C. Dans les Animaux Articulés
Il faut encore séparer, dans nos considérations sur le mouvement du sang et ses agents , comme dans celles de ses réservoirs, les trois classes des Articulés à pieds articulés, de la classe des Annelides,
Dans les trois premières classes, le système capillaire intermédiaire du corps , celui qui existe entre les ramuscules de l'arbre nutritif et l'origine de l'arbre
(1) Mémoire cité de MM, Prévost et Dumas.
5iO APIPENDICE.
respirateur, manque; et cette lacune peut s'étendre successivement à tout l'arbre dépurateur, et à toutes les branches de l'arbre nutritif dont il ne subsiste que la partie centrale. Cependant le fluide nourricier se meut dans ces lacunes en formant des courants qui paraissent avoir une direction constante , et dont la cause impulsive ou attractive tient sans doute : i** aux parois des grandes lacunes qui les renferment ; 2* aux particules de ce fluide qui sortent de sa masse pour la nutrition , ou que ralimentation y verse ; S'* à l'attraction et à l'impulsion du cœur, ou du vaisseau dorsal; 4** à des causes enfin qui dépendent d'agents physiques agissant sur les globules du sang, et dont nous ne pouvons encore déterminer la nature.
Ici le jeu de l'organisme, et la continuation de l'existence, ne paraissent pas liés d'une manière aussi intime avec la proportion et le mouvement du fluide nourricier. Du moins lorsque la dépuration de ce fluide , lorsque son animation, si je puis m'exprimer ainsi, par le fluide ambiant, peut avoir lieu, comme dans les Insectes , dans toutes les parties du corps, au moyen des trachées ; le mouvement du sang n'est plus nécessaire pour ce but essentiel. Il n'existe que pour le mélange des molécules nouvelles aux molécules anciennes, et pour la nutrition. Aussi ce mouvement est-il assez irrégulier et intermittent. On peut en juger par les pulsations du vaisseau dorsal , qui en est l'agent principal , lesquelles ne sont ni continues, ni régulières (p. 44i), à toutes les époques de la vie de l'insecte (i).
(1) cette irrégularité avait été observée par MalplghU M. Hérold (Recherches physiotogûjtm sur le vaisseau dorsal des Inseotes» Marbu^g, 4823) a compté
APPENDICE. 54i
Cette circulation du fluide nourricier, constatée dans un assez grand nombre d'insectes, se compose, en grande partie , de courants qui se manifestent dans la grande cavité viscérale des larves , ou dans Tabdomen des insectes parfaits.
Ainsi que nous Tavons dit (p. 44^), le sang versé dans la tête par Textrémité de l'aorte , continuation du vaisseau dorsal, en revient de chaque côté, en formant deux courants réguliers d'avant en arrière ; il se répand dans les canaux que renferment les nervures des ailes, et reprend ensuite son chemin d'arrière en avant dans les deux courants latéraux du thorax et de l'abdomen. Il en est de même de celui qui pénètre dans les pattes et qui en revient ; on voit encore confluer dans ces mêmes courants abdominaux , le sang qui a parcouru les fdets qui terminent dans quelques cas les derniers anneaux du ventre. Ces deux courants finissent par aboutir à l'extrémité postérieure du vaisseau dorsal , et s'introduisent par les ouvertures latérales qui y sont percées. Les contractions de ce vaisseau et ses valvules le font avancer de nouveau de l'extrémité postérieure du corps jusque dans la tête.
Ces contractions (i) ont lieu successivement dans chaque chambre du vaisseau dorsal , qui verse dans la
SO-AO pulsations par minute , sous l'influence d'une température de 16-20» R. Dans le ver à soie, il n'y en avait plus que de 6-8 , sous une température de 10"-12o.
(1) Elles sont tellement fortes dans la larve de corethra plumicomis^ que les parois internes du vaisseau dorsal doivent se toucher. Il y a huit chambres dans ce vaisseau. La dernière semble avoir son ouverture en arrière, à l'extrémité du cœur ; les autres sur les côtés , près de la jonction des chambres. ( M. R. f^aglier, Méjjxoire sur les globules du sang, etc. Archives de J. Millier pour 1835, p. 312, et pi. V, f. 14 et 15.)
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suivante le fluide qu'elle contenait ; elles se succèdent régulièrement et avec rapidité d'arrière en avant , de manière à donner à tout le vaisseau l'apparence d'un mouvement ondulatoire. Les valvules qui sont à l'entrée de leurs ouvertures latérales , empêchent le sang qui a pénétré dans chaque chambre de refluer dans l'abdomen. Celles qui séparent la chambre précédente de la suivante arrêtent le mouvement du sang en arrière ; ce fluide est ainsi forcé de se diriger en avant (i).
Le mouvement du fluide nourricier des Insectes^ d^^ns, des courants réguliers , qui ne sont nullement circon-* scrits par des parois vasculaires, est donc un fait bien constaté. Sans doute ce mouvement , ce transport du sang d'une partie de l'organisme dans l'autre , n'était pas nécessaire pour son oxigénatiouj ainsi que l'avait pensé M. Guvier; l'air atmosphérique pénétrant par tout le corps au moyen des trachées.
Aussi ne paraît-il ni aussi constant, ni aussi général que s'il avait eu pour cause cette première nécessité de l'excitation vitale.
Mais il devait servir à opérer un mélange plus com-^ plet des molécules nouvelles avec les molécules anciennes et à leur élaboration ; il était encore nécessaire pour faire rentrer dans la circulation ou dans la masse du fluide nourricier en usage, et pour élaborer les molécules du corps graisseux, ou du fluide nourricier en réserve.
(1) L'existeuce de ces valvules et l'observation des contractions successives des chambres du vaisseau dorsal , jointe à celle des courants du fluide nourricier, démontrent indubitablement que ce vaisseau a l'emploi d'un cœur, et lève les difficultés que M. Marcel de Serres trouvait u lui attribuer cet usage iSur ks usages (tu vamçau dorsal, Mm, du Mmmn, t, ly, p, 183).
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De même que dans les plantes, la sève ascendante se charge de la fécule qu'elle rencontre dans son mouvement d'ascension.
Les Jnnelides, ainsi que nous l'avons dit, ont un système vasculaire complet, dans lequel le mouvement particulier du fluide nourricier, pour sa dépuration par la respiration, est plus ou moins subordonné à son mouvement général pour la nutrition.
La plupart des animaux de cette classe nous offrent d'ailleurs la preuve, ainsi que Ta remarqué depuis longtemps M. CuviEU , que le mouvement circulatoire du sang est possible uniquement par la contractilité des vaisseaux, et sans le secours d'un cœur ou d'un agent particulier de ce mouvemeùt, bien distinct par sa structure et par sa forme, des principaux troncs vasculaires.
Kous avons vu dans les classes des articulés , à pieds articulés, que les squilles, les /iww/^s,etc., parmi les crustacés, les Arachnides et les Insectes j ont un cœur plus ou moins allongé et même en forme de tube ou de vaisseau. Cette organisation montre qu'une forme ramassée n'est pas nécessaire pour caractériser un cœur, et que la partie essentielle de la structure de cet agent d'impulsion du fluide nourricier, est celle qui donne à ses parois la faculté contractile.
Cette faculté a été observée dans des parties trèsdifférentes du système vasculaire à^?> A nneiide s, suiy^nt les ordres, les familles, ou même les genres.
Dans les térébelles^ parmi les Tubicoles, c'est un gros tronc médian-dorsal qui règne le long du pharynx, et qui montre des contracti ons irréguUères ; elles ont pour effet de chasser le sang d^ans les branchies paï les pria-
cipales branches latérales de ce vaisseau, et dans une branche médiane qui se divise dans les lèvres (i).
Les branchies, par leurs contractions et leurs dilatations alternatives , comme la cavité thoracique dans les animaux supérieurs , mais plus directement , deviennent aussi des organes d'impulsion du sang, en le chassant de leurs vaisseaux efférents dans leur tronc abdominal; mais aussi en le refoulant dans leurs vaisseaux afférents et leur tronc dorsal.
Dans les Hermelles, ce dernier moyen d'impulsion et de mélange du sang n'existe pas (i); ce sont uniquement les troncs longitudinaux médians qui, par leurs contractions, produisent la circulation du sang.
Parmi les Dorsibranc/ies ^ M. Cuvier avait observé depuis long-temps, dans V Arénicole , une double poche contractile, origine et aboutissant, tout à la fois, des principaux troncs vasculaires.
Il avait de même exprimé que les branchies se resserrent et se déploient alternativement , se colorent par le sang qui s'y rend , et se décolorent dans leur affaissement (leur contraction) , lorsque ce sang en est expulsé ; ce qui doit produire un flux et reflux dans leurs vaisseaux afférents et eôerents.
Dans VEunice sanguine il y a, comme dans les Térébelles , un gros tronc contractile sus-pharyngien ; mais l'action impulsive du sang vient encore des branches latérales qui se détachent successivement du tronc médian-abdominal ; et comme un des rameaux de ces branches contractiles appartient aux branchies , on
(1) Cuvier, art. AmphltrlU ùaDld. des Se. Naf., t. 2, p. 81, et Milne-Edwards, circuUUJon desAnnélldes, Annales des Se Nat,^ t. x, p.200.— (2j Ibid,, p. 208.
peut dire qu'elles font, en partie, les fonctions de cœurs pulmonaires. On peut eu compter plusieurs centaines (1).
Dans la Néréide messagère^ les mêmes branches latérales qui proviennent du tronc médian-abdominal, et qui ont de même pour fonctions de distribuer le sang à la peau , aux branchies , aux pieds , etc. , ont aussi des pulsations marquées, sans présenter cependant de rendement bulbiforme.
On voit d'ailleurs à travers des parties transparentes et incolores du corps de cet Annei'ide^ le sang d'un rouge vermeil dessiner admirablement les vaisseaux ; leur tronc dorsal médian longitudinal se contracte par ondulations successives et régulières qui dirigent le fluide nourricier d'arrière en avant (2).
C'est généralement la marche observée dans la circulation périphérique du sang des animaux de cette classe. Le principal torrent de ce fluide se meut dans le tronc dorsal d'arrière en avant ^ et d'avant en arrière dans le tronc abdominal.
Go courant principal a donc une direction longitudinale ; mais les branches des troncs longitudinaux qui le renferment, s'en détachant à angle droit, dans une direction transversale, le sang y forme un nombre de cercles secondaires, ayant la même direction transversale, qui correspondent aux anneaux du corps.
Nous venons de voir que la première cause de ce
(1) Ibid., p. 207. — (2) Recherches pour servir à la physiolofi'ie comparée du san^', par T.. PTagner. Lélpsig, 18o3, p. 53 et siûv. Et M. de Bluinville, article Fers ihi Bill, des Se. iYfl^, t. Lvn, p. i06.
mouvement est la contractilité fies prineipaux trônes, celle des renflements placés dans leur trajet, ou dans leurs branches latérales, et même la conlractilité de celles-ci.
La position de ces principaux vaisseaux sous le derme, ou sur le canal alimentaire, fait encore que Faction des muscles sous-cutanés, ou les mouvements du canal alimeiitaire , dpiyent beaucoup contribuer, comme cause externe , au mouvement du sang,
D, Dans les Zoophytes,
Le mouvement du fluide nourricier , dans ses réservoirs , n'a d'agent particulier , indépendant des contractions de l'animal ou de ses parties , que dans les Echiîiodermes.
Dans les autres classes, ces réservoirs ne sont guères que des lacunes ou des canaux adhérents au parenchyme qui constitue la masse générale. Les vaisseaux, quand ils existent , paraissent adhérer de même à ce parenchyme, et n'ont point d'organe d'impulsion. Il en résulte que les mouvements du fluide nourricier, ainsi que sa direction dans un sens ou dans un autre, dépendent beaucoup des contractions partielles ou générales de tout l'organisme.
Il n'y a plus ici de véritable circulation ; mais plutôt un mouvement de flux et de reflux, qui produit alternativement l'absorbtion et l'exhalation aux deux extrémités de l'arbre vasculaire , lequel est plutôt dépurateur que nutritif. Ses racines commencent dans le sac ou le canal ahmentaire, quelquefois aussi dans les nombreuses divisions du pédicule central (les Rhizos-
tônies, etc), et ses branches terminent à la surface du corps ou de rombrelle.
Ces exemples semblent prouver que les réservoirs vasculaires du sang ont pour premier usage de le contenir dans certaines limites pour le diriger vers le fluide respirable , et que ce but est la première nécessité de son mouvement.
Après cette dépuration, cette animation essentielle à la vie de tout organisme, le fluide nourricier n'a plus besoin d être contenu dans des réservoirs circonscrits ; il peut filtrer et se répandre dans les lacunes , les mailles , les cellules de toutes les parties, pour Texcitation normale de leurs fonctions, et pour leur nutrition. ]