X. Les Lépidoptères
[Cet ordre d'insectes à métamorphose complète a , dans l'état de larve et dans celui d'insecte parfait , un tube alimentaire bien différemment organisé.
Les chenilles ont besoin, comme toutes les larves,
(1) Ramdohr. 0. C pi. XII, fig. t-7.
d'une nourriture abondante pour leur vie d'accroissement, et comme cette nourriture est, le plus généralement , tirée du règne végétal , l'estomac destiné à la contenir et à la digérer devait avoir beaucoup de capacité. Cet estomac est le duodénal , celui dans lequel la bile pénètre, nouvelle preuve de Futilité de la bile pour la digestion des substances végétales.
L'œsophage , à la vérité, qui précède cet estomac , est dilaté et boursoufflé , comme lui , et propre conséquemment à contenir une partie des aliments. Il semble n'être ici que la première portion de cet estomac principal.
L'intestin est très court, ayant alternativement des dilatations et des étranglements qui le divisent en deux ou trois parties.
La totalité du tube alimentaire n'a , dans la chenille, que la longueur du corps ; son diamètre et sa forme sont tels que l'œsophage ou le jabot et le ventricule duodénal se moulent , dans les anneaux du corps , en se dilatatant à mesure qu'ils reçoivent des aliments.
Dans l'insecte parfait, ce même tube alimentaire est plus long que le corps , et l'intestin , qui était très court dans la chenille , occupe plus de la moitié de cette mesure. L'œsophage est un tube lin et long , vers l'extrémité duquel aboutissent une ou deux poches latérales formant le jabot. L'estomac duodénal a perdu beaucoup de ses dimensions proportionnelles et de son importance; il est court et sous-divisé souvent par un étranglement en deux poches successives.
L'intestin grêle est un long tube, à petit diamètre. Le gros l'a plus considérable , il est plus court , avec
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une forme oblongue, qui se rétrécit pour se terminer à l'anus. ]
Ainsi , le papillon qui ne se nourrit que de sucs subtils , a des intestins tout autrement conformés que sa chenille.
Dans les papillons de jour, par exemple, Yatalante (la vanesse vulcain) a l'œsophage grêle, et sur le côté une dilatation membraneuse, ou jabot (1), plus ou moins arrondie , et qu'on trouve souvent pleine d'air. Après quoi vient un second estomac elliptique , membraneux, et dont toutes les parois sont boursouflées inégalement, présentant beaucoup de saillies demisphériques; puis un troisième, cylindrique et un peu musculeux, [n'est proprement que la seconde portion de l'estomac duodénal , celle que nous avons appelée pylorique dans les animaux vertébrés.] Vient ensuite un intestin grêle de longueur médiocre , terminé par un colon plus gros.
[ L'insertion de l'intestin grêle dans le gros n'est pas toujours directe. Dans les piérides , elle laisse en-deçà un grand cœcum (1). ]
Les chenilles ont un canal alimentaire large , court , droit et sans grandes inégalités. L'œsophage en est la partie la plus grêle; l'estomac est alongé et se rétrécit au pylore. L'inteslin est plus large après le pylore que dans le reste de sa longueur : c'est vers l'anus qu'il est le plus étroit. C'est aussi là qu'il a les fibres annulaires les plus fortes. : il y en a sur ses parois d'autres diffé-
(1) Ramdohr. O. C. pi. XVIIÏ, fig. 1 , représente deux jabots dans la zigœna filipendulce , et Burmeister O. C, pi. IX, fig. 15 C, dans les piérides , comme M. Cuvier l'avait vu dans le» vanesses.
(2) Burmeister. O. C. pi. IX, fig. 15 G.
remment croisées; [elles aboutissent, en particulier dans l'estomac duodénal , ] à deux lignes blanches qui régnent sur toute sa longueur, une en dessus, l'autre en dessous. Les diamètres de ses diverses parties sont sujets à varier , selon que les matières s'y accumulent. Quelquefois la distinction de l'estomac et de l'intestin, [au moyen d'une différence de diamètre, est insensible, mais l'insertion des canaux biliaires marque toujours la limite entre l'estomac duodénal et le canal intestinal proprement dit. ]
On voit que ce sont là des intestins destinés à des aliments matériels et abondants.
[Nous choisirons, pour exemple de notre description détaillée de ces intestins, le canal alimentaire de la chenille du cossus ronge-bois , à cause des belles figures de Lyonet, qui pourront servir à la faire comprendre.
Ce canal se compose d'un œsophage court, qui se dilate bientôt pour former un assez long jabot. Ce dernier se resserre un peu en forme d'entonnoir, avant de se terminer, et sa dernière portion, qui a cette forme, prend plus d'épaisseur dans ses parois et une structure plus musculeuse. Sa membrane interne se prolonge autour du cardia en un repli circulaire.
L'estomac duodénal est la partie la plus considérable du canal alimentaire ; elle en occupe les deux tiers de la longueur. Ce ventricule a la forme très alongée, plus large en avant, plus étroite en arrière. Dans la plus grande partie de son étendue , il est revêtu à l'extérieur de rubans musculeux obliques , puis de rubans longitudinaux ; les uns et les autres recouvrent les faisceaux circulaires.
A l'extrémité postérieure de cet estomac , on distingue
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une courte portion du tube intestinal , encore plus musculeuse que le reste , et dans laquelle des faisceaux de cette nature , plus nombreux et plus épais , forment un sphincter (1). C'est dans ce sphincter que s'insèrent les deux vaisseaux biliaires (2). Je considère cette partie comme l'analogue de la portion pylorique de l'estomac des vertébrés , du moins par sa structure musculeuse et sa fonction d'arrêter , par l'effet de cette structure , les substances alimentaires en digestion dans le ventricule duodénal, jusqu'à leur élaboration suffisante. Seulement il faut observer ici que ce ventricule , faisant en même temps les fonctions de duodénum , cette partie les arrête jusqu'à leur transformation en suc nutritif et en fèces.
Au-delà se voit l'intestin grêle proprement dit (3) , qui a une forme prismatique. Il se termine par un bourrelet saillant dans une espèce de cloaque , large poche où s'amassent les fèces , qui elle-même a l'anus pour issue (4).
La membrane interne du boyau pylorique commence par un repli circulaire qui semble formé par l'aboutissant de tous les petits plis longitudinaux qu'elle présente dans une partie de son étendue et que l'on pourrait considérer comme le pylore , si l'on faisait
(1) Lyonet l'appelle premier et deuxième gros intestin, pi. XIII, fig. 1 et 2 E-F et F-G.
(2) Ib. fig. 2 en I, et l'orifice d'un de ces vaisseaux, pi. XIV, fig. 5. L.
(3) Ib. fig. 1 et 2. G.
(4) Ib. fig. 7. On pourra lire, dans l'ouvrage cité, les détails les plus circonstanciés sur la structure de ce tube alimentaire, qui y sont représentés, avec une admirable clarté, dans des planches dont le dessin et la gravure ont été poussés jusqu'à un degré de perfection qui n'a pas été surpassé jusqu'à ce jour.
commencer l'intestin à cette partie pylorique. Bailleurs , cette même membrane , dans la partie qui reçoit les canaux biliaires, a des plis longitudinaux irréguliers et ondulés , comme au-delà de cette insertion, jusqu'à la fin de cet intestin.
Si Ton compare à présent ces mêmes parties , à l'état parfait de l'insecte , lorsqu'elles sont devenues inutiles, on les trouvera affaissées , flétries, presque desséchées. Mais on y reconnaîtra encore très bien les deux canaux biliaires , ramifiés, et l'étranglement du canal alimentaire à l'endroit de leur insertion (1).
Dans le Sphijnx ûtropos , la longueur de l'intestin n'a que le sixième de la longueur totale du canal alimentaire. Les cinq sixièmes appartiennent à l'œsophage et à l'estomac duodénal.
Entre celui-ci et le premier intestin , il y a un étranglement dans lequel arrive la bile. Au-delà, l'intestin commence par une portion sphérique très courte, formée elle-même de quatre segments de sphère , disposés en long et séparés par autant de sillons. Tout le premier intestin est ainsi réduit. Les parois en sont très musculeuses.
Il y a encore un étranglement qui le sépare du dernier intestin , lequel est un peu plus long, de forme conique , d'abord très dilaté , puis fort étroit , pour se terminer à l'anus. On y distingue beaucoup de faisceaux musculeux en travers et quelques bandes longitudinales.
Dans les Bombyx, au-delà de la portion étranglée
(1) Mémoire du Muséum dldst. nat. , t. XX, pi. LUI, fig. 10. Anatomic de différentes espèces d'insectes , par Lyonet , sixième article.
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qui sépare l'estomac duodénal de l'intestin, et dans laquelle se rend la bile , se voit d'abord l'intestin à côtes , de forme sphérique , puis un intestin cylindrique plus long; enfin un dernier intestin plus gros, prismatique, à parois extrêmement musculeuses et très épaisses. ]
XI et XII. Les Rhipiptères et les Diptères.
[Le canal alimentaire des Rhipiptères n'est pas encore connu; du moins nous n'avons pas eu l'occasion de l'observer, et nous ne connaissons pas de description qui en aurait été publiée. ]
Les Diptères ont en général le canal alimentaire assez long dans leurs deux états. [ Il se raccourcit cependant très sensiblement dans l'état parfait ; et le canal intestinal, en proportion, plus que l'estomac duodénal.
Nous venons de signaler un changement contraire dans les papillons. Cela est même plus sensible dans les Hyménoptères et dans les ISévr opter es.
Si nous considérons l'ensemble de l'appareil alimentaire des insectes de cet ordre, nous trouverons, dans son œsophage grêle et sans dilatation immédiate pour former un jabot; dans l'absence d'un gésier; dans le développement en un long boyau de l'intestin duodénal; dans l'abondance de salive que tient en réserve un sac considérable, dont le canal s'ouvre dans l'œsophage; et dans le petit nombre de canaux biliaires, des caractères particuliers qui distinguent les Diptères , comme animaux suceurs , prenant leur nourriture à l'état liquide, et n'ayant pas besoin de moyens mécaniques,
ART* Ut. CANAL ALIMENT* DES AN1M. ARTICULES. 317
mais de puissances chimiques pour convertir cet aliment en suc nourricier.
Une semblable transformation a lieu surtout au moyen de l'estomac duodénal, à l'extrémité antérieure duquel arrive la salive , tandis que la bile est versée dans l'autre extrémité.
4° Les JSémocères.
Dans les lipides , l'œsophage est court et assez large; il reçoit dans son principe un canal extrêmement ténu, qui aboutit à une vessie ovale, que Ramdohr considère comme un jabot.
L'estomac duodénal est un long boyau, qui prend les deux tiers de la longueur du canal alimentaire. Un léger étranglement le sépare de l'intestin grêle, qu'un autre étranglement et un peu plus de largeur distingue du gros, qui est beaucoup plus court (1).
2° Les Tanystomes.
Le leptis bécasse a un œsophage court , un estomac duodénal d'abord en forme de canal étroit, qui se dilate en un réservoir conique , une fois parvenu dans l'abdomen. Il reçoit, avant de se terminer dans l'intestin , quatre canaux biliaires.
L'intestin grêle est fort long; il est d'abord dilaté en une vessie pyriforme, qui se change en un long canal d'un calibre uniforme et de grosseur médiocre. Le gros intestin est court et oblong (2).
Le bombile bichon (bombijlius major) a un œsophage
(J) Ramdohr. O. C. pi. XX, fig. 1, pour Stipula hmala. (2) Ibid. ,fig. o.
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court , un peu dilaté vers la fin , où il paraît recevoir le canal excréteur d'un grand réservoir de salive ; l'estomac duodénal est un tube en forme de fuseau. L'intestin grêle commence par être un peu plus dilaté que la fin de l'estomac. Il a cependant un diamètre petit et égal. Le gros intestin est un peu plus large , mais court (1).
3° Les Tabanlens.
Dans le taon de bœuf, l'œsophage est cylindrique ; l'estomac duodénal est long et se dilate peu à peu jusqu'à sa terminaison , où il reçoit les vaisseaux biliaires.
Le commencement de l'intestin grêle , séparé de ces estomacs par un étranglement , est aussi dilaté ; mais cet intestin ne tarde pas à prendre un calibre uniforme, de faible diamètre (2). ]
U° Les Notacantlies,
J'ai disséqué le canal alimentaire de la larve de stratiomys ; il a cinq fois la longueur du corps , et consiste en un œsophage court et grêle comme un fil , un très petit estomac ovaîe, et un second estomac dont la première moitié est ridée en travers , qui devient ensuite plus gros et plus lisse, jusqu'à l'insertion des canaux hépatiques. Après cette insertion , il s'étrangle subitement pour se terminer au pylore. L'intestin qui le suit reste étroit.
[ L'insecte parfait ne montre pas beaucoup de difle-
(1) Ib., fig. 2-3-5.
(2) V. le mémoire de M. Léon Dufour sur le Taon de bœuf. Journal de physiqu 5 t. XC, 1820; et Ramdohr, 0. C. sur le tabanus tropicus , t. XXI, -2.
renées , seulement il est beaucoup plus court. L'estomac duodénal est plissé, au commencement, d'un calibre égal, étroit ('!).]