BASES D'URE CLASSIFICATION RAISONHÉE
Avant de commencer Tétude proprement dite des divers procédés mis en usage dans la fabrication des poteries , nous allons essayer d'établir une classification raisonnée de ces sortes de produits.
La classification admise par les douanes, telle que nous l'avons donnée, tome I, page a4, quoique suffisante en général pour le but que le législateur se propose, nous parait trop large ; car elle réunit dans un même groupe des produits qu'il est utile de séparer, surtout au point de vue des procédés techniques employés pouç leur fabrication.
Nous avons maintenant des connaissances assez étendues pour II. I
apprendre à distinguer, d'après leurs caractères physiques ou chimiques, les diverses sortes de poteries que le commerce peut offrir à la consommation.
Classification de M. Brongniart. —M. Brongniart, en regardant comme essentiels les caractères tirés de la pâte, et comme secondaires ceux tirés des glaçures, divisait les poteries en trois classes et neuf ordres , disposés dans le tableau suivant :
i" Classe, — Pâte rayable par le fer, argilo-sableuse , calcarifère , fusible au feu de porcelaine.
«r ORDRE ( ^^*® argilo-sableuse, sur- / Plastique.
* { face mate , pas de gla-< Ustensiles.
Terre cuite. I . j I » . •
l cure; compose de \ Poteries mates.
2« ORDRE. • i , .,. , ,.
,. . [Glaçure sihco-alcalme. mince*
Poteries lustrées. ) ^ '
Poteries vernissées.
j Glaçure plomblfère.
„ ^ ^ 1 Glaçure stannifdre.
Poteries éhaillées. )
a' Classe, — Poteries à pâte dure, non rayable par racier^ opaque, argilo'^sableuse , infusible.
5* ORDRE. l Pate incolore.
Faïence fine. I Glaçure vitroplombique.
6« ORDRE. ( Pâte colorée.
Grès cérame. ( Sans glaçure ou glaçure yitroplombique;
3" C/^\y^. — Poteries à pâte dure, translucide , argilo-sableuse , alcaline , ramollissable.
^e ORDRE. { Pâte de kaolin et de feldspath.
Porcelaine dure. \ Glaçure feldspathique.
8*^ ORDRE. / Pâte de kaolin, de phosphate de chaux, ar-^
Porcelaine tendre natu- < gilo-saline.
RELLE ANGLAISE. \ Glaçurc Titroplombiquo , boracique.
^ f Pâte marnosalme, frittee^
Porcelaine tendre arti- > , .^ , . .
\ Glaçure vitroplombique.
riCIBLLE française. / ri
Cette classification, qui satisfait à première vue, peut laisser à désirer; car elle range dans le premier ordre, destiné seulement aux poteries sans glaçure , les ustensiles qui , très-souvent aujourd'hui, sont recouverts de glaçure : cette glaçure varie souvent dans sa nature ; il faut rattacher ces ustensiles divers à l'ordre des terres cuites au moyen d'appendices plus ou moins nombreux.
On range parmi les poteries dures des poteries telles que les terres de pipe éminemment rayables. Les grès cérames peuvent présenter des glaçures très-variées : salines , calcaires et métalliques; ces produits sont confondus dans un seul et même ordre. On cherche comment placer les produits nouveaux, tels que celles des porcelaines de la Chine qui sont recouvertes d'une glaçure contenant du plomb ; on ne sait où ranger dans cette classification les pâtes à boutons, le parian, etc.
Classification nouvelle. — Ces difficultés m'ont engagé , tout en acceptant les mêmes bases de division, à fractionner davantage les produits, même en réservant la place de certaines espèces qui ne sont pas encore régulièrement fabriquées.
Il est vrai qu'il paraît au premier abord assez difficile, impossible peutrètre, de classer avec méthode les produits, si divers quant à leur nature, quant à leur dureté, quant à leur couleur, etc., qui constituent l'ensemble des produits céramiques. Cependant, après avoir admis, ainsi que nous l'avons fait, deux grandes classes, contenant l'une les poteries simples ou mates , la seconde les poteries recouvertes de glaçure, on peut, en considérant comme dominants les caractères tirés de la nature de la pâte, de sa transparence ou de son opacité, diviser chacune de ces classes précédentes en deux ordres , savoir : les poteries à pâte opaque et les poteries à pâte translucide. En exagérant la transparence et supposant des poteries complètement translucides , elles se transformeraient en verre proprement dit ; celte méthode permet de classer le parian et les boutons céramiques, dont on doit le développement à M. Bapterosses.
Les poteries à pâte translucide présentent un caractère commun ; c'est une dureté très-considérable , ainsi qu'une blancheur presque complète. La translucidité résulte d'un commencement de vitrification , et la présence du plus grand nombre des oxydes colorants, formant des parcelles non fondues opaques, retire la
transparence. Les poteries opaques, au contraire, sont tantôt à pâte tendre, c'est-à-dire rayable par Tacier, tantôt à pâte dure, non rayable par Tacier; ces dernières établissent le passage naturel entre les poteries tendres et les poteries translucides : elles ne diffèrent souvent des premières qu'en ce qu'elles n'ont été soumises qu'à des températures basses; elles ne diffèrent encore des dernières qu'en ce qu'elles contiennent interposées des particules infusibles qui s'opposent à toute transmission de lumière. Il n'est pas rare , en effet , de voir une même composition fournir des produits très-différents par des cuissons à des températures différentes, comme la pâte de porcelaine dure par exemple; il est certain de même que la coloration des porcelaines dans la masse, par l'addition de certains oxydes métalliques infusibles , fait disparaître le caractère porcelanique , c'est-à-dire la transparence, pour transformer ces produits en véritable grès cérame.
Mais la division que nous proposons ici ne peut présenter un caractère absolu, car elle ne repose pas exclusivement sur la nature de la pâte. Il me parait convenable, en effet, pour cette classification , de considérer d'abord les caractères physiques et non les compositions chimiques pour former les groupes principaux , puisque, en faisant varier les températures, on obtient ou des produits très-variés avec le môme mélange , ou le même aspect , au moyen de compositions chimiquement très-éloignées.
C'est ainsi , par exemple , qu'avec la pâte de porcelaine on peut faire à volonté, suivant la température à laquelle la pâte sera portée :
I**. De la poterie tendre, rayable (faible dégourdi);
a". De la poterie de faïence fine ( très-fort dégourdi ) ;
3°. De la poterie de grès , si la température ne dépasse pas celle qui correspond au ramollissement des pegmatites;
4**. Enfin de la porcelaine , si la pâte est soumise à la température de i,5oo à 1 ,6oo degrés.
Les poteries communes , fabriquées en Perse , prennent l'apparence des pâtes de porcelaine, lorsqu'on chauffe au point de développer une certaine translucidité par le ramollissement des frittes qui les composent.
C'est encore ainsi qu'oiï obtient avec des matériaux très-différents, comme les pâtes de porcelaine dure et tendre, des bis-
cuits qu'il est bien difficile de distinguer sans le secours des réactifs chimiques.
Nous n'excluons pas toutefois les caractères différenciels tirés de la composition ; mais nous les réservons pour établir des sousordres.
Nous établirons de la sorte comme sous-ordres, dans la première classe des poteries tendres, suivant leur composition :
I**. Des poteries à pâte charbonneuse ;
a". Des poteries à pâte quartzeuse;
3**. Des poteries à pâte sableuse;
4°. Des poteries à pâte marneuse ;
5**. Des poteries à pâte calcaire.
Les terres cuites, les matériaux de construction, les briques, les tuiles sont des produits céramiques appartenant aux sous-ordres des poteries sableuses. *
Quelques terres cuites ont une composition marneuse.
La pâte des faïences communes est presque toujours calcaire.
Entre les pâtes dures et les pâtes tendres, nous pouvons intercaler un ordre de pâtes demi-dures , faisant la transition des unes aux autres, et comprenant des pâtes généralement argileuses. Ces poteries, qui ont été fabriquées sur une très-grande échelle, avaient reçu le nom de terre de pipe. Leur pâte sert aujourd'hui même à la confection des pipes de terre à fumer. Nous avons cru devoir ajouter un premier sous-ordre comprenant les poteries à pâte noire charbonnées, cuites à température élevée, dont le type peut être pris parmi les poteries de Bourzy.
Sous le rapport de la composition chimique , nous diviserons les poteries simples à pâte dure en trois sous-ordres , savoir :
I**. Les poteries à pâtes silexées, c'est-à-dire celles dans la composition desquelles le silex entre pour une proportion notable : ces pâtes sont en général plus ou moins feldspathiques ;
o!". Les pâtes ferrugineuses, constituant la majeure partie des grès communs, et les pâtes feldspathiques, qui forment la base des poteries de grès fins ;
V". Les pâtes alumineuses, représentant en général les grès fins.
Les pâtes silexées et feldspathiques concourent à la confection des poteries cailloutées dites ironstones, qu'on appelle en France faïences fines y et que le commerce désigne sous le nom bien im-
propre de porcelaine opaque, le caractère principal de la porcelaine étant la transparence.
Nous partagerons les poteries à pâtes translucides en poteries :
i"*. A pâte kaolinique;
a**. A pâte frittée : biscuit de porcelaine tendre ;
3**. A pâte phosphatique ;
4°. A pâte argilo-feldspathique ;
5°. A pâte feldspathique.
La pâte kaolinique comprendra les poteries connues dans le commerce sous le nom de biscuits de porcelaine dure.
La pâte frittée correspond à la porcelaine tendre artificielle française , et la pâte phosphatique comprend la pâte de porcelaine tendre artificielle anglaise. La pâte argilo-feldspathique est la pâte de sculpture, inventée récemment par les Anglais, qui lui ont donné le nom de parian. Les pâtes feldspathiques contiennent les pâtes à boutons créées par M. Bapterosses. Il est évident d'ailleurs que plusieurs mélanges de ces divers sou&-ordres conduiront à des pâtes particulières participant des sous-ordres auxquels les compositions auront été réellement empruntées.
Dans cette classe des poteries simples , nous trouverons classées méthodiquement toutes les poteries mates , soit qu'on n'ait pas su, soit qu'on n'ait pas voulu les recouvrir de glaçure. Cette classe comprendra généralement toutes les poteries qui passent à l'état de biscuit avant d'être amenées au point de fabrication que le commerce désire, point intermédiaire qui précède la mise en couverte.
Si nous cherchons à préciser ici le sens du mot biscuit , nous croyons pouvoir admettre que sa signification dérive de la porosité, c'estrà-dire de la ressemblance de la poterie avec les biscuits de farine, et non d'une cuisson double, puisque les poteries dites biscuitées résultent , au contraire , d'un passage des pièces au seul feu , soit du dégourdi , soit de grand feu. Ce caractère du biscuit de farine disparaît dans les poteries de terre translucides; mais, comme l'usage a consacré l'expression de biscuit en parlant des porcelaines cuites sans glaçure, nous la conserverons.
Cette classe comprend encore les poteries légèrement lustrées , qui doivent un commencement de brillant aux températures seules qu'elles ont subies.
La seconde classe des poteries que nous avons admises renferme les poteries composées; à chaque ordre, à chaque sous-ordre de poteries simples correspondent naturellement des poteries qui ne diffèrent des premières qu'en ce qu'elles sont recouvertes de glacures. La composition chimique des glaçures nous permettra de distinguer ces glaçures comme M. Brongniart Ta fait dans la classification, telle qu'il Ta définitivement arrêtée dans son Traité classique des Arts céramiques. Nous distinguerons donc les poteries à glaçure alcaline, les poteries vernissées, les poteries émail lées et les poteries à glaçure terreuse , suivant que domineront dans les glaçures les alcalis , Toxyde de plomb , l'oxyde d'étain , les silicates terreux.
Nous réserverons le nom de poteries lustrées aux poteries qui ne seront recouvertes que de couches très-minces de glaçures , quelle que soit d'ailleurs la composition de ces glaçures , qu'elles contiennent du plomb ou qu'elles n'en renferment pas. Il est évident qu'en attachant aux poteries dans la glaçure desquelles il entre de l'acide borique, l'importance que ces produits méritent, nous avons pu former une nouvelle division de poteries à glaçures boraciques.
La classification qui précède nous permet de placer, indépendamment de leur forme , les divers produits céramiques qui présentent une composition identique ; il est évident qu'au point de vue de l'histoire elle aurait l'inconvénient de séparer des produits qu'il faudrait peut-être réunir à cause de leur forme , les carreaux par exemple. Mais, nous le disons, dans ce travail ce que nous devions faire dominer, c'était la question 'technologique ; la matière et les procédés employés pour faire les carreaux m'ont paru devoir indiquer la place que ces produits occupent dans les séries céramiques, indépendamment de la forme qui ne devait être qu'accessoire.
Certaines pièces historiques offrent déjà, lafabrication de nouvelles poteries présentera sans doute dans quelques années des pâtes superposées de couleurs différentes. Nous considérerons ces sortes de produits comme des poteries simples, en nous réservant de traiter, à propos de la décoration , de la manière de les façonner.
Le tableau suivant représente, d'une manière synoptique, les diverses productions céramiques.
I«r SOUS-ORDRE.
Pâte tendre
Patb opaque. .
PREMIÈRE CLASSE. -- Poteries simples.