Lecture de l’Ecriture sainte
1) On ne
-—æ#urait exiger de tous les chrétiens sans exception qu'ils
lisent les Écritures sous peine de damnation. La lecture de la Bible n’est pas absolument nécessaire au développement de la vie surnaturelle, voire à la sanctification. Avant la composition des livres saints beaucoup se sont sanctifiés et se sont sauvés. Il est vrai qu'aux premiers siècles l'Église lisait publiquement aux fidèles la Sainte Écriture, elle la mettait sans defiance aux mains de tous ses enfants. D'autre part, nul n'a insisté plus que les Pères sur la convenance et l’utilite de se servir habituellement des Écritures ; mais la codition formelle bien qu'implicite de cette liberté, était le profit spirituel qu’en tireraient les chrétiens.
2) Mais l’on se ferait une idée très fausse de l’histoire du christianisme aux premiers siècles, si l'on se figurait les apôtres et leurs successeurs faisant fonction des distributeurs officiels de la littérature de la Société Biblique. Les Apôtres prêchaient la vérite, c’est à l’oute non aux yeux qu'ils s’adressaient : « La foi vient de ce qu'on a entendu ; et on a entendu, parce que la parole de Jésus-Christ a été prêchée, » (Rou., x, 17).
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3) D'ailleurs, on ne trouve ni dans l’Ancien ni dans le Nouv. ru Testament, ni dans la tradition des Pères, aucun passage où cette obligation soit formulée.
4) Au surplus, les occupations absorbantes du grand nombre, l'ignorance de la plupart, prouvent encore que la lecture de la Bible ne peut être une règle applicable à chacun ; car cette lecture ,pour être profitable, demande des loisirs, des connaissances que tous sont loin d’avoir.
5) En prineipe, l’Église catholique ne défend pas aux simples chrétiens de ïire la Bible et de se nourrir de la parole de Dieu ; elle n’est point opposée à l’usage universel de la Bible en langue vulgaire. Si, dans le cours des siècles, elle en a interdit la lecture en langue vulgaire (conciles provinciaux de Toulouse, 1229, et de Tarascon, 1234), c’est que, par suite de la licence des esprits ou par la faute des traductions suspectes, elle devint pour beaucoup une occasion de chute. Mais ces interdictions n'étaient que locales. Et jusqu’à Luther les traductions de la Bible en différentes langues ont continué de se multiplier sans que l’Église y mit obstacle. Alors, après avoir constaté que des lectures imprudentes, faites par des esprits téméraires et prédisposés aux nouveautées, favorisaient la diffusion d’erreurs redoutables, l’Église fut obligée, pour le bien même des fidèles, de tempérer la liberté qu’elle avait laissée. C’est en ce sens qu’il faut entendre la règle adoptée au concile de Trente et promulgué r Pie IV.
« Comme l’expérience a prouvé que la lecture de la Bible en langue vulgaire, si elle est permise à tous sans discernement, cause, par effet de la témérité des hommes, plus de dommage qu’elle ne procure d'utilité, qu’on s’en tienne en cette matière au jugement de l’évé-
que ou de l’inquisiteur, qui pourront permettre, d’après l'avis du curé ou du confesseur, la lecture des saintes Bibles, traduites en langue vulgaire par des auteurs catholiques, à ceux qu’ils auront jugés capables de fortifier leur foi et leur piété par cette lecture, au lieu d’en éprouver du dommage, ”” (Règle IV de l’Index).
Voici ce qu’a écrit Léon XIII à ce sujet : « Comme l'expérience a prouvé que si l’on permet à tout le monde, sans distinction la lecture de la sainte Bible traduite en langue vulgaire, il en résulte, vu la témérité des hommes, plus de dommage que d’utilité, toutes les traductions de la Bible en langue vulgaire, même faites par des auteurs catholiques, sont absolument interdites ; à moins qu’elles n'aient été approuvées par le Saint- Siège apostolique ou éditées sous la surveillance des évêques avec des notes tirées des saints Pères ou d’autres savants catholiques, » (ConsrT., Leonis XIII Officiorum ac munerum, CaP., II, n. 7).
En résumé, l’Église ne défend pas la lecture de la Bible en langue vulgaire : mais il faut que la traduction soit approuvée par le Saint-Siège ou l'Ordinaire, et que cette lecture soit faite dans un esprit pieux, humble et docile!,
LECTURES
J.-B. Mazox. La lecture de la Bible en langue vulgaire. T. I. p. 60,
R. P. BRUCKER, Questions actuelles d'Écriture Sainte. p. 94.
Vicourouy, Manuel biblique, t.}, p. 54-60 11e éd.
1. Cf, R. P. Biror, De insp, S. Script. p. 55: R. P. PèGuers, ” Une pensée de saint Thomas sur l'inspiration scriptuaire ‘’, Revue Thomiste, t. V, 1896, p. 206-214.
QUARANTF-SEPTIÈME LEÇON
LES SOURCES DE L'ENSEIGNEMENT DE L'ÉGLISE ROMAINE (suite)
SOMMAIRE.—213. Définition de la Tradition divine.—214. Les Saintes Ecritures ne sont pas l’unique source de la Révélation. 215. Les Saintes Écritures ne sont pas la première source de la Révélation.— 216. Les Saintes Écritures ne sont pas la princ1pale source de la Révélation.— 217. Autorité de la Tradition Divine.— 218; Où sont contenus les enseignements de la Tradition divine.— 219. Les règles de la Tradition divine.
, 213. Définition de la Tradition divine.— La L ffradition divine est l’ensemble-des-vorités-et-des-pré- “Læeptes révélés non contenus dans les Saintes Écritures * ‘et qui nous ont été transinis par des témoins dignes de fai, Comme la Bible, la Tradition divine est aussi une source des enseignements de l’Église. Pour prouver son existence, il suffit de démontrer que les Saintes Écritures ne sont pas l’unique, la première et la principale source de la Révélation.
/ / 214. Les saintes Écritures ne sont pas l’unique source de la Révélation.— Les écrivains sacrés déclarent qu’ils n’ont pas écrit tout ce qu’ils avaient appris de Dieu. Ils ont composé leurs ouyrages longtemps après avoir prêché de vive voix, et cela, par ccasion, soit pour affermir les fidèles dans la foi, soit pour
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a soit pour réprimer un &bus, soit pour quelqu’autre raison accidentelle. A la fin de son
Évangile, saint Jean affirme que «Jésus a fait beau-
coup d’autres choses », et il estime que si ces choses étaient écrites en détail, « le monde ne saurait contenir tous les livres qu'on en pourrait composer ». S-int Paul demande aux Thessaloniciens de s'en tenir aux traditions qu'ils ont apprises par ses paroles. Au reste, il y a des vérités de foi qui ne sont pas contenues dans la Bible, telles que la descente de Jésns-Christ aux enfers. Les saintes Écr.tures ne sont donc pas l'unique source de la Révélation.
215. Les saintes Écritures ne sont pas la première source de la Révélation.— La Révélation contenue dans les Saintes Écritures a d’abord été à l’état de tradition. Depuis Adam à Moïse la doctrine révélée n'était pas écrite. Elle s’enseignati, elle se transmettait par la parole, par la tradition. Ilest vrai que Moïse reçut de Dieu l'inspiration des livres saints, mais à côté de cet-enseignement écrit, subsista toujours une partie traditionnelle. En effet, à la tribu de Lévi incombait la mission de transmettre d’âge en âge, dans leur intégrité, toutes les vérités révélées. Jésus-Christ n’a rien écrit. Ce qu'il a commandé à ses apôtres, c’est d’aller «enseigner toutes les nations ». Ils ont prêché d’abord ; et, ensuite, pour certaines raisons particulières, par exemple, afin de prémunir les fidèles contre les hérésies, ils ont écrit. L’enseigneinent oral, la tradition dans l’Église, a donc précédé les Écritures, et elle reste le moyen normal de donner la Révélation.
216. Les saintes Écritures ne sont pas la principale source de la Révélation.—- Si la Bible était la principale source de la Révélation, Dieu ne se serait pas servi d’un moyen d'’instruire les hommes à la portée de toutes les intelligences. Lettre morte, susceptibles de divers sens, les Écritures seules, par elles-mêmes, ne
354 LEÇONS D’APOLOGÉTIQUE peuvent pas être comprises de tous, et sont une source
de beaucoup de diffenités. L'existence des différentes sectes protestantes, leurs variations incessantes, en sont une preuve. Dieu à donc dû prendre un autre moyen Pour conserver sa doctrine exempte d'erreur, un moyen plus facile, mieux adapté aux esprits. Ces moyens, c'est l’enseignement oral, la tradition.
217. Autorité de la Tradition divine.— La Tradition divine jouit d’une autorité égale à celle des Saintes Écritures. C’est l'enseignemeut des apôtres et des Pères de l’Église. Saint Paul écrit aux Thessaloniciens (11, 14) : (C'est pourquoi, mes frères, demeurez fermes et gardez les traditions que vous avez apprises soit par nos discours, soit par notre lettre, » Saint Grégoire de Nazianze appelle la Tradition la voix royale et Clément d’Alexandrie la proclame la cle* du ciel. Tous reconnissent son autorité et lui attribuent une valeur égale à celle des Saints Livres. Le Concile de Trente (sess, 1v) déclare anathèmes ceux qui la rejettent, et celui du Vatican dit qu’elle est une des sources de la Révélation.
218. Où sont contenus les enseignements de la Tradition divine.— Les enseignements de la Tradition sont contenus dans les symboles de la foi. les sentences doctrinales, les pratiques de l'Église, les écrits des saints Pères, les écrits des théologiens, les actes des martyrs, Îes écrits des hérétiques, Phistoire ecclésiastique, les monuments et le sentiment du peuple chrétien.
L SYMBOLES DE ro. On en compte quatre : le symbole des Apôtres, celui de Nicée, celui de Constantinople et le symbole de saint Athanase.
IL. SENTE CES DoCTRINALES. Ce sont les définitions dogmat.ques émanées soit des Souverains Pon-
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tifes parlant er cathedra, soit des conciles généraux avec lesquels le pape exerce son magistère suprême, soit des conciles particuliers sanctionnés par le Saint-Siège.
IT. PRATIQUES bEs ÉGLISES. Par pratiques des Églises, il faut entendre la liturgie, c’est-à-dire les rites du culte publie, surtout ceux du saint sacrifice de la messe, les rites employés dans l’administration publique et solennelle des sacrements, les prières, les offices publics, ete.
IV. ÉcriTs Des saINTs PÈRES. Les Pères de l'Église sont les écrivains ecclésiastiques qui ont surtout brillé par l’'éminence de leur doctrine, leur sainteté, et dont les oeuvres hautement approuvées par l’Église remontent à l'antiquité. D'autres, en raison de l'étendue exceptionnelle de leur érudition, à cause de leur zèle, pour les services signalés rendus à la religion, ont recu le titre de Docteurs de l’Église. Sont appelés simplement écrirains ecclésiastiques ceux à qui il manque la sainteté et l’approbation de l’Église, ou du moins, qui n’ont recu qu’une approbation restreinte. Au nombre de ceuxci on place Clément d’Alexandrie, Origène, Eusèbe de Césarée, etc.
V. Écrirs pes rHÉOLOGIENS. Les théologiens ont pour mission d’exposer la doctrine catholique en faisant voir la valeur des preuves d’autorité ou de raison qui l’appuient. Le prince des théologiens est saint Thomas d'Aquin.
VI. L:s ACTES DES MARTyYRs. Ce sont les écrits qui contiennent les réponses, les prières, les exhortations de ces héros de la foi. On y trouve la profession des principaux dogmes de la religion.
VIT. Écrirs pes nÉRérIQUES. Les hérétiques sont des témoins de la Tradition divine. En se séparant
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de l’Église ils ont conservé certains dogmes et ils en ont rejeté d’autres. Ces dogines conserrés on rejetés étaient, au moment de la séparation, l’objet de la croyunce universelle, et admis depuis longtemps. C’est pourquoi les livres des hérétiques ont servi à réfuter les protestants.
VIIL. L'Histoire ECCLÉSIASTIQUE. En nous apprenant ce que l’Église a cru et enseigné aux différentes époques, ce qu'ont écrit ses Pères, ses docteurs et ses théologiens, en mettant sous nos yeux les événements accomplis depuis les apôtres jusau’à nos jours, l’histoire ecclésiastique témoigne en faveur de la Tradition.
IX Les MonumEenTs. Les monuments comme les inscriptions, les sculptures, les peintures, surtout ceux qui remontent aux premiers siècles, sont des témoins irrévocables de la Tradition divine.
X. LE SENTIMENT DU PEUPLE CHRÉTIEN. Pour les choses de la foi et des mœurs qui doivent être explicitement connus de tous, et partout, qui sont à la portée de toutes les intellig ces, le sentiment de la masse des fidèles est un critérium à bon droit invoqué en faveur de la Tradition!.
219. Les règles de la Tradition divine. — Si la Tradition divine est une source des enseignements de l’Église, il faut pouvoir la distinguer de celles qui sont purement humaines. Aussi bien, on ne peut pas impunément interpréter la Tradition à sa guise, Comme pour la Bible, on doit recourir au magistère infaillible de l’Église, Afin d'éviter toute confusion, certaines règles sont nécessaires. Elles peuvent se ramener à trois.
1. Un professeur de Séminaire, ouv, cit., IIIe pr:tie, PP. 49-500.
L APPARTIENT A LA TRADITION DIVINE toute doctrine non contenue dans les Saintes Écritures, mais admise comme de foi par l'Église. Ainsi la descente de Jésus aux enfers n’est pas contenue dans la Bible. Cependant, c’est un dogme de foi, il est du domaine de la Tradition.
IT. APPARTIENT 4 LA TRADITION DIVINE toute coutume existant depuis des siècles dans l’Église et dont l’origine ne peut être attribuée à aucun concile, aucun pape, tels le jeûne du carême, le signe de la croix.
III. APPARTIENT A LA TRADITION DIVINE tout dogme, toute loi, dont ne parlent pas les Saintes Écritures, mais au sujet desquels sont unanimes ou presque unanimes les saints Pères.
Pour résumer, ce qui caractérise la Tradition divine, c'est l’universalité, l'antiquité, l'unanimité. En effet, selon saint Vincent de Lérins, (ce qui a été cru partout, toujours et par tous les fidèles, ne peut avoir qu’une origine apostolique »!.
LECTURES
Écriture et Tradition, J. FonNTaAINE, Les infiltrations protestantes et l'exégèse du Nouveau Teatament, p. 233.
Le Christ de la première prédication, Conf, Apologétiques, Lyon, 1910, pp. 201-204.
Défense de la Tradition, BossueT, préface.
1 TERRASSE, ouv. cit., pp. 168-170.