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CHAPITRE XXXV1I

ANOMALIES VEGETALES.

Je vous ai montre jusqu’ici les plantes telles qu’elles s’offrent à nous dans leur état habituel. Je vais à présent vous entretenir des anomalies végétales.

§ I*r. — Des anomalies végétales considérées en général.

Sous ce nom on désigne toute différence organique accidentelle qui éloigne un individu de la structure propre à son espèce.

Avec des différences de cette nature il faut bien se garder de confondre la maladie ou des effets produits par elle.

L’anomalie est une modification qui s’est opérée dans la formation ou le développement des organes, indé-

Définition d« l'anomalie .

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ANOMALIES VÉGÉTAI. ES.

pcndammenl de toute influence sur la santé; d’où la possibilité d'un être anomal jouissant d’une santé parfaite. La maladie, au contraire, trouble la santé, indépendamment de toute modification insolite; d’où la possibilité d’un individu malade sans altération appréciable. C’est pendant la formation ou le développement des organes que survient l’anomalie; la maladie arrive après ce développement ou celte formation. L’une change la direction de ce qui allait se faire, l’autre modifie ce qui est déjà fait.

Les anomalies végétales ne sont pas, comme on l’a dit si

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l" souvent autrefois, des jeux de la nature, des désordres bizarres dus à des causes fortuites. Ce sont des modifications particulières dont l’explication peut toujours être ramenée! à des principes communs, simples corollaires des lois les plus générales de l’organisation.

L’anomalie est un autre arrangement qui a ses limites et scs règles; elle nous offre quelquefois la transition d’un ordre habituel à un ordre nouveau, et quelquefois le mélange de tous les deux.

Il ne faut point chercher scs caractères en dehors de l’organisation végétale; ils sont étrangers seulement à l’espèce affectée. Les phénomènes anomaux offerts par certains individus se rencontrent à l’état normal dans d’autres végétaux, et entre deux fleurs, l’une monstrueuse, l’autre normale, il n’y a souvent d’autre différence qu’un état accidentel chez la première et un état habituel chez la seconde. La monstruosité peut donc être considérée comme l’application insolite à un individu , ou à un ensemble d’organes de la structure normale d’un autre ensemble d’organes ou d’un autre individu ; c’est une organisation transposée. Par conséquent, les lois de la tératologie ou la connaissance des monstruosités ( teratologia) sont les mêmes que celles de l’organographie.

ANOMALIES VEGETALES.

Los horticulteurs ont toujours fait des efforts pour conserver certaines monstruosités végétales, qui sont pour nous des objets d’agrément ou d’utilité ; mais , pendant très- longtemps, les botanistes ont négligé l’étude des anomalies; ils affectaient de dédaigner ces dernières, et les plus célébrés d’entre eux regardaient les monstres végétaux comme des êtres qui dégradaient la nature cl n’offraient aucun intérêt pour la science. Le petit nombre de faits tératologiques que l’on trouve dans les ouvrages des savants des deux derniers siècles avaient été observés sans but et sont décrits sans aucune liaison.

C’est à peine depuis une quarantaine d’années que ces faits ont été recueillis avec avidité et rapprochés avec discernement. La philosophie n’a plus négligé les monstruosités végétales. On a recherché les causes d’un état uniquement remarquable parce qu’il est insolite, les dispositions qui le favorisent, les obstacles qui l'empêchent de se produire ; on a cessé d’appeler contre nature ce qui n’était que contre l’habitude ; on a reconnu que l’étude de l’ordre monstrueux, s’il est permis de s’exprimer ainsi, conduisait souvent à une connaissance plus approfondie de l’ordre habituel; enfin on a senti combien la tératologie était utile au naturaliste non-seulement pour l’amener à déterminer, d’une manière plus précise, les lois de l’organisme, mais encore pour l’éclairer sur les rapports naturels des plantes.

Les anomalies offertes par les végétaux peuvent être lé- D«w»r*«»<r.gères ou graves.

J’ai déjà eu occasion de vous parler des premières (p. 779); elles sont, en général, simples; elles ne produisent point de difformités cl ne mettent aucun obstacle à l’exercice des fonctions. C’est pour elles que l’usage a consacré le nom de variété ( varietas ).

Les anomalies graves sont plus ou moins complexes; elles

Durée de» va riélcs.

Leur origine-

déterminent des difformités plus ou moius sensibles et rendent l’exercice des fonctions difficile ou môme impossible. On les nomme spécialement des monstruosités ( mons trositas).

Je vous entretiendrai successivement des unes et des autres.

§ 11. — Des variétés.

Fort souvent les caractères qui constituent les variétés sc montrent après la naissance du végétal ; quelquefois plusieurs années se passent avant qu’on les voie paraître; dans d’autres cas, elles subsistent pendant toute la durée de l’individu , et il est même des circonstances où elles deviennent héréditaires.

Les variétés semblent dépendre beaucoup moins des dispositions organiques que de certaines influences étrangères au végétal ; aussi peuvent-elles devenir plus ou moins sensibles, suivant la puissance ou la faiblesse, la persévérance ou la disparition des agents extérieurs qui les ont fait naître.

La culture exerce une très grande influence sur la production des variétés et sur le maintien ou l’extension de leurs caractères; elle peut aussi, dans certaines circonstances , affaiblir considérablement ces derniers et même les faire disparaître.

Une autre cause qui amène des variétés , c’est le croisement. Je n’ai pas besoin de vous dire que les caractères de celles qui sont dues à cette cause doivent nécessairement se montrer dès l’instant où naît le végétal.

Quand la multiplication peut propager une variété, c’est presque toujours à l'aide de la greffe ou par le moyen de boutures , de tubercules ou de marcottes.

Les physiologistes ont distingué trois sortes de variétés, d’après le degré de persévérance qu elles peuvent offrir et la manière dont elles sont susceptibles de se multiplier. On a nommé variations (variatio) toutes déviations du type spécifique qui, étant produites par des agents extérieurs tels que les différences de climat , la nature du sol, l’ombre ou la lumière, cessent d’exister quand ces influences disparaissent.On a appelé variétés propremen t di les (varietas vera ) toutes les déviations qui se conservent malgré l’absence des modifications que je viens de vous indiquer et qui se propagent par marcotte et par bouture. Enfin on a désigné sous le nom de races (slirpes) les déviations qui se maintiennent sous des influences différentes et se propagent par des graines.

Les variations, les variétés proprement dites et les races diffèrent de l’étal normal ou par leur coloratiou , ou par leur consistance, ou par leur taille, ou bien, enfin, par la présence ou l’absence des organes accessoires (1).

(il Les variétés ont été classées comme il suit par M. Moquin- Tandon .

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