‹ Leçons d'épigraphie assyrienne professées aux cours libres de la SorbonneChapitre 33 sur 33 · DEUXIÈME BRIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME BRIQUE

au Kic^tir-Nak-hu-un-ti suanak

Sunut'-rur-uk'Nah'hvr-un-ti gi ik li'haHik ha ni-ik an-in

Su^si^na-^ qi-ik su un ki ik an-^za^-an su su un ka ht ^an la ga mi . /

ri me mi si ahi jna na sar ru ga ma hi a ak ku si ih e an in

Su^si-na-^k na par u ri hu ut ti ak li ka mi is ku ka mu bar ti la ak ni

na.

Nous pouvons suivre encore ici la filiation des rois susiens comme nous avons suivi celle des rois d'Arménie dans les textes de Van. Nous trouvons d'iibord " HaUudus ^^ puis " Sutruk-Nahunta ^^ puis " Kutir- Nahunta^^ et cette filiation nous est indiquée par des signes dont la lecture nous est assurée, mais la forme susienne nous échappe.

Ces noms, comme la plupart des noms assyro-chaldéens sont composés de deux éléments dont l'un renferme une forme invocatoire et l'autre le nom d'une divinité. Cette divinité est mentionnée plusieurs fois dans les inscriptions susiennes et la comparaison des différentes formes sous lesqueUes son nom se présente nous montre que les Susiens connaissaient les mêmes combinaisons graphiques, pour l'expression de la syllabe complexe que les Assyriens; il nous suffit de rapprocher les deux formes.

Nah-'hvr-un-'ti et Na-^ah-hvr-un'-ti.

Nous avons donc encore ici, non-seulement l'identité du système graphique, mais encore l'identité des procédés.

Les inscriptions de Suse offrent dans leur ensemble une lecture plus facile que les inscriptions de Van, mais elles sont plus difficiles à comprendre ; les idéogrammes y sont ou y paraissent plus rares, et cependant les noms royaux nous prouvent que l'élément kvdur pouvait s'écrire à Suse sous les deux formes propres à l'Assyrien. Les éléments idéographiques et les éléments phonétiques s'échangeaient dans les noms de Kutir-Nahunta comme dans celui de Nabuchodonosor.

On voit que l'expression sak veut dire " fils ^^ comme l'expression an-in veut dire " roi ; ^^ mais ces termes ne nous donnent rien sur la langue de Suse.

Le nom de Suse qui figure dans les textes assyriens sous la forme Stcsan nous est donné dans les textes susiens avec la flexion Susinak.

Cette flexion nous renseigne sur le caractère de la langue susienne ; il est évident qu'elle diffère par ses flexions de l'Assyrien et de l' Armém'aque. Les terminaisons akj ikj ka, abondent et donnent aux lectures qui se dégagent de la valeur des signes, des nuances qu'il est impossible de confondre avec celles des autres idiomes.

Nous pouvons lire encore le nom de la ville de " Anzan ^^ que nous trouvons dans les textes de Sennachérib de même que dans les textes de Suse, mais c'est tout ce que nous pouvons tirer de la lecture de ces inscriptions.

11 est certain que nous sommes en présence d'une langue différente de celles que nous avons signalées; nous en lisons sans doute l'expression, mais nous ne pouvons en comprendre le sens d'une manière précise et

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rigoureuse, parce que nous ne pouvons la rattacher, ni par ses racines, ni par ses flexions à une des langues congénères dont elle faisait partie ; aussi, sur ce point, nous en sommes encore réduits aux plus vagues conjectures.

Voici dans quelle circonstance le nom du roi susien nous est fourni par Sargon :

Un roi du pays d'illipi (l'Albanie du Caucase), Dalta, soumis à Sargon vint à mourir ; il laissait deux fils, Nibi et Ispabara, fils de mères différentes; ils se disputèrent le trône. Nibi s'adressa, pour soutenir ses droits à Sutruk-Nakhunta, roi d'Elam, et Ispabara à Sargon, roi d'Assyrie. Sargon marcha au secours d'ispabara, défit Nibi et Sutruk-Nakhunta et remit Ispabara sur le trône.

Voici, du reste, comment s'exprime Sargon dans ses inscriptions ; en remettant ainsi un texte assyrien à côté du texte susien, nous saisirons mieux la différence qui sépare les deux idiomes.

TRANSCRIPTION

Ina y urne Dalta sar mat Illipi ardut sadid niHya^ murât adanni iksudassuma illika uruk muti. Nebie Ispabara hahli hirati asab ktissu sarrutisu matsu biltuv istinis izuzuva ibhusu tahasu. Nibie assu turri

gimillisu eli Sutikrak-Nahunti sar mat Elamti irassiva

sahru iddinsuva illika risuicssu. Ispabara ana turri gimilli au idir napisti ina supie au temiki u^allaniva erisanni sahru. VII sapiHya adi ummanatisunu ana turri gimillisu asbur sa Nibie aai ummam Elamti risisu ina er Marubisti iskunu tahta su Ispabara ina kussusu tcsesib mai Illipi dalihtav utakkinva tcsadgila pantcssu.

TRADUCTION

{Les Fastes j 1. 117.) — <c Pendant ses jours, Dalta, roi du pays d'illipi, était soumis et dévoué à ma domination. Les infirmités de Tâge vinrent et le conduisirent à la mort. Nibi et Ispabara, les fils de ses épouses, revendiquèrent chacun pour soi, l'occupation du trône de son empire, le pays et les impôts ; ils se préparèrent au combat, Nibi s'adressa, pour soutenir ses prétentions, à Sutruk-Nakhunta, roi d'Elam ; il lui donna

la promesse de sa sujétion et il s'avança pour commencer les hostilités . Ispabara, de son côté, pour soutenir sa cause et pour appuyer son courage^ se prosterna et s'humilia devant moi, il me demanda mon alliance. J'envoyai sept de mes généraux et leurs armées pour soutenir ses prétentions ; ils mirent en fuite, à la ville de Marubisti, Nibi et l'armée d'Elam, qui l'avait assisté. Je replaçai Ispabara sur son trône, je rétablis la paix dans le pays et jef le lui confiai . »

Messieurs,

Nous sommes arrivés au terme de notre tâche; le programme que je m'étais tracé pour cette année est rempli, ou du moins me paraît rempli. Je m'étais engagé à vous faire connaître les grands principes qui doivent assurer les lectures assyriennes ; nous les avons posés, nous les avons contrôlés par des exemples, et la lecture des différentes inscriptions écrites en caractères cunéiformes nous a prouvé que la valeur de ces signes bizarres, appliquée aux textes assyriens, avait révélé une langue que nous pouvons saisir par ses racines, par ses flexions, et dont on a pu, en un mot, reconstituer le vocabulaire et la grammaire. Il n'en a pas été ainsi des autres textes ; les noms propres seuls peuvent en être dégagés et nous ne comprenons encore que ce qui est exprimé idéographiquement.

Le caractère de la langue assyrienne se présente donc comme la conséquence de nos lectures et non pas comme le principe sur lequel nous devions les appuyer.

C'est ce caractère que nous essaierons ultérieurement d'étudier et qui formera le programme des leçons que je me propose de continuer devant vous.

Je devais, Messieurs, laisser à cet enseignement qui seproduisaitpour la première fois le principe élémentaire que les nécessités imposent à toute science qui se fonde ; je n'ai pas cru devoir faire devant vous un étalage facile du résultat des difficultés laborieusement vaincues. J'ai voulu vous initier aux procédés qui permettent de vaincre ces difficultés et votre assiduité m'a prouvé que j'avais été compris. Votre bienveillante

attention ne m'a pas fait défaut et m'a soutenu dans la tâche que j'avais entreprise. Je suis heureux de retrouver encore aujourd'hui parmi vous quelques-uns de ceux qui ont assisté à notre premier entretien ; votre empressement et votre persévérance sont pour moi la plus douce récompense de mes efforts. En élevant graduellement nos travaux, à mesure que vos progrès et les miens le permettront, nous arriverons un jour à discuter les textes que nous n'avons fait qu'entrevoir, et nous obéirons ainsi l'un et l'autre au dévebppement nécessaire de nos recherches qui nous poussent toujours en avant.

Permettez-moi, Messieurs, en nous séparant aujourd'hui de compter toujours sur votre bienveillante sympathie ; aussi je ne vous dis point adieu, mais au revoir !

IMPRIHERIB S. CAONIARD, RUES JEANNE-DARC ET DES BASNAOE, ROUEN.

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