‹ Leçons d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 16 sur 174 · DK LA FIBRE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

DK LA FIBRE MUSCULAIRE

Une portion quelconque de muscle présente, uu premier coup d’oeil, des filaments tantôt rouges, tantôt blancs, selon l’espèce d’animal dont elle vient, qui sont rangés aux côtés les uns des autres, et semblent former des faisceaux minces, ou plutôt des filaments plus gros, qui eux-mêmes constituent le muscle par leur réunion. On voit quelques intervalles entre les faisceaux : dans les animaux à sang rouge et les mollusques, ces intervalles sont remplis par une celiulosilé plus fine que celle qui sépare les muscles, et moins serrée que celle qui forme leurs enveloppes. Les filaments qui composent chaque faisceau sont unis par une celiulosilé encore plus fine que toutes les autres; et lorsqu’on examine un de ces filaments au microscope, on voit qu’il se divise encore en filaments plus petits, quoique semblables et réunis de la même manière. Cette division se continue aussi loin que nous pouvons la suivre, et nos instruments ne nous en montrent point le terme.

Les derniers de ces filaments, ou les fibres les plus déliées que nous puissons apercevoir, ne paraissent point creuses : on ne voit nullement qu’elles contiennent une cavité, et il Semble qu’on peut les regarder comme les réunions lesplus simples des molécules essentielles de la substance charnue.

En effet, elles se forment, on pourrait même dire se cristallisent à vue d’œil, lorsque le sang se fige; car lorsqu’un muscle a été débarrassé, par l’ébullition et la macération du sang, des autres humeurs, et en général, de toutes les substances étrangères à la fibre qu’il pouvait contenir, il présente un tissu filamenteux, blanc, insoluble même dans l’eau bouillante, et ressemblant, par toutes ses propriétés chimiques, à la substance qui reste dans le caillot du sang, après qu’on en a enlevé la partie colorante par le lavage. Cette matière a surtout , par l’abondance d’azote qui entre dans sa composition, un caractère d’animalité peut-être plus marqué que les autres substances animales. Les élémenlsdela substance fibreuse paraissent donc tellement rapprochés dans lesang qu’il suffit d’un peu de repos pour qu’ils se coagulent, et les muscles sont sans doute, dans l’état de vie, les seuls organes capables de séparer cette matière de la masse du sang, et de se l'approprier.

Ce n’est pas seulement le sang rouge qui contient de la fibrine (les chimistes ont donné ce nom à la substance qui nous occupe) :1c fluide blanc qui tient lieu de sang à tant d’animaux en contient egalement, mais elle ne s’y prend pas en

caillot, et scs filaments nagent seulement dans le sérum *.

Comme les substances dont se forme lesang ne contiennent, au moins dans les animaux qui se nourrissent d’herbes, rien qui ressemble à cette matière fibreuse, et que, même dans ceux qui vivent de chair, elle parait se décomposer par l’acte de la digestion, et n’est plus manifestement contenue ni dans leur chyle ni dans leur lymphe, on peut croire que c’est par la respiration que la composition du sang se trouve altérée, de manière à le rendre propre à engendrer cette substance. Cette idée s’appuie sur la nature des opérations chimiques qui constituent l’acte de la respiration, et sur l’effet de cette fonction dans le système organique. Eu effet, la respiration, enlevant surtout au sang de l’hydrogène et du carbone, elle y augmente la proportion de l’azote; et, comme on sait que c’est elle qui entretient l’irritabilité musculaire, il est naturel dépenser qu’elle le fait en augmentant lu quantité de la substance dans laquelle seule cette irritabilité réside.

Mais quoiqu’il n’y ait point d’irritabilité sans fibrine, celte propriété ne se manifeste point dans la fibrine pure, isolée el hors de l’agrégation organique; elle ne la conserve quedansl’étatdevie, et tant que subsistent ses connexions naturelles avec les nerfs et les vaisseaux, ou du moins avec leurs dernières branches. En effet, il n’est point de chair distinctement telle, qui ne soit pénétrée dans tous les sens par des filets nerveux; et quoiqu’on ne puisse suivre ces filets jusqu’aux endroits où ils se distribuent à chaque fibre en particulier, la sensibilité de toutes les portions, même les plus exiguës, delà substance musculaire, ne permet pas de douter que cette distribution n’ait lieu. Les animaux qui n’ont point de nerfs distincts et séparés n’ont point non plus de fibres charnues visibles, et, comme nous l’avons déjà vu, l’irritabilité et la sensibilité ne paraissent point exclusivement attribuées chez eux à des systèmes particuliers d’organes. L’existence des vaisseaux et celle de la cellulosité ne sont ni aussi nécessaires ni aussi générales; car les muscles des insectes, quoique très distincts et très puissants, ne contiennent ni les uns ni les autres. Les fibres qui composent ces muscles sont simplement contiguës et parallèles, sans être adhérentes; et comme elles ne sont fixées que par leurs extrémités, si on coupe

* Cette observation n’ayant point encore etc publiée par son auteur, je dois dire qu’elle appartient au citoyen Hombert, du Havre, chimiste très ingénieux, qui s’occupe avec succès de la chimie animale comparée.

Il parait que RI. Hombert n’a jamais publié les recherches dont parle ici RI. Cuvier. L.

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