III. Des Polypes à polypiers
C'est dans cet ordre qu'on trouve des animaux qui ont un canal alimentaire , et d'autres qui n'ont qu'un sac ou un tube dont l'orifice interne ne s'ouvre pas au dehors, mais dans un tronc commun dont le canal finit par un cul-de-sac. Nous parlerons d'abord des premiers.
a. Des Polypes à polypiers ayant un canal alimentaire.
Ualcyonelle jluviatile, qui habite un tube subéreux, a sa bouche ouverte au milieu du fer à cheval que forment ses nombreux tentacules. Elle conduit immédia-
(1) Règne animal , t. 11!. p. 295.
ART. II. ORGANES INTÉRIEURS 1)'aLIMENT. , ETC. 443
tement dans un canal alimentaire qui pénètre jusqu'au fond du sac que forme la peau extérieure de cet animal, où il se dilate beaucoup; il en sort un intestin assez court , qui se porte vers la bouche et se termine à l'anus avant d'atteindre le niveau de cette première ouverture (4).
Les eschares ont un canal alimentaire replié une fois sur lui-même, comme celui de Falcyonelle, mais dans lequel on peut distinguer plus de parties.
A la gaîne ou trompe qui s'attache au pourtour de la cellule, et qui renferme les tentacules dans Fétat de repos, succède une première dilatation de ce canal, qui a une forme ovale. C'est proprement la cavité buccale. Elle est séparée par un léger étranglement d'une portion courte, d'un moindre calibre , dont la paroi extérieure est hérissée de filaments. Cette seconde portion se rétrécit avant de se terminer dans une poche sphérique, qui fait probablement les fonctions d'estomac ou plutôt de duodénum. L'intestin qui en sort a un calibre égal et s'élève presque sans faire de sinuosité jusqu'à la face supérieure de la gaîne tentaculaire où se trouve l'anus ; de sorte que l'animal est forcé de dérouler cette gaîne au dehors pour rendre ses excréments (2).
Les s érialair es paraissent avoir un œsophage distinct, une poche stomacale pyriforme , du fond de laquelle
(1) Histoire naturelle de l'alcyonelle fîuviatile^SkT M. R. Raspail. O. C, PI. 12, fig. 1.
(2) Résumé des recherches sur les animaux sans vertèbres, par MM. Audouin et Milne Edwards. Annales des se. nat. , t, 15 , et Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les eschares , par M. Milnc Edwards. Paris, 1836, p. 19, et pi. I, fig. 1 e et 1 d.
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s'élève vers la bouche un intestin de petit calibre, où Ton voit , par intervalle , des taches opaques qui indiquent les cybala qui s'y forment (1).
Il paraîtrait que les vorticelles, les cellaires et les flustres doivent aussi être rangés parmi les polypes ayant un canal alimentaire.
b. Polypes à polypiers n'ayant point de canal alimentaire, mais une cavité qui ne communique au dehors que par l'orifice buccal.
Tous les polypes que nous Savons pas énumérés dans la première catégorie appartiennent à celle-ci.
Mais elle se sous-divise , ainsi que nous Pavons déjà indiqué, en trois formes principales.
1 . Dans la première il y a, comme dans les actinies, un sac alimentaire détaché de l'enveloppe extérieure, et nullement ouvert par son fond. Cependant il y a toujours une différence entre les actinies et l'animal des tubipores, par exemple ; c'est que les œufs de ceux-ci tiennent à des filaments suspendus dans l'intervalle qui se trouve entre le fond de l'estomac et le fond du tube que forme le corps de l'animal , tandis que dans les actinies les cellules ovigères sont dans des cellules qui sont sur les côtés de l'animal, autour de l'estomac
Il paraîtrait qu'on doit ranger parmi les animaux qui ont cette forme , non seulement le tubipore musique , mais encore tous les madrépores (2).
(1) Zoological Researches , etc. By J. V. Thompson, vol. I, part. I. Mémoire V ou Volyzoa , pi. III, fig. 7.
(2) V. entre autres, du moins pour l'organisation de la bouclie et les tentacules , la description de plusieurs animaux appartenant aux polypiers lamellifères , par M. Lesueur. Mém. du Muséum d'hist, nat. , t. VI, p. 271 ctsuiy,, et pi. 15 17.
2. Dans la seconde forme , l'organe alimentaire , proprement dit, de chaque polype, comparable au sac précédent , a son fond ouvert dans le tronc commun du polypier. ]
Voici, disait M. Cuvier, dans notre première édition , ce que j'en ai observé dans le véré tille ( Pennatula cijnomorium , Gmel.), dont le corps, grand et mou , et les polypes très transparents , permettent ces sortes de recherches mieux que la plupart des autres animaux de cette classe. On voit , au travers du corps de chaque polype, un petit estomac à parois brunâtres, duquel partent cinq tuyaux pareils à ceux des méduses, c'est-à-dire, faisant à la fois les fonctions d'intestins et celles des vaisseaux. Ces intestins sont d'abord jaunâtres et ondulés ; arrivés aux deux tiers de la longueur du polype , ils deviennent droits , plus minces , et pénètrent ainsi dans le corps général ou la tige qui porte tous les polypes ; arrivés là , ils s'écartent pour rejoindre les vaisseaux pareils qui viennent des polypes voisins , et forment avec eux un lacis qui occupe toute la masse de cette tige. Au moyen de cette communication , ce que l'un des polypes mange profite à tout le véréûlle , et l'on peut considérer celui-ci comme un seul animal à plusieurs bouches et à plusieurs estomacs.
Le véréûlle , comme les pennatules ordinaires , sert encore à prouver, d'une autre manière, et dans un autre sens , l'unité de ces sortes d'animaux à plusieurs bouches. Ces genres pouvant se mouvoir d'un lieu à un autre, il faut que tous les polypes qui les composent agissent ensemble, pour effectuer la marche commune. Il faut donc qu'il n'y ait pour eux tous qu'une seule volonté, comme il n'y a qu'une seule digestion.
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JJalcyonium exo$ m'a montré dans ses polypes une structure intérieure analogue , ce qui me fait penser qu'on doit étendre cette conclusion à toute cette classe.
[Nous avons vu cependant que les observations s'étant multipliées , il y avait des distinctions importantes à faire à l'égard des organes d'alimentation ; et quoique la disposition générale de ces organes que décrit M. Cuvier dans lesvéré tilles, et les autres polypiers libres, et dans les alcyons proprement dits, et les conséquences qu'il en tire sur la manière dont ces polypiers se nourrissent , soient parfaitement conformes aux observations les plus récentes et puissent être étendues à toute la famille des alcyons, nous sommes à même de démontrer avec plus de détails , grâce aux progrès récents de la science , toutes les parties évidentes de cette organisation.
Le tube alimentaire commence, dans Yalcyonide élégante (1) , par l'orifice buccal , percé à travers une lèvre extérieure divisée en huit lobes y ou tentacules à bord dentelé , et une lèvre intérieure ou épipharynx montrant huit dentelures ou huit divisions beaucoup plus courtes. Il forme un tube plus petit que le corps, qui se rétrécit encore à son extrémité inférieure, comme s'il y avait un sphincter. On remarque sur sa paroi intérieure huit plis longitudinaux réunis par un grand nombre de rides transversales. Sa paroi externe est liée à l'interne de la peau extérieure, comme dans les actinies , par des lames longitudinales , au nombre de huit,
(t) Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les polypes, par M. Milne Edwards. Annales des se nat. , nouvelle série, t, IV, p, 321 et suiv. , pi. 12-16.
qui répondent aux intervalles des tentacules , et interceptent autant de canaux prolongés dans ces tentacules, lesquels sont conséquemment creux.
L'orifice intérieur du tube digestif donne dans la continuation du cylindre que forme le corps du polype; c'est une sorte de cavité viscérale dont la paroi est divisée longitudinalement par le prolongement des lames qui unissent le tube gastrique ou derme à l'endroit où ces lames dépassent ce dernier tube, et où leur bord interne se trouve libre. Précisément à ce dernier endroit commence un filament souvent replié, qui s'atténue beaucoup en se prolongeant le long du bord libre de chacun de ces plis et finit par disparaître. Cet organe intestiniforme, dont l'analogue a été généralement considéré comme un ovaire, serait plutôt comparable (1) aux canaux biliaires des insectes. Un des cylindres creux d'un de ces polypiers, qui se prolonge au-delà de ces corps intestiniformes, devient successivement l'aboutissant des cavités viscérales de plusieurs polypes qui s'y terminent brusquement par une embouchure très apparente.
Il en résulte un tronc commun, à parois molles, rétractiles, dont le canal se termine par un cul-de-sac à une tige solide, pleine, non rétractile, fixée, qui est le pied du polypier.
Ainsi , l'ensemble des organes d'alimentation intérieurs de cet animal composé est formé d'autant de tubes gastriques qu'il y a de polypes ; ces tubes se continuent dans une cavité viscérale dont les limites pourraient être indiquées par les organes intestiniformes
(1) Suivant M, Milne Edwards , ibid. p. 33t.
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qu'elle renferme. Enfin, il y a un tronc commun dans lequel tous les petits polypes peuvent se retirer, et qui se replie dans lui-même.
Ici encore nous avons été forcés de décrire presque toute l'organisation de l'animal pour faire comprendre les voies par lesquelles entrent ses aliments, et la disposition des organes destinés à les transformer en suc nutritif.
On voit qu'il y a dans cette alcyonide une organisation encore assez compliquée, et qui ne diffère essentiellement de celle des actinies que parce que la cavité gastrique est un sac dans celles-ci , et un tube dans Yalcijonide. On dirait qu'elle a été ouverte, dans ce dernier cas, pour faire de l'alcyonide un animal compliqué.
Les alcyons proprement dits, dont les téguments communs forment le tronc du polypier, sont coriaces et plus ou moins pénétrés de substance calcaire; il y a de même un tube gastrique distinct ouvert dans une cavité abdominale. Mais celle-ci pénètre vers l'axe du polypier en perdant de son diamètre, et se réunit rarement à celle du polype voisin.
Il y a aussi entre le tube gastrique et le tube plus grand, formé par la peau extérieure, huit canaux qui limitent autant de cloisons longitudinales. A l'issue du tube gastrique dans la cavité abdominale, on voit huit corps glanduleux analogues par leur position à ceux appelés intestiniformes dans l' alcyonide. Enfin, la cavité conique abdominale a sa membrane interne trouée par les orifices de vaisseaux nombreux qui parcourent l'épaisseur de l'enveloppe commune (1).
(1) Ibid, p. 333 et suiv. ,et pi. 14, 15 et 10.
c. Les Serlulaires sont peut-être plus analogues aux hydres , c1 est-à-dire que le tube gastrique n'y est pas formé par une membrane distincte de l'enveloppe extérieure, et séparé par un intervalle cloisonné.
Les tubes simples que forme le corps de chaque petit polype aboutissent successivement dans le tube commun qui sépare, par sa face externe, les couches successives de la tige cornée du polypier. ]
E. Les Eponges
[Forment un type à part ; elles n'ont, comme les hydres, qu'une peau ou qu'une membrane pour remplir toutes les fonctions de leur vie. Mais dans les éponges tous les organes sont encore plus confondus que dans les hydres, où la peau qui constitue l'organisme entier de ces animaux forme du moins un cône régulier, assez ouvert à sa base pour admettre une proie dans la cavité que cette peau intercepte, et ayant des organes de préhension attachés au pourtour de cet orifice , etc.
Dans les Eponges la membrane vivante n'a pas de forme régulière ; elle est pliée et contournée de manière à intercepter des cellules ou des canaux irréguliers, communiquant les uns dans les autres; dont l'ensemble a cependant des dispositions particulières, suivant les espèces. Ces canaux paraissent avoir pour l'entrée des substances alimentaires, ainsi que nous l'avons déjà dit, des pores absorbants très fins, percés à la surface de l'éponge , tandis que leurs issues ou les bouches exhalantes sont plus considérables.
Leurs parois sont unies, sans vaisseaux apparents; leurs propriétés vitales sont très obscures ; elles ne se contractent pas d'une manière sensible par l'effet des 5. 29
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irritants physiques ou chimiques ; et cependant ce sont à la fois les organes d'alimentation, de nutrition, de sécrétion et de propagation de ces êtres problématiques^).]
F. Organes intérieurs cTalimentation des infusoires. I. Les Rotijères.
Les Rôti f ères , premier ordre de la classe des infusoires, ont, sous plusieurs rapports, une organisation qui les rapproche des animaux articulés ou symétriques.
Nous avons déjà indiqué (art. 1 ) leurs organes d'alimentation extérieurs; quant aux organes d'alimentation intérieurs, tous les observateurs conviennent qu'ils ont un canal alimentaire avec une entrée et une sortie.
On peut même reconnaître dans les tubicolaires ( Lam. ) , après l'espèce de trompe qui se voit à la face inférieure et antérieure du corps , en deçà et en dehors de l'organe rotateur, un œsophage étroit et court ; ce canal s'ouvre dans un grand cul-de-sac occupant une partie de Tabdomen et tenant lieu d'estomac. Le pylore, qui est rapproché du cardia , donne dans un court intestin , dont l'issue esta peu près au niveau de la trompe , au dessous dVlle (2).
Uhijdatina senta est un peu autrement organisée. Après une cavité buccale armée de mâchoires et ouverte au centre des organes rotateurs , vient un estomac
(1) V. le beau mémoire de M. Grandt, sur les éponges, traduit de l'anglais. Annales des sciences naturelles , t. VIII.
(2) Recherches sur les Rotifères, par M. Dutrochet. Annales du Mus. , t. XIX, pi. 18 et p. 355.
musculeux de forme arrondie. L'intestin , qui lui succède d'abord , est peu large , va en se rétrécissant jusque Tanus , qui est percé à la face dorsale du corps , en arrière.
Ces deux exemples prouvent qu'il n'y a pas moins de différences organiques dans ce qu'on appelle les organismes inférieurs que dans les supérieurs. En effet, parmi les rotifères, les uns manquent de mâchoires , d'autres en sont pourvus ; chez les uns , l'œsophage est très long , et chez d'autres il est très court. Après l'œsophage , le canal alimentaire peut être simple et sans division , ou divisé par un étranglement en un estomac et un intestin plus ou moins distincts (1).
Il paraîtrait que ce dernier est entouré généralement de petits cœcums formant un organe de sécrétion, que nous comparons aux cœcums de quelques annélides dorsibranches. De plus grands cœcums, au nombre de deux, ou même de six, adhèrent à la partie du canal alimentaire qui répond à L'estomac et pourraient tenir lieu de foie (2). ]
IL Les Infusoires homogènes.
[Nous avons dit, d'après M. Ehremberg, au sujet de la bouche de ces infusoires (art. 1.), que les molécules nutritives ne pénétraient pas dans leur corps par
(1) De l'organisation dans les infiniment petits , par Ehremberg [en allemand); et Ann. des se. nat* , deuxième série, t. I, p. 129 et pi. 5, fig. 16, 17 et 18 pour Vhydatina senta% et p. 2G6, pi. 12, fig. 5-12, pour les autres formes du canal alimentaire des Rotifères. Les Mémoires de M. Ehremberg ont paru parmi ceux de l'Académie royale des sciences de Berlin, pour 1830 et années suivantes.
(2) Jbid.,vh 12, fig, 4-12.