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Grès de Baltimore : pâte blanchâtre très-fine

10. Grès de Wedgwood : pâte jaunâtre très-fine, très-sonore, bien tournée.

L'analyse de cette dernière poterie , faite il y a quelques années par M. Buisson , lui avait donné des résultats bien différents. La présence de la grande quantité de soude trouvée dans ce grès comme élément normal , me parait inadmissible ; une semblable composition analogue à celles de quelques verres à bouteille aurait certainement fondu , et il est à peine possible d'admettre la soude à l'état de mélange par la finesse du grain, car les grès du célèbre potier sont remarquables par l'imperméabilité de leur pâte. C'est . le doute que je conservais à l'égard de l'exactitude de cette analyse qui m'a fait la répéter, et les résultats auxquels je suis arrivé font disparaître toute incertitude.

Pour vérifier la valeur des données fournies par l'analyse , et constater l'influence de la température sur la fusibilité d'un composé de cette sorte , j'ai soumis à la température des fours à porcelaine de Sèvres , des fragments des grès analysés , et pour la plupart, ils ont subi cette température sans s'altérer.

Cependant , les grès n** 7 et 8 de la Chine et du Japon se sont considérablement ramollis et agglutinés. Le grès n** 3 de Frechen s'est un peu affaissé. L'intensité de la coloration qu'ont prise ces diverses poteries s'est maintenue proportiocueile à la quantité d'oxyde de fer indiquée dans l'analyse.

Les résultats qui précèdent, obtenus sur dâs produits venant de localités très-éloignées, mettent en évidence que sous le rapport de leur contenance en silice, en n'ayant pas égard à la température nécessaire pour les cuire, les grès cérames peuvent être séparés en deux groupes : l'un siliceux, renfermant les grès à 0,75 d'acide silicique; l'autre moins siliceux, renfermant les grès qui ne contiennent que de 0,62 ou 0,66 de cet acide. Le reste des éléments dans les deux groupes se compose d'alumine , d'oxyde de fer, de chaux , de magnésie et d'un peu d'alcali , l'alumine étant toujours l'élément dominant.

La fusibilité du composé , et par conséquent la température à laquelle il convient de porter la poterie pour la cuire sans déformation , dépend des proportions de ce mélange.

La composition chimique de la pâte paraît, du reste, intimement liée, comme je l'ai dit page i45, à la nature du vernis dont elle est recouverte. En jetant un coup d'oeil sur le deuxième tableaa, qui contient les grès mats, on voit immédiatement que ces grès se classent tous dans le deuxième groupe , tandis que ceux qui composent le premier tableau appartiennent au premier groupe, à une seule exception fournie par le grès de Frechen , recouvert d'une glaçure terreuse. Les grès n°' i, a et 4, qui n'ont reçu qu'un simple lustre par le procédé du salage, renferment environ y 5 pour loo de silice. i

En concluant, on peut déduire des analyses et essais qui précèdent,, les propositions suivantes :

i". Les grès cérames peuvent se diviser, d'une manière géiié^ raie, en deux groupes, sous le rapport de leur contenance en silice : ils en renferment une quantité variable entre o, 7 5. et o, 6a;

a^. Les grès mats en contiennent généralement moins que les grès vernissés ;

3^. La glaçure par le sel marin paraît exiger un excès d'acide silicique ; les autres glaçures s'appliquent indistinctement sur toute pâte , quelle que soit sa richesse en silice ;

4°. La glaçure appliquée sur les grès augmente à peine la proportion d'alcali renfermée dans la pâte : ces alcalis sont fournis aux grès mats par les argiles qui en contiennent toutes des quantités variables.

Poteries dures à pâte ferrugineuse , à irlaçure mlioo-aloaline. — Les renseignements qui précèdent nous permettront de ne pas revenir d'une manière générale sur les compositions des pâtes. La glaçure silico -alcaline obtenue par la volatilisation du sel marin et sa décomposition par la silice de la pâte exige une composition siliceuse particulière. On sait que c'est vers la fin de la cuisson que le sel est projeté sur les alandiers et dans l'intérieur du four. Toutes les poteries de grès , glacées par le sel , appartiennent à cette espèce.

Poteries dures à pâte femig:ineuse , à glaçure plombifére. — Nous avons fait tout récemment des essais intéressants au point de vue de l'avenir des grès colorés, car ils prouvent la possibilité de produire sur une pâte analogue à celle des grès, c'est-à-dire qui se travaille facilement par les procédés de l'ébaucbage sur le

tour et du tournassage , ce que ne permet pas la pâte des porcelaines tendres, une décoration qui rappelle celle dont sont susceptibles ces dernières poteries. Les argiles de Retourneloup, de Dreux et de Forges, dégraissées par des ciments fortement cuits de même argile, ont donné des pâtes de grès colorés en rapport avec la quantité d'oxyde de fer qu'elles contenaient, recevant sans tressaillures ni ressuie les vernis plombeux employés d'une manière industrielle sur les porcelaines tendres françaises. Les pâtes étaient faites avec deux dosages différents :

Argile crue 4o — ' 60

Argile cuite (ciment) 60 — 40

Le vernis plombeux dont on peut recouvrir cette poterie , se prépare en faisant fondre et coulant :

Sable 4) 100

Minium 4 , 100

Carbonate de potasse. . . i ,790

Acide arsénieux 8

Oxide de manganèse 2

Lorsque l'argile n'est que peu colorée, la pâte est assez blanche et les couleurs qu'on applique sur les porcelaines tendres peuvent s'adapter très-bien sur les grès recouverts de ce vernis.

Poteries durei à pftte ferrugineuse, à glaçure stannifère. — Quelques grès cérames de la Chine et du Japon nous offrent l'exemple de glaçures opacifiées par l'oxyde d'étain ; il est à remarquer que l'application de l'émail sur les poteries demi-dures que nous avons étudiées portait à penser que ce genre de fabrication ne pouvait être possible. Je ne sache pas qu'on lui ait donné, dans les pays où les arts céramiques se sont le plus développés, l'extension dont ces produits sont susceptibles.

Poteries dures à pâte ferrugineuse , à glaçure boraoîque. — La fabrication du grès qui s'exerce avec une grande perfection en Angleterre ne pouvait rester étrangère au mouvement progressif qui, de l'autre côté de la Manche, entraînait les arts céramiques. On a fait addition de borax dans la composition des glaçures , et

cette modification a pu doter les ustensiles d'une résistance qui leur manquait pour certaines destinations. Les matières qui suivent :

Feldspath 4o

Sable ou Silex 20

Minium , 20

Carbonate de potasse. ... 5

Borax calciné i5

fondues et appliquées par immersion, donnent une belle et bonne glaçure : on ajoute quelquefois du sulfate de baryte ; on compose alors la glaçure en prenant :

Cristal pilé 5o

Sable 10

Feldspath i5

Sulfate de baryte 25

Si l'on faisait usagedepegmatite, on pourrait prendre :

Cristal pilé 45

Pegmatite 25

Sulfate de baryte 25

Sulfate de chaux 5

Poteries dures à pâte ferrugineuse, à g^laçure aloalino-terreoM.

— En France, on a fait pendant longtemps des grès communs de très-bonne qualité, qu'on rendait d'un bon usage en les recouvrant d'une couche vitreuse obtenue par les scories ou les laitiers , appliqués par immersion. On appelle laitiers les matières vitreuses qui Siuniagent la fonte dans les hauts foumaux. Us proviennent de toutes les matières étrangères au fer que renferment les minerais et des fondants qu'on ajoute pour faciliter la fusion. Les scories résultent de l'afi&nage des fers ou des aciers ; elles ont à peu près le même aspect ; elles sont essentiellement composées de silice et de protoxyde de fer; elles ne contiennent que peu de chaux, de magnésie et d'alumine. Les laitiers au contraire doivent leur fusibilité souvent considérable à la présence d'une grande quantité de chaux.

Voici, d'après M. Berthier, quelques analyses de scories et de laitiers employés dans, les arts céramiques.

PftOVBirARCE DES LAITUBS.

SILICE

ALU- MIVB.

OXYDE

de r«r.

UAnOkr

nftsB.

CHAUX

MAonisiE.

D'Ancy-le-FraDc

De Tonnerre ,

0,80 ia,oo 59,00

De Saint-Amand

Les grès de Brunslau et de Mersebourg reçoivent une glaçure empruntée de même aux déchets des hauts fourneaux ; ils sont très-estimés.

Poteries a pâte feldspathique. — L'introduction des feldspaths dans la pâte des grès cérames n*a pas été moins heureuse pour cette industrie que l'addition du borax dans les glaçures des faïences fines. Elle a été pour le fabricant la cause d'une économie notable de combustible et de broyage, car la température de cuisson a dû baisser, et la porphyrisation du feldspath est moins coûteuse que celle du ciment que ce composé remplace commme élément antiplastique ; l'addition du kaolin pour diminuer la quantité de l'argile plastique a donné plus de finesse à la pâte , plus de blancheur et moins de fentes à la dessiccation.

On trouve en assez grand nombre des kaolins impurs , c'est-àdire mélangés d'oxyde de fer en quantité telle, que ces terres ne peuvent servir à la fabrication des porcelaines ; il reste comme rér sidu du lavage de ces kaolins des sables fondants qu'il est trèsfacile d'employer et qui donnent des grès d'excellente qualité. J'ai fait de nombreux essais : je n'en rapporterai que quelques-uns, car il faut ici tenir compte de la plasticité de l'argile, qui doit être dégraissée pour l'amener au point d'un travail facile ; il faut aussi déterminer la température à laquelle on veut cuire, afin de ne pas introduire dans la pâte une quantité trop considérable de fondant.

C'est ainsi, par exemple, qu'un mélange de

Sable de kaolin caillouteux 66

Argile plastique infusible. ... 33

donnerait une pâte beaucoup trop fusible, si l'on plaçait les pièces qu'on en obtiendrait dans un four à porcelaine dure ; mais ce mé-

lange procurerait au contraire une très-belle poterie dans un four à poterie de faïence fine , ou de porcelaine tendre française. C'est ainsi, par exemple encore , qu'une composition formée de

Sable de kaolin loo

Argile crue 120

présentant une trop grande plasticité , donnera d'excellents résultats sans modi&cation des propriétés chimiques , si Ton remplace une portion plus ou moins grande d'argile crue par la même argile cuite. Hâtons -nous de dire que les proportions convenables pour ce mélange varient naturellement avec la plasticité plus ou moins considérable que possède l'argile employée. N'oublions pas encore que la plasticité que doit présenter une pâte est nécessairement variable avec les procédés à l'aide desquels on la travaille.

On se rendra facilement compte de l'impossibilité de donner des compositions qui répondent d'une manière absolue à toutes les conditions d'une exactitude mathématique. Je le répète, on ne doit regarder ces dosages que comme des exemples destinés à servir de points de départ dans l'établissement d'une fabrication avec des matériaux non encore expérimentés.

Ces bases ont servi de raisonnement dans l'étude de la composition la plus convenable pour faire des pavés de grès destinés au pavage des routes, et les résultats obtenus par M. Genot, à Sainl- Pierre-du-Vezelin, ont conduit à des produits d'une qualité supérieure.

Les grès dans la composition desquels il entre du feldspath peuvent recevoir du fait seul de la chaleur à laquelle ils sont soumis, une sorte de lustre qui semble indiquer une poterie composée. Dans beaucoup de circonstances ces grès reçoivent des glaçures du même ordre que celles étudiées plus haut sous le titre de poteries dures à pâte ferrugineuse. Nous allons les passer en revue , mais d'une manière rapide.

Poteriei dures à pâte f eldspathique 9 à grlaçure sBlicw-alcalioe. — Les poteries de grès à glaçure au sel marin peuvent ser\ir de type à cette espèce de poterie très-connue , même pour certains objets d'art ; elles ne reçoivent de la sorte qu'une glaçure excessivement mince qui n'empâte pas les pièces décorées de sculpture en relief, mais qui n'est pas toujours également répandue. Il suffit

pour obtenir cette glaçnre, ainsi que nous l'avons déjà dit, de projeter du sel vers la fin de la cuisson, dans les foyers et dans le four; on remplit ainsi celui-^i d'une vapeur saline de sel marin qui se décompose au contact de la silice de la pâte.

Poterie» durei à pftte feMspathiqiiey à glaçnre iplotnbifére. — On peut vernir les grès fins avec de l'oxyde de plomb, comme on le fait avec le sel marin , par la volatilisation. On encaste les pièces dans des étuis qu'on enduit de carbonate de potasse et d'oxyde de plomb, soit à l'état de céruse, soit à l'état de minium, soit enfin à l'état de litharge ou de massicot. On peut encore , et c'est la méthode la plus générale , faire fondre une sorte de cristal qu'on réduit en poudre et qu'on applique ensuite sur la pièce, par immersion ou par arrosement; on ajoute quelquefois du sulfate de baryte dans la glaçure comme élément fusible.

J'ai reçu communication de la composition employée dans la belle fabrique de Kéramis en Belgique ; on fait fritter dans des pots de verrerie des mélanges sans borax :

Kaolin non lavé 10

Sable quarlzeux 3o

Feldspath de Bayonne 16

Carbonate de chaux i5

Carbonate de soude 3o

On broie ensuite ce mélange fondu de la même manière avec les matériaux suivants :

Fritte 100

Céruse 35

Feldspath de Bayonne 5o

On ajoute à la masse en suspension pour donner une teinte bleuâtre que le commerce préfère à la coloration jaune de la pâte, une quantité plus ou moins considérable , mais proportionnellement très-faible, de frittes bleuies par l'oxyde de cobalt.

Poteriei dures à pâte feldspathique, à glaçare stannifère. — J'ai trouvé dans certains grès de la Chine , recouverts de glaçures opacifiées par l'oxyde d'étain, l'exemple de cette fabrication. L'apparence de ces grès, qui se rapprochaient beaucoup des porcelaines duites, m'a permis de croire que leur pâte était feldspathique, et

3ja VINGT ET UNIÈME LEÇON.

qu'il n'y avait de difiFérence entre ces produits et les véritables porcelaines, que la pureté des kaolins, chargés d'une trop grande quantité d'oxyde de fer. Celui-ci non dissous, interposé dans la masse, retire à la pâte sa transparence primitive. Et ces suppositions se sont trouvées confirmées par l'analyse que j'ai faite sur quelques grammes de pâtes. Elles contenaient 3,5 pour loo de potasse et de soude. Ces produits communs établissent bien le passage naturel entre les pâtes de grès cérame et les pâtes de porcelaine proprement dite.

Poteries duret à pâte feldipathique, à grlaçure boraoîq&e. — Les

poteries dures àpâtefeldspathique reçoivent facilement les glaçures à pâte boracique. Les grès belges et les grès fins anglais qu'on fabrique sur une très-grande échelle , donnent des exemples de cette espèce de poterie, ta composition que je viens de donner comme s'appliquant au grès de Kéramis avec vernis plombeux , peut en effet subir quelque modification par l'addition du borax , et constituer les poteries de cette espèce. On remplace alors les 3o parties de carbonate de soude par leur poids de borax cristallisé; on fait fritter, et cette fritte broyée peut entrer dans la composition de la glaçure en suivant la prescription citée plus haut.

Il existe à Quimperune fabrication de grès communs qui donne des compositions de ce genre, mais très-simples; la glaçure ne contient pas de plomb : on l'applique encore sur la poterie faite avec une argile très-plastique qu'on trouve sûr les berges de la rivière de Quîmper. La glaçure se fait en fondant :

Sable de Nevers 620

Carbonate de soude 200

Kaolin blanc lavé 80

Craie 80

Borax , 20

On fond , sous le four à faïence , le sable, le carbonate de soude et le borax. On ajoute la craie et le kaolin pour broyer au moulin.

Poteries dures à pâte feldspathique, à glaçure aloalino-terreuie. — Nous avons fait à Sèvres de nombreux essais pour cuire les grès fins à glaçure feldspathique en les recouvrant de glaçure alcalinoterreuse ; nous avons pu, lorsque ces grès cuisaient à la température des feux de porcelaine dure, nous servir de la couverte

ordinaire des porcelaines feldspathiques; lorsque la poterie cuit à des températures notablement plus basses, il faut ajouter à la couverte de porcelaine une certaine quantité de chaux carbonatée variable avec la fusibilité de la poterie. On peut par exemple ajouter 10, i5 et 20 pour 100 de carbonate de chaux à la pegmatite pulvérisée : on obtient ainsi des grès de fort belle qualité. Les grès que fabrique le Montet, département de Saône et-Loire , représentent le type de ces genres de produits.

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