la véritable nutrition des parties; aussi changet-il, dans ce passage, de nature et de couleur, et ce n’est que parl’aceessiondes diverses substances que je viens d’indiquer, que le sang veineux redevient propre à la nutrition, ou, en un seul mot, redevient du sang artériel.
C’estpar desvaisseaux particuliersnommés 7yi/iphatiques, que le sang veineux reçoit la plupart des substances que la peau et le canal alimentaire lui fournissent; il reçoit aussi par eux le résidu même de la nutrition, et les molécules qui se détachent des différentes parties pour être transmises hors du corps par les différents couloirs; maislesveines elles-mêmesremplissenl aussi à quelques égards cet office, et qui plus est, elles paraissent en être chargées'seules dans ceux des animaux non vertébrés dans lesquels il existe une circulation; du moins, n’y a-t-on encore découvert rien qui ressemble à des vaisseaux lymphatiques.
Quant aux organes respiratoires, l’air qui y parvient exerce sur le sang veineux une action qui a de grands rapports avec la combustion, et dont il parait que tous les corps organisés ont besoin pour vivre ; car elle a lieu dans tous, quoique de manières fort différentes. Les végétaux et les animaux sans circulation respirent ( c’est le nom que porte cette action de l’air sur le fluide nourricier ) par toute leursurface, ou par des vaisseaux qui introduisent l’air dans les divers points de l’intérieur de leur corps. Il n’y a que les animaux à circulation véritable qui respirent par un organe particulier, parce que le sangvenant, chez eux, d’une source commune, qui est le cœur, et y
retournant sans cesse, les vaisseaux qui le contiennent ont pu être tellement disposés qu’il ne sa rendît eux autres parties, qu’après avoir passé par l’organe respiratoire ; ce qui ne pouvait avoir lieu dans ceux où ce fluide est répandu partout d’une manière uniforme, sans être contenu dans des vaisseaux.
Ainsi, la respiration pulmonaire ou branchiale est une fonction d’un troisième ordre, dont l’existence dépend de celle de la circulation, et qui est une suite éloignée des facultés qui caractérisent les animaux.
II n’est pas jusqu’à la génération, dont le mode, dans les animaux, ne soit dépendant de leurs facultés particulières, du moins pour ce qui concerne la fécondation des germes; car la faculté qu’ils ont de se mouvoir et de se porter l’un vers l’autre, de désirer et de sentir, a permis de leur accorder toutes les jouissances de l’amour : et quant à la partie purement mécanique, leur fluide spermatique a pu rester à nu, et être porté immédiatement surles germes ; tandisque les végétaux, qui n’ont par eux-mêmes aucun moyen de lancer ce fluide, il a fallu qu’il fût renfermé dans de petites capsules, susceptibles d’être transportées par les vents, et qui forment ce qu’on nomme la poussière des étamines. Ainsi, pendant que, pour la plupart des autres fonctions, les animaux ont reçu des appareils plus compliqués, à cause des facultés qui leur sont particulières, ccs mêmes facultés ont permis que celle-ci s’exerçât chez eux d’une manière plus simple que dans les végétaux.
Ces exemples montrent combien les sculesfacultés de sentir et de se mouvoir, que les animaux ont reçues de plus que les végélaux, ont l’influence sur les modifications de celles qui sont communes à ces deux sortes d’êtres. La comparaison que nous ferons dans la suite des divers ordres d’animaux, nous montrera de même que les modifications de chacune de leurs fonctions principales exercent une influence pareille sur toutes les autres, tant il y a de liaison entre toutes les parties d'un corps vivant quelconque, et, par conséquent, tant l’ensemble et l’harmonie y sont nécessaires.
Ainsi, l’on voit que les fonctions qui composent l’économie animale peuvent se rapporter à trois ordres. Il en est qui constituent les animaux ce qu’ils sont, qui les rendent propres à remplir le rôle que la nature leur a assigné dans l’arrangement général de l’univers, en un mol, qui seraient suffisantes pour les faire exister, si leur existence ne devait être que momentanée. Ce sont la faculté de sentir et celle de se mouvoir; celle-ci les met en état d’exécuter certaines actions, et 1 autre les détermine pour telle ou telle des actions dont ils sont capables. Chacun d’eux peut être considéré comme une machine partielle, coordonnée à tou-
PREMIÈRE LEÇON. — ÉCONOMIE ANIMALE
les les autres machines dont l’ensemble forme ce monde; les organes du mouvement en sont les rouages, les leviers, en un mot toutes les parties passives; mais le principe actif, le ressort qui donne l’impulsion à toutes les parties, réside uniquement dans la faculté sensitive, sans laquelle l’animal, plongé dans un sommeil continuel, serait réduit à un état purement végétatif : aussi la plante elle-même pourrait être appelée, comme l’a dit Buffon, un animal qui dort. Ces deux fonctions forment le premier ordre, et portent le nom de fondions animales.
Mais les machines animales ont de plus que celles que nous construisons, un principe intérieur d’entretien et de réparation : il consiste dans l’ensemble des fonctions qui servent à nourrir le corps, c’est-à-dire la digestion, l'absorption, la circulation, la respiration, la transpiration et les excrétions ; elles forment le second ordre, et portent le nom de fonctions vitales.
Enfin, la durée de chaque animal étant déterminée selon son espèce, la génération est une fonction d’un troisième ordre, destinée à faire remplacer les individus qui périssent par des individus nouveaux, et à maintenir l’existence de chaque espèce.
Après avoir considéré ces fonctions en ellesmêmes et dans leurs rapports réciproques, examinons les organes par lesquels elles s’exercent.
ARTICLE II
IDÉE GÉNÉRALE DES ORGANES DO CORPS ANIMAL , DE LEURS ÉLÉMENTS ET DE LEUR MANIERE d’.AGIU.
Aucune partie du corps animal n’est entièrement composée de molécules solides ; toutes donnent des fluides par l’expression, ou en perdent par l’exsiccation : aussi présentent-elles toutes un tissu plus ou moins spongieux, plus ou moins aréolaire, ou semblable à des mailles.
La division mécanique des solides conduit toujours, eu dernier résultat, à de petites lames, ou à des filaments, lesquels se résolvent à leur tour en globules qui en sont, en quelque sorte, les molécules élémentaires ; les derniers, les plus simples des animaux, semblent seuls ne consister qu’en une sorte de gelée remplie de globules plus opaques. Dans les animaux supérieurs, lorsque les petites lames sont écartées, et qu’elles interceptent des vides sensibles, elles forment ce qu’on nomme de la cellulosité. Non-seulement cette eellulosité enveloppe et pénètre les parties les plus denses, mais elle paraît presque toujours en former la base ; car les membranes ne consistent fondamentalement qu’en une cellulosité plus ser-
rée, dont les lames sont plus rapprochées et plus exactement couchées les unes sur les autres, et la macération les résouten une cellulosité ordinaire. Les vaisseaux ne sont que des membranes contournées en cylindres; et toutes les parties molles du corps, si on en excepte peut-être les fibres élémentaires et la matière médullaire, semblent être un assemblage de vaisseaux, et ne différer entre elles que par la nature des fluides que ces vaisseaux contiennent, par leur nombre, leur direction, leurs entrelacements et la consistance de leurs parois.
L’analyse chimique de ces substances, tant solides que fluides, nous y démontre en définitive un assez petit nombre de principes qui se trouvent presque tous dans chacune d’elles, quoique dans des proportions très-différentes. Quelques terres, quelques sels, le phosphore, le carbone, l’azote, l’hydrogène, l’oxigène, un peu de soufre, un peu île fer, combinés d’un grand nombre de manières, produisent divers composés, comme la gélatine, l’albumine, la fibrine, etc., qui sont les principes immédiats des solides et des fluides animaux tels que nous les connaissons; maistoutéloigués que nous sommes d’une analyse complète, puisque uousne pouvons pas reproduire ces principes immédiats, nous voyons assez, nonseulement que nous altérons ces composés par nos expériences, mais encore que plusieurs de leurs éléments échappent tout à fait à nos instruments. De plus il n’est pas même en notre pouvoir de faire prendre directement à ces substances les formes matérielles qu’elles présentent dans les organes qui en sont composés. Delà gélatine extraite par la chimie ne deviendra ni de la cellulosité ni de la fibre tendineuse ; de la fibrine ne deviendra pas de la fibre musculaire. 11 faut l’action organique non-seulement pour les produire, mais pour en mouler les particules comme elles le sont dans le corps : ce n'est que par une illusion, que l’on a cru pouvoir former de véritables fibres par l’action de la pile galvanique sur le sérum du sang.
La substance par le moyen de laquelle s’exerce la faculté de sentir, est la substance médullaire. Dans tous les animaux où nous pouvons la distinguer, c’est une matière molle, blanche, résoluble en globules; elle forme ou des masses ou des filets qui, partant de ces masses on y aboutissant, se distribuent au plus grand nombre des parties du corps et se lient entre eux de diverses manières, et forment souvent aux points de rencontre des nœuds et des réseaux. Ces filets sont les nerfs dans les animaux supérieurs : les masses portent les noms d’encéphale et de moelle épinière, les noeuds celui de ganglions, les réseaux celui de plexus.
Ee nerf touché immédiatement par un corps étranger, nous fait sentir de la douleur, quoique son contact avec les parties du corps qui lui sont
ARTICLE DEUXIÈME. — ST
naturellement contiguës, n’ait point d’effet sensible dans l’état de santé. Ceux des nerfs par lesquels nous avonsla sensation des objetsexlérieurs, sont pourvus à leurs extrémités d’organes disposés chacun d’une façon particulière, et qui sont toujours dans un rapport admirable avec la nature des objets que chacun de ces sens doit nous faire connaître.
L’agent direct du mouvement est la fibre charnue ou musculaire. Cette libre se contracte en sé plissant, en se fronçant par l'empire de la volonté; mais la volonté n’exerce ce pouvoir que par l’intermède du nerf. Il n’est aucune fibre charnue qui ne reçoive un filet nerveux, et l’obéissance de la fibre cesse lorsque la communication de ce filet avec le reste du système nerveux est interrompue. Certains agents extérieurs, immédiatement appliqués sur la fibre, la font aussi se contracter, et ils conservent leur action sur elle-même après la section de son nerf, ou sa séparation totale du corps, pendant un temps plus ou moins long, selon les espèces d’animaux. Cette faculté de la fibre est ce que l’on nomme son irritabilité. Dépend-elle encore, après la séparation, de la portion nerveuse qui est demeurée dans la fibre et qui eu fait toujours partie essentielle? ou bien l’action de la volonté elle-même n’est-elle qu’un cas particulier et l’effet d’une action irritante du nerf sur la faculté inhérente à la fibre? Cette dernière opinion est celle de Haller et de son école ; mais chaque jour semble ajouter à la vraisemblance de l’opinion opposée.
Ce qui paraît certain, d’après les expériences récentes, c’est que les nerfs ont une portion qui transmet les ordres de la volonté, et qui, dans les animaux supérieurs, n’a pas la même origine que celle qui donne les sensations; il y a aussi des nerfs purement sensitifs que se rendent à des fibres irritables, mais non volontaires. Toutes les parties intérieures du corps soumises ou non à la volonté, qui doivent produire quelque compression sur les substances qu’elles contiennent, ont leurs parois garnies de fibres charnues, et reçoivent des filets nerveux; tels sont les intestins, le cœur, le diaphragme, etc. Beaucoup de phénomènes nous font croire que les fibres et leurs nerfs existent jusque d'ans le tissu de plusieurs vaisseaux. Néanmoins le principal usage des fibres charnues, c’est d’entrer dans la composition des muscles : on nomme ainsi des faisceaux de ces fibres dont une extrémité au moins est attachée à une partie mobile du corps animal; lorsque les fibres qui composent le musclese raccourcissent, les deux points auxquels il s’insère se rapprochent, et c’est par ce seul moyeu que sont produits tous les mouvements extérieurs du corps et des membres, même ceux qui sont nécessaires pour transporter le corps, en totalité, d’un lieu à un autre.
:ructure des organes. s-j
Plusieurs animaux n’ont leurs muscles attachés qu’à divers points de leur peau, à laquelle ils impriment par ce moyen les dilatations et les contractions alternatives, seuls mouvements qu’ils puissent employer pour la locomotion. Mais ceux qui se meuvent par des pas, des sauts, des chocs ou des inflexions prononcées, ont leurs muscles attachés à des parties dures, soit.intérieures, soit extérieures, qui leur servent comme de leviers, et qui prennent les unes sur les autres des points d’appui que l’on appelle leurs articulations.
Le principal mystère de l’économie animale consiste donc dans l’agent caché qui transmet à la fibre l’excitation nerveuse, et qui est probablement le même qui, dans une autre direction, transmet aux centres nerveux les impressions extérieures : c’est de cette action et de cette réaction que tout dépend dans la machine animale, locomotion, digestion, circulation, les sécrétions mêmes n’en sont pas exemples; mais quel est cet agent? comment se modifie-t-il dans ces diverses actions? comment modifie-t-il la fibre sur laquelle il agit? Voilà ce qui est encore enseveli dans les plus profondes ténèbres. Quoique les dernières découvertes sur l’électricité nous aient fait connaître un autre agent, également impondérable, qui se manifeste par le seul contact de corps hétérogènes et qui produit les effets physiques et chimiques les plus puissants : ce n’est là qu’une analogie, qu’un indice d’une partie des propriétés que l’agent nerveux pourrait avoir; mais il est évident aussi que ce dernier, non-seulement n’a pas toutes les propriétés de l’autre, mais qu’il en a de fort différentes.
Les parties dures, connues sous le nom d’os et qui n’appartiennent qu’aux auimaurf supérieurs, sont recouvertes par les muscles: leur ensemble se nomme squelette; mais, dans les autres animaux, ce sont les parties dures qui recouvrent les muscles, et elles prennent les noms de test, de coquille ou d 'écaille, selon leur plus ou moins de consistance. Dansles deux cas, elles renferment toujours les viscères et elles détcrminentla forme générale du corps et les proportions de ses diverses parties.
Les faces par lesquelles les parties dures, mobiles, s’articulent les unes sur les autres, ont des saillies ou des creux qui déterminent l’étendue et la direction des mouvement s dont elles sont susceptibles, et elles sont pourvues d’autant de muscles qu’il est nécessaire pour ces différents mouvemens: chacun de ces muscles entraînant, l’os auquel il s’attache dans sa propre direction, ils peuvent être considérés comme les puissances motrices; leur force, le point de leur insertion, la longueur et le poids des parties attachées au levier qu’ils doivent mouvoir, déterminent la force, la vitesse et la duréedu mouvement qu’ils peuvent produire.
De ces diverses circonstances dépendent la force du saut, l’étendue du vol, la rapidité de la course, l’adresse pour la préhension, qui ont clé attribuées aux différentes espèces d’animaux. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, tout cet appareil resterait immobile s’il n’était animé par le système nerveux, qui, lui-même, dans tout ce qu’il a de volontaire, n’est mis enjeu qu’à la suite des sensations.
La substance blanche et molle qui fait l’essence de ce système, est distribuée en filets qui se rapprochent les uns des autres pour s’unir en faisceaux, qui deviennent toujours plus composés jusqu’à leur union, soit à un axe commun qui porte le nom de moelle épinière, et dont l’extrémité antérieure aboutit au cerveau, c’est-à-dire à une masse médullaire plus ou moins volumineuse et diversement figurée, selon les espèces : soit à divers renflements qui eux-mêmes ont constamment une communication , plus ou moins directe, avec un renflement principal qui tient lieu de cerveau.
Les animaux supérieurs ne s’aperçoivent de l'action des corps extérieurs sur le leur, qu’autant que les nerfs qui en sont affectés communiquent librement avec la moelle épinière, et par elle avec le cerveau, ou bien que leur communication avec le cerveau est immédiate. Une ligature ou une rupture, en interceptant la communication physique, détruisent aussi la sensation; la compression, la destruction du cerveau lui-même produit le même effet, mais à un degré différent, selon les classes. Quant aux animaux inférieurs, celte communication parait y devenir de moins en moins nécessaire, et il en est dont les tronçons mêmes semblent avoir quelque chose de très-semblable à des sensations et à des volontés.
Le seul sens qui appartienne généralement à tous les animaux, et qui s’exerce dans toute la surface du corps de chacun d’eux, c’est le toucher. Il réside dans les extrémités des nerfs qui se distribuent à la peau, et il nous fait connaître la résistance des corps et leur température. Les autres sens semblent n’en être que des modifications plus exaltées, et susceptibles de percevoir des impressions plus délicates. Tout le monde sait que ces sens sont la vue, qui réside dans l’œil ; l'ouïe, qui réside dans l’oreille; l'odorat, qui réside dans les membranes du nez, et le goût, dont, le siège est sur les téguments delà langue et du gosier : ils sont presque toujours situés à la même partie du corps qui contient le cerveau, et que nous appelons la tète ou le chef.
La lumière, les vibrations de l’air, les émanations volatiles, flottantes dans l’atmosphère, et les parties salincsou dissolubles dans l’eau et dans la salive, sont les substances qui agissent silices quatre sens; et les organes cpii en transmettent l’action aux nerfs sont appropriés à la
ÉCONOMIE ANIMALE
nature de chacune d’elles. L’œil présente à la lumière des lentilles transparentes qui en brisent les rayons et les concentrent sur la rétine; l’oreille offre à l’air des membranes et des fluides qui en reçoivent les ébranlements; le nez aspire l’air qui doit aller aux poumons, ou est frappé par l’eau dans laquelle l’animal nage, et saisit au passage les vapeurs odorantes que les fluides contiennent; enfin, la langue est garnie de papilles spongieuses qui s’imbibent des liqueurs savoureuses qu’elle doit goûter.
C’est par ces moyens que nous avons le sentiment des choses qui se passent autour de nous. Mais le système nerveux nous procure aussi celui d’un grand nombre de phénomènes qui se passent en nous; et indépendamment des douleurs internes qui nous avertissent de quelque désordre dans notre organisation, et de l’état désagréable où nous mettent la faim, la soif et la fatigue ; c’est par lui que nous ressentons les angoisses de la crainte, les émotions de la pitié, les désirs de l’amour. Ces dernières sortes de sensation semblent être les effets de la réaction immédiate du système nerveux sur lui-même sans l’intervention de la volonté; elle ne parait entrer pour rien dans le transport où nous met la présence de l’objet aimé, ni dans les larmes que nous arrache l’aspect de la vertu malheureuse : la volonté n’a d’autre pouvoir sur les passions qued’en distraire. Ces effets du système nerveux tiennent aux communications nombreuses que des nerfs particuliers, nommés sympathiques, établissent dans les animaux supérieurs entre divers rameaux du tronc général, et par le moyen desquels les impressions se transmettent plus rapidement que par le cerveau : mais dans les animaux inférieurs les diverses fonctions du système sont plus confondues.
La faculté même de sentir, et celle de se contracter, qui, dans la plupart des animaux, sont exclusivement propres, l’une à la substance nerveuse et l’autre à la fibre charnue, paraissent être confondues cl répandues également dans toutes les parties de certains animaux gélatineux, les derniers de tous quant à la complication de leur organisme, et dans lcsquelson n’aperçoit ni fibres ni nerfs distincts .
C’est par le moyen de ces deux facultés que les animaux sentent, désirent et se procurent leurs besoins. Le plus irrésistible de tous est celui de la faim, qui rappelle sans cesse à l’animal la nécessité de travailler constamment à accroître son corps ou à en renouveler la substance en soumettant d’abord à la digestion les matières étra ngères qui doivent fournir à cet accroissement et à ce renouvellement.
Cette troisième fonction, la première de celles que nous appelons vitales, commence dans la bouche où les aliments sont pris, et dans beaucoup