Mor GourAUD, ouv. cit. pp
cette vérité : “ Jésus-Christ s’est affirmé Dieu”. On ne saurait autrement rendre compte du langage tenu par le Sauveur, car les expressions dont il a fait usage, ‘seraient d’un fou si elles n'étaient d’un Dieu ”, (Mgr Bougaud.)
91. Valeur de l'affirmation de Jésus-Christ. — Il ne suffit pas que le Sauveur ait affirmé sa divinité. On peut se demander ce que vaut son affirmation. Notre Seigneur a été accusé de mensonge et d’impostue par une certaine école. Pour quelques-uns, il est un halluciné, un maniaque, un visionnaire.
A. JÉsus-CHRIST N’EST NI MENTEUR NI IMPOS- TEUR, 1) Son enseignement prouve sa grande sincérité. Il revient souvent sur la droiture. A ses disciples, il dit : ‘“* Dites oui, dites non, n’ajoutez rien de plus ; si quelque chose vient ensuite, c’est de trop...”
2) La conduite qu'il tient vis-à-vis de ses apôtres est loin d’être celle d’un imposteur. Il ne se sert pas de ces ménagements auxquels ont ordinairement recours les mystificateurs. Leurs faiblesses, il ne cesse de les démasquer, et, avec une franchise admirable, il les reprend pour les moindre fautes, et leur prêche la plus haute perfection.
3) Quand il s’adresse aux foules, il ne les flatte guère et il n’a pas peur de leur dire : “ Qui de vous me convaincra de péché ? ” Et les doctrines qu’il leur prêche, au lieu de les séduire, sont plutôt de nature à les rebuter, tant elles ont un caractère difficile et austère.
4) La sainteté et l'humilité éminentes de Jésus ne cadrent pas avec le mensonge et l’imposture. Cette sainteté, ceux qui ont vécu avec lui, l’ont reconnue. Saint Pierre saluait en lui le Saint et le Juste,et Jean- Baptiste l’appelait l’Agneau de Dieu. L’apôtre bien-
nt ur UE
aimé, saint Jean l'évangéliste, déclare que Jésus “ n’a jamais péché”. De son côté, saint Paul l'appelle le “ Pontife sans tâche ”. Jésus était aussi un humble. 11 faisait beaucoup de miracles, mais souvent il lui arrivait de dire : “ N’en parlez pas”, Il s’attachait de préférence aux petits, aux humbles et aux pauvres.
5) Désintéressé, doux, miséricordieux, tel fut encore le Sauveur durant toute sa vie, Sont-ce bien là les qualités dominantes de ces hommes pour qui le mensonge et la fourberie sont les principaux moyens de s'imposer à l'attention de leurs contemporains ?
B. Jésus-Cnrisr N’EST NI HALLUCINÉ, NI VISION- NAIRE, 1) Le succès obtenu par le Rédempteur démontre qu’il n'était pas un fou, un visionnaire. ‘ fe réussit jamais. Iln’a pas été donné jusqu'ici à l’égarement de l'esprit d’agir d’une façon sérieuse sur la marche de l’humanité ”. C’est Renan qui parle ainsi. Pou: lui, Jésus-Christ n’était ni un fou, ni un halluciné.
2) La doctrine d'un halluciné manque de cohésion dans l’ensemble. Et, quoique parfois, sur certaines questions, il y ait lueur de vérité, sur d’autres, par contre, pullulent les Plus flagrantes contradictions. Dans l’enseignement de Jésus, à part les vraies solutions des grands problèmes qui intéressent l'humanité, nous Y trouvons de la cohésion, un enchainement et une harmonie parfaite: Tout se tient, tout se développe vers un seul et unique but. Il n’y reste pas la moindre place pour introduire une hypothèse plausible à la folie.
3) Jésus-Christ est un génie devant lequel pâlissent tous les grands hommes de l’histoire. Mettant de côté sa divinité, on Peut aflirmer sans crainte qu’il est
un phénomène de premier ordre apparu dans le monde. Nous en avons pour garant la sublimite de sa doctrine. “ Les systèmes de Spinoza n’ont pas survécu à leur maître. Le système de Hégel est mort et ruiné comne toute’ :s œuvres humaines. Une seule philosophie est debout ; dix-huit siècles l'ont si peu usée, que c'est à peine si l'humanité commence à la -omprendre. C'est la doctrine de celui qui, seul, a pu ‘ire aux hommes : “ Si vous tenez à ma parole, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira :”.
4) Les adversaires de Jésus reconnaissent qu'il n’est pas un visionnaire. “J'avoue, écrit Jean-Jacques Rousseau, que la majesté des écritures m'étonne ; la sainteté des Évangiles parle à mon cœur.
‘“ Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe... comme ils sont petits auprès de celui-là !
‘“ Se peut-il qu’un livre à la fois si sublime et si simple soit l’ouvrage d’un homme ? Se peut-il que cel dont il raconte l’histoire ne soit qu’un homme lui-méme ? Est-ce là le ton d’un ambitieux sectaire ou d’un enthousiaste ? ”’ Ces paroles mémorables, pour êtr placées dans la bouche du vicaire savoyard, n’en 1: présentent pas moins les propres idées du philoso:: 2 de Genève. Combien d’autres incrédules ont reidu des témoignages semblables en faveur de Jésus et de sa doctrine * !
5) L'influence de plus en plus grande qu’exerce le Sauveur sur l’humanité prouve d’une façon péremptoire que son œuvre n’est pas celle d’un fanatique ou d’un halluciné. ‘“ Nous vivons du Christ : le Christ a imprimé sur no. intelligences et sur nos cœurs sa
k LasouLaye, Etudes morales et philosophiques, p. 56. . Cf. Durzessy, Apologistes laïques au XIXe siècle.
marque profonde, dont nous ne pourrions nous débarrasser ni nous séparer. Il a vaincu l'espace, et, d'un bout du monde à l’autre, tout homme lettré qui se respecte doit connaître son nom et posséder son Évangile dans un rayon de sa bibliothèque, fût-il musulman ou boudhiste. Il a vaincu les passions humaines, et, malgré les hurlements de toutes les passions humaines ameutées, de l’avarice, traquée dans ses derniers repaires, de l’impureté et de tous les crimes, il a mainteuu uroite, à travers tous les siècles, l'affirmation superbe de ses principes, avec toutes leurs conséquences : et toujours s’élancera son magnifique non possumus devant les tyrannies du cœur, devant les tyrannies des sens, devant les tyrannies de la raison révoltée, devant les tyrannies de l’orgeuil indomptable, Qu'il soit dans la bouche du Pontife suprême de notre Église ou dans la bouche du dernier des chrétiens, ce mot demeure la défense suprême, l'asile sacré de la vérité ; c'est le Christ qui a planté en nos cœurs, comme un drapeau de liberté, cette croix sainte, cette croix libératrice : ”.
Jésus-Christ n'est donc ni un menteur ni un fou. Aussi son affirmation est-elle d’un grand prix.
Concluons cette leçon par ce Passage caractéristique de Sainte-Beuve : “ Prenez les plus grands modernes antichrétiens, Frédéric, Laplace, Goethe : quiconque a méconnu complètement Jésus-Christ, regardez-y bien, dans l’esprit ou dans le cœur, il lui a manqué quelque chose.”
1. Pouin et Louriz, Conférences de Saint-Roch, Vie, La Divinité de Jésus-Christ, pp. 108, 109.
LECTURES
L'affirmation, Roupain, Leçons et Lectures d' Apologétique, pp. 368-
Adoration hypocrite, Mar Baunanp, Un siècle de l'Eglise de France, p. 178.
Examen de conscience de M. Renan, Man D'Huisr, Mélanges philosophiques, p. 520.