HUITIÈME LEÇON
LA RELIGION (suite)
SOMMAIRE. — 46, La religion est nécessaire à l’homme privé. — 47. La religion est nécessaire à la société domestique. — 48, La religion est nécessaire à la société civile.
46. La religion est nécessaire à l’homme privé. — Cette nécessité de la religion pour l’homme privé est une véritable obligation en ce sens qu’elle constitue un droit pour Dieu et un devoir pour l’homme.
I. Dieu est le Créateur, la Providence, le Législateur et la Fin de l’homme. Or, à ces quatre titres, il a droit à son adoration, à ses hommages, à son obéissance et à son amour. En effet, la raison proclame que si Dieu nous à donné l’existence; nous devons lui faire hommage de notre être ; elle dit encore que si Dieu nous conserve la vie et nous gouverne Par sa providence, nous devons lui en témoigner notre reconnaissance ; elle dit enfin que si Dieu est notre Législateur et notre Fin, nous devons lui obéir et l'aimer. Et donc, entre Dieu et la créature intelligente il y a des relations que celle-ci est obligée de reconnaître. Or la reconnaissance et l’admission de ces rapports, voilà ce qui constitue la religion.
II. La nécessité de la religion s’impose encore à l’homme privé parce que, en elle seule, il trouve la complète satisfaction de ses plus légitimes et de ses plus nobles aspirations. C’est dire, en d’autres termes, que, sans
la religion, pas de vrai bonheur pour l’homme ici-bas. En effet, les deux éléments indispensables au vrai bonheur sont la tranquillité de l'esprit et la pair du cœur. Or, ces deux choses, la religion seulement peut les procurer, puisque, d’une part, créé pour la vérité, l’esprit humain n’est content que lorsqu'il a trouvé Dieu, la vérité même, et, d'autre part, le cœur de l’homme, sans cesse à la poursuite du bien, n’est en équilibre stable que quand il est fixé en Dieu, le bien infini. Et c’est la religion qui nous conduit à Dieu !.
47. La religion est nécessaire à la société domestique. — La religion est nécessaire à la société domestique ou à la famille parce que sans elle les parents et les enfants ne peuvent pas convenablement remplir leurs devoirs.
I. Avec l’exemple d’une vie chrétienne, les époux se doivent réciproquement fidélité et support. Pour vivre en paix, ils sont tenus d’adopter et de pratiquer ce que saint Paul appelle “ la loi du Christ ”, c’est-àdire de “ne rien faire souffrir à personne et souffrir tout de tout le monde ”. Pour être fidèles à ce précepte de l’Apôtre, à cette “ loi du Christ ”, les époux ont besoin de courage. Et où iront-its le puiser, ce courage, si ce n’est dans la religion ?
II. Les parents sont tenus d'élever chrétiennement leurs enfants. Ce devoir de l’éducation bien comprise leur demande quotidiennement de généreux sacrifices, de pénibles renoncements. Car, s’ils veulent faire de leurs fils et filles des hommes et des femmes dont plus tard ils n’auront pas à rougir, il faut qu’ils commencent
1. Cf. Mer Baunann, Le doute et ses victimes, La foi et ses victoires. P. BouRGET, Poésies, Au bord de la mer. E. Dupzesay, Apologistes laïques de la j:: catholique.
par leur donner l’exemple d’une vie sans reproche. C'est alors que les pères et mères Verront combien le pratique des devoirs religieux est d’un incomparable secours. En effet, les mauvaises Passions sont toujours aux aguets, et, malheureusement, elles réussissent à faire tomber un grand nombre. Qui dira tout le mal qu'elles font là où la religion n’est pas pour les combattre.
III. De leur côté, les enfants doivent aimer, respecter leurs parents, et leur obéir. Or, ces trois devoirs, les enfants les accomplissent d'autant mieux qu'ils voient leurs parents mettre en pratique ce qu’ils leur commandent, et qu’ils croient en un Dieu qui récompense et punit ceux qui sont fidèles ou rebelles à ses ordres. Au réste, comment les Parents pourront-ils inculquer le respect et l’amour du devoir à leurs enfants, — c'est toute l’œuvre de l'éducation, — s'ils ne s'occupent pas de Dieu, source de toute obligation ?
IV. Une triste expérience démontre que les familles d’où la religion est absente, sont la plupart du temps en proie aux désordres et vouées fatalement à la ruine.
48. La religion est nécessaire à la société civile. — Cette nécessité résulte de ce que la religion est pour la société civile et un devoir et un besoin.
A. LA RELIGION sr uN DEVOIR POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE. Dieu est l’auteur de la société civile, car il a fait l’homme essentiellement sociable. Quoi qu'en dise en effet Jean-Jacques Rousseau, il y a en nous une tendance irrésistible à vivre avec les autres : le don du langage, l’histoire, les besoins si multiples et si impérieux tant de l'ordre moral que de l'ordre physique, etc. tout cela le prouve abondamment. Par conséquent la société, œuvre de Dieu, est obligée de rendre ai Créateur
les hommages qui lui sont dus. Autrement dit, la religion est un devoir pour la société civile.
B. LA RELIGION EST UN BESOIN POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE. Pour que l’ordre règne dans la société trois choses sont indispensables : 1) une autorité qui dirige les membres ; 2) la soumission des membres à cette autorité ; 3) des lois justes et efficaces qui déterminent les rapports des membres entre eux et avec l’autorité. Or, sans religion, pas d'autorité réelle, pas de soumission véritable, pas de lois justes et efficaces.
1) Sans religion pas d'autorité réelle. L'autorité vient de Dieu, et elle est un élément essentiel à la s0ciété. En effet, comment concevoir que plusieurs individus, libres, de tempérament et de caractère différents, tendent vers une fin commune sans un chef suprême qui imprime à chacun une impulsion efficace ? Ce chef, par ailleurs, ne peut pas commander en son propre nom puisque ses sujets lui sont égaux devant la nature. Il faut donc qu'il se présente à eux comme le représentant d’une autorité plus haute, sans égale, devant qui toute créature fléchit, l’autorité de Dieu. Et c’est la religion qui enseigne cette vérité.
2) Sans religion pas de soumission véritable. Le devoir n’est qu’un corrélatif du droit. Si donc le droit de commander ou l’autorité ne peut exister sans la religion, il en est de même du devoir d’obéir. Et d’ailleurs, où trouveren dehors de la religion un motif suffsant capable d'amener l’homme à entreprendre le lutte contre ses inclinations égoïstes et à remplir à l'égard d’autrui tous les devoirs de justice et de charité ?
Sera-ce la pensée du bien général, lequel doit être toujours préféré au bien particulier ? Mais quelle influence peut bien avoir cette pensée sur celui qui ne croit ni en
Dieu ni en la viefuture, qui ne cherche que le bonheur de la vie présente? Au reste, le bien général n’a ordinairement pas le don d’émouvoir outre mesure la masse des 8ens; et pourquoi lui sacrifier un bien certain, d’un intérêt immédiat, comme l’est le sien propre ?
Sera-ce le sentiment de l'honneurf Ce sentiment ne s'inspire pas de l’idée du devoir, et, par suite, de l’idée de Dieu, raison dernière, immuable de l'obligation. De plus, il change avec les époques, les lieux et les personnes. Et donc, pour ces deux motifs, le sentiment de l'honneur ne peut être une règle de conduite, la même Pour tous.
Sera-ce la culture de l'esprit? Sans doute la connaissance de nos devoirs peut avoir une certaine influence sur la moralité de nos actes. Mais la vertu ne se confond pas avec la science, et pour mener une vie vraiment honnête il faut une force que peut seule donner la religion. Au demeurant, les statistiques prouvent que les gens instruits ne sont pas toujours les plus moraux. Et parmi eux les crimes sont plus nombreux que parmi les ignorants.
Sera-ce enfin la joie que procure la pratique de la vertu? Si la fidélité au devoir a ses avantages, le vice de son côté ne manque pas de séductions auxquelles malheureusement l’homme ne reste pas toujours insensible. Aussi bien par inclination, il n’est pas toujours porté à suivre les attraits de la vertu. Il lui faut donc une norme plus fixe, une règle. plus puissante qui soit capable de l’arracher aux plaisirs trompeurs des Passions mauvaises et lui faire comprendre la beauté sereine du sacrifice, Cette norme, cette règle, c’est la religion !,