VII. Les Hémiptères
Tous les insectes de cet ordre (1 ) paraissent avoir des glandes salivaires, quoiqu'elles n'aient pas encore été démontrées dans les plus petits (les Aphidiens et les Gallinsectes).
Cet appareil doit jouer un rôle important dans la digestion de ces animaux, pour animaliser ou assimiler les sucs végétaux ou animaux dont ils se nourrissent. On pourrait penser que chez ceux qui vivent du sang des vertébrés (la punaise des lits), il a perdu de son importance, à en juger du moins par son organisation plus simple.
Après avoir étudié cette organisation dans tous les hémiptères pourvus de glandes salivaires apparentes, nous avons trouvé que les différentes compositions de ces glandes pouvaient être comprises dans les types suivans :
a. Parmi les Hétéroptères .
1 . Il y a, pour le premier type, une glande salivaire principale composée d'un corps glanduleux à deux
(1) Meckcl arait démontré la glande salivaire principale des cigales (cicada plebeia ) dans les Mémoire pour servir à l'histoire de Vanatomie comparée. T. I, fig. 1 (en allemand). Ramdohr exprime l'opinion que ces glandes ne manquent à aucun insecte de cette classe, et il les décrit (en 1811) dans les principaux genres des hétéroptères. Mais il était réservé à M. L. Dufour de nous donner une description bien plus complète et très remarquable, accompagnée de figures extrêmement nettes, de cet appareil glanduleux, dans tous les genres d'hémiptères où il a pu le découvrir. V. les Recherches anatomiques et physiologiques sur les hémiptères, insérées parmi les Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut ds France. {Savons étrangers). Paris 1833.
C'est principalement de ces belles recherches que nous tirerons notre description, qui sera facilement comprise si l'on a sous les yeux les planches de cet ouvrage si recommandable.
ou trois lobes, dont la structure est celluleuse, la substance gélatino-cartilagineuse, le volume très variable, la forme simple, ou composée de digitations ou de prolongements tubuleux. Ce corps a deux canaux excréteurs qui partent de la scissure des deux lobes : celui du lobe antérieur va directement à la base du bec où il se termine; celui du lobe postérieur peut être très flexueux; il fait généralement un détour, ou même un nombre variable de festons réguliers, avant de prendre la même direction. L'appareil salivaire de ce premier type se compose encore d'une ou deux paires de glandes salivaires accessoires (1) , formées chacune d'un simple tube à peu près droit. (Les genres scutellère, les pentatome, coréey alyde, pyrrhocore, lycjée ) (2).
2. Dans un autre type, il n'y a pas de glande salivaire accessoire ; mais les deux canaux de la principale apportent la salive d'un sinus commun , formé par les trois canaux excréteurs de trois vésicules , répondant aux trois lobes de la glande principale des lygées. Le type que nous décrivons est celui des miris (3).
3. Un troisième type est celui où la glande accessoire n'est plus un simple tube, mais où ce tube commence par une vésicule. La glande principale a deux lobes accollés l'un devant l'autre , dont le postérieur est toujours le plus grand ; ses deux canaux excréteurs sont directs, non outrés peu flexueux. Ce dernier cas est celui des capses (4). Les genres phymata, reduvius (5), parmi
(1) M. L. Dufour les considère, dans plusieurs cas, comme de simples réservoirs.
(2) O. C. PI. I et II, et pi. III, fig. 22, 24 et 26.
(3) O. C. PI. III, fig. 27 et 28.
(*) Ihid. PI. III, fig. 31 et 32.
(5) Ibid. PI. IV, fig. 34, 48, 49 et 50.
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les Gdocorises, appartiennent aussi à ce type. Les corises et les notonectes , classées parmi les hydro-corises , le montrent encore; seulement , dans ce dernier genre, la vésicule salivaire accessoire est la plus grande (1).
4. Dans la punaise des lits, nous trouvons un type fort simple; il se compose, à la vérité, de deux paires de glandes; Tune est une vésicule ovale, plus grande, avec un seul canal excréteur fort court: Fautre est une vésicule sphérique ; son canal excréteur est long (2).
Nous ferons remarquer ici la ressemblance de cet appareil avec celui que nous avons décrit dans la puce.
5. Dans un cinquième type, la glande qui a deux canaux excréteurs présente un amas globuleux de petites vésicules; elle est tantôt en dehors de la suivante ( le genre pelegojiiis (3) ) , tantôt en dedans ( le genre gerris (4).
L'autre paire de glandes , celle à un seul canal excréteur, peut n'être formée que d'une vésicule (le genre pelogonus) , ou de deux vésicules (le genre gerris).
6. Les Népides , parmi les Hydrocorises , appartiennent à un type qui se rapproche beaucoup de ce dernier. La glande a deux canaux excréteurs; remarquable d'ailleurs par sa structure encore plus vésiculeuse, puisqu'elle s'y compose de deux ou trois amas de petites vésicules sphériques , sessiles , elle y reprend , par
(1) Ibid, PI. VII, fig. 83 et 83, A et 89.
(2) Ibid. Fig. 44.
(3) Ibid. PL V, iig. 58 bis.
(4) Ibid. Fig, 64.
son grand développement , le caractère de glande salivaire principale (1).
Ii y a ensuite une ( les naucores) ou deux paires ( les ranatres et les nèpes ) de glandes salivaires accessoires ; ce sont des tubes simples , ayant une dilatation vésiculeuse au milieu , ou manquant de cette dilatation.
b. Les Homoptères»
Leurs glandes salivaires se rapportent à deux types différens , selon qu'elles appartiennent aux Cigales ou aux Cicadelles.
Celui des Cigales (cicada orni) est formé d'une glande salivaire principale ^ composée d'un tube commun et de deux verticilles de vésicules ; qui rappellent celles de la glande principale du genre pelogonus ; l'un de ces verticilles est à l'extrémité du tube commun , et Fautre plus rapproché de la bouche.
La glande salivaire accessoire est un canal flexueux qui aboutit , dans la tête , à un petit amas de vésicules. C'est de cet amas que sort le canal excréteur qui se réunit à son semblable pour se terminer à la base du bec.
L'appareil salivaire des Cicadelles (cercopis) ne nous paraît pas différer essentiellement du premier type, celui des Géocoriscs, pour la composition delà glande salivaire principale; seulement on n'y trouve pas de glande salivaire accessoire. Il y a deux conduits excréteurs venant chacun des deux lobes formant le corps de la glande; celui du lobe postérieur fait plusieurs festons avant de se porter à la base du bec où l'autre va directement. La
(1) Ibid, PI. VI, et Ramdokr, O. C. t. XXII, flg. 2, et t. XXIII, fig. 6,
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partie de la glande qui répond au lobe postérieur se compose de plusieurs vésicules et de tubes analogues aux digitations de cette glande dans les scutellères, etc. On ne saurait trop faire remarquer que ces ressemblances, dans les plus petits détails, confirment la classification adoptée dans le Règne animal, et les rapports que quelques caractères extérieurs, bien appréciés dans leur importance , peuvent faire présumer dans Fensemble de l'organisation.