‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 2)Chapitre 130 sur 141 · C. Dans la classe des Reptiles · texte numérisé non relu

C. Dans la classe des Reptiles

Il est singulier que l'existence d'une vessie urinaire soit très-variable parmi les Reptiles. Les Chéloniens et les Batraciens en ont une; les Ophidiens en manquent ; il en est de même d'une partie des genres de Sauriens ; tandis que d'autres genres en sont pourvus.

î. [Dans les Chéloniens , les dimensions et la forme de la vessie urinaire varient beaucoup, suivant les familles, les genres et même les espèces.

Une circonstance remarquable, déjà observée par Perrault (2), est celle de sa capacité, qui est beaucoup plus considérable dans les tortues de terre que dans les

(l) Traite èlèmcnlairc d'Anaiomie Comparée , t. n, p. 288; Paris, 1835, M. Geoffroy admet, au contraire, que l'intestin rectum débouche, chez les Oiseaux, dans leur vessie urinaire. •Philosophie Anat. , t. n ; Paris, 1822.

(2j Mémoires de V Académie dus Sciences, t. ht, partie n; auatoinie de la Toi tue des Indes.

ÀBT. III. VESSIE UKINAIKE DES VERTÉBRÉS. 597

tortues de mer. Elle a un volume intermédiaire entre les unes et les autres, chez les tortues d'eau douce.

Je l'ai trouvée, dans la chëloné caret, oblongue , à parois épaisses, contractées, ayant en longueur trois fois son diamètre transversal; celui-ci n'excédait tout au plus qu'une fois celui du rectum , qui était proportionnèrent petit. Au contraire, dans la tortue bordée, la vessie urinaire peut s'avancer lorsqu'elle est pleine, jusque derrière le cœur et le dépasser sur les côtés (1).

Cette différence dans la capacité de ce réservoir, si grande dans les tortues de terre ^ qui n'ont pas d'eau à pomper autour d'elles; tandis que cette même vessie a beaucoup moins de capacité dans les tortues de mer, qui pourraient y attirer l'eau dans laquelle elles vivent, à la manière des larves de Demoiselles, n'est pas favorable à l'idée que le liquide contenu dans cette vessie serait de l'eau aérée et respirable, plutôt que le produit de la sécrétion des reins.

Les analyses de ce liquide, que nous avons fait connaître, démontrent, par la présence de l'urée ou de l'acide urique, à la vérité, dans de faibles proportions, qu'il a les qualités essentielles de l'urine.

La forme de la vessie urinaire des Chéîoniens est très-variable. Elle est oblongue dans le caret ; pyriforme, à fond très-large, dans Yèmyde concentrique ; les ckèlydres serpentine et/acertine, Schweig : en cœur dans Yèmyde d'Europe et plusieurs tortues proprement dites; transversale dans la tortue de Perrault > qui compare sa

(l) Voir dans la nouvelle édition du Règne anima! de M. Cuvier , la pi. 2 des Reptiles , exécutée sous mes veux.

598 XXXI* LEÇON, ee l'urine et des organes urinaires.

forme à celle de l'allantoïde de certains mammifères; profondément bilobée dans Yemys ornât a ; dételle sorte qu'elle simule deux vessies. Il arrive même dans le cas de vessies urinaires bilobées, que les deux lobes ne sont pas toujours symétriques, et que l'un des deux est resté très-petit ; ces dernières différences se montrent, selon l'observation de M. Lesueur, dans des individus de la même espèce. J'ai remarqué, dans ce cas, que le petit lobe avait, en même temps, les parois plus minces et moins musculeuses.

Cependant les vessies urinaires des tortues terrestres, qui sont extrêmement vastes, paraissent avoir généralement des parois très-minces et très-peu musculeuses.

Un urètbre extrêmement court s'ouvre dans la paroi inférieure du cloaque dont la cavité présente de chaque côté deux bourrelets en avant l'un de l'autre ; l'antérieur est percé de l'orifice du déférent ou de l'oviducte , et le postérieur est traversé par l'uretère. ]

a. [Vessies anales accessoires. JNous croyons devoir faire connaître, à la suite de cette description de la vessie urinaire, deux vessies symétriques déjà indiquées par Perrault (1), et figurées par Bojanus, dans Yémyde d'Europe (2), mais sur lesquelles mon ami M. Lesueur vient de donner des renseignements précieux (5). Ces vessies, qui sont très-considérables, et dont la capacité excède celle de la vessie urinaire , n'existent ni dans les tortues de terre, ni dans les tortues de mer ; elles manquent aussi dans les trionyx. Douze espèces dV-

(1) Mcm. de l'Acad. des Se. , t. m, troisième partie, p. 183. — (2) Op. cit., pi. xxvii, fig. 156 et 157. — (3) Compte rendu des séances de C Académie des Sciences , séance du 7 octobre 1839, p. /j56.

mydes que M. Lesueur a eu l'occasion d'observer dans l'Amérique Septentrionale, en étaient pourvues. Il les a encore trouvées dans deux espèces de chéfydres, les serpentine et lacertine de Schweiger.

Ces vessies lombaires ou auxiliaires , c'est ainsi que les désigne M. Lesueur, ont été comparées aux vessies anales de beaucoup de mammifères carnassiers. Cette comparaison est soutenable pour la forme et la position , et peut-être relativement au plan de composition générale de tout l'organisme ; mais elle n'est plus exacte si l'on entre dans les détails de leur structure et de leurs usages. Ce ne sont nullement des organes à parois glanduleuses, interceptant un réservoir de l'humeur sécrétée.

Dans les Chèloniens que nous venons d'indiquer, les vessies accessoires ont une grande capacité qui excède ordinairement, pour chacune d'elles, celle de la vessie urinaire. Leur forme est ovale ou cylindrique , et leur position est telle qu'elles doivent être comprimées par les muscles du bas-ventre. Les muscles transverses les entourent immédiatement, comme une ceinture, soit de leurs fibres musculaires, sur les côtés extérieurs, soit de l'aponévrose médiane, qui réunit ces deux muscles par leur bord interne et inférieur, et qui recouvre la face inférieure de ces vessies.

Elles peuvent encore être comprimées par les extrémités postérieures, lorsque l'animal retire ces extrémités dans sa carapace. M. Lesueur a expérimenté, qu'en insufflant de l'air chez ranimai vivant , par le cloaque , il gonflait tellement ces vessies, qu'elles obligeaient l'animal de sortir de sa carapace ces mêmes extrémités et de les déployer au dehors.

600 XXXIe LEÇON, DE t DRÏNE ET DÈS ORGANES URÏN AIRES.

J'ai trouvé que les parois de ces vessies sont extrêmement minces et formées de deux membranes seulement, Tune externe, péritonéale, sur laquelle se montrent un grand nombre de vaisseaux sanguins, y dessinant un réseau admirable, extrêmement fin. L'autre est une membrane muqueuse. Je n'ai pu découvrir entre les deux aucune fibre musculaire.

Les vessies auxiliaires s'ouvrent dans le cloaaue, chacune par un large orifice , dans lequel on passe facilement le doigt, chez des êmydes de médiocre grandeur ; ces orifices sont percés de chaque côté , mais au-delà de ceux de l'uretère et de celui du rectum.

L'animal remplit ces vessies d'eau ( 1 ) , peut-être aussi d'air, et paraît devoir s'en servir pour diminuer la pesanteur spécifique de son corps. Cette explication fait comprendre pourquoi elles manquent aux tortues de tert*e, qui ne vont pas à l'eau , et aux tortues de mer, dont le corps plus large, plus aplati, et dont les extrémités eji forme de rames, pouvaient les dispenser de ce moyen auxiliaire de natation ; d'autant mieux que la pesanteur spécifique de l'eau de mer est plus grande que celle de rivière.

On comprend encore, par les mêmes motifs, pourquoi les trlonyx en sont privées. Leurs extrémités forment des rames plus puissantes que celles des êmydes , et leur corps est plus large et plus aplati.

La clstudc commune de l'Amérique Septentrionale ou la cisiude de la Caroline, Dumér. et Bib., a, suivant

(4) Vêmyctc d'Europe, que lomison a mise dans de l'eau colorée, puis dans de l'eau limpide, et qu'il a vue rendre dans celle-ci l'eau colorée par le c!oa(iue,avait sans doule absorbé cette eau dans ses vessies accessoires.

M. Lesueur, de très-petites vessies accessoires; ce qui semble annoncer que ses mœurs sont intermédiaires entre celles des tortues de terre et celles des émydes. ]

2. Dans l'ordre des Sauriens, nous allons indiquer, en suivant la série des familles, les genres où l'existence de la vessie urinaire a été constatée, et ceux où elle manque.

Les Crocodiliens n'en ont point; les uretères n'éprouvent pas même de dilatation avant de se terminer dans le cloaque. Cependant, outre l'urine concrète que ces animaux produisent au dehors, j'ai vu une eau blanche assez abondante que venait de rendre un jeune caïman.

Dans la seconde famille, celle des Lacertiens, on trouve chez les monitors une vessie urinaire très-prononcée; il y en a une petite globuleuse avec un long col chez les lézards proprement dits; tandis que je n'en ai pas trouvé dans les sauve-gardes.

Parmi les Iguaniens , les ste liions 9 les dragons, les iguanes, les marbrés ont une vessie urinaire ; les agames en manquent.

On en trouve une dans les familles de Geckos et des Caméléons- et des Scincoïdiens ( le tètradactyle , Décrès?).

Lorsqu'elle existe, c'est toujours une poche simple, oblongue, à parois minces, et très-peu musculeuses dont la capacité proportionnelle est variable, et qui s'ouvre dans le cloaque (1). ]

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