‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 17 sur 87 · ORIGINE ET DATE · texte numérisé non relu

ORIGINE ET DATE

Recueillie à Paris en décemb. 1854

— à Moulins le 5 mars 1 855

— à Libourne, près le pont

du chemin de fer, le 26 mars 1855

— à Toulouse le 9 mai 1855

— à Tours le 5 mars 1855.

— à Nantes le 5 mars 1855

— le 16 février 1855

— le 25 décembre 1854

le 17 avril 1855

à... .., le 17 avril 1855

au pont d'Iyry le 15 décembre 1854

— le 16 février 1855

à Chaillotle 16fév. 1855

à Charenton le 13 février 1855

- le 23 février 1855

à Valenciennes le 5 avril

le 23 février 1855

DEGRÉS hydr»ti métriques.

Dans ce tableau, l'eau de pluie marque 3°, 5, mais vous ôtes en droit de vous demander si les grandes variations de ce liquide, dont je vous ai déjà entretenus, ne seraient pas accusées par la méthode hydrotimétrique ; or, c'est ce qui arrive en effet.

M. Robinet, qui a fait un nombre considérable de déterminations de ce genre, a quelquefois observé que les eaux pluviales marquaient de 0°,25 à 13, et môme 17 divisions! La moyenne générale de 184 observations de l'eau recueillie à Paris, a été de3°,80, soit sensiblement A divisions. Le chlorure de sodium abondait dans les liquides dont le degré était élevé (i).

En résumé, la méthode hydrotimétrique fournit un moyen commode à l'aide duquel l'agriculteur ou l'industriel peut apprécier en bloc et avec une suffisante approximation les qualités ou les défauts des eaux. A ce titre, elle devait vous ôtre signalée.

Quelques mots maintenant Mir la purification des eaux.

Des eaux trop chargées de bicarbonate de chaux et que l'on agite en les faisant tomber en cascade, abandonnent de l'acide carbonique qui se dégage et du carbonate de chaux qui se dépose à l'état insoluble. On obtient le môme résultat dans le laboratoire, lorsqu'on soumet ces eaux à l'ébullition.

Le sulfate de chaux ou plâtre peut ôtre séparé de l'eau par le carbonate de soude. Il se forme alors du carbonate de chaux qui se précipite, et il reste en dissolution un peu de sulfate de soude qui n'a pas d'inconvénient marqué.

Des eaux dures et calcaires peuvent ôtre adoucies en prenant deux parties de sel de soude sec (carbonate semi-caustique du commerce), une partie de bicarbonate de soude et deux parties d'une solution concentrée de verre soluble (silicate de soude), et mélangeant le tout (2). Au bout de vingt-quatre heures, la masse est solide , et on la pulvérise. Avec lkil,250 à lkil,500 de cette poudre, on rend douce et propre au lessivage une eau calcaire offrant le volume d'un métré cube. 11 se fait en ce cas un précipité de carbonate et de silicate de chaux.

L'eau de chaux peut également servir pour précipiter à l'état

(I) Quelques faite pour servir à l'étude de Veau de pluie, par Robinet. — Comptes rendus de la Société impériale et centrtle d'agriculture.

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QUATRIÈME LEÇON. 8a

neutre et insoluble les bicarbonates de chaux et de magnésie. On a récemment proposé ce réactif pour purifier les eaux du canal de l'Ourcq.

Un procédé très-employé pour engager dans des combinaisons insolubles la chaux, la magnésie et môme l'argile en suspension dans les eaux, consiste dans l'emploi de l'alun. A Nantes, où l'eau de la Loire, pendant les crues, est extrêmement trouble, on pratique la purification par l'alun ammoniacal sur une très-grande échelle. Pour cela, on fait arriver l'eau dans des cuviers de 300 hectolitres de capacité, et en même temps, on y introduit, sous forme de petit filet, une solution du réactif telle que par hectolitre d'eau il y ait 10 grammes d'alun, soit 0*,1 par litre; cette dose descend àOf,05 par litre à l'époque des basses eaux. Le mélange est facilité par un mouvement rotatoirc opéré dans les cuviers, et en quarante-huit heures on peut soutirer une eau parfaitement belle dans laquelle il y a par litre, d'après mes analyse, 3 centigrammes environ d'acide sulfurique combiné. Cette dose est insignifiante, et les hygiénistes n'auraient aucun motif pour la redouter.

. Enfin, si les eaux sont riches en matières organiques, elles deviennent putrides, et je ne sache pas de meilleur moyen de les améliorer que la filtration sur du poussier de charbon placé entre deux couches de sable.

Dans des mares où l'eau est altérée par des feuilles ou débris organiques divers, il

est quelquefois facile d'installer un filtre avec une barrique sans fond disposée convenablement. Voici la disposition à adopter en pareil cas. Elle peut rendre service à la campagne.

On pourrait aussi modifier quelque peu ces eaux, soit en les faisant bouillir, soit en y ajoutant quelques gouttes de café fort. Souvent enfin, dans les terrains calcaires, l'infection des eaux

est produite par la réaction des matières organiques sur le sulfate de chaux qu'elles renferment. En ce cas, l'emploi du carbonate de soude peut rendre des services (1).

J'ai dù, Messieurs, vous indiquer ces diverses méthodes de purification des eaux; mais je dois aussi ajouter que, pour les usages alimentaires et agricoles, il ne faut, le plus souvent, considérer comme ayant un caractère véritablement pratique, que les systèmes basés sur l'exposition à l'air, le dépôt, la filtration et enfin l'emploi de l'alun. Les autres procédés peuvent avoir, au point de vue industriel ou encore dans des circonstances pressantes, une utilité réelle, mais ils ne suppléeront jamais à l'approvisionnement d'eau normale.

(i j Les appareils de fermentation et de distillation à la vapeur sont désormais acquis à la pratique agricole. Il peut donc être utile de connaître qu'indépendamment de sa propriété incrustante, le sulfate de chaux des eaux retarde les fermentations. Ce fait a été remarqué par les brasseurs anglais, et dans un manuel intitulé : The. art of brewing* on indique le plâtrage à raison de 180 grammes de sulfate de chaux par 1 60 litres de bière, comme excellent pour produire Y aie façon Burton, La ville de Durton est située sur un terrain calcaire, et l'eau employée pour la brasserie contient par litre 1*,114 de résidu, dont G1, 774 de sulfate de chaux. J'ai dit plus haut, et je dois le répéter à cette occasion, que la fermentation rapide était devenue impossible chez un bras-eur de Nantes, dont le puits fournissait une eau renfermant l',070 de plâtre.

11 faut reconnaître, du reste, que la plus coupable insouciance caractérise nos populations lorsqu'il s'agit des eaux. Le système du puits, l'expédient éphémère des mares, semblent suffire à nos agriculteurs. Dans beaucoup de cas le puits donne une eau fort impure, et, en été, bien des mares sont à sec. Souvent les infdtrations mettent le puits en communication avec les fumiers et les cloaques des cours de nos fermes. Il y a en quelque sorte appel exercé par lui sur toutes les matières organiques solubles du sol environnant ; ai-je besoin d'ajouter qu'à ce point de vue, les mares sont, par les grandes chaleurs, des réservoirs de matières putrides ?

Pour améliorer leurs coutumes, les cultivateurs auraient besoin d'avoir sous les yeux de bons exemples, et souvent la construction de citernes où seraient amassées les eaux pluviales serait un véritable bienfait.

Prenons en effet pour type l'habitation d'un petit cultivateur exploitant 2 à 3 hectares de terre. Une pareille habitation a, en superficie de toit, d'ordinaire, au moins 10 mètres sur 9, ou 90 mètres carrés. La moyenne annuelle de l'eau du ciel étant 0,76 mètre cube, la superficie de 90 mètres carrés donne dans l'année 68 mètres cubes d'eau. La question est de savoir si une pareille quantité suffit.

Or,

Une personne adulte a besoin, par jour,

de 10 litres; par an...

3Me,G0

Une béte à cornes, bœuf ou vache

D'après cette base, supposez l'habitation dont il s'agit occupée parle père, la mère et deux enfants :

Quatre personnes i \ mct\n

Une béte de somme 18 ,00

Un porc 1 ,ui

Une vache ,. il .00

Les besoins se réduisent donc à 4 iœc,50

Une citerne qui aurait pour vide une pyramide représentée

par 1G mètres de base et 1 de hauteur, suffirait et au delà pour conserver cette provision qui n'arrive et ne part jamais tout entière la fois.

Le simple cultivateur qui voudrait se ménager une source permanente d'eau pure, limpide et toujours fraîche, n'aurait donc qu'à isoler autour de son habitation une superficie de 40 mètres carrés pour y loger sa citerne. Une fois la citerne construite, il lui suffirait de soigner son toit, c'est-à-dire de maintenir en bon état la couverture et les conduits qui la relient au réservoir.

Cet exemple, que j'emprunte à M. Grimaud de Caux(l), auteur d'intéressantes recherches sur ce sujet, prouve que lorsque nos bestiaux manquent d'eau pendant l'été, leurs souffrances sont le résultat de notre incurie, et non de circonstances de force majeure.

Quelques mots, maintenant, sur la conduite et la conservation des eaux. Les tuyaux de zinc et de plomb, et à fortiori les réservoirs construits avec ces métaux, doivent être évités avec soin. On sait à quoi s'en tenir aujourd'hui sur la faculté dissolvante des bicarbonates, des azotates, des chlorures alcalins sur ces métaux. Cette faculté est singulièrement augmentée, d'ailleurs, par l'oxygène dissous dans l'eau.

M. Calvert a observé (2) que l'eau destinée à alimenter la ville de Manchester dissolvait le métal d'un tuyau de plomb au point de devenir malfaisante. M. Faraday, en constatant un fait analogue sur l'eau pluviale recueillie sur un toit de plomb par les gardiens d'un phare, a fait connaître que du carbonate neutre de chaux divisé et mélange à l'eau précipitait bientôt le plomb à l'état insoluble (3). Malgré cette remarque, il faut éviter pour les eaux le contact des tuyaux et des réservoirs en plomb, fussentils étamés (i) ; et si, dans certains cas spéciaux, les faits semblent en contradiction avec cette règle, c'est que les tuyaux em-

(J) Comptes rendus de V Académie des sciences, 1861, 1er semestre, p. 387.

(2) Ibid.y 1860, 24 septembre, p. 490.

(3) Pharmaceutical Journal, t. III, p. 283.

(4) M. Lefebvre, auteur de nombreuses observations sur les affections saturnines, a reconnu que Peau aérée coulant dans des tuyaux de plomb étamés, dissout du plomb en proportion sensible. {Annales d'hygiène et de médecine légale, 1802.)

ployés sont ou toujours pleins d'eau ou recouverts d'une couche de sulfate cohérent qui les préserve.

J'ai vu toute une famille des environs de Nantes qui subissait un empoisonnement des plus graves, parce que la pompe qui alimentait sa maison était en communication avec un puits éloigné dont le tuyau était alternativement plein ou en partir vide. L'action combinée de l'air et de l'eau avait déterminé dans ce tuyau une véritable boue de carbonate de plomb hydraté.

J'ai vu un cas analogue dans une autre propriété. Mais ici, chose singulière, les maîtres de la maison n'étaient pas sous l'influence du poison, tandis que les domestiques en subissaient les dangereux effets. En étudiant avec soin cette question, je reconnus qu'une fontaine filtrante, employée par les personnes non atteintes, avait séparé de l'eau vénéneuse la presque totalité du carbonate de plomb hydraté.

Règle générale : il est extrêmement prudent de substituer aux tuyaux de plomb, les tuyaux plomb-étain (1) dont la couche d'étain intérieure — produite par étirage simultané, et non par êtamage ordinaire, — donne toute garantie contre les empoisonnements.

Les tuyaux et les réservoirs de bois ont également leurs inconvénients. En présence des substances organiques, l'oxygène de l'eau opère une combustion lente et disparait peu à peu. Si l'eau renferme des sulfates, ils sont bientôt décomposés et le liquide devient sulfureux. La pierre, le ciment Coignet, le ciment romain, la terre cuite, la fonte de fer ou la tôle, voilà les matières auxquelles on peut avoir recours en toute sécurité. 11 importe de ne jamais l'oublier, car les substances nuisibles des eaux sont le plus souvent diluées de telle sorte, que l'empoisonnement affecte des caractères peu propres à faire découvrir son origine.

M. Eugène Marchand, de Fécamp, a étudié avec beaucoup de soin l'action de la lumière et de l'air sur les eaux stagnantes (2). Il a suivi la vivification de la matière organique sous cette

(l) Tuyaux fabriqués par le système Hamon.

(■I) Note sur tes eaux stagnantes. — Précis de l'Académie des sciences de Kouen, année 1853-51.

double influence. M. Coste (1) a observé pendant dix années révolution des mômes phénomènes ; enfln, M. Bouchut (2) a publié un mémoire sur cet intéressant sujet. Ces savants et tous ceux (jui ont admiré les monuments des anciens, arrivent à cette conclusion : que, pour empêcher le développement dans les eaux des navicules, oscilluires, paramécies, anguillules, daphnis, etc., et les produits de décomposition de leurs débris, il est indispensable d'éviter l'action de la lumière et de la chaleur. 11 faut donc des réservoirs souterrains et couverts, analogues à ceux que construisaient les Romains, et dont les villas antiques offrent des spécimens parfaitement conservés (3).

Je vous disais, Messieurs, au commencement de cette leçon : Tel terrain telle eau. Ne pourrait-on pas poser également en principe que les eaux sont ce que les fait l'intelligence humaine? 11 vous appartient désormais de résoudre cette question, et j'ai fait tout mon possible pour vous fournir les éléments de la réponse.

(1) Approvisionnement des eaux de Paris. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1861, 1er semestre, p. 1056.

(2) Emmagasinage et salubrité des eaux. Même volume, p. 125S.

(3) Il y a quelques années, en creusant à Alger les fondations du portail de la cathédrale, ou a mis à découvert, à 4 mètres environ au-dessous du sol, une belle mosaïque romaine parfaitement conservée. Elle recouvrait une citerne considérable contenant de l'eau à la hauteur d'un mèlre et demi. Cette eau était probablement enfermée là depuis bien des siècles, et elle était ex- , cellente.

Composition de la terre arable. — Examen physique du sol. — Éléments chimiques qui entrent dans sa constitution. — Caractères généraux des principales variétés de sols.

Messieurs,

Ce n'est pas par la composition chimique que se dessine l'individualité chez la plante ou l'animal, c'est surtout par l'agencement moléculaire, par la forme, par les fonctions inhérentes à cette forme; et en effet l'on peut concevoir des milliers d'êtres différents, donnant à l'analyse élémentaire des résultats identiques. La composition chimique acquiert une plus grande importance dans les roches ; mais il n'en est pas moins vrai que le caractère générique de celles-ci se révèle surtout par ces formes géométriquement accusées dont la cristallographie détermine rigoureusement la nature. On pourrait presque dire, que les pierres ont leur vie propre et que la désagrégation opérée en elles, sous l'action de l'air et des pluies, leur apporte tout à la fois et l'absence d'individualité et la mort.

Cristalline et douée des aspects qui en font un des types du règne inorganique, la roche, à moins de se désagréger, ne donnera pas asile aux végétaux. Mais viennent les actions lentes et énergiquement destructives de l'acide carbonique, de l'oxygène, de l'ammoniaque, de l'humidité, aidées d'ailleurs par les gelées ; et le schiste, le porphyre, les basaltes se réduiront en poudre, rouleront çntraînés par les eaux, se mélangeront avec des détritus organiques et donneront bientôt naissance à des alluvions

dont la végétation s'emparera. De ce moment la terre arable sera constituée.

Chaque jour, Messieurs, ce phénomène se passe sous vos yeux, et dans la cendre des fourrages récoltés sur les rives de la Loire se trouve la molécule minérale charriée des montagnes de l'Allier, roulée, divisée par notre fleuve, et déposée enfin par les crues sur les prairies qu'elles fertilisent. Grès, granit ou basalte, rien ne résiste aux influences des gelées, de l'acide carbonique et de l'humidité. Jetez sur un sol humide cet obélisque de la place Saint-Jean de Latran, taillé sous le règne d'un roi de Thèbes, treize cents ans avant l'ère chrétienne ; jetez-y également cet obélisque de Saint-Pierre de Home, consacré au Soleil il y a plus de trois mille ans ; laissez agir la végétation parasite et les forces atmosphériques, et dans un temps plus ou moins long, ces masses si remarquables par l'énergique cohésion qui les a conservées se transformeront en une poussière, dont les éléments chimiques passeront dans la circulation végétale.

Dans ses voyages en Amérique, M. Boussingault a vu de riches plantations de cannes ensevelies sur une demi-lieue d'étendue, par l'éboulé ment d'une montagne porphyrique. Dix ans après, il revit les fragments de porphyre, mais ombragés par des mimosas arborescents. A l'heure actuelle, la charrue rend peut-être à la culture ces champs fertilisés par les matériaux divisés de la montagne.

Au pied des Alpes, et dans le voisinage de la vallée qui conduit d*Trseren aux Grisons, on voit, dit le docteur Sacc, de gros fragments de roc, qui se divisent de plus en plus à mesure qu'on descend dans la vallée, où ils se changent enfin en une terre abondante et fertile.

A Neufchàtel, il ne faut que deux ans pour que le calcaire jaune soit transformé en terre. Enfin, Messieurs, vous connaissez la facilité avec laquelle les pierres schisteuses de nos contrées se métamorphosent en cette substance friable que les maçons et les agriculteurs de l'Ouest appellent le schiste pourri.

Plus intense aura été l'action des agents atmosphériques et plus profonde l'altération de la roche, plus fécondant sera le terrain offert par la nature à l'activité humaine.

Au point de vue agricole, l'analyse physique aura donc une importance * énorme, et s'il est nécessaire de rechercher dans quelles proportions le calcaire, la silice, l'alumine, la potasse, Phumus sont associés pour former le sol arable, il n'en est pas moins vrai qu'il faut avant tout déterminer Yt-tat physique de ce sol ; eût-il, en effet, une composition chimique irréprochable, renfermât-il toutes les substances nécessaires à la nutrition végétale, il pourrait être longtemps impropre à la culture, si ses conditions physiques étaient mauvaises. Je vais donc vous parler tout d'abord des moyens d'apprécier la nature physique de la terre arable.

L'examen préalable d'une terre permet de reconnaître qu'elle renferme des débris ligneux, des graviers grossiers, du sable et de l'argile. On doit s'attacher à connaître la proportion de ces principes divers. M. Masure a publié à cet égard une méthode qui sans être nouvelle dans son principe mérite d'être signalée. Voici en quoi elle consiste :

Soit un échantillon de terre à examiner : on ôte à la main toutes les pierres plus grosses qu'une noisette. On les pèse et on les examine dans le but d'en reconnaître la nature.

On prend 100 grammes de terre séchée à l'air, et on cherche à en retirer les graviers et les gros débris organiques. Cette opération se fait très-commodément à l'aide d'un passe-bouillon, ù fond de toile métallique. On met les dOO grammes de terre dans la passoire et on y verse un courant d'eau ; on délaie la terre avec une spatule, jusqu'à ce que la matière fine soit entièrement détachée des graviers et que ceux-ci paraissent trèsbien lavés.

Les graviers et les gros débris organiques restent ensemble sur le passe-bouillon. Pour les séparer, on renverse sens dessus dessous ce passe-bouillon sur un bol ou sur une large capsule et on en détache les graviers et les débris en jetant un peu d'eau sur son fond renversé.

En agitant l'eau du bol, les débris organiques surnagent, les pierres restent au fond. On enlève les débris organiques, et en répétant l'opération à plusieurs reprises, on parvient à les séparer assez complètement des graviers : on les fait sécher, on

9i • LEÇONS DE CHIMIE AGUICOLE.

les pèse et on les examine ; c'est un excellent moyen d'y reconnaître la présence des mauvaises graines.

Les graviers sont également séchés et pesés. Nous verrons plus loin comment on peut s'assurer de leur nature calcaire ou siliceuse.

La terre fine qui a traversé le passe-bouillon est tombée avec l'eau de lavage dans un bocal disposé pour la recevoir. Lorsque cette terre est déposée, on décante l'eau et on transvase le dépôt dans une assiette. On le fait sécher au soleil ou dans un four, après la cuisson du pain, si on est pressé d'en faire l'analyse. L'aspect que présente la terre après ce séchage, les

fentes plus ou moins larges et profondes qu'y fait naître le retrait de l'argile, trahissent déjà sa nature.

Je suppose la terre séchée à 100 degrés centig., dans une petite étuve analogue à celleci (1). Il faut maintenant la soumettre à l'action de l'eau dans l'appareil lévigateur.

On opère de la manière suivante :

On pèse 10 grammes de lerre. On les délaie dans un verre à expériences rempli d'eau et on laisse détremper jusqu'au lendemain. Il est bon d'agiter de temps en temps avec une baguette de verre. Lorsque la terre est très-argileuse, elle s'attache à la baguette ; on ne saurait alors prendre trop de soin pour la délayer, en la frottant légèrement avec la baguette ou avec les doigts contre les parois du verre.

Il s'agit, désormais, d'effectuer cette séparation de l'argile et

(1) Cette étuve, dont la construction est due à M. Coulier, permet d'obtenir des températures élevées. On la règle très-facilement à l'aide d'un quinquet ou mieux d'une lampe à pétrole. Elle se trouve au D" 616 du Catalogue de M. Salleron.

du sable. Un opérateur adroit peut y parvenir par une série de décantations et d'additions d'eau pure faites avec adresse et patience. C'est peut-être parce que ce moyen est d'une grande simplicité qu'on le suppose peu exact, et l'on a tort.

J'emploie quelquefois — imitant en cela un habile chimiste allemand, M. Stockhardt — un verre ou plutôt un vase en zinc de forme conique dans l'axe duquel je place un tube à entonnoir maintenu par trois fils de cuivre ; en faisant arriver un courant d'eau constant par l'entonnoir a, on opère la séparation des parties très-fines qui se détachent, s'élèvent et s'échappent par le tuyau b. On les recueille dans un vase A pour les examiner ultérieurement.

Pour faire cette séparation de l'argile d'avec le sable, M. Masure conseille de mettre les 10 grammes de substance dans l'appareil représenté ci-contre : il se compose d'une allonge reliée à un tube droit par un tube en caoutchouc ; le tube et l'allonge forment un U allongé dont l'une des branches dépasse l'autre de 2 décimètres environ. Un bouchon à siphon ferme l'allonge ; les

m LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

extrémités des doux branches du tube-siphon doivent être sur le môme niveau, afin que cet appareil ne se vide pas de luimême dans le récipient et qu'il ne fasse pas varier la vitesse d'écoulement.

Un flacon de Mariotte, à écoulement constant, posé sur un support d'une hauteur convenable, est destiné à fournir un courant d'eau continu.

Au support se rattache une mâchoire en bois ou une tige de cuivre annulaire chargée de maintenir en place l'appareil laveur.

Un récipient cylindrique en verre reçoit l'eau chargée d'argile, qui sort du siphon.

La terre délayée étant introduite dans l'allonge, on produit, au moyen du vase de Mariotte, un courant d'eau continu et constant. L'eau s'écoule de haut en bas dans le tube à entonnoir et remonte de bas en haut dans l'allonge.

La lévigation est donc faite dans l'appareil par un courant d'eau ascendant continu et constant.

Dans ta partie inférieure, très-étroite, de l'allonge, la vitesse du courant d'eau est assez grande pour soulever le sable ; mais bientôt il tend à retomber en vertu de son poids. 11 règne, dans cette partie de l'appareil, une agitation continuelle ; des grains de sable montent pendant que d'autres grains redescendent : le frottement qui en résulte a pour effet de désunir l'argile et le sable. C'est la partie de l'appareil dans laquelle Yargile se détache du sable.

Dans la partie renflée de l'allonge, le courant est nécessairement plus lent. Il est trop faible pour soulever le sable ; mais il est encore assez fort pour entraîner l'argile. C'est là que Yargile se sépare du sable.

Enfin, dans le siphon, d'un diamètre relativement très-petit, le courant est très-rapide et emporte Fargile qui a pu monter jusqu'au siphon. C'est là que s'effectue le départ de l'argile que le siphon entraîne dans le vase cylindrique annexé à l'appareil.

L'écoulement doit être d'abord très-lent afin que l'eau épaissie par l'argile très-abondante, qu'elle tient en suspension, n'entraîne aucune particule sableuse. Bientôt, l'eau qui coule du siphon devient plus claire, on peut alors augmenter la vitesse de manière à faire naître une petite veine liquide, mais elle ne doit jamais dépasser celle qui serait nécessaire pour remplir l'allonge en deux minutes. Par mesure de précaution, on fixe une fois pour toutes la profondeur à laquelle doit être enfoncé le tube du vase de Mariotte, afin que cette vitesse d'écoulement ne puisse être dépassée, môme lorsque le robinet est entièrement ouvert.

La lévigation est terminée lorsqu'aucune parcelle de terre n'atteint plus le siphon, ce qu'on aperçoit aisément en suivant des yeux la marche de l'opération.

On enlève l'appareil de la mâchoire et on renverse le tube à entonnoir au-dessus d'un grand verre. Le caoutchouc est du reste tenu entre le pouce et l'index, prêt à être pincé si l'écoulement était trop rapide. Le dépôt sableux tombe dans le verre.

Le sable est jeté sur un filtre séché, et pesé.

Le lendemain, l'argile est déposée entièrement ; on décante à l'aide d'un siphon l'eau claire qui est au-dessus du dépôt, on verse l'argile sur un filtre ; on sèche et on pèse.

Les filtres séehés à l'étuve doivent, pour chaque dosage, être pesés encore chauds.

Lorsque l'opération a été bien faite et qu'on n'a rien perdu dans les décantations et dans les transvasements, la perte est de quelques centigrammes seulement. Elle porte sur des millièmes du poids analysé. L'analyse est donc faite à moins d'un centième près, approximation très-suffisante pour les besoins de l'agriculture pratique.

On a dosé par ce moyen le gravier, les débris organiques, le sable et les particules très-fines qui consistent le plus généralement en argile proprement dite.

Je dis, Messieurs, qu'on sépare ainsi des parties fines qui sont le plus généralement de l'argile, je vous dois quelques explications sur la portée de ces paroles.

L'action de l'eau dans les appareils de lavage détermine l'enlèvement des parties relativement peu denses et très-divisibles. Le plus souvent l'argile est dans ce cas. Mais il arrive souvent que des sables fins s'échappent avec cette argile, et je me souviens d'avoir examiné des terres arables d'origine volcanique dans lesquelles le lavage entraînait des quantités considérables de sable dont la linesse était extrême. La prétention de séparer le sable de Vargile n'est donc pas justifiée dans beaucoup de cas, et tout ce qu'on peut dire, c'est qu'on sépare les éléments constituants de la terre en parties très-fines et trèsténues de celles plus compactes et plus denses qui leur étaient associées.

Monsieur Pagnoul, secrétaire de la Société centrale d'agriculture du Pas-de-Calais, a publié dans le Journal de ragriculture (1) un intéressant travail sur des méthodes rapides et simples d'étudier les propriétés physiques des sols arables. Voici ce que conseille cet agronome pour l'appréciation des doses d'argile et de sable dans un échantillon d'où l'on a, bien entendu, séparé tout d'abord les cailloux et graviers. Je lui laisse la parole.

« Lorsqu'on agite quelques grammes de terre avec de l'eau « distillée dans un tube de verre et qu'on laisse ensuite reposer, u le liquide reste trouble pendant très-longtemp*s et ne s'éclair-

(1) Journal de l'agriculture, 1869, t. III, p. 324.

« cit que peu à peu dans toute sa longueur sans présenter de <t grandes différences — même lorsqu'on opère avec différentes « qualités de terre — mais le résultat n'est plus le môme lors- « qu'on se sert d'une eau calcaire ou de certaines dissolutions « salines ; le liquide alors s'éclaircit nettement par le haut, et « la partie trouble, au bout de quelques instants, est d'autant « plus volumineuse que la terre est plus argileuse. »

« Pour rendre les expériences comparables, nous opérons avec « un tube de 35 centimètres de longueur et dont la section inté- « rieure est de i centimètre carré ; ce tube, que nous appelons « tube de lévigation, est divisé en dixièmes de centimètre cube, <( de telle sorte que chaque dizaine de divisions a précisément « 1 centimètre de longueur. Pour employer un liquide toujours « à peu près identique, nous nous servons d'une dissolution de « sulfate de chaux obtenue en agitant un peu de plâtre dans « une eau quelconque, jetant sur un filtre et laissant déposer (( vingt-quatre heures la liqueur filtrée. » \

« 4 grammes de terre débarrassée de cailloux et graviers <( sont introduits dans le tube avec un peu de dissolution de « plâtre ; on agite vivement pour bien délayer les parties « argileuses, on remplit le tube jusqu'à la division 200, on agite <c de nouveau et on laisse reposer pendant dix minutes en don- « nant au tube une légère inclinaison. La ligne de démarcation <( entre la partie ftrouble et la partie limpide qui surnage est <( alors, en général, très-nette, et la longueur de la partie trouce ble est d'autant plus grande que la terre est plus argileuse. »

Voici des résultats obtenus par cette méthode :

Millimètres.

Mauvaise terre sablonneuse et calcaire 40

Terre limoneuse ordinaire • 51

Jd., même champ, autre parcelle 52

Autre terre limoneuse 54

Autre plus forte 61

Terre à briques 93

Id 97

Id 10.3

ld 116

Argile jaune un peu sablonneuse 118

Terre glaiseuse 128

Argile presque pure 196

L'autour de cette méthode fait observer qu'il serait bon d'opérer, autant que possible, à la température de 15 degrés, les variation du thermomètre coïncidant avec des différences de quelques millimètres pour chaque degré de chaleur. On pourrait du reste se mettre à l'abri de ces variations en opérant toujours comparativement sur des types que l'on conserverait.

On peut joindre à la détermination des hauteurs observées dans le tube d'essai, l'appréciation du dépôt qui se forme nettement en une minute, si la terre contient une forte proportion de gros sable siliceux ou calcaire. Enfin, si cette terre renferme beaucoup de débris organiques, on pourra encore en évaluer l'importance par l'épaisseur de la couche qu'ils formeront en s'élevant à la partie supérieure du liquide.

Comme vous le voyez, Messieurs, il ne s'agit plus ici d'une analyse en poids, mais d'une évaluation comparative des qualités plus ou moins argileuses de telle ou telle terre. Gomme cette évaluation peut être fort utile et qu'elle est d'ailleurs d'une mise en œuvre des plus simples, j'ai cru devoir vous la signaler.

En somme, et sous les réserves que j'ai exprimées tout à l'heure, il faut reconnaître, Messieurs, que l'examen d'une terre par la lévigation ou l'agitation dans l'eau a de l'importance, et, tout empirique qu'elle peut vous paraître, elle rendra souvent autant de services qu'une analyse chimique effectuée par les procédés analytiques les plus délicats. M. Boussingault est d'avis que l'agriculture n'a tiré qu'un mince parti des analyses complètes des terres, tandis que l'appréciation pure et simple des doses de sable et d'argile contenues dans un sol, jette une vive lumière sur ses propriétés. Le sable est-il abondant, la terre est essentiellement perméable ; l'argile dominet-elle, le sol est compacte et souvent imperméable. Mais n'oublions pas que le sable sera calcaire ou siliceux, que l'argile sera plus ou moins riche en potasse, que la terre soumise à l'étude contiendra plus ou moins d'humus, et que, sur ces points, l'agronome aura grand intérêt à être renseigné : la chimie devra donc intervenir par ses méthodes pour compléter l'appréciation du terrain. Toutefois, avant de recourir à ces méthodes, demandons à la physique tout ce qu'elle peut nous

CINQUIÈME LEÇON. iOI

fournir pour la connaissance du sol. Schubler (i) sera pour nous un excellent guide à suivre, et les indications suivantes n'ont été publiées par ce savant qu'après des expériences nombreuses.

On obtient le poids spécifique de la terre, en prenant un flacon bouché à l'émeri qu'on pèse vide ou plein d'eau distillée. On fait ensuite écouler le liquide et on introduit dans le flacon un poids connu de terre pulvérulente et desséchée. On ajoute alors de l'eau et l'on agite pour faciliter l'imbibition et le dégagement des bulles d'air; on achève de remplir le flacon, on le bouche, et, après l'avoir essuyé, on le porte sur le plateau de la balance.

La différence du poids du flacon plein d'eau, augmenté de celui de la matière, avec le poids du flacon contenant la matière et de l'eau, donne le poids de l'eau déplacée par cette matière ; ainsi :

Poids du flacon plein d'eau. . .. * G0«,0

— de la matière 24 ,0

Le flacon devrait peser 84»r,0

Le flacon renfermant l'eau et la terre pèse 74 ,4

Différence ou eau déplacée 9»%6

C'est le poids d'un volume d'eau égal à celui de la matière introduite dans le flacon.

On a donc pour le poids spécifique de la terre — le poids de l'eau étant égal à l'unité — f% ou 2, 5.

Gela ne veut pas dire que la terre soumise à l'examen pèserait 2,500kg , comme le prouve le tableau suivant donné par Schubler.

(I) Annales de V agriculture française, t. XL, p. 12?, 2e série.

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