‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 19 sur 87 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

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Ces chiffres démontrent surtout, Messieurs, que l'humus agit en favorisant l'absorption de l'humidité par le sol; on pouvait le supposer sans un grand effort d'imagination, mais il n'est peutêtre pas inutile de le faire remarquer à une époque où l'on tente de réduire à peu de chose l'énorme influence de cet humus dans l'acte de la végétation.

Les questions relatives à l'imbibition du sol ont été étudiées dans ces dernières années par MM. Baudrimont (1) et Meister (2). Le savant professeur de la faculté de Bordeaux a établi que la

11) De V existence des courants interstitiels dans le sol arable. Bordeaux,

(2) Travaux de l'école centrale d'agriculture de Weinestephan, 1857-58.

couche corticale du sol a une humidité propre, variable selon sa contexture et sans laquelle certains phénomènes de fécondité seraient peu explicables, puisqu'ils ne sont pas toujours directement dépendants de la quantité d'eau apportée par les pluies. M. Meister a repris, lui, les expériences de Schiibler en les appliquant comparativement à des sols sablonneux et chargés de détritus organiques. La densité de ces sols arables variait dans des limites très-étendues, le plus riche en humus ne pesait que 600 grammes le litre ; le plus lourd s'élevait jusqu'à 1,480 grammes, et môme, lorsqu'il était saturé d'humidité, jusqu'à 1,780 grammes.

M. Meister a placé les différents échantillons de terre, sur lesquels ont porté ses recherches, dans des cylindres en plomb dont la partie inférieure était percée de trous; pour déterminer ta quantité d'eau qu'ils étaient capables décondenser dans leur masse, il versait une quantité déterminée d'eau distillée, dont il recueillait l'excédant jusqu'à ce que la terre refusât de s'humecter. I kilog. de terre, extraite des marais, a retenu 1,051 grammes d'eau — pins que son propre poids — tandis qu'un échantillon de sol sablonneux de Nuremberg n'en a retenu que 303 grammes ou moins du tiers.

La force avec laquelle les différents sols emprisonnent l'eau ne varie pas moins que celle avec laquelle ils l'absorbent. Ainsi, pendant que la terre «les marais, exposée à la lumière diffuse, perdait 3i pour 100 de son eau, la terre sablonneuse en perdait 73 pour 100. Là où un sol tourbeux court risque d'être inondé et a besoin d'être drainé, un sol sablonneux peut être trop complètement desséché. La nature donne des exemples de tous les degrés intermédiaires, et c'est (Mitre ces deux extrêmes que l'agronome doit exercer sa perspicacité.

Un élément non moins important en agriculture est la puissance que possède la terre de soutirer l'eau du sous-sol par une sorte de succion capillaire. Cette puissance d'aspiration moléculaire peut être étudiée de deux manières différentes. En efret, on a le choix de mesurer l'accroissement de poids obtenu par un volume de terre absorbant l'humidité ou la hauteur à laquelle s'élève le liquide dans des tubes en verre d'égale dimension et d'égale hauteur dont l'extrémité inférieure plonge

dans l'eau. La terre des marais ayant gagné 219 parties d'eau, le terrain sablonneux n'en a absorbé que 88. Les hauteurs atteintes en vingt et une heures et demie ont varié de 0m,90 pour une terre riche en humus, à 0œ,22 seulement pour un sol crayeux.

Enfin, on peut exposer comparativement à l'air humide des terres renfermées dans des tubes.

En opérant de cette manière, M. Meister a trouvé que de la terre grasse contenant 3G parties de sable et 15 parties de matières organiques, absorbait 572 grains par pied carré en trois nuits de la fin de juin. Le terrain sablonneux de Nuremberg n'en absorbe que 69, et du sable quartzeux mélangé de mica, moins encore - — 34 seulement.

572 grains par pied carré donnent environ 2 à 3 tonnes métriques par hectare, 34 grains donnent presque deux hectolitres. La quantité d'humidité soutirée chaque nuit de l'atmosphère par la surface d'un vaste pays dont la puissance absorbante varierait entre ces deux termes extrêmes est donc prodigieuse. En novembre, la fixation est encore plus abondante; une seule nuit a donné 392 grains par pied carré de sol gypseux, 314 pour la môme surface de terre grasse ; 327 pour la terre des marais.

Et maintenant, Messieurs, vous vous expliquerez que Humphry Davy et Schûbler aient posé en principe que la force absorbante pour l'eau décroît dans la môme proportion que la fertilité du sol.

Mais ce n'est pas tout, on a poursuivi l'étude physique du sol jusqu'à l'examen de sa chaleur spécifique, et M. Léopold Pfaundler, professeur à Inspruck, a publié un très-beau mémoire sur ce sujet. Il résulte des expériences de ce savant, que le travail de l'assimilation des principes nutritifs par la plante exige de la chaleur proportionnelle au travail à accomplir. Or, dans dix-sept déterminations faites parM. Pfaundler, la chaleur spécifique des terres était comprise entre 0, 19 et 0,50 ; on peut dire qu'en nombres ronds, elle varie de la moitié au cinquième de la chaleur spécifique de l'eau.

Les chaleurs spécifiques les plus faibles ont été remarquées dans les terres qui ne contiennent pas d'humus, qu'elles soient d'ailleurs siliceuses ou calcaires. En dehors de la présence des débris organiques, l'état d'humidité exerce la plus grande

influence. Pour bien fixer votre opinion sur l'importance de ces remarques, j'invoquerai un exemple.

Prenons deux poids égaux de terre, l'une ayant la chaleur spécifique 0,2, l'autre la chaleur spécifique 0,4 ; exposons-les à surface égale aux influences du soleil et de l'air chaud. La première terre s'échauffera bien plus rapidement que la seconde. Mais, d'un autre côté, plus la chaleur spécifique est grande, plus le refroidissement est lent. Si une seule nuit suffit pour abaisser la température de la terre n° 1 au point de faire geler les plantes, cet effet ne se produira pas dans la terre n° 2. Ainsi, en général, une faible capacité calorifique provoque une grande différence entre les températures extrêmes; une forte chaleur spécifique préserve au contraire des variations brusques de température qui sont funestes à l'agriculteur.

Les terres chargées d'humus ayant encore à ce point de vue des avantages sur les autres, on comprend la haute influence que l'emploi du fumier peut avoir alors même qu'on néglige son rôle chimique sur la nutrition végétale.

La question chimique va nous occuper désormais.

Je vous expliquais, Messieurs, il y a quelques instants, comment les roches peu à peu désagrégées par les influences atmosphériques forment sur place ou abandonnent aux torrents les matériaux du sol arable. Connaître la composition de ces roches, c'est donc préjuger le sol lui-môme. Les travaux des analystes nous rendent cette recherche facile.

Il y a en Bretagne une roche appelée gneiss qui renferme quelquefois en égale proportion du quartz, du feldspath et du mica. Cette roche composée contient :

Silice 70,06

Alumine 15,03

Magnésie 1,66

Chaux. .•..»•...•........ 0,37

Potasse 7,92

Oxyde de fer 2,97

Oxyde de manganèse 0,20

Kuu, fluor, acide carbonique 1,79

Cette composition étant adoptée comme type, nous allons y rattacher celle des principales roches dont les débris forment le sol arable?; L}

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