‹ Leçons de céramique professées à l'Écolé central des arts et manufacturesChapitre 94 sur 102 · MATIÈRES IHSOLUBLES DANS LES ACIDES · texte numérisé non relu

MATIÈRES IHSOLUBLES DANS LES ACIDES

Les méthodes d'analyse que je vais décrire maintenant sont, pour le potier qui veut éclairer sa fabrication , de la plus grande importance; elles s'appliquent, en effet, à la déterminatioft des éléraentb qui forment la plupart des matériaux dont il fait usage. Les kaolins, les collyrites, la ciniolithe, les argiles, les marnes, les silicates de magnésie , la silice naturelle non dissoluble sous quelque état qu'elle se présente { quartz, sable, silex), les ciments, le feldspath, les silicates métalliques terreux ou alcalins qui composent les diverses glaçures, toutes les pâtes cuites façonnées enfin, toutes ces matières, dis-je, sont inattaquables par les acides, ou incomplètement et difficilement attaquables.

Comme la même méthode d'analyse s'applique à toutes les matières que je viens d'énumérer, on peut la généraliser en prenant comme exemple, pour fixer les idées, l'analyse d'un kaolin ou d'une pâte de porcelaine , c'est-à-dire d'un composé de silicates terreux et alcalins multiples d'une constitution très-compliquée. Nous examinerons ensuite l'analyse d'un vernis plombifère.

Analyse d'un kaolin. — Nous supposerons que le kaolin en question renferme de l'eau , de la silice , de l'alumine, de l'oxyde de fer, de la chaux, de la magnésie, de la potasse et de la soude.

Détermination de i'eau et des matières organiques. — Le kaolin

étant broyé dans un mortier d'agate est mis à sécher à -f- loo de grés dans une petite étuve ; on en pèse i ou 2 grammes qu'on replace dans l'étuve et qu'on pèse de nouveau ; s'il n'y a pas eu de perte, on procède à l'analyse : il est bon, en effet, comme terme de comparaison, d'opérer sur des matières séchées à -f- 100 degrés. Un poids déterminé de la matière est mis dans un creuset de platine et calciné au rouge. On pèse et on s'assure par une deuxième calcina tion, suivie d'une seconde pesée, que toute l'eau de combinaison avait été chassée. La perte de poids donne le poids de cet élément. S'il y a dans le kaolin présence de matières organiques,

ANALYSE CÉRAMIQUE. 43i

elles sont dosées avec l'eau. Le potier n'a pas à s'en préoccuper autrement.

Bétermination de Tacide silioique. — Le dosage de la silice se

fait assez facilement et avec assez d'exactitude. Un gramme de la matière séchée à -h loo degrés, ou même calcinée au rouge, est mélangé bien intimement avec 3 ou 4 grammes de carbonate de soude fondu et pulvérisé. On fait fondre avec précaution dans ir creuset de platine à un feu bien vif, puis on reprend par l'eau et l'acide hydrochlorique étendu. Quand tout dégagement d'acide carbonique a cessé, on évapore à siccité, on ajoute de l'acide chlorhydrique, et si l'on veut avoir une plus grande exactitude, on évapore à sec une seconde fois. On reprend encore par l'acide chlorhydrique , enfin on filtre ; par l'évaporation à siccité la silice est devenue complètement insoluble dans les acides. On calcine le filtre sur lequel elle est restée et on pèse le résidu. En retranchant du poids trouvé le poids des cendres que le filtre a pu donner, on a le poids de l'acide silicique. Comme contrôle et pour déterminer la pureté de la silice , il est prudent de l'essayer. On la fait dissoudre à chaud dans le carbonate de soude; elle doit s'y dissoudre sans laisser de résidu. Si tout ne se dissout pas, il faut répéter l'analyse, car l'attaque par le carbonate de soude n'a pas été complète.

Bétermination de raïuinine. — Le dosage de l'alumine , quand on veut avoir avec exactitude la quantité de cet élément, offre de nombreuses difficultés. L'état gélatineux qu'elle affecte lorsqu'on la précipite en rend le lavage très-long et très-pénible; sa solubilité dans Tammoniaque exige qu'on ne recueille le dépôt que plusieurs heures après que la précipitation est faite, et dans cette condition, elle entraîne toujours avec elle des quantités souvent notables des autres éléments terreux avec lesquels elle se trouve dans le silicate alumineux.

Quand on a séparé par la filtration la silice rendue insoluble par l'évaporation, on verse dans la liqueur filtrée de l'ammoniaque et du sel ammoniac en grand excès, si la liqueur n'était pas chargée d'une forte proportion d'acide chlorhydrique. On obtient de la sorte un dépôt de couleur variable suivant les quantités respectives de fer et d'alumine que le kaolin renferme. Ce dépôt est abandonné douze heures à lui-même. Il est composé d'alumine, d'oxyde de fer, d'un peu de chaux et de magnésie, s'il y a dans la liqueur

filtrée des quantités pondérables de ces deux éléments. Pour séparer Talumine pure de ce mélange complexe, on jette le tout sur un filtre et on lave tant que Teau de lavage essayée sur une lame de platine laisse un résidu fixe à la chaleur rouge. Il ne faut employer pour faire cette filtra tion que des filtres qu*on a lavés successivement par de l'eau chargée d'acide chlorhydrique , de potasse et d'acide chlorhydrique. On' dissout ainsi toutes les matières salines et organiques que le papier peut et doit abandonner. On verse, quand le lavage est terminé , de l'acide chlorhydrique étendu et chaud de façon à tout redissoudre, on chasse par Tévaporation l'excès d'acide chlorhydrique et on sursature par la potasse caustique. L'alumine se précipite d'abord avec les autres bases qui l'accompagnent, puis elle se redissout, et comme elle se redissout seule, on jette le tout sur le même filtre qui retient l'oxyde de fer, la chaux et la magnésie. L'alumine est séparée de sa dissolution alcaline d'abord par l'acide chlorhydrique qui la redissout, puis par l'ammoniaque qui n'en retient pas, si on a mis entre la filtration et la précipitation un intervalle de temps suffisant. L'alumine est lavée à l'eau chaude, calcinée, puis pesée. Le poids trouvé est celui de l'alumine contenue dans le poids de la matière soumise à l'analyse ; pour le dosage de l'alumine dans les matières alumineuses , contenant environ 40 pour 100 de cette base, il est bon de n'opérer que sur i gramme de matière.

Détermination de l'oxyde de fer. — L'oxyde de fer, dans l'opération précédente, est resté sur le filtre , souillé par des quantités variables de chaux et de magnésie. On fait redissoudre , encore sur le filtre, tout ce mélange par un lavage avec l'acide chlorhydrique, et on précipite par l'ammoniaque. Dans ce cas , l'oxyde de fer filtré rapidement à l'abri du contact de l'air, autant que possible, n'entraîne ni chaux, ni magnésie, et ne retient pas de potasse; d'ailleurs on peut faire plusieurs dissolutions et précipitations successives. On le lave et on le calcine , on le pèse enfin.

Les kaolins ne contiennent que quelques millièmes de fer, mais c'est un élément très-important à considérer, parce qu'il colore les pâtes de porcelaine et leur retire le prix qu'elles tirent de leur blancheur. Les argiles peuvent en contenir beaucoup plus, et comme l'oxyde de fer exerce une grande influence sur la fusibilité des silicates, il est très-utile d'en connaître la proportion.

Bétermination de la chaux et de la mag^nésie. — La liqueur séparée de l'oxyde de fer et de ralumine est réunie au liquide au sein duquel on a fait naître le premier dépôt d'alumine; cette liqueur contient dès lors toute la chaux et toute la magnésie , mais elle ne contient plus que ces deux éléments. On les sépare comme on a recommandé de le faire dans -les analyses des carbonates de chaux et des carbonates de magnésie. La chaux se précipite à Tétat d'oxalate de chaux , et la magnésie à l'état de phosphate ammoniaco-magnésîen.

Je ferai néanmoins, à l'endroit de la magnésie , une dernière ob • servation ; elle est relative à la difficulté de la séparer de l'alumine. Cette difficulté est telle, que, dans un mélange qui en contient.à la fois des quantités à peu près équivalentes, il faut répéter les méthodes de séparation qui viennent d'être décrites au moins quatre fois avant d'avoir l'un des deux corps entièrement privé de l'autre. L'alumine retient toujours de la magnésie au sein de la liqueur ammoniacale, et la magnésie entraîne toujours de l'alumine quand on redissout celle-ci dans la potasse.

Bétermination des alcalis. — Le dosage des alcalis et la séparation de la soude et de la potasse deviennent d'une grande importance pour le fabricant de porcelaines ; il est à présumer que certains faits qui jusqu'à ce jour n'ont pas eu d'explication suffisante la recevraient concluante et définitive du jour où les matières argileuses feldspathiques et autres deviendraient l'objet de semblables études. Assurément la potasse et la soude apportent dans les composés dans lesquels elles entrent des différences encore ignorées. Les méthodes d'analyse que je viens de décrire ne sauraient s'appliquer au dosage des alcalis. Il faut avoir recours à d'autres moyens : l'un des plus commodes et des plus exacts est la dissolution de la matière dans l'acide fluorhydrique. On opère de la manière suivante :

Dans une cornue de plomb, on place du spath fluor en poudre et de l'acide sulfucique en quantité telle, que le tout fasse une bouillie épaisse. Le kaolin réduit en poudre impalpable est mis avec de l'eau dans un creuset de platine ; on fait dégager au-dessus de la surface de l'eau l'acide fluorhydrique qui s'échappe, par un tube de platine, de la cornue légèrement chauffée : l'acide fluorhydrique est absorbé et décompose le silicate d'alumine avec dégagement de fluorure de II. 37

silicium. Quand l'attaque est complète , on évapore à siccité pour dégager Texcès d'acide fluorhydrique , et par l'addition de l'acide sulfurique on convertit toutes les bases en sulfates. On chasse par une nouvelle évaporation l'excès d'acide et on reprend par l'eau. On éloigne par le carbonate d'ammoniaque la chaux, la magnésie, l'alumine et l'oxyde de fer. On filtre , et dans les eaux on ne doit plus trouver que les bases alcalines et un peu de magnésie. Les sulfates sont desséchés, rougis dans un creuset de platine, puis pesés. Lorsque tous les sels ammoniacaux et le carbonate d'ammoniaque qu'on ajoute à la fin ont été chassés , on redissout dans l'eau , on précipite l'acide sulfurique par de l'acétate de baryte qu'on fait bouillir, et on filtre. L'acide sulfurique est déduit du poids du sulfate de baryte trouvé; il sert à déterminer la quantité des bases unies avec lui pour former les sulfates dont on a pris le poids.

Détermination de la potasse. — La liqueur, dépouillée du sulfate de baryte, renferme de l'acétate de baryte, de l'acétate de soude, de l'acétate de potasse et un peu d'acétate de magnésie. On évapore à siccité et on reprend par l'eau, lorsqu'on a calciné le résidu d'évaporation. Sous l'influence de la température rouge, les acétates alcalins se sont transformés en carbonates solubles, l'acétate de baryte a donné naissance à du carbonate de baryte insoluble , et l'acétate de magnésie a perdu tous ses éléments volatils pour ne laisser que de la magnésie également insoluble. On filtre; l'eau ne contient plus que le carbonate de potasse et le carbonate de soude. On les transforme en chlorures par de l'acide chlorhydrique, on évapore à siccité, on ajoute du chlorure de platine, puis on fait sécher à -h loo degrés au bain-marie; on reprend enfin par de l'alcool étendu formé de a volumes d'alcool absolu et i volume d'eau distillée. C'est avec ce mélange qu'on lave le dépôt de chlo; rure double de platine et de potassium. Lorsque le lavage est complet, on jette le précipité sur un filtre pesé à -h loo degrés, on dessèche à cette température et on pèse : le poids du chlorure donne le poids de la potasse ; i gramme de chlorure double correspond à o'^ogS de potasse.

Détermination de la soude. — La soude est restée dans la liqueur alcoolique; on s'assure de son existence en abandonnant cette liqueur à une évaporation spontanée. S'il y en a , il se forme

de longues aiguilles rougeâtres aplaties qui traversent le fond de la capsule. Dans ce cas, on détermine le poids de la soude par différence y en retranchant du poids des bases alcalines le poids de la potasse. Mais il est essentiel de rechercher si dans cette même liqueur qui contient la soude , il n'y a pas aussi de la magnésie. On précipite donc le platine par l'hydrosulfate d'ammoniaque , et on évapore la liqueur filtrée avec un excès de carbonate de soude. En reprenant par Teau on sépare du carbonate de magnésie ; on peut aussi précipiter la magnésie par le phosphate d'ammoniaque.

La séparation de la magnésie des alcalis est l'une des opérations les plus délicates de l'analyse chimique. On doit l'effectuer ordinairement à la fin des analyses ; et , quand il s'agit de silicates inattaquables par tous les acides autres que l'acide fluorhydrique, c'est presque toujours à l'état de sulfates que se présentent les trois bases qu'il s'agit de séparer. Lorsqu'il y a beaucoup de magnésie, on n'a pas intérêt à la séparer avec le carbonate d'ammoniaque ; on ne fait usage alors que d'oxalate avant l'évaporation à siccité. On cherche d'habitude h séparer la magnésie et à transformer la potasse et la soude en chlorures, comme nous venons de l'indiquer, afin de pouvoir doser la potasse à l'état de chlorure platinico-potassique.

Le moyen le plus généralement employé pour arriver à la séparation est celui qui a été indiqué par Berzelius. On traite les sulfates dissous dans l'eau par un excès d'acétate de baryte , pour transformer les trois bases en acétates. On filtre , on évapore à siccité la liqueur filtrée, et l'on calcine le résidu jusqu'au rouge, afin de transformer les acétates en carbonates. En reprenant par l'eau bouillante, on ne dissout que les carbonates de potasse et de soude, et on laisse la magnésie et le carbonate de baryte que l'on sépare en reprenant par l'acide chlorhydrique qui les dissout tous deux ; précipitant la baryte par l'acide sulfurique, puis évaporant à sec la liqueur filtrée , afin de doser la magnésie à l'état de sulfate. Quant aux carbonates alcalins, il est facile de les transformer en chlorures pour pouvoir séparer la potasse au moyen du chlorure de platine.

D'après M. Ebelmen , ce procédé devient fort long dans l'analyse d'un 'assez grand nombre de roches alcalifères; de plus, le sulfate de baryte, qui provient de la précipitation par l'acétate, ne filtre

qu'avec une lenteur extrême, et la liqueur passe constamment trouble, même lorsqu'on la chauffe, ou qu'on y ajoute de l'acide acétique. Il en résulte qu'en calcinant le produit de l'évaporation à siccité et en reprenant ensuite la matière par l'eau , les carbonates alcalins que l'on obtient renferment une proportion notable de sulfates, circonstance qui nuit à l'exactitude des dosages et à la séparation de la potasse par le chlorure de platine. {Recueil, t. I, p. 249.)

« M. Ebelmen a cherché d'abord à simplifier l'opération et à la rendre plus exacte en mettant dans la solution des sulfates de magnésie , de potasse et de soude , de la poudre de carbonate de baryte préparé par voie humide. Il a reconnu que le carbonate de baryte précipitait complètement la magnésie dans une liqueur chaude , mais qu'il ne transformait pas complètement les sulfates alcalins en carbonates. Il reste toujours dans la liqueur, quels que soient l'excès du carbonate de baryte , l'état de dilution ou la température du liquide , une proportion notable d'acide sulfurique. Ce fait s'explique, du reste, assez aisément. On sait, en effet, que les carbonates alcalins en dissolution ont .la propriété de décomposer les sulfates insolubles f tels que ceux de baryte ou de strontiane, d'une manière plus ou moins complète, suivant les proportions relatives du carbonate et du sulfate en présence. On conçoit donc que la présence d'une certaine quantité de carbonate alcalin formée par la réaction du carbonate de baryte sur le sulfate soluble aurait pour résultat d'empêcher la décomposition totale du sulfate alcalin. »

<K Mais si l'on fait agir simultanément sur la solution des sulfates, du carbonate de baryte et un courant d'acide carbonique , il arrive bientôt un moment où la liqueur contient de la baryte dissoute à l'état de bicarbonate et^e retient plus du tout d'acide, sulfurique. Les alcalis sont alors complètement changés en bicarbonates, et se trouvent dans la liqueur avec une petite quantité de bicarbonates de magnésie et de baryte. On les sépare aisément en filtrant la liqueur, l'évaporant à siccité à une assez forte chaleur pour ramener le tout à l'état de carbonate neutre , puis reprenant par une très-petite quantité d'eau bouillante qui ne dissout plus alors que les carbonates alcalins , sans magnésie ni baryte. »

« Il est facile , du reste , de s'assurer que l'on a fait passer assez

d'acide carbonique dans la liqueur alcaline. On en jette quelques gouttes sur un très-petit filtre , et Ton essaye la liqueur filtrée en y ajoutant une goutte d'acide sulfurique extrêmement faible. Quand elle se trouble , on peut être assuré que la liqueur ne renferme plus de sulfate. On réunit à la liqueur principale les quelques gouttes qu'on en avait extraites, et Ton filtre le tout : la filtration se fait avec une très-grande rapidité. »

« L'emploi du carbonate de baryte présente sur Tacétate cet autre avantage , que le produit de l'évaporation à siccité étant très-peu volumineux, il suffit d'une très-petite quantité d'eau pour dissoudre complètement les carbonates alcalins sans enlever ni baryte ni magnésie en proportions notables. Il en est autrement quand on emploie l'acétate. Le produit de la calcination renferme ordinairement beaucoup de carbonate de baryte : il faut une assez grande quantité d'eau pour le laver complètement, et cette circonstance permet à une petite quantité de magnésie de se dissoudre. »

Oxyde de plomb. — La méthode générale que je viens d'indiquer s'applique encore avec quelques modifications à l'analyse des substances qui renferment de l'oxyde de plomb. On comprend tout de suite que ces modifications ne peuvent porter en rien sur les matières terreuses ayant trait à la fabrication des pâtes ou aux pâtes elles-mêmes ; mais elles peuvent , au contraire , trouver fréquemment leur emploi dans l'examen des glaçùres.

Il faudra donc toujours commencer par s'assurer si la matière à analyser contient ou non de l'oxyde de plomb : s'il n'y a pas de plomb , on aura recours à la méthode analytique que je viens de décrire ; s'il y a du plomb , on devra suivre la marche au sujet de laquelle je vais entrer dans quelques détails. Nous supposerons, pour fixer les idées , qu'il s'agisse d'un vernis. Nous dirons d'abord qu'il est très-facile de s'assurer si le plomb fait partie des éléments de la matière qu'on veut examiner. Il suflfit de la faire fondre avec du carbonate de soude, de reprendre par l'acide azotique, et de rechercher, après avoir éloigné l'acide silicique comme il a été dit , si la dissolution précipite en noir par l'hydrogène sulfuré et le sulfhydrale d'ammoniaque ; en blanc par le chlorure de sodium , le sulfate de soude, l'acide sulfurique, les phosphates; en jaune brillant par Tiodure de potassium , caractères distinctifs de l'oxyde de plomb.

Analyse d'un vernis. — Après avoir constaté la présence de Toxyde de plomb par les réactions qui précèdent, on fait une attaque au carbonate de soude pour doser tous les éléments autres que les alcalis. On procède comme dans le cas du kaolin , mais en faisant usage d'acide azotique au lieu d'acide chlorhydrique. On évapore à sec pour enlever la silice , et on ajoute de l'acide sulfurique ; on évapore à siccité , puis on reprend par l'eau : le dépôt formé n'est que du sulfate de plomb pur qu'on lave et qu'on pèse , le poids du sulfate de plomb permet de calculer le poids de l'oxyde de plomb ; i gramme de sulfate de plomb correspond à o»',735 d'oxyde de plomb. On suit, pour doser les autres éléments, la méthode décrite , comme s'il n'y avait pas eu d'oxyde de plomb.

Pour doser les alcalis , on a recours encore à l'attaque par l'acide fluorhydrique. L'oxyde de plomb se trouve de même éliminé sous forme de. sulfate de plomb quand on transforme les bases en sulfates. Les opérations relatives au dosage des alcalis et à la séparation de la potasse , de la soude et de la magnésie sont donc celles décrites plus haut.

Ces procédés peuvent toutefois , suivis à la lettre , entraîner dans de graves erreurs , si le potier néglige de rechercher dans les matièreà qu'il examine la présence des acides sulfurique et borique. L'omission de cette recherche pourrait l'amener à des interprétations complètement erronées sur la nature de certaines substances (sulfate de baryte , verres boraciques). Il devra donc toujours s'assurer, par des essais préliminaires ^ de l'absence ou de la présence de ces deux acides.

Aoide suifkirique. — On fait fondre avec le carbonate de soude, on reprend par l'eau , on filtre , puis on cherche par le chlorure de barium , après avoir éloigné la silice , s'il y en a dans la liqueur filtrée, saturée par l'acide azotique, du sulfate de soude. On peut le doser. Il suffît pour cela de calciner le sulfate de baryte trouvé dans cette expérience.

Aoide borique. — On fait fondre avec le carbonate de soude, on reprend par l'eau , on filtre, puis on cherche, après avoir éloigné la silice , s'il y a du borax dans la liqueur filtrée ; le meilleur caractère pour reconnaître l'acide borique repose sur la coloration verte que ce corps communique à l'alcool qui en contient , lorsqu'on l'enflamme.

S'il existe de Tacide borique dans le composé qu'on examine , il peut suffire de le doser par différence. L'attaque à l'acide fluorhydrique, donne une différence consistant en acides borique et silicique qui ont disparu sous forme de fluorure de bore et de silicium. D'autre part, l'attaque au carbonate de soude a permis de doser l'acide silicique; il faut le laver longtemps avant de le peser : la différence de ces poids avec la différence donnée par la première somme représente l'acide .borique. Il faut seulement avoir le soin dans ce cas de ne continuer les analyses qu'après avoir éliminé l'acide borique contenu dans la liqueur filtrée. On y parvient en évaporant à sec; humectant avec de l'alcool et de l'acide sulfurique tant que la flamme donnera la coloration verte caractéristique de l'acide borique.

MÉLANGES DE MATIÈRES EN PARTIE SOLUBLES DANS L'EAU, EN PARTIE SOLUBLES DANS L'ACIDE, EN PARTIE INATTAQUABLES.

II est à peine besoin de dire que pour de semblables mélanges, les méthodes qui précèdent peuvent être appliquées successivement, quand on aura séparé ces mélanges en trois parties distinctes, en épuisant alternativement l'action de l'eau et l'action d'un acide très-étendu , du vinaigre par exemple. C'est de cette manière qu'on peut déterminer la nature des marnes. Le résidu de ces traitements est dissous , après fusion au carbonate alcalin , ou bien à l'aide de l'acide fluorhydrique. L'analyse des trois parties ainsi séparées suffira toujours pour éclairer le potier.

44o VINGT-TROISIÈME LEÇON.

DâCORATXOlff CÉRABIZQUS.

Décoration des poteries. — Matières employées à rornementation. — Oxydes colorants ; engobes, émaux., couleurs, métaux, lustres. — Définition. — Position des diverses matières colorantes, dans la p&te, sur biscuit, sous glaçure, dans la glaçure, sur la glaçure. — Oxydes, qualités; leur position ordinaire; leur composition; procédés d^application. — Engobes; avantages , inconvénients, procédés d'application. — Émaux, définition; compositions applicables aux principales espèces de poteries; procédés d'application par immersion, arrosement, tamisage, saupoudration , etc.

DÉGORATION DES POTERIES.

Nous avons vu dans les Leçons précédentes les diverses méthodes à l'aide desquelles on peut établir toutes les variétés de poteries que le commerce peut offrir au consommateur. Nous nous occuperons dans ces deux dernières des moyens ingénieux et vari^ à l'aide desquels on peut les décorer.

Le sentiment de la couleur est tellement inné chez l'homme, que toutes les industries, même à leur naissance, ont produit des objets auxquels le producteur ajoutait à l'élégance, à la richesse, à la valeur de la pièce, une ornementation souvent originale, par l'application de substances colorées, différentes de celle de la matière de l'objet. A défaut même de substances colorées , od trouvait dans la forme et dans le relief de certaines parties, le moyen de faire naître , par des décompositions ou des réflexions de la lumière blanche , des clairs et des obscurs qui équivalaient en quelque sorte à de la peinture; et s'il est une industrie qui sous le rapport de la décoration mérite l'attention , c'est assurément l'art céramique , à cause des conditions toutes particulières sous lesquelles la décoration céramique se présente. Il est vrai d'ajouter que la céramique, comme toutes les autres matières,

DÉCORATION CÉRAMIQUE. 44i

pourrait recevoir l'application de toutes espèces de couleurs fixées par des mordants de nature très- variée, comme les vernis, les huiles, les gommes, la chaux, etc. Mais nous ajouterons ici que nous ne considérons comme peinture et décoration céramiques, que Celles qui sont fixées sur la poterie par l'intermédiaire du feu. Nous ne nous entretiendrons donc que de celles-là , qui sont d'ailleurs généralement connues sous le nom de couleurs vitrifiables; j'aimerais mieux couleurs vitrifiées.

Le caractère principal et caractéristique des décorations céramiques , caractère qui résulte de la condition essentielle de l'application de la chaleur pour les obtenir, est une certaine résistance, une certaine inaltérabilité. Cette même condition limite le nombre de celles des substances qui peuvent être employées avantageusement.

A titre général , ces matières doivent être inaltérables sous l'influence de la chaleur, adhérer fortement à la poterie , résister par conséquent aux agents atmosphériques, à l'eau, etc.

Les autres qualités que doivent présenter les matières propres à la décoration des poteries , dépendent :

I®. De la nature de la poterie ;

2**. De la position de la matière sur l'objet à décorer ;

3**. De l'effet que le fabricant attend de l'emploi de la matière en question.

C'est ainsi, par exemple, que pour les décorations qu'il faut introduire dans les pâtes des diverses poteries , il ne faut s'inquiéter ni de la dureté, ni delà dilatabilité de la matière colorante, mais il faut tenir compte principalement du prix auquel la matière colorante peut être obtenue, de la facilité de sa préparation, de la fusibilité qui lui est propre ou qu'elle peut acquérir par son mélange avec les autres éléments des pâtes ; enfin de l'altération plus ou moins prompte et considérable qu'elle peut subir de la part de l'atmosphère particulière du four dans lequel la poterie doit cuire.

C'est ainsi qu'il faut savoir estimer si la glaçure de la poterie pourra réagir ou non sur la matière décorative , lorsque la couleur est appliquée sur cette glaçure.

C'est ainsi qu'il faut encore ne demander aucune fusibilité propre à la matière décorative , lorsqu'elle doit être placée sur la pâte , et sous glaçure ; la matière décorative doit au contraire posséder par elle-même une fusibilité suffisante , lorsqu'on la destine à la

peinture d'objets tels que les porcelaines composées dures ou tendres ; elle est plus considérable dans un cas que dans l'autre. Cette fusibilité, qui conduit à l'éclat vitreux, serait nuisible lorsqu'on cherche à faire l'application des métaux précieux, qui n'ont au contraire de valeur qu'autant qu'ils conservent leur éclat métallique. Enfin, quelques genres de peintures offrent un cachet d'originalité par l'absence de tout aspect vitreux.

Nous aurons à distinguer :

I**. Les oxydes métalliques ;

a°. Les engobes ;

3°. Les émaux ;

4°. Les couleurs;

5". Les métaux ;

6**. Les lustres métalliques.

Oxydes métalliques. — En général , les matières employées à la décoration des poteries sont empruntées au règne minéral : ce sont des oxydes , tantôt purs , tantôt engagés dans des combinaisons salines, formées préalablement, ou qui prennent naissance aux dépens des éléments constitutifs des pâtes ou des glaçures. Lorsque ces matières sont en mélange avec des substances terreuses , elles prennent le nom A'engohes, Les oxydes et les quelques sels dont il vient d'être parlé ont plus particulièrement comme destination la décoration des pâtes par la répartition uniforme des matières colorantes au sein de la masse elle-même. Les poteries simples colorées, comme les poteries à pâte rouge, brune, jaunâtre , le sont par de l'oxyde de fer naturellement déposé dans les argiles qui fournissent aux pâtes l'élément plastique. Les pâtes de grès colorées en vert ou vert d'eau , qui reçoivent cette coloration de leur mélange avec l'oxyde de chrome , sont encore dans le même cas ; l'oxyde de chromé est l'élément colorant. Mais lorsque ces mêmes grès sont colorés en bleu par l'oxyde de cobalt, ce n'est plus l'oxyde de cobalt pur qui est la cause de la coloration , c'est le silicate de protoxyde de cobalt qui colore. On peut l'introduire directement sous cette forme, comme il est permis aussi de le mêler à l'état d'oxyde ou de carbonate. La silice de la pâte forme, à la température de la cuisson, du silicate de cobalt.

Engobes. — L'emploi des engobes est plus particulièrement réservé pour la décoration des poteries dont la pâte est naturelle-

ment colora ; tantôt les engobes sont naturels , c'est-à-dire qu'ils sont formés de matières terreuses contenant un mélange intime et naturel d'oxydes colorants et n'ayant subi d'autre préparation mécanique qu'un délayage pour extraire les parties sableuses étrangères: les ocres sont dans ce cas ; tantôt au contraire les engobes se préparent artificiellement, en ajoutant à des terres incolores, ou peu colorées, des oxydes préparés artificiellement eux-mêmes au moyen de procédés chimiques plus ou moins parfaits. On donne par extension le nom d'engobe aux pâtes blanches qu'on applique sur des poteries naturellement colorées , pour en masquer entièrement la couleur sale ou pour économiser la quantité d'étain contenue dans la glaçure des faïences communes, en faisant disparaître par parties seulement , quelquefois en totalité , la coloration de la terre sous une couche légère d'un engobe incolore.

Les engobes peuvent recevoir la glaçure ou rester sans glaçure. La poterie présente alors l'aspect brillant ou mat. On peut évidemment décorer par l'application de plusieurs engobes placés simultanément sur une même pièce.

Emaux. — Les émaux diffèrent des engobes, parce qu'ils possèdent une apparence vitreuse qui peut même atteindre la limpidité complète. Ces matières colorantes se rapprocheraient évidemment des oxydes et des sels que nous avons distingués en premier ordre, si leur usage n'était pas précis et nettement déterminé. Nous appellerons émaux les matières vitreuses , c'est-à-dire les silicates, borosilicates ou phosphosilicates généralement multiples, colorés par des oxydes maintenus en dissolution dans le flux vitreux. La limpidité de ces émaux varie naturellement avec la nature du flux vitreux et la température plus ou moins élevée à laquelle il faut les porter pour les faire cuire. Nous trouverons des différences considérables sous ce rapport.

Les émaux ombrants de Rubelles cuisent à de basses températures ; les fonds gar immersion de porcelaine dure , le céladon des Chinois cuisent au contraire à des températures très-élevées. Dans ces derniers émaux la transparence n'est pas toujours complète.

Les émaux appliqués à la décoration des poteries s'appliquent quelquefois sur le biscuit, comme les émaux de Rubelles, quelquefois sur la poterie composée, comme les fonds turquoise ou rose sur la porcelaine tendre. Us cuisent alors à des températures peu

différentes de celles auxquelles on doit cuire le vernis de la poterie composée; dans d'autres circonstances, les émaux s'appUquant sur la poterie composée, se cuisent à des températures de beaucoup inférieures à celles nécessaires pour fondre la glaçure, et par conséquent incapables de ramollir cette glaçure. C'est le cas de la plupart des couleurs employées en Chine à la décoration des porcelaines peintes et dorées.

Couleurs. — Les couleurs diffèrent des émaux en ce qu'elles sont composées d'un mélange de flux vitreux et de principe colorant. Le flux vitreux a généralement pour double but: i° de faire adhérer la couleur sur la poterie peinte ; a° de faire après la cuisson l'office du vernis dans la peinture à l'huile , c'est-à-dire d'aviver la couleur appliquée sur la poterie. Dans certains cas, cependant, on n'ajoute avec intention qu'une faible quantité de flux vitreux , seulement ce qu'il en faut pour faire adhérer la peinture sur la pièce décorée. C'est lorsqu'on veut obtenir des peintures mates.

Les couleurs s'appliquent généralement sur les poteries composées ; cependant on en fait quelquefois l'application sur les poteries simples, principalement dans le cas de peintures mates. Elles cuisent à des températures très-variables avec la nature des poteries qu'on décore. Nous verrons plus loin qu'il faut alors les composer en conséquence.

MÉTAUX. — On a tiré , dans la décoration des poteries , le parti le plus avantageux de la richesse et de l'inaltérabilité des métaux précieux ; l'or , le platine et l'argent, placés isolément et quelquefois alliés , donnent des décorations variées et d'un très-bel effet : il est évident que les qualités particulières de ces matières ne peuvent être les mêmes' que celles qu'on exige des substances que nous venons d'étudier. Il n'est nullement nécessaire qu'ils prennent l'apparence vitreuse , mais il est indispensable qu'ils réunissent à un grand éclat, dans les circonstances atmosph^iques ordinaires, une grande inaltérabilité.

On en fait usage tantôt à l'état mat, tantôt à l'état brillant; pour les obtenir dans ces dernières conditions, on les frotte avec un corps dur, l'agate ou la sanguine employées sous forme de brunissoirs. Mais ils sont alors toujours sous une certaine épaisseur, appliquée sous forme de poussière ou de poudre insolubles, préparées par des moyens chimiques ou mécaniques.

Quelquefois, lorsqu'on veut décorer avec économie ou bien obtenir des effets particuliers d'irisation ou de dichroïsme, on n'applique ces métaux que sous une épaisseur très-faible , et ce résultat est obtenu facilement pour quelques-uns , plus difficilement pour d'autres ; il paraît plus avantageux dans ce cas de n'opérer qu'avec des dissolutions huileuses de ces mêmes métaux. Cette considération intéressante, sur laquelle nous aurons à revenir un peu plus loin , motive du reste la distinction admise entre les métaux et les lustres.

Lustres. — Nous réservons en effet le nom de lustres aux métaux appliqués sur les glaçures sous une faible épaisseur, et qui reçoivent directement du feu le brillant que les métaux employés sous une épaisseur plus considérable ne tenaient que de l'action du brunissoir. Dans notre opinion, c'est une erreur de croire que les lustres sont nécessairement transparents. Les lustres de platine ne le sont aucunement.

Nous entrerons maintenant dans quelques détails sur chacune de ces matières employées à la décoration des poteries. Nous donnerons avec plus d'étendue que nous n'avons pu le faire , en considérant ces substances dans leur ensemble , les qualités que chaque groupe doit présenter , les défauts auxquels il est sujet , et nous terminerons par quelques exemples de dosages usités dans la pratique relative à chaque genre des poteries que nous avons étudiées dans les Leçons qui précèdent. Nous insisterons surtout sur les différents modes de préparation et d'emploi de ces diverses matières.

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