‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 5)Chapitre 2 sur 133 · INSTITUT DE FRANCE · texte numérisé non relu

INSTITUT DE FRANCE

Rapport verbal fait par M. de Mireez à l’Académie des sciences sur P'HISTOIRE DES CHAMPIGNONS COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX du docteur Joseph Roques.

Séance du lundi 31 mars 1834.

Messieurs, vous m'avez chargé de vous faire un rapport verbal sur l'Aistoire des Champignons comestibles et vénéneux de M. Joseph Roques, ancien médecin des hôpitaux militaires. Je viens m’acquitter de ce devoir avec d’autant plus de plaisir qu’il y a beaucoup de bien à dire de cet ouvrage.

La famille des champignons n’est pas de celles dont ne s'occupent jamais les personnes étrangères à l’étude des végétaux. Les habitants des campagnes , propriétaires, artisans ou journaliers, sont souvent fort empressés de rechercher les signes distinctifs des espèces de ce groupe pour séparer celles qui sont vénéneuses de celles qui offrent un mets délicat et salubre, Ce sont certainement des motifs suffisants pour que la mycologie jouisse d’une certaine vogue chez bien des gens qui en ignorent le nom, et sont loin de se douter que leurs observations pourraient quelquefois figurer avec honneur dans de savantes dissertations académiques. Grâce aux qualités bonnes ou mauvaises que présente la famille des champignons,

PM

M. Roques à pu faire de la vraie science sans craindre de rebuter la foule des lecteurs. Son livre, qui d’ailleurs est écrit avec talent, ne sera pas dédaigné par les gens du monde , et sera consulté avec fruit par les botanistes de profession.

Il examine le sujet qu’il traite sous trois points de vue différents.

1° L'HISTOIRE NATURELLE DES CHAMPIGNONS. Elle comprend la classification des champignons en plusieurs ordres subdivisés en petites tribus, d’après des caractères fort bien choisis, et en outre la description claire, complète, précise des genres, espèces et variétés. M. Roques a revu les travaux de ses prédécesseurs, et il a eu quelquefois l’occasion de les compléter où de les rectifier. Il a pris un soin tout particulier à indiquer les localités que les diverses espèces habitent. Ses recherches n’ont pas été limitées par nos frontières : il les a étendues sur l'Espagne, la Suisse et le Brabant. Plusieurs espèces de France, décrites et figurées par lui, avaient échappé aux recherches de Bulliard, Paulet et Persoon.

20 LA TOXICOLOGIE. Dans cette partie importante de son ouvrage, M. Roques fait connaître les espèces délétères. Il décrit les phénomènes, les symptômes, les effets qu'elles produisent sur les animaux et sur l'homme. Sa manière de voir n’est pas toujours d'accord avec celles des mycologues qui sont venus avant lui ; mais il est juste de dire qu’il n'avance rien qui n'ait pour base des observations et des expériences souvent répétées sur divers animaux, et quelquefois sur lui-même,

Ce n’était pas assez de décrire les accidents qui varient suivant la nature des principes immédiat: que recèlent les différentes espèces , il fallait encore indiquer les meilleurs moyens curaufs. C’est ce que n’a pas manqué de faire M, Roques, soit à la suite de la description spécifique , soit après chaque groupe où tribu: et. à la fin de son ouvrage. il donne une méthode générale de traitement, dans laquelle se trouve réuni tout ce qui a rapport à l’'empoisonnem-nt par les champignons.

3° L'EMPLOI CULINAIRE DES CHAMPIGNONS, Si cette portion de l'ouvrage en était séparée, on nv voudrait voir probablement qu'un extrait fort spirituel et fort amusant du Parfait Cuisinier. L'auteur, à tort ou à raison, N'a pu souvent se résoudre à parler avec une gravité toute scienufique des recettes de cuisine. Mais, sous cette apparence frivole , on découvre un enseignement d'une utilité réelle. Là se trouvent encore de bonnes expériences, une sage critique et des faits d'application que la science aurait grand tort de ne pas livrer à tous. Peut-être même le seul moyen de les mettre en circulation était-il de les présenter comme la fait M. Roques, Il s'attache à détruire des préjugés , des erreurs sur l'usage diététique des champignons: il appelle l'attention sur plusieurs excellentes espèces qu'on néglige; il Sapplique à en réhabiliter d'autres qui, faute d’avoir été bien étudiées, passent pour nuisibles : enfin il indique aux pauvres habitants des campagnes, qui trouvent dans les champignons une ressource précieuse, Surtout en temps de disette, les préparations les plus économiques, les plus simples et les plus faciles.

L'ouvrage contient vingt-quatre belles planches coloriées, qui ne sont pas inférieures, comme travail d'art et de science, à ce qu’on a publié de plus parfait en ce genre. Quelque exactes et claires que soient les descrip tions du naturaliste, on concoit très-bien qu'elles deviennent encore plus intelligibles par les peintures fidèles qui les accompagnent.

En résumé, M, Roques a fait un bon livre, un livre savant, utile, et

ne

par cela même intéressant : ce n’est pas, ce me semble, un grand mal qu’il l'ait rendu attrayant, MIRBEL,

Extrait des ANNALES DE LA MÉDECINE puysioLociQue, par M. Broussais, membre de l'Institut, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Hisroine Des CHAmPiGNONS COMESTIBLES Er VÉNÉNEUX, par Joseph Roques.

Pour rendre à ce bel ouvrage la justice qu'il mérite, et le recommander au public avec plus de confiance, nous l'avons soumis au jugement d’un de nos premiers botanistes. M. Gaudichaud , connu du monde savant par le grand nombre de plantes dont il a enrichi la botanique , et par ses travaux de physiologie végétale, a bien voulu examiner, et il nous en exprime son opinion de la manière suivante :

J'ai lu avec intérêt, et je puis dire avec plaisir, l'ouvrage intitulé : Histoire des Champignons comestibles et vénéneux, par M. le docteur Roques.

Ce travail important, qui décèle à la fois le savant botaniste, l'habile médecin, et, plus que tout cela, l'homme de bien, le philanthrope, peut être divisé en partie purement botanique, en partie médicale et en partie culinaire : je me bornerai à l'examen de la première.

Dans des articles séparés, concis, riches de faits et de citations, l’auteur traite successivement de l’organisation des champignons, de leurs modes de reproduction, de leur culture, de leur récolte, de leur conservation, des règles oénérales d’après lesquelles on peut distinguer nettement Îles espèces alimentaires de celles qui ne le sont pas, et, enfin, de leurs usages et de leur préparation culinaire, Il décrit ensuite très en détail, ordre par ordre, tribu par tribu etgenre par genre. cent cinquante-quatre especes de champignons. tant alimentaires que nuisibles, qui croissent spoatanément en Europe et dont quinze ou vingt espèces sont nouvelles.

L'auteur, ainsi qu’il le reconnaît lui-même. n’a point eu l'intention de faire un traité complet de mycologie : son but principal a été de décrire convenablement et de figurer mieux qu'on ne l'a fait jusqu’à ce jour les champignons comestibles, qui fournissent une nourriture abondante, saine, agréable, et les champignons vénéneux avec lesquels on peut les confondre; de faciliter l’usage des uns, de prémunir contre celui des autres et de mettre tout le monde à même de remédier promptement aux accidents graves qui résultent ordinairement de ces derniers.

Cet ouvrage, qui paraît avoir coûté de longues années d’études et de méditations à M. le docteur Roques, est fait en conscience , et remarquable surtout par l’ordre parfait qui règne dans ses articles, par lélégante simplicité de ses descriptions et de leurs détails. Il est rempli d'observations utiles, souvent neuves, résultant de recherches propres à l’auteur, ou de renseignements qu'il a puisés dans les meilleurs traités de mycologie français et étrangers.

L’atlas est au-dessus de tous les éloges qu’on pourrait en faire; il se compose de vingt-quatre planches, et de cent à cent vingt figures représentant soixante espèces ou variétés très-distinctes de champignons. On peut dire de ces peintures qu’elles sont belles et vraies comme la nature.

Si la partie médicale est, comme je le crois, aussi convenablement traitée

que la partie botanique, l'Æistoire des Champignons comestibles et vénéneux de M. le docteur Roques est un ouvrage précieux qu’il faut nous empresser de recommander aux amateurs d'histoire naturelle , aux mycophiles, comme aux médecins de tous les pays. Paris, 12 Juillet 1834, CHARLES GAUDICHAUD.

La partie médicale, sur laquelle notre savant botaniste s’abstient de prononcer, à été par nous examinée attentivement, et nous nous sommes assuré qu’elle contient les descriptions les plus exactes des symptômes et des phénomènes produits par les champignons vénéneux, avec les méthodes de traitement les plus sûres et les plus détaillées.

La partie culinaire est aussi très-bien traitée. Nousavons entendu souvent le célèbre Carême en faire l’éloge, Les préparations simples et économiques à l'usage du peuple, pour qui les champignons sont dans plusieurs pays un moyen de subsistance, ont été décrites avec le même soin que les préparations recherchées et dispendieuses, à la portée seulement des riches. Car les besoins du pauvre occupent autant le docteur Roques que les jouissances du riche, et sa science pratique s'adapte à toutes les classes de la société.

Quant à la manière dont son ouvrage est écrit, elle nous a paru d’autant plus remarquable, que nous sommes peu habitués, dans notre littérature médicale, à trouver de bons écrivains. Le livre de M. Roques se distingue par un style pur, élégant, et on le lit avec le même plaisir que nos bons” ouvrages de littérature.

Nous ne pouvons donc, à tous ces titres, que recommander instamment l'Histoire des Champignons à la nombreuse classe de lecteurs à laquelle elle s’adresse , et surtout à nos confrères.

Page 1