Assé Hays, Recueil d'objections, pp
II. Les ABUS QU'ON LUI REPROCUE. Ces abus que l’on met au compte de l'Église ont trait surtout aux moyens employés pour faire avouer les accusés. aux peines infiigées et au nombre des victimes.
A, MoÿENs EMPLOYÉS POUR FAIRE AVOUER LES accusés. Le moyen le plus fré juemment en usage était la torture. Sans doute ce procédé barbare ne cadre pas beaucoup avec notre mentalité contemporaine È
mais hâtons-nous de dire les MŒURS DU TEMPS EN SONT SEULES RESPONS * C'était le moyen em-
ployé par les tribunaux : maires du temps. Il ne faut donc pas s'étonner que le tribunal de l'Inquisition p’ait pas toujours été doux envers les hérétiques. Mais pour juger à bon escient de ce procécé, on doit se reporter à cette époaue. L'Inquisition représente des rigueurs que tous les bons esprits de ce temps estimaient justes et nécessaires, parce que les hérétioues leur apparaissaient, non sans raison comme de dangereux pertubateurs!. »
B. PenesiNruiGées. La mort par le feu était très en usage au moyen àge pour châtier les condamnés ordinaires. Que l’on se soit servi de la même peine contre les hérétiques relapses, il re faut pas en rendre l'Église responsable, c’est encore Li MŒURS DE L'ÉPOQUE QUI EN SONT LA CAUSE. On explique ainsi le régime dur auquel étaient oumis les prisonniers de l’Inquisition.
Leur sort n’aurait pas été plus envieble dans les prisons de l’État.
C NOMBRE DES VICTIMES. Au témoignage des historiens les plus sérieux, le nombre des hérétiques livrés au bras séculier par l'Inquisition, c'est-à-dire condamnés à mort, est relatirement peu élevé. Si l’on excepte
1, Mon o'Husr, Conf. de Notre-Dame, 1895
l'Espagne (dans ce pays l'Inquisition fut l’œuvre (1478) de Ferdinand et Isabelle, et devint petit à petit un tribunal exclusivement civil), il n’est pas éxagéré d'affirmer que durant les trois siècles que dura son fonctionnement, le tribunal de l'Inquisition prononça dans l’ensemble des pays catholiques moins de condamnations à mort que n’en prononcèrent en France les tribunaux révolutionnaire pendant la seule année 1793-1794.
IV. EXxAGÉRATIONS FT FAUSSETÉS DES ENNEMIS DE L'ÉGLISE AU SUJET DE L'INQUISITION. a) Ils par- Jent de milliers de victimes qui n’ont jamais existé, et donnent de l’'emmurement qui était, simplement une prison très sévère, une description tout à fait inexacte.
b) Ils ne disent pas que dans certaines pri- ns de l’Inquisition on jouissait d’une demi-liberté. Ils insistent sur quelques cas de cruautés révoltantes, heureusement très rares, pour laisser croire que les choses se passaient toujours ainsi.
c) Jamais ils ne font la moindre allusion à la cruauté générale des mœurs au moyen âge ; et partant, il leur est plus facile de faire retomber sur l’Église tout ce qu’il peut y avoir d’'inhumain dans l’histoire de l’Inquisition.
d) Ils se gardent bien de dire que les hérétiques, jusque-là condamnés sommairement et en masse, gagnèrent à l'établissement de l’'Inquisition. (On peut penser que l'institution et le fonctionnement des tribunaux de l’Inquisition réalisaient un véritable progrès dans les mœurs ; non seulement ils avaient fermé l’ère des exécutions sommaires, mais encore ils avaient diminué
considérablement le nombre des condafnnations qui aboutissaient à la peine de mort”. »
1 VACANPARPe L'Inguisition, p. 230,
e) Ils ne font point remarquer que les tribunaux de l’Inquisition se montraient d'autant moins sévères qu'ils ne relevaient que de l'aurotité religieuse. A Rome, l’Inquisition fit peu de victimes. En Espagne, où elle devint en fait un tribunal politique, elle répandit beaucoup de sang. Les papes protestèrent plusieurs fois contre ces rigueurs.
f) Les ennemis de l Église ne parlent pas des ambitions des juges civiles qui, pour s'enrichir des biens confisqués aux condamnés, poussaient les membres du tribunal de l’Inquisition à se montrer impitoyables.
282. La croisade des Albigeois. — [. HÉRÉSIE pes AzgiGrois. Cette hérésie prit naissance dans la ville d’Albi, — d’où le nom d’Alhigeois, — vers l'an 1200, et de là se répandit dans le midi de la France. Les partisans de cette secte condamnaient le mariage et la famille; et, semblables aux anarchistes de nos jours, ils regardaiert comme une chose mauva.. qu'il y eut une autorité et des lois. On les a donc présentés avec raison comme dangereux pour la société. De plus, ils n’admettaient qu’an seul sacrement : le consalamentum. Ceux qui l'avaient reçu étaient appelés les parfaits, lesquels, du reste, ont été souvent accusés d’allier les plus honteux désordres à leur doctrines austères. Les adeptes de cette secte étaient soumis à des jeûnes exce:sifs.
II Ce que FIT L'ÉGIISE POUR LES RAMENER ÂAL- BiGEOIS À LA FOI. Comme cette hérésie se répardait de plus en plus et devenait un danger menaçant pour l Église et l’État, le Pape Innocent ILI, conscient de son devoir se vit obligé d'intervenir. Employant d'abord la douceur, il leur envoya des missionnaires instruits et zélés pour ramencr au bercail ces pauvres brebis éga-
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rées. Leurs efforts échouèrent, car les seigneurs du midi de la France soutenaient les hérétiques de leur influence et de leur argent. En 1207, le légat du Pape, Pierre de Castelneau, fut assassiné.
III. LA CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS ÉTAIT MoTIvÉE. Innocent III, en présence des faits, fit prêcher une croisade : c'était le moyen suprême pour enlever le sud de la France à la domination des hérétiques. Il se vit réduit à employer la force parce qu'il n'aurait pas réussi autrement. Les dangers de toutes sortes que courait cette partie du royaume de France, et ensuite, la conduite des seigneurs qui soutenaient les hérétiques contre le pape, en voilà assez pour justifier Innocent III d’avoir recouru à la croisade.
On sait ce qui s’en suivit. Les seigneurs du nord de la France, moins dans le zèle religieux que dans le but de piller et de s’enrichir, vainquirent les seigneurs du midi et s’emparèrent de leurs terres. Sans doute, il y eut bien des injustices, bien des cruautés, bien des massacres, très exagérés d’ailleurs par les ennemis de l’Église, commis à cette occasion, mais il serait injuste de mettre tous ces crimes sur le compte de la papauté. Innocent III fit tout ce qu’il put pour réprimer les cruautés qu’on exerça contre les Albigeoïs ; il n’avait qu’un but, leur conversion. Le témoignage véridique de l’histoire prouve qu’Innocent III fut pour son époque d’une douceur et d’une,modération extraordinaire, et loin d’avoir exigé le massacre des Albigeoiïs, il ne réclama jamais la peine de mort contre aucun hérétique. Et doncles crimes réels que l’on peut reprocher à la croissade des Albigeoïs, ce sont les mœurs brutales du temps qui en sont responsables.
283. Le massacre des Vaudois. — I. LES FAITS. Les Vaudois, descendants d'anciens hérétiques du
moyen âge, habitant plusieurs villages, avaient ohtenu plusieurs fois du roi de France que l'ordre de destrucne fût pas exécuté. Cependant en 1545, ces hérétiques attiraient de nouveau l'attention des autorités ; car ils venaient de se révolter contre le pape, souverain d'Avignon, dont ils étaient les sujets, et de piller un abbaye. Alors, malgré les efforts du cardinal Sadolet, le premier président du parlement d’Aix obtint que l'arrêt serait exécuté. Un chef de bande, Paulin de la Garde, fut chargé de la destruction des villages. 1] pilla, incendia et massacra dans cinq villages bien que l'arrêt ne prescrivit pas de mettre leurs habitants à mort.
IL. IirerprÉTATION pes Faits. L'Église n'eut rien à voir dans ce massacre ; ce fut une affaire politique. A preuve, plusieurs Églises ont été pillées et de nombreux catholiques massacrés. Paulin de la Garde fit simplement ce que faisaient à son époque tous les capitaines de bandes. Les détails odieux du massacre des Vaudois, se retrouvent à chaque instant dans l’histoire des guerres du XVIe et du XVIIe siècle. Les événements de 1545 sont le fait de la férocité des soldats. Ajoutons que le nombre des victimes a été grandement exagéré.
284. La Saint-Barthélemy.— I. Les FAITS. Marie de Médicis, mère du roi Charies IX, indifférente en matière de religion, voulait garder le pouvoir à tout prix. Alarmée de l'influence que l'amiral Coligny, chef du parti protestant, prenait sur l'esprit de son fils, elle résolut de le faire assassiner. Elle s’entendit pour cela avec Henri de Guise, chef des catholiques, qui attribuait à Coligny le meurtre se son frère , François de Guise. Le coup manqua, l'amiral ne fut que blessé. Charles IX jura de venger Coligny, victime d’un aussi
lâche attentat. Se croyant perdue, Catherine de Médicis tâcha par tous le moyens de persuader à son fils que tous les chefs protestants devaient être massrcrés. Elle réussit. Les chefs seuls devaient être tués, d’après l'ordre du roi. Mais quand le massacre fut commencé, il devint impossible de l’arrêter. On iguore le nombre exact des victimes. Ce massacre eut lieu à Paris, le 24 août 1572, le jour de la fête de saint Barthélemy, de là son nom.
IT. INTERPRÉTATION DES FAITS. a) Le massacre de la Saint-Barthélémy fut un crème d’État. Catherine de Médicis en fut l'inspiratrice, non pour défendre le catholicisme, mais pour garder le pouvoir. {La Saint- Barthélemy, ce crime abominable, qu'égalent seuls dans notre histoire les massacres de septembre, n'eut pas même pour excuse, chez ceux qui l'ordonnèrent, le fanatisme religieux ; ce ne fut, osons trancher le mot, qu'un expédient, la dernière ressource de la souveraine aux abois après l'assassinat manqué de l'Amiral!. »
b) Aussi l’Église n’y fut pour rien. On a accusé Pie Y d’avoir poussé la cour de France à ce massacre. Mais, d’après une lettre authentique adressés à Marie de Médicis le 28 mars 1569, ce pape voulait une guerre ouverte et non un massacre. D'ailleurs lorsque Pie V mourut le 1er mai 1572, Catherine ne songeait pas encore à se débarrasser des protestants. Quant au pape Grégoire XIII, l’on sait qu’à la nouvelle du massacre il fit allumer des feux de joie. et alla en grande pompe à l’Église Sainte-Marie-Majeure chanter un Te Deum. Mais l’on sait aussi que le pape fut trompé. Charles IX et Catherine lui envoyèrent, comme aux autres chefs d’État, des ambassadeurs pour lui annoncer que le roi
1. BaupriccarT, L'Église catholique, la Rrnaissance, le Protestantisme, p.161.
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venait d'échapper à une vaste conspiration. Le nonce Salviati de Paris ne détrompa point le pape ; celui-ci, croyant bien ce qu'on lui avait appris. considéra la Saint-Barthélemy somme un moyen de légitime défense, étant donné le péril grave qu'avait couru le roi de France.
285. La Révocation de l’Édit de Nantes.— I. Les rarrs. En 1598, le roi de France Henri IV avait accordé aux protestants, par l'édit de Nantes, le libre exercice de leur culte. En 1685, le roi Louis XIV le leur retira. Ce fut la Révocation de l'édit de Nantes. Ce qui amena Louis XIV à agir ainsi, c’est la conduite des protestants. Ceux-ci, en effet, depuis la mort de Henri IV, ne cessèrent point d’avoir des relations avec l'étranger. On connaît leurs démêlés avec Richelieu, leurs révoltes. Un de leurs chefs les plus célèbres, le duc de Rohan, cherchait à détacher les midi de la France, et à former une fédération indépendante sous la protection de l'Espagne. Avant de révoquer l’édit de Nantes, Louis XIV, soucieux de ramener l'unité de foi en France, essaya de gagner les protestants par la persuasion. Incapable de réussir par ce moyen, le roi se vit obligé de faire appe! a la violence. Sur le conseil de Louvois, le ministre de la guerre, il employa (les dragons ». Ceux-ci logèrent chez les protestants réfractaires et s'y livrèrent à des brutalités odieuses connus sous le nom de Dragonnades. Yes conversions en masse se produisirent, dont la plupart n'étaient pas sincères. Alors, Louis XIV, persuadé qu'il n’y avait plus qu'un petit nombre d’obstinés, révoqua l’édit de Nantes, le 22 octobres 1685, et fit continuer les dragonnades partout
où l’on soupçonna des protestants.
II. INTERPRÉTATION Des FaITs. a) L'Église a blâmé les actes brutaux des dragonnades, Toute la res-
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ponsabilité en retombe sur le pouvoir civil et en particulier sur Louvois. Beaucoup d'évêques ne voulurent pas recevoir les dragons dans leur diocèse, entre autres Bossuet'. Innocent XI recommanda au roi de se montrer bienveillant. i
b) La Révocation de l’édit de Nantes fut un acte plus politique que religieux, l'œuvre du roi et de ses ministres. L'Église ne l’a j*mais demandée. Quand on songe aux idées du temps sur la souverainté royale, si l’on tient compte des griefs contre les protestants, on pourra s'expliquer pourquoi le clergé de France et l'immense majorité des Français accueillirent avec enthousiasme l'acte de Louis XIV. Les idées de tolérance n étaient pas très en honneur en France, comme dans les autres pays, au XVIle siècle.
c) À cette époque, l'exercice de la religion catholique était rigoureusement interdit dans les pays protestants. De même le culte protestant était prohibé en pays catholiques. De 1598 à 1685, la France fit execption à ce qui était la règle dans les États européens. Elle y revint en 1685 par ia Révocation de l’édit de Nantes’.
LECTURES
Comment fut adopté et accepté l'édit de Nantes, YVES DE LA BRiÈRE Etudes, 20 mars, 5 avril 1904.
L'Église et L'État. Mon v’Huzsi. Carême de 1805, Conf, ce No'ic- Dame.
L'Église catholique. Léox Désers, Instructions apolégétiques.